25 novembre 2015

Mon été avec le grand Will, scène 8

                                        Promis. Encore un billet la semaine prochaine et je ne vous embête plus avec mon copain Will. Jules César occupe une place un peu à part dans l'oeuvre de Shakespeare. Ni pièce historique (tous les rois d'Angleterre) ni tragédie HamMacOth (j'adopte parfois le langage geek) Jules César est toute entière centrée autour du climax du meurtre du consul, Jules n'ayant jamais été empereur. Peu de films vraiment axés sur la pièce, mais deux chefs-d'oeuvre qu'il m'a beaucoup plu d'évoquer devant mes élèves, les plus studieux qui soient.

jules-cesar_4905_4ea63d3a4f13c137cc00644f_1320202764

                                        1952, Joseph Mankiewicz réunit le très officiel acteur shakespearien John Gielgud, James Mason et leur adjoint à la stupéfaction générale Marlon Brando dont la toge en Marc-Antoine semble encore auréolée de la sueur de son tee-shirt dans Un tramway nommé désir. Mankiewicz refuse le spectacle, le peplum alors que triomphent La tunique ou Quo vadis. Le film Jules César magnifie le génie de Shakespeare sans grandes scènes de foule, juste les Romains devant le sénat lors des discours de Brutus et d'Antoine. Bien sûr on envisage la fameuse accusation de "théâtre filmé". D'abord pourquoi pas? Une pièce bien captée  peut valoir un film platement tourné. Et puis ce n'est pas vrai. Les ombres du verger des conjurés, les statues pontifiantes par exemple sont de belles idées de mise en scène. Et, morceau de bravoure, l'oraison funèbre de César prononcée par Antoine, douze minutes, est un régal de manipulation de l'auditoire servi par un Brando retors, cauteleux, démagogue de génie.

20194851

                                         César doit mourir est une extraordinaire reconstruction d'une expérience ayant cours dans la prison romaine de Rebibbio. Les frères Taviani, octogénaires, bien délaissés depuis leurs chefs-d'oeuvre des années 70, frappent très fort à la Berlinale de 2012. L'Ours d'Or est attribué à ce film coup de poing, 1h15 au coeur et à l'estomac. La couleur très tranchée de la dernière scène de Jules César, représentation donnée par les condamnés longue peine, pas des voleurs de boosters, des durs, fait place après leur triomphe à leur retour en cellule. La vie continue, enfin la vie à Rebibbio. Retour au noir et blanc carcéral pour le casting, les répétitions de ce beau projet. Paolo et Vittorio ont retrouvé l'acuité de Padre Padrone ou de Saint Michel avait un coq.Les convicts s'investissent avec enthousiasme, s'accaparant les défroques de César, de Brutus, d'Antoine. Il y a même, oui, des sourires.

 

                         Quand sous l'oeil du génial duo et la plainte d'un saxo déchirant les taulards s'emparent de cet espace de liberté qu'est l'art, quand la fièvre du jeu, de la parole et la magnificence du texte déchirent les hauts murs de la périphérie romaine, on vit avec Cesare deve morire une expérience inoubliable, dirigée par le metteur en scène Fabio Cavalli. Et l'on a vu l'un des films les plus forts de ces dix dernières années. Cette totale congruence du théâtre relayée par un solide et bouleversant témoignage cinématographique semble héritée de Rossellini. On ne peut mieux dire. Nanni Moretti, autre grand ami, a permis la distribution de ce film. M'étonne pas de lui.

                    Dasola a vu César doit mourir à sa sortie: http://dasola.canalblog.com/archives/2012/10/12/25278828.html

 

 


28 juin 2015

Mon été avec le grand Will/Scène 1

 5A_macbeth-1948-2

hamlet-and-friend1

Kenneth-Branagh-in-Henry--007

polanski-lady-macbeth

MANK

top-10-akira-kurosawa-films-shakespeare-has-never-looked-this-good-jpeg-156098

                               Je devrais intervenir à la rentrée à l'IUTA (Institut Universitaire Tout Age) pour un séminaire sur Shakespeare au cinéma. Je laisserai de temps en temps pendant quelques mois mes impressions sur ce sujet. Par exemple celles, plutôt bonnes, à propos de ce faiseur australien très in pendant quelques années vers 2000, Baz Luhrmann (Moulin Rouge!, Gatsby). Il est pas léger léger M.Luhrmann, masi il n'a peur de rien. Surtout pas de catapulter Leonardo Romeo DiCaprio sur les plages californiennes, et de faire des pères Capulet et Montague de richissimes parrains. Je n'avais pas vu Romeo+Juliet à sa sortie 96 mais l'idée s'est avérée assez géniale. Le barde de Stratford a des textes si solides qu'il résiste à tout.

