19 avril 2022

L'Ecrivraquier/26/Là quand...

L'Ecrivraquier

 Là quand...

               La question est banale et la réponse difficile. Je ne sais trop comment m’y prendre ni trop dire à quelle époque j’aurais voulu vivre. Simplement j’aurais aimé être là. Accordez-moi deux essais. D’ailleurs j’y étais.

Hern

               J’étais arrivé comme les autres très tôt dans l’après-midi et déjà les sbires aux ordres nous avaient copieusement bombardés d’injures et de divers projectiles. Je revois la trogne d’Honoré se ramassant un chou pourri avant même l’entrée dans le théâtre, tumultueuse. Cette première promettait. Elle promettait surtout d’être la dernière. Hector était des nôtres et terminait sa propre détonation, fantastique. Et comme j’étais heureux dans cette agitation, ce brouhaha qui tournait à l’émeute. C’est Théophile qui faisait office, mi Spartacus mi Bonaparte. Et ses longs cheveux défaits ruisselant sur son gilet rouge. C’étaient nos barricades. Et comme j’étais fier, moi, moi le journaleux, le pisse-copie, d’être ainsi mêlé à ces jeunes hommes en colère qui, j’en étais sûr, feraient l’histoire. Je ne devais jamais les oublier et surtout pas Gérard, mon pays de Valois, qui raisonnait encore. La jeunesse triompha. Puis la jeunesse prit de l’âge et Mademoiselle Mars oublia Dona Sol qui avait si bien bafouillé son lion superbe et généreux. Mais j’y étais.

               J’aurais voulu être de boue, tout de boue, parmi ces centaines de milliers hirsutes et sales, au milieu de la célèbre pâture. De fait beaucoup ne voulaient pas nous voir en pâture. Là, au cœur de l’élite, loin de toute sobriété et naïf comme c’est pas permis. Je ne jouerai pas le catalogue, je l’ai déjà fait bien souvent. La chaleur est auguste. De fait on ne s’embarrasse guère côté textile. Je n’ai pas beaucoup de recul en ces années qui résonnent tant sans raisonner. Je ne serai guère prolixe et j’userai, immodeste, de poésie, oh le grand mot. Mais j’y étais.

 Souviens-toi

De peu, de très peu                             

De deux guitares immémoriales     

La proue et la poupe

Havens

D’un navire amiral

Celui de mes vingt ans

Les cordes initiales

Au premier jour

Richie qui psalmodie

Freedom si longuement

Faire patienter

Si la guitare est sèche

L’envol est princier.

A l’aube crépuscule

Était le quatrième jour

Jour d’une âme électrique

Et Jimi moribond

Guernica de l’hymne étoilé

Et puis et puis

Début du long rideau.

 

 

 

 

 

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07 janvier 2022

🎸🎶📚🎬

A la clé

💐

What happens Across the universe?  Nothing gonna change my world. Long ago they changed our world (Lennon, McCartney, Harrison, Starr). 

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22 août 2021

L'Ecrivraquier/24/Edward Hopper

L'Ecrivraquier

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                         Edward Hopper m'a de tout temps fasciné. il me fait penser à Leonard Cohen. Tous deux sont de ces rares artistes qui bouleversent, émeuvent mais nous font aussi un mal de chien, avec une envie, heureusement furtive, de se foutre à l'eau. A consommer avec modération. Alors voilà, à l'heure où ce blog est devenu bien peu disert, ce que cela m'a inspiré. 

  🎸

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10 mai 2021

In the name of rock/Joey

                         Dans ce cas précis Joey est un prénom féminin. Peu à rajouter, sinon que Nick Drake (1948-1974), ne fit que trois disques avant de sombrer dans les travers habituels et de mourir, n'atteignant même pas le club des 27. Il n'avait que 26 ans, et contrairement aux autres membres du club, n'avait eu que très peu de succès de son court vivant. 

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                         Rejeton tardif du British folk, sorte de Van Gogh troubadour, son influence n'a fait que grandir. Peu de prénoms féminins auront été aussi bien chantés que cette Joey. Je définirai Nick Drake comme un chanteur du XIX° siècle, égaré au XX°, sur les traces d'un Shelley, d'un Byron, la guitare en plus. Bon c'est pas tout ça, je vais m'y mettre. Ce sera moins bien. 🎸

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26 mars 2021

Que diable allez-vous faire?

Diable

                      Le diable m'a titillé de retourner au Sud profond des bluesmen originels, me pencher une fois encore sur la légende Robert Johnson. Et d'y perdre un peu de temps étant donné que le blues ça s'écoute plus que ça ne se lit. Bien fait pour moi. Damn I did'nt need being on the road again. Les auteurs de cette biographie ont compulsé une fameuse documentation. Ces historiens de la musique américaine ont exploité des registres municipaux peu fiables, écouté depuis 40 ans des vétérans de la scène blues du Mississippi de ces années trente, vérifié de multiples sources, ce qui nous vaut de très nombreux fac-similés sans intérêt, et pas mal de photos dont la qualité d'impression est certes médiocre. 

