03 avril 2020

Brûler les planches

Bal des ombres

                              J'ai lu presque tout Joseph O'Connor, nouvelles ou romans. Plusieurs ont été chroniqués ici. Et je n'ai pas été déçu cette fois encore. Comme dans Muse l'auteur irlandais mêle une relation de fiction à la vie de trois célébrités, Bram Stoker, immortel auteur de Dracula et deux gloires britanniques du théâtre de la fin du XIXème siècle, Henry Irving et Ellen Terry, souvent comparée à Sarah Bernhardt. O'Connor est expert en grand romanesque et s'y entend pour les retours sur le passé, mais aussi la forme épistolaire et le journal pour nous entraîner dans l'inimité de ce trio qui brûle les planches de ces scènes londoniennes puis du monde entier. Où rôdent Dorian Gray, ce qui reste acceptable, mais aussi Jack l'Etrangleur, ce qui l'est moins.

                              Si Henry Irving et Ellen Terry connaissent une renommée internationale, Bram Stoker, lui, restera dans l'ombre toute sa vie. Ce n'est que plus tard notamment grace au cinéma qu'il triomphera bien que, comme souvent, sa créature soit devenue plus célèbre que lui-même. Tous trois se rencontrent au Lyceum Theater dont Stoker deviendra le régisseur. Comme toujours, de sa plume chatoyante et souvent enjouée, O'Connor excelle à nous faire vivre dans l'air du temps. En l'occurrence cette Angleterre victorienne si propice aux intrigues en coulisses et aux triomphes scéniques.

                              La genèse très laborieuse de Dracula parsème le récit régulièrement au gré des hauts et des bas de Bram Stoker, souvent rudoyé, voire humilié par le cabotin shakespearien génial Henry Irving. L'amitié survit malgré tout et Ellen Terry de toute sa grace illumine volontiers le trio. On sourit souvent à la truculence du récit qui court sur les trois carrières des protagonistes. George Bernard Shaw, par exemple, en prend pour son grade, jalousie des théâtreux. Joseph O'Connor est aussi à l'aise que lorsqu'il explore la poésie dans Muse,  le monde du rock dans Maintenant ou jamais, l'immigration dans L'Etoile des Mers. Mais tous ses livres sont formidables même si mon irlandophilie frise le déraisonnable.

                            Irving, parlant de Stoker: C'est un petit gratte-papier irlandais, Ellen. Il ne sera jamais rien d'autre. Ces prétentions à produire de la soi-disant littérature, c'est la malédiction des gens de son pays, je n'en ai jamais rencontré un seul qui ne se prenne pour un fichu poète, comme tous les autres sauvages à la surface de cette terre.

                            Dialogue Irving-Stoker: Et quel est donc le thème de ta dernière efflorescence artistique? - C'est une histoire de vampire. - Que Dieu nous garde. - En quoi cela pose-t-il des difficultés. - Les vampires ont été usés jusqu'au sang, si je puis dire - Il ya là ce que j'espère être un rôle majeur pour un acteur. Accepterais-tu de le lire? - Tu imagines Sir Henry Irving jouant un croquemitaine dans un spectacle de grand-guignol? Je ne crois pas, mon chéri.

Posté par EEGUAB à 19:43 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,


01 janvier 2020

In the name of rock / Isabelle

                            Un Irlandais folkeux, autant dire un frère. Inconnu complet y compris de moi. Mais pseudo dû à Suzanne Vega et à James Joyce. Alors j'adoube et vous souhaite avec lui un January Blues prometteur. Et il vous parle d'Isabelle, mieux que je ne saurais le faire, et de la Grande Guerre, si présente en ma Picardie. J'aurais aimé vous présenter Isabelle la rêveuse moi-même mais pour les arpèges il vaut mieux que j'abrège avant que ça se désagrège.

Posté par EEGUAB à 17:54 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

06 septembre 2019

Irlandissime

testament

                                 Quatrième incursion chez l'un des (nombreux) grands écrivains irlandais actuels, Sebastian Barry. Après Les tribulations d'Eneas McNulty, Un long long chemin et Du côté de Canaan, voici Le testament caché, jolie plongée dans la psyché irlandaise dans toute sa complexité. Ceux qui me lisent un peu savent mon attachement à ce pays. Pourtant je retrouve presque toujours chez les auteurs de là-bas l'histoire d'Erin avec ses fractures, dissensions, trahisons, cruautés fratricides. Roseanne McNulty a cent ans dont la moitié passée à l'institut psychiatrique de Roscommon. L'établissement vétuste va être détruit et le Dr. Grene, psychiatre, doit évaluer l'aptitude de Roseanne à réintégrer la société.