ROMEO

                               Ainsi Verone devient Verona Beach, banlieue de L.A. et les familles rivales voient leur nom briller au sommet des buildings. Montage speed, musique tonitruante, pubs agressives évoquant Shakespeare, Romeo+Juliet parvient souvent à dépasser le produit calibré et efficace pour atteindre une vraie grandeur tragique. Je le voyais presque par devoir mais j'y ai trouvé un esprit fidèle au génie shakespearien. Les scènes de rixes sur la plage sont très réussies, les grands bourgeois de Vénétie se coulent très bien dans les smokings des mafiosi rivaux, les interprètes ont l'âge du rôle, ce qui n'a pas toujours été le cas. Beaucoup de bruit et de fureur, les armes à feu ont remplacé les épées, le chevaux sont de métal et hurlent dans les rues. Très intéressant, et qui remet en question un a priori un peu buté (pléonasme). Quant aux dialogues rien à rajouter. Le titre officiel de ce film est d'ailleurs William Shakespeare's Romeo+Juliet. Vraiment un excellent scénariste ce M.William. Bon. Il me faut maintenant revoir West Side Story. Il y a pire comme devoir de vacances.

Posté par EEGUAB à 06:24 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

30 avril 2015

L'autre Michel-Ange

13875918

                                            Il faudra que j'aille à Ferrare un jour. Je le savais depuis longtemps déjà, vous connaissez ma passion pour l'Italie en général, sa litté et son ciné en particulier. J'ai décidé de dire litté comme on dit ciné, à savoir une belle apocope, histoire d'avoir l'air de frayer avec tout ce qui s'écrit et se lit. Vanité...Humour, ça je précise toujours. Faute d'aller en Emilie-Romagne je me suis contenté pour l'instant de visiter à la Cinémathèque de Bercy, curieux endroit ou snobisme et perdition voisinent avec nostalgie et fascination, l'expo (encore une apocope) consacrée à Michelangelo Antonioni, un beau et patricien patronyme, presque aussi beau qu'Edualc Eeguab. C'est un modèle pour les cinéphiles, un endroit où je me suis senti mal, donc en phase avec le cinéma d'Antonioni, où tous les personnages ne vont pas bien, donc j'étais bien là bas à Bercy, à ma place, pas aux Finances. Le cinéma antonionien, on lui reproche parfois son nombrilisme, et l'on n'a pas complètement tort. Mais voilà, un nombril peut parfois, pourvu qu'il soit bien observé, nous apprendre beaucoup.

                                        Les films d'Antonioni prêtent le flanc aux accusations d'élitisme un peu comme s'ils venaient d'un homme qu'on estime mais à la réputation ésotérique. Il y a dix ans déjà, présentant les cinq géants du cinéma italien d'après guerre, j'avais pris pour incipit: Rossellini le professeur éclairé, De Sica le médecin prévenant, Fellini le roi-bouffon, Visconti le cousin aristocrate et contradictoire et Antiononi un autre cousin, intellectuel un peu éloigné.

Expo

                            Il faudra que j'aille à Ferrare un jour. Ferrare, héroïne des si beaux livres de Giorgio Bassani mais aussi ville natale d'Antonioni . L'expo n'oublie pas ses débuts néoréalistes, le court métrage Les gens du Pô, cette Italie juste après guerre qui initiait un nouveau courant, celui d'un cinéma qui sera comme aucun autre en totale adéquation avec un pays, un peuple, une époque. Je rabâche. L'influence du Duc de Modrone, Luchino Visconti, est bien là dans le premier quart de sa carrière, dont surtout après une incursion dans les coulisses du Septième Art, La dame sans camélias et sa première muse, Lucia Bose, il s'affranchira pour défricher une terra incognita en cinéma, la fameuse incommunabilité qui devait le poursuivre toute sa vie. Très bien initiée par Le cri, avec quelques séquelles néoréalistes, cette période culmina avec sa trilogie L'Avventura, La notte, L'eclisse. Ce fut aussi l'incompréhension, y compris d'une partie de la critique dérangée dans ses certitudes.

