09 octobre 2014

Le vallon rouge

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                                         The cove, titre original peut se traduire par la baie ou par le gars. Le gars en l'occurrence est un inconnu, hagard et muet, qui est retrouvé blessé après une chute dans un  vallon perdu de Caroline, au coeur des Appalaches. Nous sommes dans les derniers mois de la Grande Guerre. Hank Shelton, de retour du front français où il a laissé une main et a soeur Laurel,une jolie fille hélas disgraciée par une tache de vin, recueillent ce Walter qui ne s'exprime que par la flûte dont il joue avec baucoup de  sensibilté. On sait que dans ce contexte la germanophobie a été virulente aux Etats-Unis, surtout après l'entrée en guerre du pays, Steinbeck l'évoque dans A l'est d'Eden si j'ai bonne mémoire. Et les autochtones ne brillent pas par leur esprit éclairé.

                                         En peu de jours Walter est apprécié de Hank qu'il aide aux travaux de la ferme, difficiles sur cette terre noire et sèche, et du vieux voisin Slidell, un brave type qui refuse de hurler avec les loups. Il est juste de dire qu'il est encore plus apprécié de Laurel, quand deux handicaps se conjuguent... Ron Rash décrit très bien les travaux et les jours de poussière et de boue, la fatigue qui plante son glaive, l'espoir naissant de Laurel en un nouveau destin. Et si le vallon n'était pas si maudit... Plus rare, il sait aussi nous faire partager la peur de la fin de la guerre là-bas si loin à l'Est. Car la guerre a ceci d'unique que sa fin programmée n'arrange pas tout le monde, et surtout qu'on a vu des paix toutes neuves guère plus engageantes que les conflits qui les ont précédées. Car quel bel exutoire que la guerre pour défouler l'homme dans ce qu'il a de plus homme, c'est à dire sa haine et sa bile envers les responsables idéaux, si ce n'est toi c'est donc ton frère, ici l'Allemand, là le Juif et autres...

                                         En résumé Une terre d'ombre est un très bon roman d'un auteur que je n'avais encore jamais lu, souvent commenté sur les blogs, et qui incite à continuer sa découverte. Le mutique Walter est un personnage attachant et les défauts de l'Amérique ont ceci de pratique qu'ils permettent de ne pas  trop se pencher sur les nôtres. Comme un exutoire, en quelque sorte.

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03 juin 2014

Peu de précipitation

pluie

                                         Ce polar pourrait entrer dans le sous-genre psycho puisqu''il se situe entièrement dans un hôpital psychiatrique, lequel établissement a une histoire et ruisselle de souvenirs d'une époque pas si lointaine où la médecine des troubles du comportement était rien moins que diablement carcérale. Diablement est le mot juste car le centre porte le nom pas forcément jovial de Théophobe Le Diaoul, jadis Théophile Le Bellec, un ancien patient illuminé ou assombri, c'est selon, et que la Grande Guerre avait conduit dans ces murs tragiquement continuateurs de l'aliénation des tranchées. Cette idée sous-tend toute la suite de l'enquête menée par Eric Lanester, flic et psychologue, et son équipe dans cet univers où l'on a coutume de dire que la différence entre les soignants et les soignés ne saute pas toujours aux yeux.

                                        En cette année centenaire la Grande Guerre est donc indirectement responsable une fois encore de morts violentes, celles d'un patient défenestré par son infirmier, puis le suicide de ce dernier. Le meurtre en ces lieux peut s'avérer essentiellement d'ordre chimique, antidépresseurs, psychotropes, gélules et pilules multicolores pouvant faire fonction de fameux objets contondants. Françoise Guérin, elle-même psychologue, décrit bien les arcanes et plus encore les archives si cruciales dans cet hôpital où l'on comprend trop vite l'importance de l'hérédité, des rivalités et des dynasties. Peu de professionnels collaborent vraiment aux interrogations de Lanester et de ses collègues, soigneusement stéréotypés, une râleuse, une extravertie portée sur la chose, un bleu maladroit. Pas trop d'aide du médecin-chef, pointilleux sur ses prérogatives. Par contre, Elisabeth Bassonville, elle, responsable de tout le passé historique du Centre Théophobe Le Diaoul, se prête si bien aux questions que ça en devient louche.

