14 mars 2008

O'Thentique

   A suivre ce très beau document conseillé par l'ami Eireann O'CRIOMHTHAIN Tomas / L'homme des îles et digne des plus belles collections ethnologiques.Le récit de Tomas O'Crohan(1856-1937) nous transporte au point le plus occidental d'Europe,l'archipel des Blasket,dernière paroisse avant l'Amérique.Ces îlots moins connus que les Aran(voir le cinéma de Robert Flaherty) ont vu leur population quasiment disparaître.Les 22 derniers habitants de Grand Blasket furent évacués en 1953,Dublin considérant que la vie y était impossible.

  Tomas O'Crohan raconte par le menu et sans bravades le quotidien des îliens.Modestes parmi les modestes les gens des Blasket chassent le lapin,heureusement fort prolifique en ces climats.Ils chassent aussi le phoque qu'ils assomment allégrément en prenant bien des risques.De très belles pages nous décrivent les grottes marines et la pêche aux homards,les rivalités avec les "continentaux" de la péninsule de Dingle,les morts prématurées et l'absence de soins de ce bout du monde.O'Crohan lui-même aura dix enfants dont deux survivront,c'était à peu près normal.Ne manquent pas bien sûr les jours de marché à Dunquin ou Dingles,les chansons arrosées et cette fraternité rude qui n'exclut pas les bourrades,du classique en Irlande,plus marqué encore en ces contrées inhospitalières.On parle aussi assez souvent de l'autre côté,l'Amérique,chimérique et souvent pourvoyeuse de retours piteux.

     J'ai eu l'occasion de visiter il ya quelques années le Centre du Grand Blasket à Dunquin qui tente avec un certain succès de faire revivre la mémoire de cet archipel de l'extrême,nanti de photos superbes et des écrits des poètes de Blasket,plus nombreux que partout ailleurs en Irlande où ils sont déjà plus nombreux que partout ailleurs en ce monde.Tout cela fait un peu cliché.Mais tout cliché recèle une bonne part de vérité.

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06 octobre 2007

Grand baroque à l'Ouest

 

Redemption Falls by Joseph O'Connor

   Le dernier roman de Joseph O'Connor (auteur entre autres d'Inishowen L'îlot non loin de l'ïle) est un oriflamme qui se déchire dans le feu et la boue de l'Amérique, une bannière étoilée du sang des rebelles du Sud,des victimes et des assassins,interchangeables.Nous sommes à la fin de la Guerre de Sécession et Joseph O'Connor brasse très habilement avec lyrisme et réalisme quelques destins individuels qui vont se couler dans l'immense maelstrom qu'est n'importe quelle après-guerre,plus encore quand il s'agit d'une guerre civile.Un révolutionnaire irlandais échappé des bagnes de Tasmanie,son épouse métisse sud-américaine,un frère et une soeur séparés par le conflit Nord-Sud et d'autres.

   Redemption Falls a la force des fresques sans la mollesse un peu sirupeuse qui souvent s'y attache.De construction très originale le roman fait appel aux témoignages,aux affiches,aux chansons pour constituer un ensemble cohérent sur cette période difficile de l'Amérique,sans véritables vainqueurs tant les haines et les rancoeurs demeurent tenaces entre migrants misérables et propriétaires arrogants.Joseph O'Connor ne s'autorise aucune démagogie ni aucun simplisme.Il sait décrire comme personne ces bourgs fantômatiques, ces réfigiés en haillons,ces justices sommaires,ces violences partagées et ces cieux du Nord-Ouest parcourus par la délicatesse d'un aigle sur lequel il prend le temps de s'attarder.Cet homme là est un immense prosateur qui une fois de plus fait mériter à l'Irlande ce beau titre de Terre des Lettres.Je ne peux que vous conseiller d'embarquer sur un vapeur et de remonter le grand fleuve jusque vers ces Territoires du Nord-Ouest,vierges et violents,baroques et sordides, humains,trop humains,par le fer et par le sang.

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17 août 2007

Vous avez lu Nuala O'Faolain?

   Le Domaine Etranger de 10/18 effectue un remarquable travail pour faire connaître les écrivains du monde entier. Nuala O'Faolain née au début des années quarante en Irlande a connu la situation de la gent féminine si peu enviable jusqu'à l'époque plus récente.On s'est déjà vu quelque part? est un livre difficile,pas romancé pour deux sous,et qui décrit avec beaucoup de pertinence la lutte des femmes pour une émancipation qui en Irlande,tarda à venir.

  Nuala O'Faolain ne se donne pas le beau rôle systématiquement et n'occulte pas ses propres faiblesses, surtout son alcoolisme et ses errances.On se trouve devant de très belles pages sur la sexualité et la flétrissure des corps qui s'usent,et sur la maternité qu'elle ne connaîtra pas.Nantie de problèmes avec son père comme avec sa mère,et issue d'une famille de neuf enfants,l'énergie de cette femme va lui permettre de devenir une journaliste libre et de rencontrer les intellectuels irlandais dont Kavanagh à qui je viens de consacrer une note.Elle qui n'avait guère quitté son canton deviendra voyageuse et se penchera sur la cause des femmes,universelle.Mais rien n'est facile aux femmes et surtout pas en Irlande.Nuala O'Faolain reste une femme seule et ce livre ardu,qui n'en est pas moins bouleversant est un témoignage de ce que peut être la volonté d'exister à part entière.S'adressant aux trottoirs de Dublin elle a ces mots sublimes(nous sommes là en 97):

      "Vous êtes faits de beaux et grands blocs de granit. Etes-vous les mêmes que ceux sur lesquels j'ai marché il y a trente ans?Si oui,pourquoi ne pleurez-vous pas?"

medium_ofaolain.jpg

   L'avis de Camille  Nuala O'Faolain - On s'est déjà vu quelque part?

Disparition de Nuala O'Faolain http://www.actualitte.com/actualite/2268-Nuala-Faolain-Irlande-deces-Wespieser.htm

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16 juillet 2007

Paddy

     Patrick Kavanagh(1906-1967) nous offre avec L'idiot en herbe son autobiographie des jeunes années.Poète plus que romancier à l'évidence tant la prose contant son enfance de fils de cordonnier besogneux est frappée d'un réalisme mêlé d'humour et empreint d'un quotidien au plus près de la nature,des animaux et d'une Irlande difficile et archaïque nullement idéalisée.

   On parle bien un peu politique dans L'idiot en herbe mais toujours sur un mode mineur.Les souvenirs d'enfance ont en commun des scènes à faire,peu importe le pays car l'enfance n'est qu'un seul pays.On n'échappe pas à la foire aux porcs,aux noces villageoises,à l'apprentissage rédhibitoire,aux premières amours.Tout ceci est,chez Kavanagh,pétillant mais pas racoleur et surtout témoigne d'un respect de l'enfant,de l'adolescent,qui n'exploite pas jusqu'à l'écoeurement le filon parfois un peu étouffant de  ce type d'écriture.

   Mais les passages que je préfère dans L'idiot en herbe concernent ses premières humeurs voyageuses et son séjour à Dublin où il tente d'approcher les poètes irlandais,c'est à dire deux Irlandais sur trois.Là non plus il ne glorifie pas béatement les clichés parfois envahissants de la verte Erin.A noter que Patrick Kavanagh est l'auteur d'un seul roman,Tary Flynn.L'avis autorisé de l'ami Eireann avec quelques extraits bien choisis: KAVANAGH Patrick / L'Idiot en herbe.

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01 juillet 2007

L'ange exterminateur à Dublin

      Ici l'avis de l'ami Eireann que je remercie de ses critiques toujours très instructives.C'est d'ailleurs lui qui m'a donné envie de lire L'assassin O'FLAHERTY Liam / L'assassin

    Déjà lu il y a des lustres Le mouchard et Insurrection.Un peu plus récemment L'âme noire. O'Flaherty pour moi c'est l'intrusion de personnages dostoievskiens dans l'univers du roman noir, du roman noir insulaire si spécifique à l'Irlande.Il est patent que le thriller est en soi un monde d'innocents et de coupables,lesquels se fondent allégrément en une sorte de Tragedia dell'arte ou plutôt d'Irish Tragedy remplie d'Humiliés et offensés,entre Crime et châtiment et cauchemars théistes.D'ailleurs n'y-a-t-il pas du Raskolnikov chez McDara,l'assassin de ce roman sombre et d'une sécheresse lyrique ce qui n'est pas incompatible?

    L'excellente préface d'Hervé Jaouen montre bien les similitudes entre McDara et O'Flaherty lui-même.Il faut se souvenir qu'O'Flaherty ne jouit pas de l'unanimité en Irlande,personnage controversé qui fut obligé de s'exiler quelque temps en Amérique et en France.Il y a dans L'assassin une face totalement mystique qui peut déplaire et qui est peut-être en rapport avec les années de séminaire de l'auteur.Mais je trouve que L'assassin est un grand livre qui,outre le côté messianique voire christique du personnage,certes envahissant, nous offre de superbes lignes sur les fantasmes guerriers du tueur(impressionnante vision des légions d'Hasdrubal,général carthaginois auquel McDara s'identifie lors de sa balade dublinoise meurtrière). Car bien sûr un Irlandais a toujours un peu envie d'en tuer un autre pour peu qu'il ait une fois conversé avec un Anglais.Pardonnez-moi cette exagération mais j'aime tant ce pays qu'il m'arrive de le taquiner.

   L'hybridation va plus loin et O'Flaherty finit par nous donner le vertige comme si l"assassin et sa victime, ce politicien évidemment corrompu étaient la seule et même personne.Allégorie qu'on peut étendre à l'île toute entière,dichotomisée depuis si longtemps.Heureusement il me semble que le vent d'Irlande tende à se faire plus clément.Dans ce portrait d'un assassin,politique à la rigueur,le style d'O'Flaherty très efficace et jusqu'au-boutiste,est tendu comme l'arc de la volonté.Et l'auteur a le cran de ne pas éluder les saletés qui accompagnent les luttes politiques,qui ressemblent souvent aux guerres des gangs,quand des "généraux" de 20 ans se comportent comme des serial killers.Et les amoureux d'Erin dont je suis doivent être les plus ardents à ne pas idéaliser la violence quelle qu'elle soit.Ce pays n'en sera que plus beau avec sa littérature magnifique et inépuisable.

   Retour sur John Ford et O'Flaherty: Un homme d'Aran

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01 mai 2007

Cher Maître

 

           La littérature irlandaise est si riche que cette rubrique deviendra récurrente car j'aimerais faire partager ma passion pour le pays de Joyce,Wilde,Becket,Yeats...En attendant voici Colm Toibin dont Le Maître vient de sortir chez Robert Laffont.C'est un ouvrage très riche,qui explore cinq années de la vie du grand écrivain américain Henry James(Le tour d'écrou,Washington Square,Portrait de femme),lors de sa vie en Angleterre.Toibin,admirateur du Maître,nous entraîne dans le trouble de la création littéraire chez Henry James avec entre autres un joli tableau de la vie des artistes anglo-américains sous les pins de Rome,au bon vieux temps où ne voyageaient que des aristocrates,des écrivains ou des sculpteurs.On y trouve aussi  une intéressante étude de la famille américaine,celle de la Nouvelle-Angleterre,de Boston,la seule authentique n'est-ce pas?On est là totalement dans le cinéma d'un James Ivory par exemple.

 

D'autres romans de Colm Toibin sont tout aussi réussis:Le bateau-phare de Blackwater,Désormais notre exil,et mon préféré,La bruyère incendiée.Mais l'Irlande nous offre bien d'autres auteurs dont on reparlera.

 

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28 avril 2007

Grand combat

J'ai l'honneur de vous informer de cette rencontre au sommet entre

  A ma droite

        Et à ma gauche      

                                     Eeguab,dit Blogart,pas favori sur ce coup.

   

    Reculant depuis des décennies j'ai décidé de relever le défi avant une éventuelle grève perlée de mes neurones.Il va de soi que je vous tiendrai au courant de l'évolution de ce combat de titans.

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08 avril 2007

Mes aveux sur les aveux

eireann561.canalblog.com/archives/2006/05/18/1905186.html

Le livre des aveux

   John Banville,Irlandais comme il se doit,m'a été proposé par Eireann(références ci-dessus),Docteur ès littérature gaélique.Ce n'est pas la première fois que l'ami du Morbihan m'embarque ainsi.Soyons clairs,avec Banville ça ne rigole pas tous les jours dans Le livre des adieux.Et s'il y a bien un pub on n'y chante guère La ballade de Molly Malone.Le livre entier n'est qu'un monologue,une confession mais ce mot à mon avis ne convient guère car il recèle une part de culpabilisation qui ne semble guère émouvoir Frederick St John Vanderveld Mongomery.Qu'est ce que j'aimerais avoir un tel patronyme,qui à lui seul tient lieu de CV.

   Mais voilà Freddie est un assassin,pas vraiment volontaire mais pas vraiment occasionnel non plus.Aucun dialogue dans Le livre des adieux,seulement des mots,des phrases,beaucoup de mots et de phrases,dans la bouche du seul personnage à part entière.L'homme parle,ne cherche ni excuse ni compréhension,pas plus qu'il ne s'incorpore vraiment à la vie des autres.Mr.FSJVM est une sorte d'outcast,d'étranger.Est-il seulement vraiment vivant?Il y dans ce livre intéressant mais assez déconcertant quelque chose des grands romans russes,me semble-t-il.Une indéfinissable impression d'une conscience bafouée victime de sa propre barbarie.Le livre des adieux est écrit dans un style très littéraire et nanti d'un vocabulaire recherché,ce qui oblige à quelque remise en question du bagage du lecteur.Les grandes oeuvres sont parfois hérissées d'aspérités qu'il nous faut abraser un peu pour mieux les franchir.John Banville n'est pas forcément à lire toutes les semaines et la confession de Frederick s'avère souvent poisseuse et nous met mal à l'aise mais Le livre des adieux s'inscrit dans la tradition littéraire irlandaise,richissime et variée..

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26 novembre 2006

Un homme d'Aran

Le Mouchard - Coffret CollectorCet homme était né aux Iles d'Aran en 1896.J'ai visité Aran en 2003.Elles ont changé,beaucoup changé.Pimpantes et fleuries elles accueillent les touristes en bateau,voire sur le petit aéroport.Mais au début du vingtième siècle cet extrême ouest de l'Irlande,donc de l'Europe,était misérable et l'oeuvre de Liam O'Flaherty raconte sans fioritures cette noirceur et cette quête des Irlandais pour vivre libre,vivre tout court.

On connaît un peu O'Flaherty gräce à son ami John Ford,Irlandais d'origine et qui a donné en 35 une bien belle version du Mouchard,publié en 28.Le Mouchard est l'histoire d'une trahison en une nuit,une tragédie de la misère.Si les brouillards du film ont un peu hérité de l'expressionnisme allemand(magnifiquement revendiqué par Ford),le livre,lui,est une très belle et poignante balade dans l'abjection mais l'informateur trouvera une véritable rédemption christique en allant mourir,pardonné,dans la chapelle de la très catholique Irande des années vingt.

On entend dans le film un sublime cantique irlandais.Je n'ai retrouvé une telle perfection vocale que dans les chants de Gens de Dublin,de John Huston,cinquante ans plus tard,d'après un autre immense Irlandais,James Joyce.Cette chronique s'appelle "à l'Eire libre".

O'Flaherty n'est pas l'auteur d'un seul livre.J'ai lu  L'Ame noire,sombre histoire de passion dans une île désolée,et Insurrection,chronique de la lutte pour l'indépendance.Me paraissent hautement recommandables l'Assassin et le Puritain.

Ne quittons pas l'Irlande ce soir sans une tournée générale:Pete McCarthy,dans l'Irlande dans un verre(collection Etonnants voyageurs chez Hoëbeke) nous raconte un voyage de Cork à Donegal en faisant halte dans tous les pubs nommés McCarthy.Je vous laisse imaginer.Allez,je vous laisse,j'ai une petite soif.

L'Irlande dans un verre

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16 octobre 2006

La douleur de Robert

           Robert McLiam Wilson nous propose à son tour sa version de l'Irlande contemporaine avec entre autres trois romans impeccables et rugueux.

           Ripley Bogle conte la "promenade" en Angleterre d'un raté,jeune flemmard qui n'a que peu de goût pour le travail,héros décadent qui en dit long sur la déshérence de toute une génération.Même les traditionnelles valeurs irlandaises sont battues en brèche par ce loser pathétique.Ce roman qui ne craint pas le mauvais goût s'avère finalement tonique et d'une écriture très cinématographique.

 

 

      Eureka Street,c'est l'amitié entre Jake et Chuckie,l'un catholique,l'autre protestant ou vice-versa,deux as de la débrouille dans Belfast encore secouée par l'interminable et idiotissime guerre des clans.Oscillant entre très drôle et très noir,souvent intimement mêlés en un tableau pittoresque et grinçant,Eureka Street commence ainsi "Toutes les histoires sont des histoires d'amour".Robert McLiam Wilson en vit une belle avec la littérature.

 

     Je préfère malgré tout La douleur de Manfred où planent un peu le théâtre de l'absurde et de vieux fantômes irlandais en exil dans Londres.Manfred,Irlandais vieillissant et condamné,revoit sa femme une fois par semaine sur un banc,sans avoir le droit de la regarder.Il faut dire qu'il l'a jadis battue et que sa vie s'est délitée entre un fils indifférent et sa propre culpabilité.Plus sombre que les deux autres romans,La douleur de Manfred porte l'accent grave d'une comédie humaine qui flirte avec le désespoir.

 

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