Les_Gens_du_Po

                                Lettres, manuscrits, photos, et les magnifiques affiches, toutes plus belles les unes que les autres, composent ce chemin d'étoiles, interrogeant nos souvenirs cinéphiles et existentiels. Bien trop jeune pour la trilogie, j'ai découvert ces films et leur richesse trente ans après, stupéfait devant une telle modernité, un tel cran, qui devaient laisser au début des sixties bien des spectateurs au bord de la route. Un visage illumina ces années, Monica Vitti, même si dans La notte Jeanne Moreau, si souvent insupportable par la suite, forme avec Marcello un couple reflet, un duo miroir extaordinaire.

vlcsnap-2012-06-26-13h37m35s178

                                    Cette expo s'intitule Aux origines du pop car Michelangelo Antonioni, très intéressé par la culture pop, Carnaby Street, le pop art, et la musique émergente, choisit de quitter l'Italie pour mijoter en Angleterre Blow up, Palme d'Or, parabole sur le voyeurisme et sur la presse qu'on n'appelait pas encore people, qui fit de lui une icône d'une certaine jeunesse, l'un des rares cinéastes à s'aventurer dans cet univers étrange et un peu effrayant pour qui avait dépassé trente ans. Moi j'en avais seize et, fou de cette musique, je retenais surtout la scène où Jeff Beck cassait sa guitare au sein des Yardbirds (Beck et Jimmy Page réunis, c'est le seul document). 

The_Yardbirds_1966

                                    Puis ce fut l'Amérique de Zabriskie Point et Profession reporter, visions désespérées des seventies, déjà évoquées sur ce blog. Mais je ne vais pas faire l'analyse exhaustive de Aux origines du pop, j'engage seulement ceux qui en auront l'occasion, à s'attarder rue de Bercy pour découvrir un artiste protéiforme et qui ne se retourna pas, le contraire d'un créateur de recettes, et qui fut aussi peintre et photographe, l'influence d'un Giorgio de Chirico notamment.

                                    Il faudra que j'aille à Ferrare un jour. Car Michelangelo Antonioni n' apas usurpé son prénom, participant à une nouvelle renaissance de ce cinéma italien phenix, des paysans de la plaine du Pô aux esthètes oisifs romains, du Swinging London à la Chine postmaoïste. Il ya comme ça, des choses qu'il faut faire. Autre chose qu'on peut faire, sans être un italocinémaniaque comme moi, regarder ce beau montage travelling proposé par la Cinémathèque. http://www.cinematheque.fr/expositions-virtuelles/antonioni/index.htm

antonioni

P.S. Pour retrouver quelques-unes de mes chroniques sur les films de M.A. tapez Antonioni dans "Rechercher".

Posté par EEGUAB à 06:15 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

17 février 2015

Du côté obscur

brouste

                                 La vie de Shelley, Byron, Mary Shelley et autres soeurs, demi-soeurs, anciens et nouvelles, leurs différents ménages à trois ou quatre ou cinq, c'est fatigant. La perpétuelle fuite du poète, les créanciers, les scandales, le beau-père, le laudanum, ça finit par peser. Le cercle des tempêtes de Judith Brouste, qui se met quelque peu en scène dans ce roman, de façon assez pénible pour moi, mêle la mort des jeunes enfants du noyau quelque peu maudit, et qui s'en portait fort mal donc fort bien chez ces adeptes du malheur talentueux, et les pulsions d'une sexualité qu'on dirait maintenant rude et variée, enrubannées de tendances suicidaires et de goûts pour le morbide.

                                Prométhée délivré côté Percy, Frankenstein côté Mary, on doute de l'équilibre de la maison Shelley. De tous côtés mutilations et aberrations, sorte de théâtrographie de la tératographie (je sais, deux outrecuidances). Quant à ce qui pourrait être une version début XIXème des Kindertotenlieder, de ces enfants, on peine à savoir précisément de qui ils sont la progéniture (le terme progéniture est quelque peu inadéquat) tant les relations des personnages ont été... diverses. Calèches vers le Sud, nuits d'alcools, partances toujours, le romantisme de ces gens-là, les convictions trop tôt prolétariennes et peu nuancées de Percy Bysse Shelley, enfin la fascination pour la mer toujours recommencée, tout cela ne pouvait que noyer le poète sur une côte quelconque. La côte fut ligure et le cimetière italien, pas si loin de John Keats. Byron, ami et rival, devait lui survivre, mais guère plus que Robespierre ne survécut à Danton.