                               Il s'agira d'une longue enquête car la vie de Roseanne aura été un fleuve tumultueux, comme ce pays. Irlandissime, ce très beau roman, très fouillé, est irlandissime. J'entends par là que les thèmes traditionnels y sont si magistralement traqués, développés, analysés, évalués à charge et à décharge. Les luttes intestines des Irlandais, bien plus complexes qu'on ne le croit, entre les partisans de l'indépendance et ceux du maintien dans le Royaume-Uni, avec des clans et des factions. Le rôle de l'Eglise Catholique, si lourde et si répressive, à travers le Père Gaunt, véritable inquisiteur. La psychiatrie assez hors d'âge malgré le beau personnage du Dr.Grene, humain jusque dans ses renoncements. Et la sacro-sainte famille irlandaise, souvent complice du pire, pas toujours.

                              Tous deux, le médecin et Roseanne ont écrit leurs journaux et c'est à travers ces  écrits forcément sujets à caution que l'on s'immisce dans l'univers hautement douloureux de cette Irlande, Janus aux deux visages, dont le folklore sympathique, ce n'est pas moi qui dirai le contraire, cohabite hardiment avec les hideurs de la réaction la plus archaïque. On pense aux Magdalene Sisters, aux romans de Dermot Bolger. Barry est un Grand d'Irlande. Il y en a beaucoup. Qulques mots du journal de Roseanne: "Mais tout est si obscur, si si difficile. J'ai peur uniquement parce que je ne sais pas comment procéder. Roseanne, tu dois sauter quelques fossés à présent. Tu dois trouver dans ton vieux corps la force de sauter".

the-secret-scripture-affiche-988782

                              Je viens de découvrir qu'un film a été tourné il y a quelques années par Jim Sheridan (My left foot, The field, Au nom du père). avec Vanessa Redgrave en Roseanne âgéem. A mon avis inédit sur les écrans français, je l'ai commandé.

Posté par EEGUAB à 18:21 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,

10 avril 2019

This Melody

41vYtovp2YL__SX195_

Masse critique

                                J'ai pu découvrir grace à Masse Critique Babelio et en épreuves non corrigées (le charme des coquilles) le troisième roman de Donal Ryan dont j'ai déjà évoqué ici Le coeur qui tourne et Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe. Toujours prêt pour la littérature irlandaise j'ai accompagné la grossesse de Melody Shee car le roman est chapitré de la douzième à la quarantième semaine et se termine logiquement par Post-partum. Pat, son mari, l'a quittée en apprenant qu'elle attendait un enfant d'un autre. D'un tout jeune homme issu de la communauté des gens du voyage, terme pudique, dix-sept ans, Melody en a le double. Il est illettré, elle lui apprenait à lire..

                               Malgré son doux prénom rien n'est harmonieux dans la vie de la narratrice. Elle se raconte, à mesure que son bébé se manifeste, promesse d'un avenir incertain. Elle a de très beaux mots pour son père, un homme bon et aimant, discret et malade. Sa mère, psychologiquement très fragile, est morte depuis longtemps. Tout ce que nous allons  savoir pointe aussi sans les démagogies habituelles les "tinkers", gens dits du voyage, traditionnellement assez nombreux en Irlande. C'est l'une d'entre elles, Mary, toute jeune aussi, qui transfigurera la vie de Melody.

                              La presse anglo-saxonne estime ce roman encore meilleur que les deux précédents. Evoquant John McGahern ou William Trevor, dont je viens d'aimer aussi les Très mauvaises nouvelles. Mais j'ai souvent écrit sur William Trevor. The Guardian cite deux héroïnes qui ont fait un peu carrière, Emma et Anna, et dont on connait la fin. Excusez du peu. Il est vrai que Melody, en proie à ses démons intérieurs comme ses deux illustres précédentes, chemine sur une marge étroite entre remords quant à une ancienne amitié, lumière sur une autre amitié, toute récente et interrogations quant à la suite.

                               Irish Book Tour faisant, c'est permanent chez moi, j'ai lu aussi Une rue étrange de Desmond Hogan. Curieux livre parcouru de nombreuses fulgurances littéraires, des phrases  somptueuses, pour un récit qui hélas m'a semblé hermétique, laissant le sentiment de m'être trompé. Il eût fallu au minimum être un historien de l'Irlande pour en saisir la substantifique moëlle. Je n'en suis qu'un amoureux.

