15 juillet 2018

Un été 27

Masse critique

51A1O1XKRDL__SX195_

                                L'opération Masse critique de Babelio (je les remercie de leur confiance, ancienne maintenant) portait cette fois non sur un  roman mais sur le récit historique du très fin et très drôle Bill Bryson sur ces quelques mois américains de l'été 1927, L'été où tout arriva. Lindbergh, le légendaire joueur de base-ball Babe Ruth, Henry Ford, Walt Disney, les bien oubliés présidents Harding, Coolidge et Hoover, sont les protagonistes de cette saison particulière. Ou plus exactement c'est l'Amérique entière de 1927 qui revit, entre succès économiques, triomphes aériens, fin de la prohibition, inondations séculaires du Sud, ombres mafieuses, exécution de Sacco et Vanzetti, et aube du krach historique. Hollywood va commencer à parler. Des fortunes se sont faites et défaites en quelques mois. L'été 1927 est un Summer of speed tant tout s'est accéléré.

                               Bill Bryson est un formidable raconteur et de  sa plume alerte nous apprend des tas de choses sur l'époque où  les progrès techniques voisinaient avec les idées souvent peu sympathiques. Lindbergh en est bien sûr le symbole le plus connu. Mais l'histoire de ce monde est un fabuleux roman et les héros en sont parfois bien loin des preux chevaliers ou des médecins humanistes. Pour mémoire, très intéressant, les premières ébauches de ce qui deviendra la télévision. En fait une vraie guerre de brevets, de tricheries et de banqueroutes pour une invention dont on perce à peine l'avenir. La politique n'est pas en reste avec trois présidents, semble-t-il, bien peu visionnaires. Passons sur les acquaintances avec l'Organisation. Sachez seulement que dans les années vingt, à l'enterrement d'Antony d'Andrea, mafieux notoire, figuraient dans l'impressionnant cortège vingt-et-un juges, neuf avocats et le procureur général de l'Illinois.

                               Bill Bryson, dont  j'avais lu il y a quelques années le très bon Shakespeare. Antibiographie, sait parfaitement nous tenir en haleine avec  son Amérique, sur des sujets dont on ne sait la plupart du temps que l'écume. L'odyssée de Lindbergh, par exemple, fut plus impressionnante par l'hallucinante tournée dans le pays de l'aviateur, sur un tempo infernal, pressuré, bousculé, vénéré. Bien plus fatiguant que de traverser l'Atlantique sur Le Spirit of St.Louis. Quoi qu'il en soit j'ai aimé ce gros bouquin (thank you Babelio) qui se lit comme un très bon roman. Et j'ai aimé aussi le fait que l'Histoire est souvent faite par des gens au demeurant loin, pour certains très, très loin, d'être sympathiques. Charles Lindbergh, Henry Ford eurent les goûts politiques que l'on sait. Babe Ruth, sur le plan privé, ferait passer Harvey Weinstein pour un ascète abstinent. Al Capone fit la belle carrière bien connue, très courte cependant. Sans oublier les boxeurs sonnés et les managers véreux, et les belles années du Klan. Ainsi va l'Amérique. God bless America. Fuck America.

le-chanteur-de-jazz-1927-a01

rush

sacco-and-v1421

                         Et plus que tout l'humour de l'auteur accompagne cet été 1927. Les lignes consacrées au chemin de fer sont délectables. Chantre du privé le pays a possédé jusqu'à 1200 compagnies, souvent au nom ronflant. Certaines arrivaient quasiment nulle part. Croyez-moi, c'est vraiment très drôle et ça donne envie de lire par exemple Une histoire de tout, ou presque..., Une histoire du monde sans sortir de chez moi, Des cornflakes dans le porridge (Un Américain chez les Anglais). Ou sa vision des antipodes Nos voisins du dessous. Chroniques australiennes. Rien que les titres...

 Ici. L'avis éclairé et plein d'Esprit de St.Louis de mon cher ami Le Bison.