                                Si vos tendance apocalyptophiles sont assez fortes pour voyager avec eux, libre à vous. Mais qu'est-ce que ça m'a fatigué. Volontairement j'ai fait ce billet un peu à leur manière,pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Mais je ne relirai pas Judith Brouste. Mais quelques lignes de Shelley, pourquoi pas? A doses cependant restreintes.

J’ai rencontré un voyageur venu d’une terre antique
Qui m'a dit : « Deux immenses jambes de pierre dépourvues de buste
Se dressent dans le désert. Près d’elles, sur le sable,
À moitié enfoui, gît un visage brisé dont le sourcil froncé,

La lèvre plissée et le sourire de froide autorité
Disent que son sculpteur sut lire les passions
Qui, gravées sur ces objets sans vie, survivent encore
À la main qui les imita et au cœur qui les nourrit.

Et sur le piédestal il y a ces mots :
"Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois.
Contemplez mes œuvres, Ô Puissants, et désespérez !"

À côté, rien ne demeure. Autour des ruines
De cette colossale épave, infinis et nus,
Les sables monotones et solitaires s’étendent au loin. »

Posté par EEGUAB à 08:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

15 février 2015

Lisez-nous, Valentyne et moi

ecoute moi

                                        Que pense Valentyne (Ecoute-moi   de Margaret Mazzantini)de ce livre, Ecoute-moi, en lecture commune comme nous aimons tant à le faire quatre fois l'an? Ce premier livre de Margaret Mazzantini a eu pas mal de retentissement en Italie en 2004. Confession d'un chirurgien de renom que le très grave accident de scooter de sa fille Angela, quinze ans, plonge dans une auto-analyse bouleversante, douloureuse, impudique. Timoteo s'adresse ainsi à sa fille, entre la vie et la mort, comme s'il offrait ses aveux pour le salut d'Angela. Ecoute-moi est un roman très fort, certes traversé par un exhibitionnisme qui peut mettre mal à l'aise, mais qui explore les tréfonds de l'âme de cet homme, donc un tout petit peu aussi ceux du lecteur,de tréfonds. Du moins c'est ainsi que je l'ai ressenti. Jusque là la parenthèse dans l'existence de Timoteo, quinze ans plus tôt était restée dans un coin de mémoire, comme entreposée, et je suppose que chacun pourra alors se reconnaître en lui. N'avons-nous pas presque tous comme ça un ou plusieurs épisodes de notre vie, comme enfouis mais prompts à nous sauter à la figure à l'occasion d'un choc comme le coma d'Angela? Non que cet évènement ancien soit forcément honteux ou glorieux, mais tellement inhérent et chevillé corps et âme à notre existence. Nos échecs et nos douleurs nous façonnent plus que nos réussites, plus relatives ou ressenties comme telles en général.

                                       Difficile d'en dire davantage, ce serait trop dire, mais le voyage à l'intérieur de l'âme humaine où nous entraîne Margaret Mazzantini est bouleversant. La rencontre qu'a faite Timoteo il y a quinze ans coïncidait avec la naissance d'Angela. Comment cet homme instruit, cultivé et à l'aise, a-t-il pu s'engloutir dans une relation à première vue incompréhensible? Ce serait ignorer les pas toujours glorieuses incertitudes de l'amour, et les faiblesses, les coups du sort qui guettent les pauvres créatures terrestres que nous sommes. Comme un sentiment de déréliction, de perdition, voire de descente aux enfers flotte au, long de ce beau roman curieusement nommé ici Ecoute-moi alors que Non ti muovere se traduirait plutôt par Ne bouge pas. Mais je me dis aussi que pour une bonne écoute il faut rester là,presque sans bouger. C'est à ce prix que l'histoire de Timoteo se révèle comme très proche car à vrai dire Timoteo...c'est moi, ou peut-être vous, enfin nous tous, en ces moments si douloureux qu'il nous faut consentir à dire l'indicible.

a_corps_perdus_photos2

                           Sergio Castellito, acteur réalisateur souvent sensible, et accessoirement époux de Margaret Mazzantini, a adapté le livre. Le film est sorti en France sous le titre A corps perdu. Je ne l'ai pas vu mais ne suis pas  sûr que Penelope Cruz soit le choix idéal pour le rôle d'Italia, qui met la vie de Timoteo sens dessus dessous. Et peut-on aller jusqu'à voir dans le prénom du personnage une métaphore du pays? Questo é il problema.

 

Posté par EEGUAB à 07:12 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,


17 décembre 2014

Barocco

Sorentino

                                      J'ai lu sur ce roman des critiques très favorables et je les trouve exagérées. Mais c'est un roman foisonnant qui recèle des moments vraiment excellents. Tony Pagoda, crooner napolitain plus de toute première fraîcheur, traîne son ennui chronique malgré le succès. Le succès, bon, c'est pas Sinatra non plus. Son couple en est à l'heure zéro, multicocaïné Tony ne rebondit plus guère, sex addict doucement en voie de garage, le latin lover sur le retour file un mauvais coton. Lire tout ça n'est pas le plus intéressant du livre. Mais Ils ont tous raison se sauve par une rage, une rage vacharde d'humour, une férocité qui apparaissait déjà chez le Sorrentino cinéaste de La grande bellezza, cette oeuvre protéiforme et comme enfantée par Fellini et Moretti.

                                      Tony Pagoda finit par jeter l'éponge et se retrouve au Brésil où il vivra dix-huit ans, en ce pays de démesure. Manaus, Amazonie, capitale mondiale du cafard mais alors du cafard XXL, du cafard de prestige, du cafard de très haute volée. Quand il raconte ses démêlés avec l'insecte géant, on le sent admiratif, le Tony. Et puis c'est un sacré conteur, le gars, une rencontre avec Sinatra qui tourne court entre deux plus qu'éméchés, une extraordinaire scène à l'opéra de la jungle, digne du Fitzcarraldo de Werner Herzog, une bagarre homérique dans un bouge d'une favela, le comble du snobisme pour un monstre sacré de l'art lyrique dont il fait la connaissance. Tout ça sur fond d'overdose tant sexe que drogue à tel point que j'ai un peu une overdose d'overdoses. Lassant.

                                      Sur le plan littéraire quelques trouvailles "Un jour, on n'est plus que le lumignon de soi-même". Quelle clairvoyance. Tony s'égare parfois dans les confidences qu'il nous fait, sur sa famille et ses amis musiciens. Hilarantes les relations entre un cousin avocat plus qu'obèse et bourré d'angoisses et son beau-frère magistrat proche du nabot et bourré, lui, de complexes. Paolo Sorrentino et sa créature Tony Pagoda ont de la famille à l'italienne une conception très particulière.  Alors, vieux cinéphiles que nous sommes, on pense aux Monstres, à Affreux, sales et méchants, à ces films délicieux et arbitraires, géniaux et dérisoires, si proches malgré les Alpes qui n'ont jamais empêché chez moi une italianité qui revendique le droit, aussi, au mauvais goût, et un soupçon de misanthropie, moins cependant que dans l'extrait suivant:

                                     "Tout ce que je ne supporte pas a un nom.(...) Je ne supporte pas les joueurs de billard, les indécis, les non-fumeurs, les imbéciles heureux qui te répondent "pas de souci", les snobinards qui pratiquent l'imparfait du subjonctif, ceux qui trouvent tout "craquant", "trop chou" ou "juste énorme", ceux qui répètent "c'est clair" pour mieux t'embrouiller (...), les fils à papa, les fils de famille, les enfants de la balle, les enfants des autres (...), les tragiques, les nonchalants, les insécures (...), les gagnants, les avares, les geignards et tous ceux qui lient facilement connaissance (...).Je ne supporte rien ni personne. Ni moi. Surtout pas moi. Je ne supporte qu'une chose.La nuance."

                                       Quant à Tony Pagoda, finira-t-il par se laisser convaincre d'un retour au pays natal,ça le mènerait vers une Italie où les monstres et les histrions sont bien plus dangereux que ceux des films de Dino Risi? E pericoloso..., et ça, le Napolitain Paolo Sorrentino le sait mieux que quiconque.

Posté par EEGUAB à 11:19 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

12 octobre 2014

Le cinéma, mon vélo et moi / 4 / Ferrare antebellum

le-jardin-des-finzi-contini-1970-00-00-4-g

                                                                                   Années trente. Une famille juive dans Ferrare la belle,le magnifique roman de Giorgio Bassani, l'un des derniers films de De Sica, une Italie du Nord, certes assez éloignée du Néoréalisme historique, mais tout aussi vraie. Je m'imagine, en blanc, mince et sportif, chevalier servant de Dominique Sanda et  rejoignant de toute la vélocité de ma bicyclette Le jardin des Finzi-Contini. Trente ans  après Le voleur de bicyclette le vélo retrouve toute sa place dans le cinéma italien. Un homme dans la ville. Et merci encore à Asphodèle pour la belle illustration de cette chronique.

Downloads33

Posté par EEGUAB à 11:38 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

09 septembre 2014

Ritorno a casa

                                         Des mois que je ne vous avais pas cassé les pieds avec le cinéma italien. Rassurez-vous, j'ai toujours le virus. Tiens, trois films très différents, on en cause un poco,si? Si l'un d'entre eux constitue un sequel assez indigeste les deux autres sont plutôt sympas à découvrir.

nuovi mostri 

                                         Quinze ans après son hallucinante galerie des Monstres (63) Dino Risi, flanqué cette fois de Mario Monicelli et Ettore Scola, échoue avec Les nouveaux monstres, assez lamentable pochette de sketches lourdissimes et démagogiques en diable. On sourit quand même parfois tant les géniaux cabots habituels en font des tonnes, Gassman, Tognazzi,Sordi. Et ces gens-là m'ont tellement donné de plaisir cinématographique que je ne saurais leur en vouloir. Vu en plus sur un catastrophique DVD où la V.O. se met d'un seul coup à la V.F. sans la moindre explication. Mes chers amis (sic) Dino, Mario, Ettore, Vittorio, Ugo, Alberto, lei amo tante, che vergogna!

seducida-y-abandonada 

seduite-et-abandonnee-1964-20249-404382504

                                             Bien antérieur mais surtout plus pimpant, Séduite et abandonnée de Pietro Germi (1964), sans atteindre à son chef d'oeuvre Divorce à l'italienne,nous ramène en Sicile, où une toute jeunette Stefania Sandrelli a maille à partir avec son père cause faute et déshonneur.Parfois hilarant avec ses mâles qui n'ont pas encore compris que bientôt ils ne maîtriseraient plus grand chose de la vie de leurs enfants et qui se croient encore propriétaires de l'avenir de leurs filles. La sociologie italienne moderne doit tant au cinéma et notamment à Pietro Germi qui, tout en restant drôle avec ses archétypes, en dit long sur cette terre ultra-méridionale des années soixante. Saro Urzi, surnommé le Raimu italien, à juste titre tant sa présence est éclatante sans vampiriser le film comme le faisait Jules, joue un père en équilibre sur son amour pour sa fille et l'honneur, ah, l'Honneur! Truculence et personnages traditionnels, femmes en noir confites en dévotions, tout homme ou presque est selon les us et coutumes Don Quelque chose, mais le feu couve sous la glace. Une vraie réussite.

imagesBROBKMAY

                                        Plus surprenante en 1965 l'ncursion d'Elio Petri, cinéaste plutôt ouvertement "politique", dans une pop-science-fiction adaptée du roman de Robet Sheckley La septième victime qui devint à Cinecitta La dixième victime. Dans un futur indéterminé, pour canaliser l'agressivité de la population dans une société où les guerres ont disparu, des chasses à l'homme mortelles sont organisées entre des participants volontaires. Un ordinateur désigne le chasseur et la victime. Caroline, avec neuf victoires à son actif, se voit désigner une dixième victime : Marcello, neuf victoires lui aussi. Voir Mastroianni en rouquin aux trousses d'Ursula Andress est assez jubilatoire. Une bande son pop assez gainsbourgienne sixties,des décors à la Barbarella, un clin d'oeil aux cinéphiles qui s'amuseront devant cette pochade préberlusconienne où le terme "néoréaliste" est uitilisé comme une injure.Au rayon des curiosités donc, mais pourquoi pas...

 

Posté par EEGUAB à 07:30 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

26 juillet 2014

Le cinéma, mon vélo et moi/2/ L'héritage néoréaliste

VELO

                                         Un cinéma à hauteur d'enfant, une filiation de De Sica aux Dardenne, un peu plus de soixante années séparent les deux films, le coeur commun, et le vélo-vecteur social et objet d'envie d'insertion. Deux films sans âge, sans grands mots. Taisons-nous. Rome, Liège.

 ladri_di_biciclette940bn

461335201_640

 

Posté par EEGUAB à 08:34 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

29 juin 2014

Un livre, un film (énigme 100), la solution

 

conf 2

conf

                                    

                                                               ... n'avait pas de secrets pour Aifelle, Dasola, Pierrot Bâton, Keisha, Asphodèle, fidèles parmi les fidèles. Un bel été à toutes, Mesdames (ça se confirme), et merci de vos passages, toujours brillants.

 

 

 

 

 

 

Posté par EEGUAB à 07:16 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,