                     Après cette petite méchanceté sur ce livre je veux dire que, bien qu'alourdi de tous ces documents, et débordant de noms de musiciens, villes, lieux-dits, salles de concert, terme bien pompeux pour désigner les jukes, mal famés au whisky frelaté et aux bagarres quotidiennes, Et le diable a surgi. La vraie vie de Robert Johnson reste un compte rendu intéressant de la vie dans le Sud de ces innombrables guitaristes, harmonicistes (les deux instruments roi du South Blues) traîne-misère, jouant dans la poussière des rues pour quelques nickels, chantant les complaintes la plupart du temps hypersexistes, à grands coups de doubles sens, tant la solitude leur était prégnante. Pour l'élégance du vocabulaire le delta de l'Old Man River n'est pas l'idéal. Une femme y est souvent nommée "my rider", et Robert Johnson n'avait rien d'un romantique se consumant pour une belle. I'm gonna beat my woman until I get satisfied, extrait de Me and the devil blues. On sait que tout cela finira bien mal pour Robert. 

                     Du coup c'est le trop-plein d'informations. Bref le livre tient parfois du manuel scolaire indigeste. Mais il a la bonne idée d'insister, en dehors des femmes, du whisky (le moonshine, il y a plein de mots d'argot pour ça aussi), des accordages un peu vicieux sur le manche de l'instrument (sachez que personnellement je ne m'y frotte pas), des querelles et des tabassages ordinaires, sur la grande influence afro-caribéenne, le vaudou, hoodoo, ce culte si bien entretenu par la population noire du Sud. Bourré de magie noire et de symboles sexuels, le blues encore très rural de ce Sud américain n'est pas à mettre entre toutes les oreilles. 

                    Mais tout ça, on l'a compris en une soixantaine de pages. Surtout si l'on a lu le superbe album Love in vain de Mezzo et J.M.Dupont qui en dit autant avec bien plus de plaisir B.D.Blues que je vous invite à (re)découvrir. Enfin et surtout il faut écouter les rares enregistrements du maître qui rencontra le diable à un carrefour par une nuit noire ou étoilée, ça dépend des versions, pour échanger le pacte faustien bien connu. Autre chose bien connue, ici bas quand la légende est belle, on imprime la légende. Voici Terraplane Blues, très riche en métaphores mécaniques à base d'huile et de pistons. "Mother if you read, forgive your son. He met the devil".  

                   Bruce Conforth, fondateur du Rock'n'Roll Hall of Fame, spécialiste de ce qu'il est convenu d'appeler la culture populaire américaine, et Gayle Dean Wardlow, historien du blues et collectionneur, sont les auteurs de Et le diable a surgi. Leur travail a été considérable. Je n'ai pas été tellement tendre avec leur ouvrage. Mais, surely, they've got the blues. 🎸

 

 

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02 mars 2021

Villa Blues 🎸

                           L'ami Patrick, sous le joli nom de Villa Seurat (P.R.) écrit de bien belles choses. Je m'y reconnais fréquemment. Ses textes ont une tonalité qui m'enchante, et le parfum de blues qui en émane ne peut que me réjouir. Avec une touche de surréalisme parfois. Alors rendez-vous sur ce Railroad Crossing, résultat de notre collaboration (la deuxième). Une histoire de chemin de fer, de musiques et de ruptures, le sel de la vie. Merci Patrick. Je leur dirai ces mots blues. 🎸 Modestement quant à l'interprétation, mais sincèrement. 

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01 janvier 2021

In the name of rock/Virginia

 

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                          Nouvel An. Un prénom, un de plus, un peu comme si rien n'avait changé. Ce qui restera, car le temps se couvre sérieusement. Ce qui restera, quelques arpèges de guitare, quelques phrases sentencieuses sur des films qui ne sont convaincantes que pour les convaincus, des milliers de pages lues dont ne surnagent totalement que quelques maîtres livres, des chansons, des gens qui ont compté, gens de toutes sortes, connus, parfois que de moi, des rivières et des arbres, des oiseaux, des retours, des partances. Virginia (celle de Leave Virginia alone de Tom Petty mais il y en a d'autres), Virginia et toutes les autres, le Nord s'approche. 

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18 septembre 2020

In the name of rock / Susan, Suzanne, Suzannah, Susanna, Suzie, Susie

                  Des Susan, des Suzanne, il y en a beaucoup. Y-en-aurait-il eu trop? Possible. Petite sélection non exhaustive où vous ne trouverez pas celle de Leo par lui-même. Je l'ai déjà si souvent évoquée ici, en V.O., en VF. Elle ne m'a pas fait que du bien. Pluralisons. Elles ne m'ont pas fait que du bien, les Suzanne, et les autres. Oui, d'accord, vice-versa. Il est temps pour elle de se reposer. Rafraîchissons-nous à la Susan de Don, qui patiente sur la Côte Ouest.