Posté par EEGUAB à 07:15 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,


21 avril 2018

Le vaisseau des morts

9782264068002ORI

                            Somme-livre, livre-somme que ce chef d'oeuvre qui nous vient de Serbie. Lourd de 650 pages, A la guerre comme à la guerre est un prodige d'intelligence conté d'une manière chorale qui embrasse le conflit européen puis planétaire depuis le geste du médecin légiste Mehmed Graho constatant la mort de l'archiduc François Ferdinand le lendemain du 28 juin 1914. Sarajevo. Pas moins de soixante-dix-huit personnages, certains fictifs inspirés par des récits d'archives, d'autres réels comme le roi de Serbie, le tsar Nicolas II, Fritz Haber, l'inventeur du gaz moutarde, Hans Dieter Uis, chanteur d'opéra ou encore Mata-Hari,  Cocteau et  Apollinaire. Aleksandar Gatalica qui se fait tour à tour historien et maître de chœur enchaîne morceaux de vie et faits historiques. Nous assistons à la fin de la Belle Epoque et à la naissance d'un monde scientifique et planificateur. Roman choral d'un genre inédit qui mêle chroniques, anecdotes, témoignages, ce livre restitue les quatre ans de la Grande Guerre par une multitude de points de vue et de vécus. On craint le fourre-tout un peu indigeste, l'éparpillement de surface. On a affaire à un récit rigoureux dans sa pluralité. Que j'ai trouvé prodigieux et passionnant comme un film d'aventures réussi.

                             Le destin de chacun nous apparait dans toute sa violence, souvent grotesque, parfois grandiose. Un officier serbe, un ténor allemand, un épicier turc, un typographe français, tous comptent autant, pour beaucoup dans cette fresque, et très peu sur le plan de l'Histoire. Silhouettes balayées par les tourments-tournants, chamarrées de grand-croix de ceci ou de cela, ou vêtues d'un tablier de bistrotier. Un égale un dans cette extraordinaire mêlée. A la guerre comme à la guerre fera date dans mes lectures, un peu plus à même de saisir Ce conflit dont on a déjà tant discouru.

                             Comme un metteur en scène d'opéra Aleksandar Gatalica place ses banderilles et ses pépites très astucieusement, comme dans un art feuilletonnesque, grand compliment. Paris, Istamboul, Belgrade, Petrograd. Quelques cailloux fantastiques agrémentent si j'ose dire ces quatre années et demi de feu et d'acier. Un miroir soi-disant protecteur, des poches qui se décousent et d'où la vie s'échappe., des montres à gousset qui s'arrêtent, condamnant les quatre lieutenants qui les portaient. Et d'autres surprises constellent cet objet littéraire de toute beauté, qui doit à Dumas et à Borges, et qui nous entraîne dans une euro-sarabande, nous laissant un peu exténués mais comblés. Mon personnage préféré? La grippe espagnole qui finit par mettre tout le monde d'accord... Mais mention spéciale à Raspoutine que Gatalica fait assassiner à quatre reprises. En réalité je crois qu'il n'a été tué que trois fois. Ces écrivains hors du commun, faut toujours qu'il en rajoutent.

  

 

Posté par EEGUAB à 15:16 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , ,

26 mars 2018

Grognard

Masse critique

9782258148758ORI

                                Le témoignage vivant d'un soldat qui a vécu toutes les campagnes de la Révolution et de l'Empire. C'est ainsi que se présente cette réédition du livre du Major Claude Le Roy. Je lis assez peu d'histoire, mais à l'occasion de l'offre Babelio (merci, je suis assez  souvent du lot des chroniqueurs) j'ai tenté les  souvenirs d'un officier du Premier Empire, qui fut à peu près de toutes les évènements, les plus glorieux comme les déroutes, Austerlitz comme la Bérézina. C'est en fait un journal, au plus serré des opérations militaires, et au plus trivial aussi, ravitaillement, soins, pillages aussi. La solidarité n'est pas toujours de mise. L'eau-de-vie, si. Je ne suis pas assez passionné par cette époque, bien que je reconnaisse l'extraordinaire énergie de l'Empereur, précurseur peu économe du sang de ses troupes.

                             J'ai donc trouvé le temps un peu long mais certains vétérans impériaux on dû aussi le trouver bien long, ce temps des campagnes d'Espagne, d'Autriche, de Russie, de Saxe, de France. Ce livre, tel un rapport, intéressera les assez nombreux historiens amateurs. Il possède les vertus du concret, presque du reportage avant l'heure. Bien sûr il n'y faut pas chercher la moindre remise en cause ni du régime ni de la guerre. N'oublions pas qu'il a été écrit par le Major Le Roy, après la chute de l'Empire, et essentiellement destiné à la descendance de l'officier Le Roy. Il ne fut d'ailleurs publié qu'en 1914. Nous en sommes pas tout à fait dans le domaine de la littérature, ce qui n'a rien de péjoratif. On a tout à fait le droit d'ajouter Dans les armées de Napoléon à une bibliothèque déjà bien fournie en documents, ce qui, je crois, sera le cas des acquéreurs de cet ouvrage. 

 

Posté par EEGUAB à 16:37 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , ,

23 février 2018

Petit prix, grand livre

Agenda-lordre-du-jour-e1493217331555

                                Magistral, clairvoyant, ce livre de 150 pages, et là je réitère mes sempiternelles stances à la brièveté qui a souvent déserté tant la littérature que le cinéma, est une pièce maîtresse pour qui veut mieux saisir l'avant-guerre. Un 20 février vingt-quatre grands industriels allemands sont réunis à Berlin. Soutenir le nouveau régime et en tirer les bénéfices, tel est leur credo. C'est le premier chapitre de la lente, parfois pas  si lente, adaptation d'une bonne partie du pays aux thèses du nouveau chancelier. Eric Vuillard revient ainsi sur quelques épisodes peu glorieux dont l''Anschluss, acte fondateur sur le plan international de la spirale de l'horreur. Tout cela fut donc bien, tôt ou tard à L'ordre du jour.

                                Presque désopilant si ce n'était pathétique, dérisoire et monstrueux, superbement écrit, L'ordre du jour n'épargne personne, surtout pas l'Autriche, même pas cramponnée à son mini-dictateur Schuschnigg, que j'ai longtemps pris pour un (vaguement) résistant. Vienne avant l'Anschluss, avec son national-catholicisme n'avait déjà pas brillé par sa démocratie. Mais nous allons à Londres aussi, plus précisément au 10, Downing Street, où le Prime Minsiter Chamberlain reçoit les adieux de l'ambasssadeur du Reich, Ribbentrop, tout sourire alors que les troupes nazies envahissent l'Autriche.

                               Cette dite invasion a d'ailleurs tenu, aussi, de la farce car on apprend que nombre de panzers sont tombés en rade sur la route impériale, sous les yeux d'un Hitler vociférant et furieux, plus que jamais le Hynkel de Chaplin. Nombre de décideurs de cetet décennie, pas tous allemands, loin s'en faut, ont été, entre autres, ridicules. Hélas le ridicule ne tue pas.

                               "Car au fond, le crime était déjà là, dans les petits drapeaux, dans les sourires des jeunes filles, dans tout ce printemps perverti. Et jusque dans les rires, dans cette ferveur déchaînée, Hélène Kuhner dut sentir la haine et la jouissance. Elle a dû entrevoir-en un raptus terrifiant-derrière ces millers de silhouettes, de visages, des millions de forçats. Et elle a deviné, derrière la liesse effrayante, la carrière de granit de Mauthausen."

                              Cet automne, chez Drouant, les convives ont couronné un bien beau livre. Ca leur arrive assez souvent.

Posté par EEGUAB à 11:46 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

07 janvier 2018

Le vieux dossier texan

f

                                Qu'a pensé mon amie Val (La jument verte de Val) de cette lecture commune? Ils vont tuer Robert Kennedy est un livre très fort, qui vous poursuit et vous amène à vous remettre en question. Depuis longtemps Marc Dugain interroge l'histoire, les gueules cassées de 14-18, Staline, Hoover. A l'heure où l'on vient d'ouvrir de nouveaux documents sur Dallas, ce dont chacun sait bien qu'il ne faut rien attendre, l'auteur a curieusement amalgamé, et je crois que c'est un beau travail, les recherches d'un professeur d'histoire contemporaine sur les assassinats des Kennedy d'une part, et la mort violente de ses propres parents d'autre part. Sa mère, suicidée? Son père, éminent spécialiste de l'hypnose, un an après, mort accidentellement sur la côte californienne? JFK, Dallas, sous les balles de Lee Harvey Oswald? Robert, candidat à la Maison-Blanche en 68, Los Angeles, sous celle de Sirhan Sirhan? Bien sûr, mon âge fait que je me souviens de ça mieux que d'hier. J'avais 14 ans. C'est un facteur qui facilite un peu la lecture de ce roman, car c'en est un. Mais tout de même cette immersion dans les méandres de l'histoire récente est un bain d'intelligence, cette intelligence fût-elle parfois avec l'ennemi, ennemi qui reste à définir.

                               Robert Kennedy est bien sûr la figure principale du livre et Marc Dugain, sans l'idéaliser béatement, en dresse néanmoins un portrait assez favorable. Est-ce justice de nous le décrire, lui, Bob, troisième choix pour le père Joe Kennedy, dont plus personne n'ignore les sinistres penchants carrément pro-hitlériens, comme un homme tout de bonne volonté, ayant à coeur de faire la paix au Vietnam et d'améliorer la vie des petites gens? Je ne me prononcerai évidemment pas. Ce qui est sûr, c'est que Marc Dugain est vraiment un grand écrivain, à la manière très élaborée dont il entremêle les innombrables interconnections de la société américaine des  sixties. On connait un peu les théories complotistes et on finit par se demander qui est complètement innocent de l'assassinat du président Kennedy. Le livre est très riche, Oswald et Ruby, simples marionnettes, ont-ils été utilisé? Et par qui?

                             400 pages après, on n'en sait pas plus sur les meurtres eux-mêmes. Ce n'était pas l'objectif. Mais on croit comprendre que l'assassin est bien identifié. Il s'agit de l'Amérique, immense arbre aux rameaux schizophrènes, et, accessoirement coupable idéal de tant de maux qui permettent à bien d'autres de s'exonérer un peu vite de tout défaut.

Posté par EEGUAB à 07:48 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,


16 octobre 2017

Subterranean rhapsody in blues

2110031_rentree-litteraire-underground-railroad-les-racines-du-mal-americain-web-tete-030511928504_1000x300

                                     Encensé par la presse française lors de la rentrée littéraire Underground Railroad est effectivement un bon livre. Pas tout à fait l'oeuvre majeure comme le disent certains. Il faut dire que Ballades pour John Henry m'avait tellement sonné il y a quelques années que j'ai trouvé ce dernier roman un peu plus appliqué. Je crois que le sujet est un peu connu maintenant, du moins pour ceux qui suivent les parutions car on en a pas mal parlé et il se vend assez bien. Ce fameux Underground Railroad est en fait le réseau mis en place vers 1850 par les abolitionnistes américains pour faire évader les esclaves noirs des plantations du Sud. Point commun avec le working class hero John Henry, on finit par ne plus démêler le vrai du faux, la légende de la réalité. Alors imprimons la légende (John Ford mais vous savez tous ça).

                                   Cora est une jeune esclave en fuite qui traversera plusieurs états depuis la Georgie et connaitra des fortunes diverses tout au long de ce fameux réseau dont Colson Whitehead nous conte les détails de fonctionnement avec  ses gares, ses chefs de train, ses tunnels, tout cela avec une belle imagination. Mais du ferroviaire l'organisation possède surtout la terminologie  et c'est d'ailleurs assez fascinant. Quoi qu'il en soit Underground Railroad a le souffle d'une locomotive performante et les ramifications d'une carte secrète. Habilement construit tant sur le plan chronologique que géographique le périple de Cora s'avérera épique et dangereux, tributaire des mauvaises rencontres fréquentes et des bonnes volontés, plus rares. La haine et le mépris pouvant prendre différents visages, la crédulité aussi.

                                  Une  expérience de ferme participative dans l'Indiana sera cruciale dans  le destin de Cora. N'en disons pas trop, le voyage au coeur américain du XIXème Siècle, se lit comme un roman, un grand roman qu'il est, et qui explore en une parabole qui frôle le fantastique, voire plus, avec ce train fantôme surgissant de nowhere, la face sombre de la construction d'un empire presque galactique où le grandiose a souvent chevauché avec l'abject. Comme partout. Je crois savoir qu'une série devrait être tirée rapidement de ce chemin de fer clandestin, sous la houlette de Barry Jenkins (oscarisé pour Moonlight).

Ce qu'en  a pensé Claudialucia  ici

                                   

                          

                                  

 

 

 

Posté par EEGUAB à 16:03 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,

07 mars 2017

Jackie and Chet

 AFFICHE_JACKIE

                               C'est Jackie qui ouvrait le bal ce lundi 27 février, le film du Chilien Pablo Larrain (Neruda il y a peu) présenté par l'ami Philippe. Consacré uniquement à quelques jours de la vie de Jacqueline Kennedy après l'attentat de Dallas (1963) le film s'ouvre sur l'entretien d'un journaliste de Life avec la Première Dame. Qu'on ne s'y trompe pas, on ne sera pas dans la chronique d'un deuil en très haut lieu, à lire dans la salle d'attente du gynécologue. J'ai volontairement cité cette spécialité tant le propos aurait pu être typique d'un magazine féminin de ces années là. Bien sûr la garde-robe est réussie et la Maison-Blanche... blanche. Mais Jackie est un film vraiment intéressant, traquant au plus près l'après drame, cathodique pour la première fois.

                                Au fil de ces quelques heures le statut de Jackie pourrait très vite changer tant la Roche Tarpéienne est près du Capitole. Cette fragilité se juge à l'aune du pouvoir médiatique américain, omniprésent comme jamais avant ces années soixante. On sait maintenant ce qu'il peut en être, non bien sûr de l'assassinat de JFK, mais des risques induits par la spectacularisation de la politique. Le débat fut de bonne tenue à mon avis, entre les anciens, dont hélas je suis, qui ont connu l'évènement et savent tous précisément comment ils l'ont appris, et les plus jeunes qui n'ont jamais eu l'occasion de pratiquer le culte Kennedy, dont on sait maintenant qu'il était pour le moins excessif. Les icônes ont en effet tombées, après les hommes de chair et de sang. Et l'on sait tous le côté moins éclairé de cette monarchie à l'américaine, cette famille royale made in USA. Moins éclairé constituant une litote.

                               Une  excellente soirée où le public évoqua tour à tour le rôle assez odieux du père, Joseph Kennedy, les troubles relations de la famille, les addictions du président, l'incontournable J. Edgar Hoover, et la mort l'année précédente de Marilyn. Nous n'avons pas tout résolu. Mais Princeecrannoir et Sentinelle ont vu Jackie avant moi et vous en parlent fort bien ici  et .

BORN_TO_BE_BLUE60317

                               Pour Chet Baker, que je présentais avec un jazzeux du coin qui à l'habitude de conter l'histoire du jazz, le public était un peu différent de nos lundis usuels. Les fans de jazz, qui ne sont pas tous cinémanes, avaient grossi les troupes. Là,il me faut faire très attention. Je sais que notre ami Le Bison veille et qu'il ne plaisante pas avec le Chet. Born to be blue, premier film du Canadien Robert Budreau évoque quelques années de la vie du célébrissime trompettiste et chanteur, au moment de l'agression qui devait le briser pour pas mal de temps. Bon, y avait d'autres choses pour le briser tant Baker est l'archétype du surdoué, ange déchu, ravagé, flambeur, génial bien sûr mais irresponsable et naïf en même temps. Et, osons le dire, pas très futé le gars. On s'en balance d'ailleurs, l'intérêt de cet homme étant de l'entendre, ce qui devrait aller de soi s'agissant d'un musicien.

                               Born to be blue souffre comme tout biopic, ou biopic partiel, dirais-je, d'approximations avec la vérité ou la chronologie. Le cinéma suppose ses artifices et un sens du condensé inévitable. Notre ami spécialiste l'a clairement expliqué sans tomber dans l'intransigeance. Bien sûr Born to be blue n'est pas un document musical mais ne se présente d'ailleurs pas comme tel. Les flashbacks en noir et blanc, plastiquement réussis, ne s'intègrent pas très naturellement et je trouve que les inévitables scènes intimes entre Chet et Jane alourdissent le rythme du film mais le cinéma ne sait plus s'alléger de ces conventions. L'opposition musicale et culturelle Côte Ouest et Côte Est est bien ressentie mais Budreau abuse plusieurs fois de couchants sur Pacifique bien anodins. L'arrogance d'un Miles Davis par exemple, sa morgue nous paraissent exagérés. Pas tellement nous a confirmé notre interlocuteur, les musiciens ne s'étant pas  si souvent croisés.

                               Au crédit du film un retour de Chet dans sa famille et une belle scène de difficiles retrouvailles avec son père, modeste paysan de l'Oklahoma, effaré de la vie de son fils, et de sa dépendance ultime particulièrement gratinée. Parlons-en un peu, de la drogue, compagne fidèle et encombrante, moi, je dirais insupportable. Hello fear! Hello death! La vraie muse? On n'ose pas tant que ça dans un débat aborder le sujet. Le public a été très actif et les questions intéressantes, certains très familiers de l'univers de Chet Baker. Tout ne m'a pas plu dans les réactions et c'est bien ainsi. J'eusse aimé qu'on nous fasse grace de l'enfance difficile de l'artiste (sans plus je crois) et de la souffrance , mais alors "rien que de la souffrance" (je cite) du toxico. Un peu court, un peu facile. Mais il reste un film de qualité, encore trop peu en musique à mon sens, une porte ouverte pour en écouter davantage. Ethan Hawke plutôt bon, il chante lui-même, plutôt bien. Ecoutez le Chet, sa musique étant infiniment plus belle et plus passionnante que l'homme. Tiens pour la peine voir ci dessous. Ou plus exactement entendre ci dessous.

Posté par EEGUAB à 12:34 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , ,

21 octobre 2016

Comtesses au pied léger

Masse critique

9791021021150

                                C'est pour une fois un livre d'histoire que j'ai reçu de Babelio, ce qui est toujours agréable. Ce rappel très documenté des années noires et de l'adaptabilité remarquable de certains hommes, et, surtout, de certaines femmes, croule sous les références, les noms et les pseudonymes si fréquents. Ainis l'on perd vite pied (enfin moi) devant tant de titres souvent faux, de fonctions dans telle structure ou tel bureau d'achats véreux qui firent florès durant l'Occupation. A un tel point que j'ai peiné à aller au terme de cette lecture.

                               On a vite compris que ces périodes troublées sont idéales aux traffics en tout genre, devises, stupéfiants, influences, marché noir. Que la collaboration horizontale se portait bien. Que des festins voisinaient avec les files d'attente et les jours sans. Mais ce livre s'adresse plus aux chercheurs qu'aux lecteurs. Les Comtesses de la Gestapo et leurs princes consorts, qui auront eu des fortunes diverses, ne m'ont pas convaincu. Plus catalogue de turpitudes vénales que créatures de chair et de sang. Mais c'est sûrement normal pour un livre d'historien.

Posté par EEGUAB à 09:44 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

10 septembre 2016

Saga citée

 Les O'Brien

                                 Pavé sympa que l'histoire de la famille O'Brien que le Canadien Peter Behrens nous raconte sur 572 pages rythmées et colorées, trois quarts de siècles et pour Joe O'Brien l'aîné, très jeune devenu chef de famille, les échelons de la fortune et du succès, notamment dans le bois et les chemins de fer. Cette saga est hyperclassique et ne prétend ni à l'originalité ni à l'inoubliable. Mais alors qu'il m'est arrivé de m'ennuyer ferme sur nombre de ce type de romans quasi feuilletonnesques j'ai trouvé que l'essor du XXème Siècle cadrait parfaitement avec l'évolution du personnage de Joe O'Brien, faisant du voyage un bon moment en compagnie du clan.

                              Joe, sa femme Iseult, ses trois enfants vivront pleinement leur époque, avec un maître mot, l'énergie. A travers les crises morales et financières, les deuils, les deux guerres qui n'ont pas épargné le Canada, mais qui ont-elles épargné? J'ai conscience que ce que j'écris là ne saurait être décisif quant à votre envie de lire Les O'Brien. Pourtant, des Rocheuses où l'on pose des traverses aux plages californiennes au surf balbutiant ce roman-fleuve (plus Yukon que Mississippi) m'a constamment incité à poursuivre cette histoire. Ce n'est pas le cas de toutes les histoires de familles.  Ce n'est pas non plus l'avis de tous les lecteurs, certains trop virulents (le naufrage des O'Brien), d'autres trop laudatifs (d'une rare intensité). Moi, ce modéré moi-même, j'y ai pris pas mal de plaisir. J'admets aussi, le temps nous étant compté, qu'on peut considérer avoir des lectures plus urgentes.

Posté par EEGUAB à 07:50 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,

08 février 2016

L'encombrant retour

1507-1

                               Adolph Hitler se réveille dans un terrain vague en 2011. Pris pour un comédien plis vrai que nature et habité par son personnage, le show business s'empare de lui. Programmé dans un show télé, il fait un malheur avec ses sketchs-discours et amuse ses spectateurs. Comment cela finira-t-il? Timur Vermes, père hongrois et mère allemande, nous entraîne dans un quiproquo tragi-comique, grand succès outre-Rhin et bientôt au cinéma. Et c'est très très drôle. Et assez troublant.

                              Recueilli par un kiosquier curieux A.H. est d'abord surpris par la ville. C'est une blanchisserie turque qui prend en charge son uniforme. Une femme est au pouvoir, pas tout à fait aux canons de la beauté aryenne. Aucune trace de ses amis Hermann, Josef, Heinrich. Et tous ces journaux en vente dans le kiosque. Un pluralisme de mauvais aloi. Benoitement A.H. se met au goût du jour et finit par devenir la coqueluche des médias, radio, interviews, puis émissions régulières. Vite il vole la vedette aux animateurs patentés. Lui au moins sort des stéréotypes. Souvent désopilant Il est de retour doit être pris comme un exercice humoristique qui n'exclut pas un rire un peu jaune. C'est que, allez, disons-le, A.H. apparait plutôt sympathique et c'est bien l'effet qu'il fait sur la plupart des Berlinois. Ses maladresses avec les nouvelles technologies amusent et il ne se décourage pas, plein d'idées pour l'avenir. Des idées sur lesquelles ni l'auteur ni moi ne nous attarderons.

                              C'est donc un très bon roman, tout en légèreté et fantaisie, ce qui est un exploit vu le thème. On y passe un très bon moment bien que certaines références soient un peu étrangères aux non-germaniques. Je viens de découvrir la bande-annonce car Il est de retour est sorti la semaine dernière en Allemagne. Et j'ai très peur qu'un excellent livre, intelligent et drôle, passe très mal de l'écrit à l'écran. De plus le film a été en partie réalisé comme un reportage en caméra cachée, ce qui met mal à l'aise...

                              

Posté par EEGUAB à 07:57 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,