Posté par EEGUAB à 05:59 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : ,

23 juillet 2018

Les bleus de Maggie

assez

                                Assez de bleu dans le ciel de l'Irlandaise du Nord Maggie O'Farrell se déroule en fait sur trois décennies où l'on peut suivre Daniel, et sa conjointe, Claudette. Leur route s'est croisée, un jour, sur les chemins d'Irlande alors que tous deux fuyaient une vie qui les rendait malheureux. Daniel est linguiste de formation et sa vie n'a jamais été très simple avec les femmes. Il y a eu Nicola, son premier amour alors qu'il était encore aux études, mais le destin en décidera autrement. Alors que Daniel est de retour aux États-Unis pour le décès de sa mère, celui-ci plonge dans une dépression et fera la connaissance d'une femme avec qui il se mariera et aura deux enfants, Niall et Phoebe. Divorce douloureux, celle-ci l'empêchera de voir ses enfants. Alors Daniel part en Irlande pour aller chercher les cendres de son grand-père. Mais il n'avait pas prévu de rencontrer Claudette sur une route...Deux enfants viendront, Marithe et Calvin.

                             Il y a pas mal de personnages dans This must be the place (titre original, Assez de bleu dans le ciel étant en fait le titre de l'un des chapitres, celui concernant Claudette à New York en 1993). Et chaque chapitre resitue l'année et le personnage dont on parle. Ce n'est pas inutile car honnêtement ça parait un peu complexe au départ. C'est qu'il y a du monde. Londres, New York, Los Angeles, Paris, le Suffolk, le Donegal (ce comté est en quelque sorte le nord de l'Irlande du Sud), la Chine, l'Inde. Du monde...et du pays. Et puis assez vite on se familiarise avec tous ces gens qui tentent de vivre, tout simplement, ce qui n'est pas...simple, justement.

                            La recomposition des familles, les rapports de père à fils, les rudes rappels du passé, tout ce qui nous concerne à peu près tous à notre époque sont magistralement décryptés par Maggie O'Farrell. Le couple Daniel et Claudette, star de cinéma ayant choisi une disparition qui fait un peu penser à Garbo, est passionnant mais ne phagocyte pas l'histoire. Ari, fils de Claudette et de son metteur en scène, mais aussi Lucas, son frère, et Niall, entre autres, ne sont pas délaissés. Le roman dit choral souffre parfois à mon sens de certaines faciltés ou débordements sentimentaux. Ce n'est pas absolument le cas pour Assez de bleu dans le ciel qui s'enrichit d'une belle complexité tout au long du livre. On ne dira jamais assez la richesse littéraire irlandaise. Enfin, moi, si. Cependant Assez de bleu dans le ciel s'affranchit d'une certaine "irlanditude" à laquelle il arrive quelquefois d'être un peu envahissante. C'est un irlandophile qui vous le dit.

Posté par EEGUAB à 10:54 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,


27 janvier 2018

Le vitrail de Galway

feuilles

                                Desmond Hogan est un auteur irlandais que je ne connaissais pas du tout. Il semble qu'il ait tendance à fuir les soleils médiatiques. Le titre Les feuilles d'ombre évoque Walt Whitman et ce n'est bien sûr pas un hasard. Il y est même cité nommément. Irlande, fin des années 40, deux amis, Sean le narrateur et Liam, privilégiés, rapidement pris dans la tourmente des amours incertaines et les douleurs intestines irlandaises. Et les femmes de leur vie, enfin d'une partie de leur vie, Christine et Sarah. De leur ouest de l'île à Dublin, une Dublin encore très "bonnes soeurs" toute en rigidité, de leur jeunesse qu'on dirait bobo à leurs maturités souvent frustrées, de la Californie prometteuse à un monstère en Suisse, leur amitié ne faillira (presque) jamais.

                              Un fantôme fait partie de la distribution, celui de la mère de Liam, exilée russe à Galway, qui un jour entra dans la rivère et n'en sortit pas. On ne peut pas ne pas penser à Virginia Woolf. Son souvenir pèsera lourd. Ecrit dans une langue se poète, Les feuilles d'ombre se déguste justement comme ça, en reprenant à plaisir un paragraphe de temps en temps. "Oui, allez un jour dans les Wicklow, parcourez ces sentiers, ces lieux féériques, sortis des contes de Grimm et d'Andersen, et pensez à nous, à Christine sans solennité, vierge grassouillette pédalant à la traîne, à Sarah, svelte papillon gardant le rythme, à Jamesy toujours dans  sa roue, sans effort excessif, à Liam en plien envol, magnifique face au temps, et doté d'une allure qui tournait la tête des fermières et souvent troublait les vaches ruminantes". Jolie balade vélocipédique, non?