                                       On s'achemine ainsi vers une vérité subodorée depuis bien longtemps. Dommage que l'on soit depuis pas mal de pages resté assis à la cafeteria, à rêvasser à ce qu'aurait pu être une incursion réussie dans ce milieu hostile à toute curiosité. Les enfants de la dernière pluie, tout au plus une petite ondée de l'autre côté du rideau, celui qui sépare tant bien que mal la norme de la différence, sachant que l'individu dit normal n'a pas bonne presse dans la critique littéraire jamais exempte de démagogie, mais tout ceci reste insuffisant.

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28 janvier 2014

Sarajevo blues ou la solitude du tireur d'élite

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                                           Le temps a plusieurs fois effacé Sarajevo. Sait-on encore où se trouve cette ville? Et l'a-t-on jamais su? Jean Hatzfeld qui a couvert l'agonie de la Yougoslavie revient sur la Bosnie avec ce beau roman où une jeune femme serbe et son fiancé musulman se retrouvent presque du jour au lendemain en plein coeur du grand chamboulement. Tous deux sont tireurs d'élite et chances de médailles aux J.O. de Barcelone 1992. Mais voilà on découvre à Sarajevo à cette époque d'autres usages pour les tireurs de cette trempe. Appelons-les des snipers par exemple. Vahidin le musulman et Marija l'orthodoxe sont ainsi intégrés dans des camps différents, situation pas exceptionnelle en ces années 90 entre Belgrade et Sarajevo. A propos même aujourd'hui bien difficile de démêler la complexité administrative de la République de Bosnie-Herzégovine nantie d'une République Serbe de Bosnie, de divers districts plus ou moins autonomes, et peuplée de Bosniens et de Bosniaques.

                                          Utilisés contre leur gré pour leur art du dégommage les deux amants seront séparés par l'absurdité d'un conflit qui les dépasse. On sent l'univers journalistique de Hatzfeld, c'est un livre de grand reporter bien sûr et l'on songe aux historiques,Londres, Kessel, Lacouture. Mais la fiction sonne tout à fait vrai. Et il est très intéressant de lire les précisions sur l'entraînement des athlètes de haut niveau dans cette discipline peu médiatisée. Cela aussi fait partie d'un travail de romancier, une solide base documentaire. La solitude de ces soldats perdus, leur responsabilité, est impressionnante. Pourtant dans ces petits pays, à quelques kilomètres parfois, poussent encore les fruits rouges et court le gibier. Vahidin et Marija, de chasseurs en gibier, se retrouveront-ils? Et Robert Mitchum, qui manque parfois de rappel, jappera-t-il à leurs côtés.

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07 novembre 2013

La poésie du jeudi, Boris Vian

chromo oiseau couronné ana-rosa(1) A propos de guerre, de novembre et de deuil (j'aime tout spécialement "une abeille de cuivre chaud").

 

L’Evadé

 

Il a dévalé la colline

Ses pas faisaient rouler les pierres

Là-haut entre les quatre murs

La sirène chantait sans joie

 

Il respirait l’odeur des arbres

Avec son corps comme une forge

La lumière l’accompagnait

Et lui faisait danser son ombre

 

Pourvu qu’ils me laissent le temps

Il sautait à travers les herbes

Il a cueilli deux feuilles jaunes

Gorgées de sève et de soleil

 

Les canons d’acier bleu crachaient

De courtes flammes de feu sec

Pourvu qu’ils me laissent le temps

Il est arrivé près de l’eau

 

Il y a plongé son visage

Il riait de joie il a bu

Pourvu qu’ils me laissent le temps

Il s’est relevé pour sauter

 

Pourvu qu’ils me laissent le temps

Une abeille de cuivre chaud

L’a foudroyé sur l’autre rive

Le sang et l’eau se sont mêlés

 

Il avait eu le temps de voir

Le temps de boire à ce ruisseau

Le temps de porter à sa bouche

Deux feuilles gorgées de soleil

 

Le temps d’atteindre l’autre rive

Le temps de rire aux assassins

Le temps de courir vers la femme

Il avait eu le temps de vivre.

 

Boris Vian, Chansons et Poèmes

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20 septembre 2013

Nous sommes tous des spadassins

Les_spadassins

                                 Très beau roman,sombre et brusque d'un auteur français que je découvre. Les spadassins est une grande réussite du roman sur fond historique qui conjugue le regard sur la brutalité d'une époque,les Guerres de Religion, et le récit d'aventures et de combats refusant totalement,et à ce point là c'est rare,le picaresque qui enjolive parfois un peu trop ce type de littérature.Jean-Baptiste Evette confie la narration de cette histoire à Antonio Zampini,bretteur italien assez lettré pour devenir l'homme de confiance et le chroniqueur de Guillame Du Prat,baron de Vitteaux en cette fin de XVIème Siècle. Le royaume de France est à feu et à sang et s'ils s'engagent  du côté du roi et du parti catholique ce n'est certes pas par conviction papiste.La seule fougue qui stimule Vitteaux,c'est le goût de la bagarre,très en vogue à l'époque où le fratricide était un art majeur dont l'exemple venait de très haut.

basilic

                              Car de religion ou de foi point n'est question dans ce qui ressemble parfois au journal de bord d'une bande de brutes rappelant certains univers de westerns, plutôt à l'italienne,ou fin de mythologie.Très loin d'Alexandre Dumas où l'on a du chevaleresque,du preux, Evette nous présente ses combattants,courageux certes mais n'hésitant pas à tirer sur un fuyard ou à trucider au coin de la rue,rue bien peu avenante en ces années de Saint Barthélémy.Car si la Saint Bart est la star incontestée de ces années obscures on assiste à une multitude de sympathiques petits massacres sans importance,où l'on trucide le parpaillot,même pas gaiement d'ailleurs.Certes le huguenot n'est pas en reste quant à brûler et dévaster.

 FAUCO

                             Zampini,qu'il ne faut pas trop sanctifier parce qu'il sait lire et écrire,est en fait fasciné par le baron de Vitteaux,que rien n'arrête,et que rien n'intéresse hors les lames et à la rigueur,les aventures sans lendemain.Des lendemains il n'y en aura pas pour tout le monde,même pas pour les grands,Coligny, Guise, Charles IX ou Henri III. Mais Vitteaux semble protégé par un quelconque talisman alors que ses proches rejoignent le paradis ou l'enfer, romain ou protestant.J'ai aimé ce livre aussi pour son vocabulaire très riche. D'ailleurs pour défendre la langue française je suis prêt moi-même à tirer de l'émerillon ou du fauconneau,voire du basilic,coiffé d'un morion. La guerre a parfois de bien jolis mots. On pense un peu à La Reine Margot mais on est aux antipodes de ce brave Alexandre.Alors on pense à l'autre Reine Margot, celle de Patrice Chéreau. Pour la brutalité et l'effet "soudard" on a un peu de ça,c'est vrai.Mais débarrassé des intimes obsessions du metteur en scène. Si vous ne craignez pas de chevaucher et ferrailler, claquant des dents, affamé et crotté, foncez dans les sillage des Spadassins. Eux au moins ne vous donneront pas de leçon de morale.

                            

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30 juillet 2013

Scènes de la vie de Bohème

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                              Athalie A les lire  m'avait rappelé ce livre dont je ne connaissais que le nom,et vaguement cette notion d'humour tchèque déjà rencontré chez Bohumil Hrabal et chez certains cinéastes.Jiri Weil,juif tchèque,sait ce dont il parle:les prémices de l'horreur,déjà une horreur en soi.Si le ridicule avait tué le monde aurait échappé à bien des carnages.Car c'est avec le sens de l'absurde et un humour solide que Jiri Weil nous balade dans la Prague de 1942.L'épisode historique est connu, notamment grâce aux films de Fritz Lang, Les bourreaux meurent aussi, et de Douglas Sirk, Hitler's madman. Heydrich, sympathique Reichsprotector adjoint en Bohème-Moravie,est assassiné et c'est un enchaînement de répressions qui s'abat sur la Tchécoslovaquie. Attention,Heydrich n'était pas un second couteau,fût-il long. Ses ambitions étaient grandes et il fut l'un des plus méthodiques instigateurs de la Shoah.La mort de Heydrich n'est qu'un catalyseur dans Mendelssohn est sur le toit.L'important du roman est ailleurs.

                        Deux modestes fonctionnaires sont réquisitionnés pour enlever la statue de Mendelssohn du toit du Palais des Arts.On ne va quand même pas laisser ce compositeur d'origine juive parader dans la nouvelle Prague.Seul souci,aucun nom marqué,comment reconnaître l'auteur du Songe d'une nuit d'été? Au nez,pardi! Oui mais le nez le plus sémite,sur ce foutu toit,semble être celui de Wagner.Je vous laisse imaginer la théorie des dominos pour trouver un responsable et c'est toute la grandeur de l'écrivain Jiri Weil de nous donner à voir par le petit bout de la lorgnette les facultés d'adaptation de tout ce petit monde pour,un,ne pas trop se faire repérer,deux,sauver sa peau,objectif somme toute relativement compréhensible.

                      Donc,et Athalie le note très justement,pas forcément de grandes bassesses chez tous ces gens,mais des faiblesses,des accommodements. Et nous,qu'aurions-nous fait? Ballade du dérisoire et de l'absurde,à la lisière de la tragédie imminente et toute proche,à Theresienstadt par exemple,où mourut  Desnos ("Je pense à toi Robert qui partis de Compiègne" *),  Mendelssohn est sur le toit  jongle avec la drôlerie pour mieux désespérer.A Prague pour cela on en connait un rayon, de Franz Kafka au brave soldat Chveik,en passant par Ian Palach en ce printemps raté de 68.

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2013/07/06/mendelson-est-sur-le-toit-jiri-weil.html

* Robert le Diable,poème de Louis Aragon,mis en musique par Jean Ferrat

 

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27 avril 2013

Ennui vénitien

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           Grosse déception que cet Alibi de Joseph Kanon dont j'avais, tant apprécié L'ami allemand,The good German au cinéma, Soderbergh, Clooney.Venise a rarement semblé aussi peu inspirée dans ces premiers mois après la fin de la guerre.Un jeune Américain,démobilisé,retrouve sa mère qui va se marier à un médecin italien.Qui est vraiment cet homme? S'intéresse-t-il surtout à la fortune de cette femme?Et le Grand Canal a-t-il beaucoup de cadavres à vomir ainsi?

          Autant le Berlin de 1945 était judicieusement étudié par Joseph Kanon avec ses trafics divers,ses vestes retournées in extremis,et ses signes très précoces de la future Guerre Froide,autant l'auteur se noie dans les eaux troubles de la Sérénissime.Rien ne m'a intéressé dans cette histoire qui mêle résistants au fascisme et chemises brunes,qu'on confond allégrément.Bien sûr les immédiates après-guerre peuvent être diablement séduisantes pour l'univers du polar.Mais ce qui fonctionne dans le Berlin de L'ami allemand ou la Vienne du Troisième homme,ça ne marche pas sur la lagune.Chiuso! Scusami mais, Dieu merci, j'ai connu La mort à Venise autrement excitante,et des Lunaisons vénitiennes d'un tout autre calibre.Pourtant j'aimais bien la photographie de couverture.

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03 janvier 2013

Retour aux antipodes

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                    Voilà un bon livre,classique au possible, presque trop,d'où je retiens essentiellement les retours sur le passé et la guerre en France,qui me semblent plus forts que l'improbable rencontre entre Quinn,accusé à tort de l'assassinat de sa jeune soeur et Sadie, gamine délurée en l'Australie qui compte ses morts loin,très loin,là-bas en Picardie (je connais bien et les croix australiennes y sont si bien entretenues).L'enthousiasme m'est mesuré quant aux Affligés de Chris Womersley.Revenir sur la douleur des Australiens en ce conflit pourtant encore relativement européen était par contre une bonne idée.Les dégâts collatéraux de ce drame se sont bien moqué des frontières et des océans.Puissions-nous ne pas l'oublier.

                   Quinn veut obtenir justice,bien que porté disparu sur le front,à son retour en Nouvelles-Galles du Sud.Il retrouve sa mère très malade qu'il persuade de son innocence.Lui reste à châtier le vrai coupable.Là un petit peu plus de suspense n'aurait pas nui.Je n'ai pas été convaincu par ces épisodes et j'ai trouvé que l'histoire tournait court à la fin,comme si Chris Womersley ne savait pas quoi faire de son idée de justice.Il m'arrive alors d'être pris d'un certain mutisme.Alors j'aime orienter vers quelqu'un de plus dithyrambique et qui en a fort bien parlé.Sur Les affligés et cette rédemption dont j'ai parfois douté un peu c'est le cas de http://www.laruellebleue.com/8587/les-affliges-chris-womersley-albin-michel/

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05 décembre 2012

Voici des fruits,des fleurs,des feuilles et des branches...

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              ...Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.Merci à Verlaine.  Beaucoup d'entre vous ont un jardin et nous régalent de couleurs de saison, fleurs de tous les coloris,fruits et feuilles,sépales et pétales,arbustes,haies et rameaux.Et moi,dans mon coin,je n'ai aucun jardin, bien qu'aimant les fleurs dont ma mémoire, pas mauvaise mais sélective,peine à retenir les noms parfois alambiqués. Alors j'ai eu envie de vous en envoyer de temps en temps,des fleurs,en chansons,en poèmes,de toutes sortes.

              J'aime énormémént The Nits,groupe néerlandais maintenant sexa,parfois minimaliste mais à la fougue toujours juvénile.La chanson s'appelle simplement The flowers.Elle parle d'une dame qui marche dans la neige d'un cimetière, quelques fleurs à la main, qu'elle va déposer sur la tombe d'un jeune soldat mort dans ls sables du désert.C'est somptueux,modeste et universel. J'aimerais que vous l'aimiez.And it hurts,and it hurts...Ca fait mal.Mais peut-être partagerez-vous quelques pas dans mon jardin imaginaire.

http://youtu.be/8x4iPH15TPY   The flowers   The Nits

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02 décembre 2012

Deux films américains de Jean Renoir

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          Un ancien article évoquait L'étang tragique et L'homme du Sud,deux des six films américains de Jean Renoir.Je viens de voir Vivre libre (This land is mine) et La femme sur la plage.La période américaine de Renoir n'est évidemment pas du niveau de La règle du jeu,ce sommet du cinéma français.Ne soyons cependant pas trop sévères ,le metteur en scène français,si français,ayant dû subir certaines pressions des studios.On s'en serait d'ailleurs douté,Renoir ayant fait preuve d'une certaine naïveté."Sommé" de réaliser un film de propagande pour l'entrée en guerre des Américains,Jean Renoir réalise sur un scénario du grand Dudley Nichols, souvent complice de John Ford, Vivre libre avec l'immense Charles Laughton et Maureen O'Hara.Pas officiellement situé en France mais dans un "pays occupé" le film sera assez bien reçu en 43 aux Etats-Unis mais honni à sa sortie française en 46.On n'avait pas forcément apprécié le départ de Renoir de  ce côté de l'Atlantique, notamment ses amis du P.C. qu'il avait déjà pas mal indisposés avec sa sympathie pour Louis XVI dans La Marseillaise.

       Vivre libre souffre bien de quelques simplismes,c'est très souvent le cas des films dits de propagande qui ne font guère dans la nuance.Le générique avec la musique du Chant du départ annonce la couleur.Mais le personnage de collabo un peu malgré lui,George Sanders,se rachète partiellement pas son suicide.Renoir se garde bien d'écorner les chemineaux,sanctifiés comme chacun sait,dans tout film sur la Résistance.Mais le morceau de bravoure,quoiqu'un peu longuet,reste bien sûr la plaidoirie finale d'Albert Lory (Charles Laughton),sur la nécessité de résister et l'engagement.C'est limite très gros sabots mais la rondeur du grand comédien anglais,qui joue ici un petit instituteur plus tout jeune,rondouillard et nanti d'une mère castratrice comme on ne le disait pas à l'époque,la rondeur du comédien, disais-je,emporte l'adhésion.Somme toute réévaluons en partie la carrière américaine de Renoir même si,c'est vrai,La règle du jeu,ce marivaudage à l'accent grave,ironique et lucide,relève d'une autre planète cinéphile.

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               Très différent et particulièrement atypique dans l'oeuvre de Renoir,son tout dernier film américain,1946,La femme sur la plage,souffre d'un montage à la hache qui réduisit le film à 71 minutes.Un trio très introspectif,un peu lourdement. Robert Ryan, garde-côte sur l'Atlantique, traumatisé par la guerre.Joan Bennett,jolie femme de noir vêtue,mariée à Charles Bickford,plus âgé qu'elle,peintre devenu aveugle peut-être à cause d'elle.Il y a quelques scènes fortes dans The woman on the beach,dont le titre premier était The desirable woman,trop osé.J'en vois essentiellement deux.La première rencontre entre Ryan et Bennett qui ramasse du bois près del'épave,force souvenirs pour l'ancien marin.Et la balade de Ryan à cheval et Bickford,aveugle marchant en se tenant à la selle,aux bords de la falaise.Sur le thème du renoncement,l'intrigue psychanalytique tourne un peu au fatras.Pas vraiment de terroir social renoirien,plus proche du Lang du Secret derrière la porte par exemple,ou d'Hitchcock.J'ai quand même une certaine sympathie pour ce film qui n'eut strictement aucun succès,ni en France,ni aux Etats-Unis.Grand film malade,disent certains. Abatardi, certes,d'après moi mais pas inintéressant.

     

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