03 août 2013

Méridionales ancestrales

   Il viaggio

                       "Vittorio De Seta est un anthropologue qui s'exprime avec la voix d'un poète". Ainsi parle Martin Scorsese,le si cinéphile cinéaste,chose pas si  fréquente.On sait Marty très impliqué dans la restauration des films et passionné de son cher cinéma italien.Si vous ne deviez voir qu'un document sur l'histoire du cinéma je vous rappelle ce Voyage à travers le cinéma italien,magique évocation des souvenirs de Scorsese où la filiation paraît évidente entre le Néoralisme et les premiers films de Scorsese.

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                     Le très bon boulot de la maison Carlotta permet de se pencher sur l'un des plus singuliers metteurs en scène italiens,le Sicilien Vittorio De Seta (1923-2011). Hommage aussi à la Cineteca Bologna qui oeuvre pour le patrimoine. L'homme ne s'est presque jamais intéressé à la fiction mais est l'auteur de documentaires sur l'Italie du Sud des années cinquante quelque part entre le Robert Flaherty de L'homme d'Aran,le Georges Rouquier de Farrebique, voire certains films de  Jean Rouch.Ces noms n'évoquent pas grand chose dans le monde du ciné-show-business dont l'authenticité n'est pas souvent la vertu cardinale.Tous ceux qui aiment vraiment l'Italie seront passionnés par le regard de De Seta sur le Mezzogiorno au milieu du siècle dernier,encore un peu moyenâgeux, tribal et solidaire.Dans ce Sud là on ne prise guère les hommes d'affaires milanais,ni les fonctionnaires romains. Hommage au labeur, Le monde perdu décrit les toutes dernières années de ces communautés rurales avant la mécanisation,le tourisme même si Calabre,Sicile et Sardaigne de 2013 ne sont pas que des clubs de vacances,loin de là.

                    Ce qui passionne De Seta,c'est le plus vieux sujet du monde,la vie des hommes.Dix films d'une dizaine de minutes,sans commentaires, rythmés par des chants la plupart du temps en dialectes régionaux.Rien de plus simple que ce cinéma,rien de plus épuré,épidermique aussi.Nul sociologue ou ethnologue,seule la caméra de cet étonnant cinéaste qui n'est pas des leurs bien que sicilien.Il dit lui-même qu'il fréquentait plus les clubs de voile de la jeunesse dorée palermitaine que les travaux et les jours de ses héros du quotidien.Parlons-en de ces héros.Mineurs dans les soufrières, pêcheurs de thons et d'espadons, bergers sardes aux troupeaux faméliques (le film Bandits à Orgosolo fut le premier long métrage de De Seta,en 61,souvent honoré dans les festivals et les frères Taviani clament haut et fort la filiation de Padre padrone avec cet univers néoréaliste), paysans calabrais éloignés de tout.

                  Les "immenses", Rossellini avec Stromboli, Visconti avec La terre tremble, avaient déjà juste après la guerre posé la question de ce cinéma direct loin de Cinecitta.Ils choisirent ensuite d'autres voies,souvent royales.Plus tard bien après Vittorio De Seta, en 1978, L'arbre aux sabots d'Ermanno Olmi sera Palme d'Or. Tout arrive. Même un DVD de belle tenue, couleurs magnifiques et intervention modeste et claire de Signore De Seta. Amoureux de l'Italie ce recueil est fait pour vous,qui savez que ce pays n'est pas que celui de la Renaissance ou du bel canto,de Florence ou de Venise.

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27 juillet 2013

De mots et de masques

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                                Sandor Marai progresse toujours dans la pile de mes lectures.Et puis Casanova m'a toujours passionné,aussi bien le fringant jouvenceau de Casanova,un adolescent à Venise,le très beau film de Luigi Comencini,que l'hurluberlu pathétique ridicule et émouvant Casanova de Fellini.En littérature aussi j'ai un bon souvenir du Retour de Casanova d'Arthur Schnizler,mais il est vrai que Schnitzler figure dans mon panthéon.Le paneuropéen Sandor Marai, qui vécut un peu partout sur le vieux continent et mourut en Amérique,à qui rien n'échappe ni de l'esprit des lumières,ni des jeux de la séduction,a fait de La conversation de Bolzano un texte d'une grande richesse et dont toute la deuxième partie est composée des très longs monologues successifs du vieux Comte de Parme qui blessa jadis Casanova en duel,de sa très jeune femme Francesca exaltée de sa passion,et de la réponse du Cavaliere.

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                                 D'anecdotes croustillantes sur les conquêtes de Casanova,point.De picaresques détails sur l'évasion des Plombs de Venise,non plus,Sandor Marai n'a pas voulu écrire un roman d'aventures.Pas de rencontres sur le pré pour laver un honneur,pas de cape ni d'épée.Un poignard, toutefois, compagnon fidèle de Casanova, qui peut toujours servir.Il y a bien un complice,Balbi, moine paillard et défroqué,ce qui est fréquent en cette période où les ordres mineurs,voire majeurs,s'accommodent d'une chasteté relative.Mais le chevalier restera un homme seul.

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                                 La profondeur de La conversation de Bolzano prend sa signification dans la très longue scène où le vieux comte,face à Casanova, lui propose un contrat, richement doté, si ce dernier partage avec Francesca une unique nuit d'amour, "Réconforte-la,et blesse-la", toute l'ambiguité de ce beau roman se trouve ainsi résumée.Et que dire de l'entretien final entre les deux amants? Francesca,qui a réussi à lui griffonner quatre mots, trouve les accents les plus déchirants pour lui avouer son amour, entre don de soi, et colère. Giacomo Casanova de Seingalt, de la Venise d'or et de barreaux à sa mort,modeste bibliothécaire d'un obscur château de Bohême,en passant par Bolzano,cette bourgade du Tyrol italien, a trouvé en l'immense Sandor Marai,un (faux) biographe d'une insoutenable vérité.

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22 juillet 2013

Pasionaria romaine

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                         Beaucoup de sympathie pour Liberté,mon amour! de Mauro Bolognini, réalisé en 1973 et que je n'avais jamais vu.Je m'en veux de ne pas aimer davantage cette ode à la femme,en une période,l'Italie des années trente où son statut était celui d'une "mère à gosses", comme à peu près partout ailleurs.Alors bien sûr Bolognini l'esthète,le lui a-t-on souvent fait remarquer avec un zeste de condescendance,a tant d'empathie pour son héroîne modestement prénommée Libera Amore Anarchia qu'il a fini par en faire un personnage de légende balayant toute vraisemblance.Ce qui est gênant pour un film à connotation morale certes mais aussi historique.En ce sens le choix de Claudia Cardinale,flamboyante de rouge vêtue en un symbole pas léger léger,peut s'avérer erroné.Elle a tant d'élégance,un petit quelque chose d'aristocratique que j'ai peiné à l'identifier comme la fille d'un révolutionnaire de condition modeste.

                        Liberté,mon amour! jouit cependant de pas mal de qualités.D'abord le ton très comédie italienne avec sa dose de truculence et son verbe haut,la fantaisie qui règne encore dans le petit peuple romain malgré les exils forcés d'opposants dont le propre père de Libera. La musique de Morricone a quelque chose de primesautier. L'antifascisme est ainsi traité sur un mode léger du moins dans les deux premiers tiers du film.A ce propos j'aimerais que la cinéphilie italienne puisse s'enorgueillir de diffuser aussi les films un peu moins "du bon côté" mais c'est un autre débat.

                      En butte aux tracasseries de l'administration en tant qu'égérie locale de l'opposition Libera et son mari,qui tient un atelier de confection,vont quitter Rome pour Padoue, Modene, puis Livourne et cette mobilité géographique s'accompagne d'une inquiétude grandissante. Les nuages s'amoncellent sur Libera et sur l'Italie.Beau personnage que son mari,brave type un peu dépassé et hésitant mais qui l'aime profondément. Le père, lui, anarchiste banni, jouit d'un rôle finalement plus facile.Incrusté de quelques documents d'époque Liberté,mon amour!, à mesure que la chronologie de l'avant-guerre puis de la chute du Duce s'avance,va tourner au drame,au drame d'autant plus stupide que la réconciliation devra bien se faire.C'est un film que je découvre, intéressant,mais qui pour moi ne vaut ni Metello ni Le bel Antonio, mes oeuvres préférées de Mauro Bolognini.

Il viaggio

http://youtu.be/RxMnYdoFnSU    La robe rouge de Claudia/Libera

 

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07 juillet 2013

Quatre vieux Italiens

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                                Non pas quatre vieux messieurs transalpins attablés à la Trattoria del Tevere.Ceux qui me suivent un peu savent ma passion pour l'Italie et entre autres,son cinéma.J'ai toujours grand plaisir à découvrir des films inconnus ou pour le moins délaissés.L'antédiluvien Cinéma de minuit de France 3 pourvoit souvent à mes besoins.Et puis parfois quelques trésors ressortent en DVD.Retour sur quelques raretés d'un intérêt variable,partant du postulat que la plupart du temps un film italien moyen est plus intéressant qu'un bon film français.Assertion parfaitement de mauvaise foi.

                               Le mariage de minuit,traduction littérale de Piccolo mondo antico,est un mélodrame de 1941 de l'écrivain Mario Soldati,qui réalisa quelques films.Situé dans une période qui inspira notamment Visconti,le Risorgimento qui devait secouer la tutelle autrichienne,Le mariage de minuit met en scènes querelles de familles et de fortunes et drame de l'enfance,son principal intérêt étant Alida Valli,qui semble préparer là le rôle de sa vie,celui de la Comtesse dans Senso.A voir essentiellement pour la partie historique,les films de Mario Soldati étant de toute façon à peu près invisibles.

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                              L'homme aux cent visages (1959)  est le premier film de Dino Risi  avec Vittorio Gassman.Ce n'est certes pas un chef d'oeuvre comme La marche sur Rome ou Le fanfaron,deux,trois ans plus tard.Bâti un peu comme un film à sketches mais utilisant jusqu'à plus soif l'acteur cabotinant déjà,pas encore génialement,mais tellement à l'italienne  qu'on lui pardonne ses excès,le film est une comédie  où Gassman se déguise,escroquant à qui mieux mieux dans une Italie  qui s'est à peu près remise du passé,et qui sait si bien se moquer d'elle-même.                           

 

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                           La Mafia,ici la Camorra,est un personnage récurrent du cinéma italien.En voici une version originelle,dans la Napoli du XIXème Siècle.Pasquale Squitieri dont je ne connais aucun autre film fait de Cardinale une  putain au coeur noble dans ce film de 1973 qui retrace un épisode mettant en scène les guapi,voyous napolitains,chatouilleux sur l'honneur.Pas mal démago sur les bords Lucia et les gouapes, avec ce portrait de mauvais garçons ,pétris malgré tout de valeurs morales,à leur sauce passablement rance,nous présente deux superbes moustachus des années soixante-dix,FabioTesti et Franco Nero,dont les carrières furent par la suite plutôt décevantes.Amis,presque frères,l'un parrain local,l'autre avocat sorti du ruisseau de Spaccanapoli,tout cela n'est pas bouleversant d'originalié.

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                      Datant de 1960 voici de très loin le meilleur film de ce quarteron de vieilles pellicules sans intérêt sauf pour fossiles attardés.Elio Petri est un peu connu pour ses films politiques Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon et La classe ouvrière va au paradis, Palme d'Or Cannes 72.Il faut dire que  l'acteur Gian Maria Volonte était alors très en vogue L'assassin date de dix ans plus tôt.Elio Petri, comme tout le monde ayant touché au cinéma en Italie à cette époque,a un peu participé à la fin du Néoréalisme,avec Giuseppe de Santis puis s'est tourné vers un cinéma plus proche d'un Francesco Rosi.Son premier film, L'assassin,est un remarquable simili polar où l'erreur judiciaire est abordée de biais à travers les déboires d'un antiquaire romain soupçonné du meurtre de son ancienne maîtresse.Un commissaire teigneux incarne une bureaucratie tatillonne,un peu héritière du régime précédant la relève de l'Italie.Cette relève  économique ne se fait pas sans dérapages dans une société pas mal serrée encore et qui trouve assez vite le coupable idéal.Marcello Mastroianni,nonchalant et désenchanté pour l'un de ses premiers grand rôles,y est génial,innocent sur qui le poids de la responsabilité s'abat rudement ,ce qui n'exclut pas l'humour.Et puis sommes-nous jamais vraiment innocents,après tout?Ce gars-là,à qui tout réussissait jusqu'ici,mérite bien une leçon.

Il viaggio

                     Composé assez Nouvelle Vague,L'assassin avec ses flashbacks  et son ambiance romaine jazzy est vraiment un film à découvrir.Dans ce DVD très bien fait Jean A.Gili,le très grand connaisseur du cinéma italien,éclaire notre lanterne et c'est bien agréable d'apprendre encore et toujours sur ce pays que j'aime tant. 

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30 juin 2013

Athalie,Paulina et moi

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                           Lecture commune avec Athalie A les lire  , Paulina 1880,oeuvre dont le titre est relativement connu mais dont je ne suis pas sûr que les lecteurs aient été si nombreux,est un roman qui n'a guère d'équivalent,très ambitieux dans sa concision. Mais cette oeuvre,qui devrait être brûlante,ne m'a pas remué les entrailles,alors qu'il semble que beaucoup d'écrivains en aient été bouleversés.Le livre date de 1925 et l'histoire se situe dans l'Italie du Nord de la fin du XIXème Siècle.Paulina Pandolfini ,enfant,puis jeune bourgeoise milanaise, fille d'un marchand prospère, se complait dans la dévotion et le culte des images saintes et de la statuaire des nombreuses églises du pays.Cette tendance très forte cohabite en elle avec une irruption du désir,de plus en plus impérative,en la personne du Comte Michele Cantarini, une connaissance de son père.Paulina est encore très jeune lorsqu'ils deviennent amants,ce qui n'empêche pas la dualité de régner sur son esprit, Dieu et la culpabilité s'accomodant parfaitement des nuits chaudes mais silencieuses dans la demeure familiale.

                       Après la mort du père,resté dans l'ignorance Paulina,qui l'aimait profondément,est à peu près libre,la femme du Comte Cantarini ayant perdu l'esprit.Pourtant elle se réfugie une première fois dans un couvent,confite dans ses remords d'avoir trahi son père.Chez les Soeurs de la Visitation de Mantoue le doute persiste et elle finira par retrouver le Comte à Florence mais ne connaîtra la paix qu'au prix du meurtre et d'une longue condamnation-expiation-rédemption.Paulina 1880,je l'ai dit a suscité beaucoup d'enthousiame au moins chez les poètes et les artistes.

                Problème:je ne suis ni l'un ni l'autre car ce livre,censé être un diamant sur le plan littéraire et censé metttre le feu aux âmes et aux coeurs m'a laissé presque de marbre.J'oserai même dire que cet ouvrage m'a pesé et que,et je prie Athalie de m'en excuser,l'ayant lu il y a deux mois environ je n'ai pas pris la précaution d'écrire immédiatement mes impressions,déjà mitigées.Donc nul envoûtement chez moi pour L'ange bleu et noir (c'est le titre d'un chapitre), nulle pression malgré la beauté de certains passages,nul trouble vénéneux.On cite souvent le livre de Pierre Jean Jouve parmi les très hautes incandescences de la littérature du siècle dernier.Mais les braises de Paulina 1880 m'ont-elles seulement effleuré?

Il viaggio

                   Bon,il restera toujours quelque belle prose  sur notre chère Italie,et de quoi rejoindre le cher voyage http://chezmarketmarcel.blogspot.fr/p/il-viaggio.html .Et puis on a,Dieu merci,le droit d'avoir une autre approche.C'est le cas d'Inganmic

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2011/12/paulina-1880-pierre-jean-jouve.html

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27 avril 2013

Ennui vénitien

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           Grosse déception que cet Alibi de Joseph Kanon dont j'avais, tant apprécié L'ami allemand,The good German au cinéma, Soderbergh, Clooney.Venise a rarement semblé aussi peu inspirée dans ces premiers mois après la fin de la guerre.Un jeune Américain,démobilisé,retrouve sa mère qui va se marier à un médecin italien.Qui est vraiment cet homme? S'intéresse-t-il surtout à la fortune de cette femme?Et le Grand Canal a-t-il beaucoup de cadavres à vomir ainsi?

          Autant le Berlin de 1945 était judicieusement étudié par Joseph Kanon avec ses trafics divers,ses vestes retournées in extremis,et ses signes très précoces de la future Guerre Froide,autant l'auteur se noie dans les eaux troubles de la Sérénissime.Rien ne m'a intéressé dans cette histoire qui mêle résistants au fascisme et chemises brunes,qu'on confond allégrément.Bien sûr les immédiates après-guerre peuvent être diablement séduisantes pour l'univers du polar.Mais ce qui fonctionne dans le Berlin de L'ami allemand ou la Vienne du Troisième homme,ça ne marche pas sur la lagune.Chiuso! Scusami mais, Dieu merci, j'ai connu La mort à Venise autrement excitante,et des Lunaisons vénitiennes d'un tout autre calibre.Pourtant j'aimais bien la photographie de couverture.

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31 mars 2013

Voir Naples et mourir (avec Valentyne)

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               Valentyne et moi avons lu ce livre de Sandor Marai.Je suis un adepte du grand écrivain hongrois que personnellement j'aurais volontiers nobélisé.Nobel non,mais de haute noblesse d'écriture à mon avis.Septième abord pour moi,la plupart étant chroniqués sur ce blog.Le miracle de San Gennaro est un roman qui surprend,très éloigné de l'univers un peu classique,quand on l'a parcouru comme moi au long de six livres explorant l'histoire personnelle de Sandor Marai,de son pays et de ses combats,de ses exils et de ses espoirs.Cette parenthèse napolitaine dans la vie très cosmopolite de Marai est composée de deux parties tout à fait différentes.

                Il a lui-même vécu en Campanie et dans un premier temps nous plonge dans le Spaccanapoli et les douces collines  du Pausilippe,peu après la fin de la guerre.Un couple d'étrangers vit comme une anomalie parmi les gens du petit peuple,mais d'eux il ne sera question qu'indirectement dans cette moitié du livre.Il y a là des marchands,des chasseurs bredouilles, tout un monde, pas toujours animé des meilleures intentions envers les marins et les touristes.On a faim à Naples en 1949.Alors certains reviennent d'Amérique,pas vraiment cousus d'or.Les familles y sont nombreuses,les prêtres aussi,souvent faméliques,qui attendent le fameux miracle biannuel de San Gennaro. La religion y tient une grande place,souvent teintée de crédulité.Padre Pio vit non loin d'ici,célèbre dans l'Italie du milieu du siècle pour ses stigmates de la passion du Christ.Outre le miracle du sang liquéfié de Gennaro on y espère d'autres merveilles,la guérison d'un enfant,une pêche prodigue,de l'argent pour la grande traversée.Le ton est à la comédie napolitaine,enfin presque.J'y retrouverais presque mon cher cinéma italien,le petit,pas forcément celui des grands créateurs,mais qui a bien du charme et de la couleur.

               L'étranger est retrouvé mort au pied d'une falaise. Changement radical de ton, au revoir la légèreté et le pittoresque.Venu d'on ne sait où, cet étranger était-il le rédempteur dont la rumeur se faisait l'écho? Et quel a été le rôle de la femme qui vivait avec lui?Et que vaut ce messianisme dont paraît-il,on le créditait? La lecture de cette seconde partie du Miracle de San Gennaro s'avère autrement difficile. L'enquête diligentée par le vice-questeur l'est tout autant.Le témoignage d'un moine franciscain qui a beaucoup parlé avec l'étranger et sa compagne (ce n'est pas le terme qui convient) nous éclairera-t-il sur la vérité? Le vent,la mer et le Vésuve, omniprésents, ne nous aident guère et j'ai parfois un peu peiné à suivre ces questions presque théologiques.Le hasard a fait que Valentyne et moi avons lu ce livre alors que François d'Assise,très important dans la vie de ce mystérieux étranger,  est aussi à la une  des journaux,et pas  seulement à Naples et à Rome.

            Le miracle de San Gennaro est un livre très attachant qui m'a semblé un peu plus à distance que Les braises ou Libération, très Mitteleuropa,mais qui amplifie à mon avis l'aura littéraire de Sandor Marai, dont je rappelle la mort volontaire sur une autre côte, californienne celle-là, en 1989.

 

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24 mars 2013

Ragazzi di Roma

Les garçons

                     Mauro Bolognini et Pier Paolo Pasolini ont collaboré à plusieurs reprises.L'univers pasolinien m'est étranger mais j'avoue très mal le connaître. Bolognini m'est un peu plus proche.Cinéaste parfois précieux,voire chichiteux,il est toujours resté un peu à la marge de ce cinéma italien passionnant.Souvent grave ou cérémonieux,j'ai particulièrement aimé Metello et Le bel Antonio.Ici nous sommes en 1960,à l'époque de La dolce vita mais la Rome de Bolo et Paso (pardon pour ces apocopes) n'est pas celle des noctambules de Via Veneto. Ici,les oiseaux de nuit,Terzieff,Brialy,Interlenghi,jeunes et beaux, pasoliniens mais à l'époque on ne le savait pas,traînent dans les terrains vagues et Les garçons,titre français suggestif pour La notte brava,pourrait être un mix (?) des Vitelloni et des Tricheurs.Mais,bon sang,comme je préfère les "petits veaux" de Fellini,tellement touchants dans leur vacuité et leurs maladresses, à ces voyous un peu demeurés auxquels Pasolini avait peut-être le goût de s'acoquiner.On connait la fin de Pasolini,qu'on dirait tirée de son oeuvre.

Il viaggio

          Mauro Bolognini est architecte de formation,esthète pas si éloigné de Visconti,engagé politiquement à gauche,ce qui,je le rappelle toujours,ne coûte rien,particulièrement dans cette Italie qui se redresse,même si certains se redressent moins que d'autres. Bolognini aime les acteurs et les actrices,à la manière d'un sculpteur.Et les jeunes acteurs de l'époque,juste à l'instant où ils deviennent des stars,plutôt estampillées Nouvelle Vague,le fascinent.Brialy et Terzieff semblent chorégraphiés,icônes félines et assez gouapes pour errer dans cette Rome où l'ombre de Magnani,prostituée vieille école n'est plus,remplacée par des filles plus jeunes et ayant laissé la truculence au vestiaire.Cependant on sent un peu l'artifice de Cinécitta,présence des starlettes Elsa Martinellei,Antonella Lualdi,Rosanna Schiaffino,la Française Mylène Demongeot (B.B déjà trop chère?), qui,finalement ne feront pas beaucoup de bons films.Feu de paille romain.Je crois que Pasolini s'accomode mal de ce jeu,encore trop "studios" et décalé,les comédiens bien qu'excellents étant loin de leurs personnages.C'est la raison pour laquelle Pier Paolo Pasolini fera tout pour être le seul maître d'oeuvre d'Accatone, son premier film en tant que réalisateur,en 1961,déjà quelque peu jusqu'auboutiste, avec des acteurs non professionnels.Certains considéreront ce film comme un ultime avatar du Néoréalisme.Pas moi.

         

           

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09 mars 2013

Sculpteur de maux

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                               Quatre récits composent cette ballade aux trois quarts italienne (d'où le clin d'oeil au Viaggio de  http://chezmarketmarcel.blogspot.fr/ ) de Laurent Gaudé,un des auteurs français que j'apprécie. Cette phrase,je l'ai écrite après avoir lu trois de ces textes.Maintenant que j'ai lu le quatrième je n'hésite pas à ranger Gaudé au firmament des écrivains français actuels.La mort accompagne les héros des ces histoires,elle leur tient la main,au long des fleuves de ténèbres et de boue,omniprésente annonciatrice des charniers hors du temps.Le style de Gaudé est toujours si riche,en hommes et en dieux et en diables.Cet auteur là est lui-même de glaise et de sang,et comme ça se sent dans ses livres, particulièrement dans ce somptueux carré,que je n'ose qualifier de nouvelles,terme parfois un peu précieux et alambiqué,bien à tort d'ailleurs.

                     Les oliviers du Négus,c'est l'Italie sinistrée après l'Ethiopie,une Sicile mortifiée qui semble ignorer le Prince Salinas,ce guépard éclairé,bien que nous soyons maintenant dans l'Entre Deux Guerres.Le catafalque de la cathédrale de Palerme,le roi des Deux Siciles,Frédéric II,Zio Négus le vétéran d'Abyssinie et le narrateur nous plongent aux arcanes de cette terre,toute de pierre et de lumière, baignée de tant d'obscur.L'écriture,je n'y reviens pas,elle est magnifique.

                     Le bâtard du bout du monde nous ramène plus au Nord,quand Rome commençait à se gangréner et dont ce centurion honnête et rude préfigure l'agonie.Lucius,retour d'une lointaine et froide Calédonie,l'Ecosse,le mur d'Hadrien, presque à lui seul, endosse les malheurs de l'empire romain.Au contact des Barbares,l'homme s'est endurci sur les chemins boueux de Germanie et de Gaule.Lucius a tué,beaucoup, et ce fils de personne,né dans la poussière des quartiers populaires parmi les chiens faméliques et les esclaves,de retour sur l'Aventin,clame son amour pour sa ville,Rome,lascive et putassière.Ses larmes scelleront le sac de Rome. Quarante pages,un Tibre de passion,de terre et de douleur.

Il viaggio

                  Je finirai à terre nous transporte dans la France de 1914,qui s'y connaissait en boue et en douleur,dans l'Artois voisin de ma Picardie. La violence ne le cède en rien à Rome et Laurent Gaudé revisite en quelque sorte le mythe du Golem, né, je pense, en Mitteleuropa.Gaston Brache,soldat,comprend que la terre de France,meurtrie et mutilée,a créé un sur-être de glaise et de feuilles, destiné à punir les hommes,ces matricides.

            J'ai écrit ici-même à propos de la Mafia qu'aucun roman ne lui rendait,si j'ose dire,justice.Car le sujet est fort.C'est fait. Vingt-quatre pages de Tombeau pour Palerme,et c'est le plus beau texte que j'aie lu sur l'hydre assassine.Nous accompagnons pendant quelque temps un juge anti-mafia qui tient en personne le sinistre compte à rebours le séparant de sa propre exécution.On comprend que c'est Paolo Borselino qui narre la chronique de sa mort annoncée.Carlo Alberto Dalla Chiesa,Giovanni Falcone y sont nommément cités.D'autres aussi...Dédié par l'auteur "Aux seuls véritables hommes et femmes d'honneur de Sicile", ce récit est splendide de retenue et d'une ampleur inouie.

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04 mars 2013

Rome n'est plus dans Rome

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                  Toujours très attiré par l'Italie je me suis régalé avec Prison avec piscine,premier roman traduit en France de Luigi Carletti.J'ai titré Rome n'est plus dans Rome pour deux raisons.Un,pour frimer et faire croire que j'ai lu la pièce de théâtre de Gabriel Marcel intitulée ainsi.Deux,plus sérieusement,parce que ce roman se déroule en fait en vase clos,dans une luxueuse résidence bunkerisée où un petit monde de privilégiés vit à l'aise,et rythmé à la belle saison par la piscine,principale distraction,très sécurisée comme il se doit.Bien qu'il y ait dans ce roman un hommage manifeste à la comédie italienne de ce cher cinéma on ne verra pas du tout les Gente di Roma,pour citer le beau document d'Ettore Scola.Aucune trattoria,pas de scooter,ni de soutane,mais une délicieuse intrigue,vaguement policière qui redistribue les cartes classiques,mafia,intellos,services secrets,gens de maison.Tout cela version 2012,Internet et tutti quanti.

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                      Filippo,universitaire en fauteuil roulant,et son factotum Isidro,Péruvien stylé,voient arriver dans la Villa Magnolia,un nouveau résident,le dos couturé de trois cicatrices horribles.Qui est cet homme?Et comment en si peu de temps prend-il une telle importance dans le quotidien bien huilé des habitants? Ange exterminateur? Théorème pasolinien? Deus ex machina? Toujours est-il que l'avocat sicilien,le maître-nageur, les vieilles dames très dignes,chacun tombe sous le charme de l'Ingeniore.Enjôleur,son passé apparait vite trouble,trouble mais délicieusement dangereux pour pimenter l'existence morne et chlorée de cet espace aseptisé comme le bassin.Non,on ne trouvera pas de cadavre dans la piscine.Mais rassurez-vous,cadavres il y aura.Et plaisir aussi,de lire 250 pages très rapidement, entre la farce romaine et le dossier secret défense.Et puis côté cuisine,vous vous régalerez de brodetto de l'Adriatique car l'homme,s'il a ses mystères,est ouvertement cordon bleu.Buon appetito!E grazie Nathalie per Il Viaggio!

Il viaggio

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