                             A ceux qui auraient peur d'un folklore irlandais un peu envahissant, chose qui arrive, je préciserai que ce n'est pas  du tout le cas. Desmond Hogan ne verse pas dans l'imagerie. Pourtant comme le pays y est présent, d'un bout à l'autre, de fond  en comble. De l'attrayante et répuisive Londres aux sirénes atlantiques, du mysticisme de barde aux avirons sur la Liffey, l'Irlande est l'héroïne de ce grand roman méconnu. A plusieurs reprises on y évoque le vitrail et c'est bien ça, Les feuilles d'ombre s'apparente à la dentelle de Chartres. Desmond Hogan n'est pas un jeune auteur. Né en 1950 il a publié ce Leaves on grey en 1980. Paru en France en 2016.

                            "La promenade était tailladée de mots d'amour, d'intiales sur les arbres, les bancs. Un garçon, assis sur un banc rouge, lisait Keats en buvant du Coca. Une fille, debout sous un arbre, les cheveux noués par un ruban, rassemblait des mots en fixant le lointain". Hogan a écrit ça. Pourtant il ne connaissait pas Celestine.

                            

Posté par EEGUAB à 08:33 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

01 janvier 2018

Foggy dew and Happy New Year

 celtic_shamrock_polycarbonate_guitar_pick-r953cadb1284e431e84269bd996233e7f_zxso5_324

Un air d'Irish Trad.

Pour les dûment affiliés

Ou vous qui passez

 

"bliadhna mhath ùr 2018"

Posté par EEGUAB à 00:01 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
Tags : , , ,

10 décembre 2017

Colum à la une

 1018

                                Une novela (paraît qu'on dit comme ça quand c'est trop long pour une nouvelle et trop court pour un roman) et quatre nouvelles pour le dernier livre de l'Irlandais Colum McCann, une vieille connaissance, dont j'ai lu la plupart des livres. Le court roman, Treize façons de voir, raconte les quelques jours avant l'agression mortelle d'un riche et vieux magistrat en plein New York. Présenté de  différents points de vue, à la manière du texte de Wallace Stevens Treize façons de regarder un merle. Peu de temps après Colum McCann a lui-même été victime d'une grave agression. Il dit que chaque mot que nous écrivons  est autobiographique, parfois même par anticipation. Mais à ce texte j'ai préféré deux nouvelles.

                               Sh'khol est l'histoire de Rebecca, qui vit seul avec son fils Tomas, sourd et difficile, sur les bords de l'Atlantique, du côté de Galway. "Une des choses qu'elle aimait tant sur la côte ouest de l'Irlande: le temps était une mise en scène, un cinéma. Un grain pouvait s'abattre n'importe quand et, quelques instants plus tard, le ciel bleu trouait la grisaille." La disparition en mer de l'ado de treize ans avec sa combinaison neuve reçue pour Noël est l'occasion douloureuse de reprendre contact avec Alan le père de Tomas, dont ellle  est divorcée. Mais Tomas n'est que leur fils adoptif recueilli bien loin vers Vladivostok. Quelques  dizaines de pages et l'on partage les affres de Rebecca face à la tragédie. "On ne peut rester un enfant toute sa vie. Une mère, si."

                                 Dans Traité une religieuse se retrouve en face de son violeur d'un passé lointain. J'ai trouvé ce texte admirable par la réserve et la discrétion qu'on y décèle alors que le sujet est ultra-violent. Colum McCann navigue à merveille dans la profondeur des âmes et sait nous confier ses obsessions sur l'évolution de notre monde, à l'écoute pertinente de la dramaturgie contemporaine. Les hommes changent-ils à ce point que le violeur d'antan en soit maintenant à participer à l'élaboration d'un traité à l'Institut de la Paix? Et si Soeur Beverly se trompait? Et quand se trompe-t-on?

Posté par EEGUAB à 08:31 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , ,

08 novembre 2017

Une île

AFFICHE_DES_HOMMES_ET_DES_LOIS-20171027-000756

                                 Vent du large au CinéQuai le lundi 6 novembre à 20h. Mais vent contrarié avec le très beau document de Loïc Jourdain Des lois et des hommes, couronné de plusieurs prix dans les nombreux festivals du réel. Loïc Jourdain vit la moitié de l'année dans le nord de l'Irlande et a tourné une dizaine de documents sur la vie là-bas, ou plutôt là-haut. Le travail sur Des lois et des hommes a duré près de huit ans. Tout cela pour ramener à 1h40 près de 500 heures de tournage. Résultat, le portrait de John O'Brien, pêcheur du Donegal, enraciné comme le whiskey dans la tourbe, irlandissime comme son nom l'indique et comme c'est pas permis, combattant sans trêve pour maintenir l'activité artisanale dans cette zone d'extrême Europe. Mais le film va bien au delà de la lutte de la minuscule île d'Inishbofin contre les lobbys industriels.

