24 avril 2017

Un été hongrois

Josse

                                 Sur les conseils d'Asphodèle j'ai découvert Gaelle Josse que j'avais souvent vue à l'honneur sur différents blogs. Ce court roman, presque un opuscule, se déguste comme un fruit frais à l'ombre d'un verger, comme un prélude romantique, comme une jeunesse déjà vacillante. Il y a des livres plaisirs sur lesquels on n'a pas envie de gloser. Un été à quatre mains, quelques mois de la vie de Franz Schubert, donnant des leçons à deux demoiselles aristocrates au coeur de la campagne hongroise, 1824, est un pur délice qu'on croque en une heure et demie. Franz n'a déjà plus que quatre ans à vivre.

                                La cadette Esterhazy, Caroline, vingt ans, sera pendant cette saison à la lisière de l'amour pour Franz. Leurs épidermes se frôlent à quatre mains. Conventions obligent, cette passion naissante n'aura pas le temps de vivre. Schubert, relativement connu à Vienne mais grassouillet, désargenté et malade, n'est manifestement pas un bon parti. Pour le peu de saisons qui lui reste, le vin frais des forêts viennoises, les amis musiciens qui l'aiment comme il est, et la musique qu'il écrira jusqu'à son dernier souffle seront ses compagnons. Les lieder de cet homme, ses trios, ses sonates, sont devenus autant de blues déchirants. C'est pour moi le plus merveilleux compliment.  Ici  Asphodèle tisse une jolie toile en musique pour remercier Gaelle Josse et Franz. Quant à moi j'ai du coup emprunté Le dernier gardien d'Ellis Island.


09 janvier 2016

Sandor sur ses lauriers

 nUIT

                                  Neuvième lecture de Sandor Marai, et ma passion pour cet écrivain ne se dément pas, bien au contraire. Du côté de Stockholm il fut souvent évoqué mais non... Justice (c'est le cas de le dire avec La nuit du bûcher) lui est rendue car l'action se passe à Rome où un carme espagnol, 1598, prend en quelque sorte des leçons d'inquisition pendant quelques mois. C'est que les hérétiques sont nombreux en cette fin de XVIème Siècle et que l'Eglise veille au grain. Je suis donc resté à la même époque que mon dernier livre chroniqué, La Religion. Epoque troublée, mais toutes les époques ne le sont-elles pas? Sandor Marai, qui eut maille à partir avec le régime de son pays, a pas mal voyagé avant de décider de son ultime destination, choisissant la nuit en 1989 aux Etats-Unis. En 1974 c'est en Italie qu'il vivait lors de l'écriture de La nuit du bûcher.

                                  Même si Bernardo Gui, le sinistre Grand Inquisiteur du Nom de la Rose, est évoqué c'est deux siècles plus tard que Marai a situé l'action de ce beau roman. L'auteur hongrois qui a beaucoup écrit sur les derniers conflits a également souvent utilisé l'Histoire, Casanova par exemple dans La conversation de Bolzano.Le moine d'Avila est ainsi éduqué aux méthodes du Saint-Office pour faire avouer les hérétiques. C'est que c'est tout un art dans cette Rome où la délation va bon train, où l'on se dévisage plus que de raison, et où les orthodoxes de mardi peuvent devenir les déviants du jeudi. C'est en fait une longue lettre qu'écrit ce moine à son frère Urbain, dans laquelle il revient sur son accueil romain, son initiation près des confortatori, des prêtres mais aussi des notables réunis en une confrérie, et chargés de fortifier l'espoir des condamnés, bénévolement par charité chrétienne ou parfois par curiosité et voyeurisme.

                                 Le moine (on ne sait pas son nom) sera finalement admis à l'ultime nuit d'un des plus célèbres "giustiziabili", Giordano Bruno, qui malgré sept années de geôle et de torture ne se sera jamais repenti. La doctrine de Giordano Bruno n'est pas l'objet du livre. Mais le questionnement du moine, ses hésitations, ses doutes, ainsi que l'influence de l'écrit suite à la diabolique invention de l'imprimerie, sont par contre au centre du roman de Sandor Marai, lui aussi victime en d'autres temps de régimes inquisiteurs. En cela La nuit du bûcher est parfaitement en phase avec toute l'oeuvre de cet auteur, pour moi plus que majeur, de la Mitteleuropa si riche en bouleversements et en écrivains.

La nuit du bucher de Sándor Márai vous donne l'avis d'Yspaddaden. Je le partage bien volontiers.

Huit autres romans de Sandor Marai ont fait l'objet de chroniques ici-même. 

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27 juillet 2013

De mots et de masques

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                                Sandor Marai progresse toujours dans la pile de mes lectures.Et puis Casanova m'a toujours passionné,aussi bien le fringant jouvenceau de Casanova,un adolescent à Venise,le très beau film de Luigi Comencini,que l'hurluberlu pathétique ridicule et émouvant Casanova de Fellini.En littérature aussi j'ai un bon souvenir du Retour de Casanova d'Arthur Schnizler,mais il est vrai que Schnitzler figure dans mon panthéon.Le paneuropéen Sandor Marai, qui vécut un peu partout sur le vieux continent et mourut en Amérique,à qui rien n'échappe ni de l'esprit des lumières,ni des jeux de la séduction,a fait de La conversation de Bolzano un texte d'une grande richesse et dont toute la deuxième partie est composée des très longs monologues successifs du vieux Comte de Parme qui blessa jadis Casanova en duel,de sa très jeune femme Francesca exaltée de sa passion,et de la réponse du Cavaliere.

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                                 D'anecdotes croustillantes sur les conquêtes de Casanova,point.De picaresques détails sur l'évasion des Plombs de Venise,non plus,Sandor Marai n'a pas voulu écrire un roman d'aventures.Pas de rencontres sur le pré pour laver un honneur,pas de cape ni d'épée.Un poignard, toutefois, compagnon fidèle de Casanova, qui peut toujours servir.Il y a bien un complice,Balbi, moine paillard et défroqué,ce qui est fréquent en cette période où les ordres mineurs,voire majeurs,s'accommodent d'une chasteté relative.Mais le chevalier restera un homme seul.

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                                 La profondeur de La conversation de Bolzano prend sa signification dans la très longue scène où le vieux comte,face à Casanova, lui propose un contrat, richement doté, si ce dernier partage avec Francesca une unique nuit d'amour, "Réconforte-la,et blesse-la", toute l'ambiguité de ce beau roman se trouve ainsi résumée.Et que dire de l'entretien final entre les deux amants? Francesca,qui a réussi à lui griffonner quatre mots, trouve les accents les plus déchirants pour lui avouer son amour, entre don de soi, et colère. Giacomo Casanova de Seingalt, de la Venise d'or et de barreaux à sa mort,modeste bibliothécaire d'un obscur château de Bohême,en passant par Bolzano,cette bourgade du Tyrol italien, a trouvé en l'immense Sandor Marai,un (faux) biographe d'une insoutenable vérité.

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31 mars 2013

Voir Naples et mourir (avec Valentyne)

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               Valentyne et moi avons lu ce livre de Sandor Marai.Je suis un adepte du grand écrivain hongrois que personnellement j'aurais volontiers nobélisé.Nobel non,mais de haute noblesse d'écriture à mon avis.Septième abord pour moi,la plupart étant chroniqués sur ce blog.Le miracle de San Gennaro est un roman qui surprend,très éloigné de l'univers un peu classique,quand on l'a parcouru comme moi au long de six livres explorant l'histoire personnelle de Sandor Marai,de son pays et de ses combats,de ses exils et de ses espoirs.Cette parenthèse napolitaine dans la vie très cosmopolite de Marai est composée de deux parties tout à fait différentes.

                Il a lui-même vécu en Campanie et dans un premier temps nous plonge dans le Spaccanapoli et les douces collines  du Pausilippe,peu après la fin de la guerre.Un couple d'étrangers vit comme une anomalie parmi les gens du petit peuple,mais d'eux il ne sera question qu'indirectement dans cette moitié du livre.Il y a là des marchands,des chasseurs bredouilles, tout un monde, pas toujours animé des meilleures intentions envers les marins et les touristes.On a faim à Naples en 1949.Alors certains reviennent d'Amérique,pas vraiment cousus d'or.Les familles y sont nombreuses,les prêtres aussi,souvent faméliques,qui attendent le fameux miracle biannuel de San Gennaro. La religion y tient une grande place,souvent teintée de crédulité.Padre Pio vit non loin d'ici,célèbre dans l'Italie du milieu du siècle pour ses stigmates de la passion du Christ.Outre le miracle du sang liquéfié de Gennaro on y espère d'autres merveilles,la guérison d'un enfant,une pêche prodigue,de l'argent pour la grande traversée.Le ton est à la comédie napolitaine,enfin presque.J'y retrouverais presque mon cher cinéma italien,le petit,pas forcément celui des grands créateurs,mais qui a bien du charme et de la couleur.

               L'étranger est retrouvé mort au pied d'une falaise. Changement radical de ton, au revoir la légèreté et le pittoresque.Venu d'on ne sait où, cet étranger était-il le rédempteur dont la rumeur se faisait l'écho? Et quel a été le rôle de la femme qui vivait avec lui?Et que vaut ce messianisme dont paraît-il,on le créditait? La lecture de cette seconde partie du Miracle de San Gennaro s'avère autrement difficile. L'enquête diligentée par le vice-questeur l'est tout autant.Le témoignage d'un moine franciscain qui a beaucoup parlé avec l'étranger et sa compagne (ce n'est pas le terme qui convient) nous éclairera-t-il sur la vérité? Le vent,la mer et le Vésuve, omniprésents, ne nous aident guère et j'ai parfois un peu peiné à suivre ces questions presque théologiques.Le hasard a fait que Valentyne et moi avons lu ce livre alors que François d'Assise,très important dans la vie de ce mystérieux étranger,  est aussi à la une  des journaux,et pas  seulement à Naples et à Rome.

            Le miracle de San Gennaro est un livre très attachant qui m'a semblé un peu plus à distance que Les braises ou Libération, très Mitteleuropa,mais qui amplifie à mon avis l'aura littéraire de Sandor Marai, dont je rappelle la mort volontaire sur une autre côte, californienne celle-là, en 1989.

 

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26 janvier 2013

Un Magyar,un Européen

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                Immense auteur enfin honoré Sandor Marai le Hongrois qui choisit la nuit aux Etats-Unis en 1989 n'en finit pas de m'envoûter.Sixième livre pour moi,Les confessions d'un bourgeois date de 1934,Marai a alors 34 ans.Les autres ouvrages que j'ai lus sont bien plus tardifs mais la maîtrise de l'auteur est déjà très affirmée.Dans une petite ville de Hongrie l'enfance de Marai est celle d'une grande famille bourgeoise,pas chaleureuse pour deux forints et pas mal engoncée dans cette fabuleuse Mitteleuropa qui ne sait pas encore son explosion prochaine. Souvenirs des précepteurs,des voisins,d'un antisémitisme dans une version assez sinueuse.Le jeune Sandor connaît l'internat,proche de L'élève Toerless,on comprend bien là le tronc commun des Musil, Zweig, Schnitzler, Perutz, etc...ces auteurs qui me passionnent au sujet de ce monde qui va rompre,de cette dynastie Habsbourg qui les abrite plus ou moins,qui les étouffe serait un terme plus approprié.Entre église et bordel se fait ainsi l'éducation de l'enfant puis de l'adolescent,mal à l'aise et qui fuguera dès quatorze ans avnt d'être rattrapé par la grande démocrate de 14-18,celle qui a en quelque sorte remis en place ce vieux continent.

              La deuxième partie de ces longues confessions,bien qu'il ne faille pas prendre ce terme au sens moral,est consacrée aux quinze années suivant le conflit.Elle est tout aussi fascinante.Marié,enfin un peu,Sandor Marai vivra partout,à Leipzig,à Berlin au moment de la gigantesque inflation,un peu à Weimar aussi. L'hôtel Adlon et toute la mythologie du Berlin avant que la ville ne s'enténèbre. Marai,observateur, s'engage rarement,farouche individualiste.Plusieurs mois à Florence,assez impressionné par le fascisme,ce qui s'explique plutôt bien lors de la marche sur Rome même si l'homme n'est pas dupe longtemps.Il débarque à Paris pour quelques semaines et y vivra six ans,témoin parfois étonné,toujours d'une grande lucidité.Montparnasse,le Dôme,la Coupole, cette époque bénie où Marai,qui commence à vivre de sa plume,boit un verre aussi bien au Ritz qu'aux terrasses des grands boulevards.Ses descriptions de Parisiens valent leur pesant d'or que ce soit les chauffeurs de taxi ou les concierges.

         Sandor Marai est souvent à Londres,les Britanniques sont si exotiques et l'auteur est si habile à décrire ainsi toutes ces sociétés occidentales,si loin de sa Hongrie qu'il finira par regagner.Non sans avoir également visité les "provinces" françaises qui l'étonnent, tellement "sonné " par les vitraux de Chartres si chers à Péguy que Marai vénère.Il commence ainsi à comprendre cette France si étrange à lui,le voyageur,partout curieux de rencontres et contemplatif.Quelques verres dans un bistrot de Dijon,un matin avec les poissonnières de Calais,le sabir partagé avec quelques "métèques" à Marseille,Sandor Marai apprend tout de la vie,même l'ondulante politique de la Troisième République.

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           C'est curieux comme on a ignoré si longtemps Marai.La belle pièce Les braises me semble avoir enfin réveillé les lecteurs,un peu.J'ai déjà écrit sur plusieurs livres de celui qui a pris une place d'honneur dans mon panthéon littéraire,tardivement certes,mais fortement.Je vous invite à plonger tête baissée dans ses livres et à traverser ainsi trois quarts de siècle,avant que Sandor Marai ne décide que la vie a cessé de valoir le coup.C'était en février 89 à San Diego, Californie,si loin de la République Populaire de Hongrie qui ne devait guère lui survivre.Bien fait pour elle qui ne l'avait jamais beaucoup aimé.La photo avec Thomas Mann date de 1935.

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08 mai 2012

Le fils du "Désert"

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             Robert Hasz est né en 1964 en Voïvodine,minorité hungarophone de la Yougoslavie.Mais ça c'était à sa naissance. Depuis c'est devenu compliqué dans ces coins là et il a choisi de vivre en Hongrie.La mort du Maréchal et l'explosion balkanique ont maintenant fait de la Voïvodine une province autonome de la Serbie où on dénombre six langues officielles.Ca doit être pratique..Ne confondez pas avec le Kosovo ni le Montenegro,et encore moins avec l'une des trois entités de la Bosnie.Suis-je assez clair?Le pire est que tout ça n'est pas sans rapport avec La forteresse.

            L'éditeur évoque Kafka,Borges,Gracq,Buzzati,ce qui fait beaucoup.Mais Robert Hasz est loin de démériter dans ce pays des confins pas mal fréquenté en littérature.Livius,à la veille dêtre démobilisé est muté là-bas,à la forteresse dans la montagne,près de la frontière.Quelle frontière,on ne sait pas.Et quels drôles de militaires.Pas d'armes dans cette caserne,mais les mets les plus succulents et les vins les plus fins au mess.Des véhicules hors d'usage.Des subordonnés à qui leurs supérieurs demandent de les tutoyer.

           Pas  de courrier non plus.Officiers et soldats patientent sans révolte,c'est ainsi.On creuse bien un tunnel,une belle excavatrice erre de ci de là.Evidemment on pense à Dino et à un autre lieutenant,mon frère Giovanni Drogo.Mais une fantaisie frissonne ici qui n'était pas de mise au Fort Bastiani.Les quelques personnages, peu hiérarchisés,autre différence notable avec Le désert des Tartares,finissent par découvrir une porte au fond d'un entrepôt fantôme.Paranoia,un Ordre semblerait dicter sa loi,mais rien n'est sûr.Je vous laisse là,mais quand même ça m'inquiète bien un peu.

 Autre livre de Robert Hasz     Magyar,vous avez dit Magyar

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21 juin 2011

Femmes au bord du Danube et de la crise de nerfs

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       Le Hongrois Zsigmond Moricz (1879-1942) n'est pas très connu en France.Patience:on a bien fini par lire un peu Perutz ou Joseph Roth.Retour donc à ma chère Mitteleuropa des Lettres.On pourrait appeler ce roman L'immeuble Ulloï,référence à un célèbre livre égyptien.J'ai crû L'épouse rebelle très léger, comme cette couverture affriolante.Je l'ai fini,le croyant toujours léger,mais léger comme le cinéma de Max Ophuls et les romans d'Arthur Schnitzler.C'est à dire fin,percutant et comme dansant sur un volcan.En 34 l'Europe entière dansait sur un volcan quand fut publié L'épouse rebelle.Moricz fut avec Bela Bartok l'un des rares intellectuels hongrois à s'opposer aux lois antijuives de Horthy.Et la Hongrie des années trente n'avait plus rien de l'Empire.Petit pays et petites gens tout aussi fauchés valsent très besogneusement dans ce lieu unique,leur immeuble délabré,comme Budapest.Se toisent et se croisent un jeune journaliste têtu,sa  femme inquiète du manque,une colonelle séparée de son mari en retraite peu généreux,une famille d'industriels,une famille de fonctionnaires tout aussi désargentés.

     Et comme dans La ronde de Schnizler ou Madame de...  le merveilleux film d'Ophuls tant de fois célébré ici, le point commun,l'immeuble dans ce cas réunit les protagonistes par apartés ou par plans plus généraux autour de quatre places gratuites pour le théâtre,héroïnes peu banales de ces deux jours à Budapest.Deux jours avec ruine,chance,promesses de meilleur,craintes du chômage, fâcheries, sourires et larmes.Il y a des jeunes filles,des prétendants,une courtisane,des officiers,des mères inquiètes et des pères offusqués.Le ton est à la comédie, viennoise et vespérale,bien que Vienne n'aime guère Budapest et vice-versa et bien que l'Autriche-Hongrie ait été reléguée dans les nations mineures.La quatrième de couv. évoque Lubitsch. C'est vrai,ce cinéaste aurait été à l'aise dans ces va-et-vient,ces atermoiements certes bénins mais parfaitement clairs quant à l'avenir,sombre.

   Et s'il y a lumière et espoir malgré tout sur Buda et le monde,c'est des personnages féminins qu'elle se diffuse.Bien plus rageurs et rebelles que ces messieurs,toutes classes confondues.Le titre du roman,qui semble lorgner sur une simple histoire de couple,est à prendre un peu comme une litote,ou au moins comme le symbole d'un féminisme encore discret mais qui n'en pense pas moins.

  

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26 avril 2009

Magyar,vous avez dit Magyar

    Le prince et le moine pourrait n'être qu'un bon roman historique sur le Moyen Age dans une Europe Centrale du X° Siècle où combattraient Magyars,Alamans,Moraves ou Bavarois.Avec force massacres, prisonniers,pillages et trahisons fraternelles.Normal quoi,un bon voyage en une lande barbare.Mais les landes barbares ont toujours été parcourues par quelques sages, érudits, lettrés, médecins.Stéphanus est détaché de son abbaye romande,messager pour les Magyars.Très vite prisonnier il apprendra à connaître ce peuple dont il se découvrira au fil de cette histoire de fer,de sang,et de foi,l'un des héritiers.

  La construction de ce livre passe par trois versions assez différentes d'un même récit,de très inégale longueur.Ce n'est pas ce que je préfère mais on peut considérer que ces témoignages ainsi subjectivés enrichissent la mémoire d'un peuple,le parant ainsi de multiples contradictions.Il est vrai que dans ces régions d'Europe centrale le thème des minorités cest loin d'être réglé.Ainsi RobertHasz est né en Voïvodine, c'est à dire en Yougoslavie,mais faisant partie de la communauté hungarophone.Il vit maintenant en Hongrie mais la Voïvodine fait partie de la Serbie.Enfin je crois. Infiniment complexe cet écheveau mais passionnant Le prince et le moine.Comme l'Histoire du monde est géniale avec ses alternatives et ses méandres, racontée par un conteur comme Robert Hasz.Et puis certaines critiques ont évoqué Gracq,Kafka et ...Buzzati,alors...

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07 juin 2008

Sandor Marai,chef-d'oeuvre,quasi pléonasme

         .C'est peu de dire que Sandor Marai est un grand écrivain européen.On ne le découvre que depuis quelques années(voir billets précédents sur Lire Europe de l'Est).Son suicide en Amérique en 1989,à l'âge de 89 ans,était celui d'un homme toujours en rupture,antifasciste dans sa Hongrie alliée au Reich,puis mis au ban par le gouvernement communiste de Budapest.Sandor Marai,exilé aux Etats-Unis depuis 1952,n'aura pas connu la fin du Rideau de Fer.Libération,écrit en 1945,ne sera publié qu'en 2000 comme c'était la volonté de Marai.

   Roman,récit,réciflexion dirais-je osant le barbarisme,Libération c'est 220 pages tendues et  brûlantes sur le siège de Budapest et l'instant pathétique et lourd de désespoir,ce moment où la tragédie succède à la tragédie,où Elisabeth,dans la cave où se terrent encore une centaine de réfufiés,va commencer à comprendre... Comprendre mais ignorer encore ce qu'il faut redouter le plus,les derniers sévices des nazis et de leurs séides,ou les "libérateurs" russes.Dans le microcosme reconstitué sous cet immeuble solidarité et courtoisie cèdent vite la place à la méfiance,universelle araignée,puis à la trahison.Traitée un peu comme un reportage ce vécu n'en finit pas de nous poursuivre et confirme ce que je pense de toute guerre,il faut les finir,mais ça fait très mal de les finir.Je considère Libération comme de la très grande littérature,de celles qui vous transportent, hors de toute pacotille,vers les sommets relativement fréquents dans cette Mitteleuropa dont j'ai déjà tant parlé où l'on a déjà croisé Schnitzler,Roth,Perutz,Zweig et consorts.

     "Il y a un instant,la guerre vivait encore dans l'âme d'Elisabeth,pas seulement sur les champs de bataille,dans les airs ou sous les mers.la guerre était aussi une sensation,une sorte de pensée fantomatique qui envahissait son corps et son âme,à l'état de veille ou de sommeil."

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20 mars 2007

Et de Hongrie soufflent les braises incandescentes

   

          Sandor Marai,magnifique écrivain hongrois,s'est suicidé en Amérique en 1989.Il avait 89 ans.Claude Rich et Bernard Verley avaient joué il y a trois ans l'adaptation théâtrale de son roman Les braises.Ce livre est dans la lignée de ces écrivains d'Europe Centrale ayant vécu la bascule du siècle en cette monarchie austro-hongroise qui vit éclore et souvent fuir les meilleurs intellectuels,mais vous connaissez déjà Arthur Schnitzler,Stefan Zweig,Joseph Roth.En son château le vieux général attend son ancien condisciple qu'il n' a pas revu depuis quarante ans.Mais le monde qui avait réuni leurs jeunesses n'existe plus.Comme enfermé dans son palais le vieux général n' a pas su comprendre le siècle.Son vieil ami,voyageur et homme d'affaires,l'a-t-il mieux saisi au moment où ils se retrouvent dans le salon où rougeoient les braises de leurs souvenirs?Sandor Marai est un écrivain de l'attente et des silences dans cette Europe où les esprits ont perdu leurs repères.Oserai-je citer encore Buzzati si je ne craignais de m'entendre dire qu'il me faut tuer Dino en un sain exorcisme.Les braises c'est un voyage dans l'insondable et impossible amitié de deux hommes que tout a séparés et qui ne sont plus guère eux-mêmes que vestiges.Comme les restes du Guépard sur les ruines de la vieille Europe.

 

 

   

         Mémoires de Hongrie est le récit que fait Sandor Marai de la fin de la guerre.Ecrit en 1970 ce récit narre le changement de propriétaire de la maison Hongrie" en 44.Résistant antifasciste avant la guerre puis ennemi de classe lors de l'arrivée des Soviétiques,ce grand intellectuel bourgeois éclairé aura eu du mal,bien du mal,à être simplement hongrois.Comprenant qu'aux noirs assassins succédaient en un fondu enchaîné, très enchaîné,les rouges égorgeurs,Sandor Marai qui savait que l'humanisme deux fois étranglé devrait attendre bien des années,décida de partir en 48:"Pour la première fois de ma vie,j'éprouvais un terrible sentiment d'angoisse.Je venais de comprendre que j'étais libre.Je fus saisi de peur".Et comme l'on partage cette crainte chez cet homme de haute culture et de tradition,détaché de toute idée préconçue.Albin Michel qui édite ces deux livres sort en ce moment même Métamorphoses d'un mariage.Vous imaginez comme cela me tente de découvrir une autre oeuvre de cet auteur lucide,courageux et embrasé.Cette grande voix de la littérature européenne s'est tue volontairement.Le grand âge lui avait-il rendu l'espoir et apaisé sa peur des barbaries?

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