             Ya Ya aussi les Susie, Suzie, Suzannah, and so on... Par exemple la reprise en noir et blanc du standard Suzie-Q par un obscur quintet. Attention ça dure pas longtemps. Des rudimentaires sans avenir. 

              Catégorie votre père n'était même pas né les délicieux Frères Everly essayaient de la réveiller, Wake up Little Susie. Simon et Garfunkel s'en souviendront. Et The Band se passait très bien de Robert Zimmerman, Lonesome Suzie.

                    Oh! Susanna par le grand James Taylor vaut mieux que la version polka banjo des fins de banquet en Alabama. La Suzanne de Leo, la voilà quand même bien sûr, version grande prêtresse Nina Simone, magnifique, si différente. 

                    En bonus (c'est beaucoup dire) une version française, les mots sont de Graeme Allwright.

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11 septembre 2020

L'Ecrivraquier/23/Lettre au Boss

Lettre au Boss

Bonsoir Boss. Nous avons le même âge et tu me dois même quelques mois, un droit d'ainesse en quelque sorte. Tu imagines comme je suis ému à voir en noir et blanc la bande du E. Boss, 47 ans, que je te suis, 47 ans que tu m'épaules, tant d'années et j'ai l'impression que c'est toi qui m'a suivi. Toi, le plus jeune de mes quatre cardinaux, tu as tant compté. Oh je ne prétends pas à l'exclusivité, on est sûrement des millions à avoir traversé  le demi-siècle à tes côtés. Et ni Leo (a-t-il enfin trouvé la paix?), ni Robert, ni Neil ne m'en voudront. Ils m'ont beaucoup donné mais toi c'est côté coeur que ça se passe. Unique.

Sur la vidéo les gars ont bien sûr pris de la bouteille et du ventre. Et perdu quelques cheveux. Ca tombe bien, me too. Au fait dis à Patti que je ne l'oublie pas. Et Danny, et Clarence sont maintenant au Rock'n'roll Sky of Fame. Je voulais te dire, il y a dix ans j'ai retrouvé ma guitare d'ado. On ne s'était pas revu depuis 42 ans, elle et moi. Depuis on ne se quitte plus. Tu vas rire mais j'essaie même de te jouer un peu. Non je suis sérieux. Devenu acoustique moi aussi avec le temps. J'arpente tes albums et ton Amérique qui est un peu la mienne. Bien secouée qu'elle est.

Nous aussi on est un peu secoués, tu es au courant. Alors ta Letter to You, faut que je te dise, elle m'a fait pleurer, forcément. Ben oui, une lettre, c'est devenu rare, et  passé 70 balais, ça te prend tout de suite un air de testament. Je voudrais pas tomber dans le pathos ou l'anciencombattantisme. Et puis tant pis. F... l'originalité. Alors je me souviens d'un Stade de France, 2003, et d'un flamboiement de musique dans la nuit banlieusarde, où tu donnas tant, seul en répète et avec les gars. Inoubliable, le plus beau moment rock de ma vie. Pas loin d'être le plus beau moment tout court. L'une de mes fiertés, mon gamin était là à mes côtés. Bon, il  avait 29 ans. Mais quand même.

Tes chroniques américaines, 50 ans de la vie là-bas, souvent du côté de Steinbeck, je n'oublierai jamais The ghost of Tom Joad, mais faudrait tant, faudrait tout citer. Tes chroniques, ta guitare et tes potes du E.  t'ont valu depuis longtemps mon Nobel à moi. Et si l'autre saloperie qui traîne le permet je devrais te consacrer une conférence au printemps au Temps Libre. Faut t'y faire Boss, tu es devenu un sujet de thèse. 

So long Boss. Greetings from France, Picardie. Mon New Jersey. Et merci, merci pour tout. 

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22 juin 2020

In the name of rock / Madeline

                       Le folk, qui m'a tant aidé et inspiré, est inépuisable. Et cette fois je ne radote pas de vieilles lunes mais vous présente Madeline et un trentenaire que je connais depuis au moins dix minutes. La chanson est récente mais peut se rattacher au courant folk des outlaws songs, que tous les grands folkeux classiques ont visité ou revisité. Beaucoup d'entre eux ayant d'ailleurs eux même tâté de la cellule. Il y a tout un vocabulaire dans les disques de blues, de folk, passionnants à découvrir. Up around the bend ne veut pas dire juste au tournant mais en taule. Pareil pour Up the river. Where the chilly winds don't blow est une jolie périphrase pour le prison. Je conseille le très bon bouquin de Jean-Paul Levet, éditions Kargo, Talkin' that talk, le langage du blues et du jazz. On comprend beaucoup mieux les allusions et les doubles sens de toutes ces chansons. 

                       Ian Noe a donc écrit une Letter to Madeline d'une facture très classique. Sûr que le folk, souvent appelé americana, plus branché, brode depuis toujours des harmonies familières. Mais cette musique est hors du temps. Just a guitar, man, just a guitar... Non, je n'ai pas connu de Madel(e)ine. Pourquoi vous me demandez ça? Sauf celle qui a posé des lapins d'anthologie au grand Jacques.

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