                            Car voilà, l'autre vedette de ce film est le Parlement Européen et Loïc Jourdain nous le présente bien loin des clichés habituels de bureaucratie et d'opacité. Il faut voir John O'Brien faire valoir ses arguments jusque dans les couloirs bruxellois et y trouver certaines oreilles attentives. Salutaire, non?

                            Ce que vous venez de lire est l'appel lancé aux spectateurs de venir un lundi soir, le premier soir de cette saison où il fallut la raclette sur le pare-brise, pour voir un très discret document sur un îlot perdu au nord-ouest du nord-ouest européen. Pas de quoi quitter son home, sweet home (pas toujours si sweet que ça) pour se coltiner 1h40 d'un doc en gaélique sur le rocher d'Inishbofin où les marins pêcheurs ont fait la gueule et se  sont battus huit ans, de 2006 à 2014, sous le futile prétexte qu'on les empêchait de pêcher. Sont susceptibles ces Irlandais.

                            Trèfle (Irish oblige) de plaisanterie, ils sont venus les spectateurs. Pas autant qu'à l'Aviva Stadium, Lansdowne Road, Dublin pour Irlande-France, mais ils sont venus. Et même, ça leur a plu, ce cinéma  à hauteur d'homme où le principal protagoniste n'a pas eu besoin des maquilleurs pour le vieillir de huit ans, ce qui nous change un peu des fictions. Oui, Des lois et des hommes a été apprécié et les échanges, terme que je préfère à débat, ont été très enrichissants. J'avais choisi ce film, vous connaissez mon erinesque passion, mais j'avais un tout petit peu planché sur le fonctionnement de l'Europe, que l'on connait si mal. Europe, not so bad. En gaélique je m'abstiendrai. Mais je remercie les fidèles de notre CinéQuai et sa directrice pour avoir permis de faire connaître un peu un tel film.

                            Retour à la fiction internationale prochainement avec deux films, hongrois et algérien. Côté partie de pêche dramatique, deux chefs d'oeuvre historiques oscillant entre le document et le fictionnel demeurent inoubliables, La terre tremble de Visconti et L'homme d'Aran de Flaherty. J'oubliais, ils sont en noir et blanc.

Posté par EEGUAB à 07:56 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,

15 mai 2017

Bye bye Johnsey

sans-titre

                                       Après le beau et choral Coeur qui tourne le roman Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe est un peu l'inverse et se conjugue au singulier, un an de Johnsey, 24 ans, modeste paysan irlandais, naïf et solitaire, dans la fermette héritée de ses parents. Dans cette Irlande en plein boum il se retrouve bien seul, timide et introverti, en proie aux vexations et éventuellement aux râclées des plus forts. Il se trouve qu'en ces années bizarres ses maigres terres en viennent à prendre busquement de la valeur. Et que son refus de céder aux pressions lui vaut un regain d'inimitiés. Le ton de cette chronique qui court sur douze chapitres/mois est plutôt relativement allègre tant Johnsey semble s'accommoder tant bien que mal, sans que le ciel d'Irlande ne soit trop bleu pour autant.

                                      Pas d'amis, bien peu à l'aise avec les filles, le garçon se gave de séries télé sur le canapé et tache d'éviter les mauvaises rencontres. L'une de ces rencontres l'expédie à l'hôpital qui lui sera un havre de paix relative et où il trouvera l'amitié et quelque chose qui pourrait ressembler à de l'amour. N'exagérons rien, le bonheur n'est pas dans le pré, fût il vert Irlande, mais une infirmière lui est très dévouée et il se trouve un copain à la figure défoncée mais qui aime la rigolade. S'ensuivront des semaines de réadaptation qui finalement se révéleront les plus sympathiques de sa très moyenne existence. Vous trouverez dans un Une année ... peu de pubs et peu de musique et on n'y danse guère de gigues endiablées.

                                     Le combat de cet homme simple, Donal Ryan nous en fait le récit sans faiblesse et l'humour qui perdure un moment n'empêche pas la gravité du sujet. Il cible cette perte de repères et une inquiétante globalisation économique aux effets désastreux. Dans cette désunion des hommes sur cette terre longtemps l'une des plus pauvres d'Europe, il est à craindre que Johnsey, nanti de son seul et maladroit courage, n'ait pas le dernier mot.

                                    

Posté par EEGUAB à 07:45 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : ,