30 juillet 2010

Ne tirez pas sur le pianiste

         

     Embarquez si vous le voulez pour une énième histoire d'immigration et de mafia.Mais le voyage est longuet et Le parrain il y a 40 ans fera tout aussi bien l'affaire et coûtera moins cher.Enfin j'ai emprunté Willy Melodia à la Bibliothèque et  ne regrette pas,enfin ne regrette pas de l'avoir emprunté plutôt qu'acheté.J'ai certes un peu la dent dure mais c'est vrai qu'il y a une bonne idée de départ,à peu près la seule.C'est que le héros narrateur maintenant très âgé n'a vécu tout ça que comme spectateur,privilégié,proche certes,mais jamais tout à fait partie prenante.Willy,né Guglielmo Melodia,n'a qu'un talent,très utile.Il est pianiste né,excellent,et c'est souvent au son de ses accords qu'ont lieu les réunions,querelles,voire massacres inhérents à cette littérature.

    Soyons juste,ce livre se lit assez bien,de bouge minable en hôtel de luxe,de corruption en soutiens électoraux douteux,de bellicisme très intéressé en trafics de toutes sortes.Comme dans ce genre d'ouvrages ce personnage de  fiction est amené à rencontrer les grands de ce monde,bien réels eux.On y croise même Elliot Ness,Duke Ellington,Frank Sinatra.D'où l'envie de réécouter Satin doll ou Sweet Lorraine.C'est une idée,ca.Peut-être même qu'on n'est pas obligé de lire Alfio Caruso,pas vraiment un ténor.Sur les rapports de la mafia et du pouvoir,ou par exemple sur l'étonnant moment où la Sicile faillit devenir américaine,ou indépendante,le même Alfio Caruso a écrit une Histoire de Cosa Nostra.

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14 juillet 2010

La valse des truands ou la samba des tueurs

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                  Alberto Ongaro,longtemps complice de Hugo Pratt,est vénitien.Il a connu un certain succès avec La taverne du Doge Loredan que je n'ai pas lu.Voici Rumba dont la couverture avec les yeux de Bogart et quelques joujoux estampillés film noir ne pouvaient que m'émoustiller.L'écrivain John B.Huston (sic) enquête dans le Brésil des années cinquante sur l'assassinat de la somptueuse Cayetana Falcon Laferrere (resic).Un abject milliardaire cultive son adipeuse ressemblance avec Sydney Greenstreet (reresic).Un tueur méticuleux,un avocat marron comme tout bon avocat de polar,des femmes belles à se damner mais aussi des enfants des rues apprentis tueurs à gages,spécifité carioca,et une troublante rumba évocatrice de souvenirs pour plusieurs personnages.L'un d'entre eux dans une soirée très  sélecte interdit d'ailleurs au pianiste de la jouer.Ca ne vous rappelle pas  Ingrid Bergman et Play it again Sam de Casablanca?Bogartesque en diable,plus fort même que le diable,vous pensez bien que tout ça ne pouvait que m'emballer. C'est le cas malgré une fin un peu décevante.Ongaro cite nommément vers la fin de l'ouvrage la thématique de l'échec chez John Huston,le vrai:Le faucon maltais,Le trésor de la Sierra Madre,Asphalt jungle,lieux ou objets quasi virtuels, inaccessibles, improbables graals pour le détective,l'écrivain ou le lecteur.

              Ongaro,né en 1925,est auteur de bandes dessinées sous différents pseudonymes.Scénariste,reporter,il a souvent situé ses romans à Venise bien sûr,outre La taverne...,La partita,Le secret de Caspar Jacobi.Je ne l'avais jamais lu mais j'avoue avoir été séduit par ce feuilletonniste hors pair.De plus Rumba donne vraiment très envie de relire ou revoir Le faucon maltais.

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18 juin 2010

Les jeunes années de Nanni

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        Ecce bombo n'est que le deuxième film de Nanni Moretti,1978.Et déjà s'affirme l'importance d'un cinéaste nouveau.Auteur complet,acteur,Moretti s'immerge à fond,de sa veine autobiographique qui constitue tout son cinéma.Les tribulations de ce groupe d'étudiants un peu tardifs,sur fond de sensibilité de gauche,mais toujours à l'italienne,infiniment plus fine qu'il n'y paraît et surtout que le cinéma français,m'ont parfois semblé assez proches des élucubrations des Vitelloni,Fellini 1953.Plus intellectualisé certes,plus cadré politiquement,mais avec le même amour des personnages.Michele a du mal à avec sa vie d'adulte,parfois infantile et souffrant un peu du syndrome de Tanguy.Vaguement dépressif et frustré il se comporte comme un tyran notamment envers ss soeur.Et puis surtout Michele-Nanni parle.Mais alors il parle...

    Avec quelques amis nantis d'une conscience politique un peu élastique il devise,il cause,il pérore,il la ramène.Et de refaire le monde,de groupes de paroles en radios libres.Nanni Moretti au long de sa filmo aura souvent parlé de lui,mais sans jamais devenir l'histrion que l'on aurait pu craindre.C'est que manifestement ce cinéaste manie l'intelligence du propos et la tendresse du regard,comme un sportif doué dans une piscine de water-polo.Ce sera plus marquant encore dans ses films ultérieurs,Palombella Rossa,Bianca,La messe est finie sur lesquels nous reviendrons.Dans ce beau coffret DVD Moretti,interrogé sur Ecce bombo, revient sur la genèse du film,l'autoconscience,spécialité morettienne relayant la conscience politique vacillante à juste titre,et ce n'en est que plus ambigu,plus intéressant.Son direct,retour à un certain classicisme sociétal (on est en présence d'une jeunesse bourgeoise et romaine),emploi de certains non-professionnels dont le propre père de Nanni Moretti,donnent à Ecce bombo une jolie brise d'authenticité.Moretti,pas toujours très disert,n'a tourné que dix films en 34 ans.Aucun n'est à négliger.L'ami Ed est d'accord:Nanni Moretti (coffret dvd : les premiers films)

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04 juin 2010

Mon général

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     Assez boudé par l'intelligentsia à sa sortie Le Général Della Rovere,l'un des derniers films de Roberto Rossellini avant ses travaux pour la télévision,a gagné ses galons avec le recul.Jugé trop linéaire,d'une facture trop classique à sa sortie en 1960,année où d'autres Italiens devaient prendre le pouvoir(La dolce vita,L'Avventura),ce film habile et interprété magistralement conjugue l'émotion d'un parcours d'homme,escroc de comédie italienne en des temps de tragédie,et la cruauté de la guerre finissante,au moment où, hideuse,elle semble ne jamais vouloir rendre les armes

     Il ne convient pas à mon sens d'employer le grand mot de rédemption pour qualifier l'attitude courageuse de Bardone,endossant les habits du Général.C'est plus simple et plus humain.Bardone a tout bonnement un niveau d'abjection forcément limité.Escroc assez sympa (pléonasme) il prend tardivement conscience de l'inhumanité de cette guerre en même temps que de  sa propre veulerie.Sans grands effets de manche Vittorio de Sica trouve là l'un de ses meilleurs rôles,quand l'étonnement fait place à la stupeur et la stupeur à l'indignation.A cette époque tant Rossellini que De Sica tendent à devenir des hommes du passé.Rome ville ouverte et Le voleur de bicyclette sont des pièces de musée.Et les deux hommes se respectent sans probablement beaucoup s'aimer.Le Général Della Rovere ne sera pas un grand succès malgré le Lion d'Or de Venise 59.Sclérosés l'un comme l'autre par les honneurs et l'académisme,dit-on...

   Pour moi c'est un grand film sur l'homme dans la guerre,universel,pleutre et héroïque,passionnant rejeton de tous les paradoxes qui font un homme.Et des personnages médiocres ou malhonnêtes peuvent s'avérer grands.L'inverse hélas est plus vrai encore.Face à un colonel allemand complexe,Hannes Messemer qui campa souvent ces officiers,De Sica,tête à claque,finit par nous toucher profondément.Le mystificateur rencontre son destin,inattendu,sous la forme de graffitis de condamnés politiques.Dès lors plus d'arrogance,plus de faux semblant.Pas assez retors mais déjà annobli Bardone répondra à l'ultime appel "Della Rovere!".Quinze ans après la fin des hostilités Rossellini et De Sica ont bouclé la boucle. Le prêtre de Rome ville ouverte et le chômeur du Voleur de bicyclette,héros très ordinaires,peuvent dormir tranquilles:leurs pères de cinéma ont bien mérité du cinéma italien.

      

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28 mai 2010

Le pognon de la vioque

 

             Le prolétariat vu par Comencini dans L'argent de la vieille n'est pas tout à fait affreux,sale et méchant.Le personnage joué par le génial Alberto Sordi conserve une lueur d'humanité qu'a perdue depuis longtemps Bette Davis,la richissime américaine en villégiature en Italie.Prodigieux cinéma de là-bas qui nous amène à nous pencher sur le scopone,jeu de carte à l'italienne qui oppose la vieille,son chauffeur chien battu,Joseph Cotten, et le couple Sordi le ferrailleur et Silvana Mangano.La tradition annuelle met en scène ces quatre roublards qui s'aiment bien malgré tout:il faut voir le couple italien s'habiller pour ces parties de bluff,dérisoires et grandioses dans leur lutte pour survivre,fauchés qu'ils sont en permanence.D'ailleurs ils jouent avec l'argent de la vieille,n'ayant pas le premier dollar,à peine la première lire.Pourtant la douairière est susceptible et ne s'en laisse pas compter et n'a de cesse que de plumer les modestes qui repartent raides comme avant.

       L'immense tendresse de Luigi Comencini pour ces quatre fantoches nourrit un film cruel mais délicieux ,délibérément et terriblement humain.Silvana Mangano,peut-être la seule "raisonnable" du lot,affublée du "tocardisssime" histrion,l'immortel Sordi,pare même cette fable tardive de la comédie italienne(1973) d'un joli épilogue amoureux.Enfin on se doute que Comencini immense peintre de l'enfance(Cuore,L'incompris,Un enfant de Calabre) n'oubliera pas d'enrichir le tableau de famille d'un joli rôle d'adolescente fragile mais décidée.

   

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22 mai 2010

Matrimonialement vôtre

   Affiche : Mariage a l italienne

                                   Le ton de ce film de de Sica oscille de la comédie napolitaine à la gravité un tantinet mélodramatique.Bien sûr le cinéma plus tardif de Vittorio de Sica n'est pas exempt de lourdeur,à l'exception de l'ultime Jardin des Finzi-Contini.Cependant on aurait tort de négliger ces épousailles,l'une des nombreuses confrontations Marcello et Sofia.Mastroianni campe unn commerçant prospère et Sofia une prostituée finalement "annexée" par l'homme en une sorte de Mariage à l'italienne version off.Vingt années au "service" de l'homme en échange d'un traitement "correct":qu'a-t-elle donc à en vouloir davantage?Nous sommes en 1964 et les choses bougent en Italie,enfin un petit peu.C'est le changement à l'italienne...qui prend son temps.Il faudra un subterfuge digne d'une farce à l'italienne pour qu'enfin ce mariage prenne forme.N'oublions pas que c'est la version ciné d'une célèbre pièce napolitaine d'Eduardo de Filippo,auteur dont la truculence mâtinée de satire sociale n'est pas très reconnue en France.Le couple Mastroianni-Loren,déjà réuni par de Sica l'année précédente dans Hier,aujourd'hui et demain le sera encore dans Les fleurs du soleil.

   Ce DVD est très clairement présenté et remis en perspective par les critiques Alain Garel et Sabrina Piazzi.Triomphe populaire Mariage à l'italienne vit les critiques faire un peu la fine bouche.Pour eux le film lorgnait trop vers la comédie et le numéro,très réussi,d'acteurs.De Sica,c'est vrai,était moins partie prenante que dans ses débuts néoréalistes dans la construction du film,tout de même un peu phagocytée par le couple,sous la houlette,ne l'oublions pas de Carlo Ponti,Pygmalion de Sofia Loren.La même Sofia Loren est à mon avis infiniment plus convaincante ici,en prostituée toute jeune et plus encore en quasi domestique s'éveillant à une certaine conscience sociale qu'en paysanne de La Ciociara.

   Ne pas y chercher non plus le picaresque campanien qu'Eduardo de Filippo écrivait et jouait d'ailleurs en dialecte.Un peu affadi de ce  côté,un peu dynamité par ses acteurs,un peu figé par une origine théâtrale qui ne permet pas de respirer napolitain, Mariage, dans la série à l'italiennne est à mon sens moins intéressant que Divorce ou Meurtre.Mais ceux qui me connaissent un peu savent bien qu'ici film moyen à l'italienne vaut souvent beaucoup mieux que bon film à la française.Buona sera tutti!

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18 avril 2010

Noir romain

 maladeto  

                             Ce maudit imbroglio (titre original) fut distribué en 1959 en France sous le vocable alors exotique de Meurtre à l'italienne. Pietro Germi n'a pas encore opté pour la franche comédie,fut-elle assez noire.Rome,admirablement rendue par la piazza et la cour d'entrée de l'immeuble,par les fontaines nocturnes où se garent d'encore assez rares voitures,est la vraie star de Meurtre à l'italienne,comme elle le sera chez Fellini ou Scola.Pietro Germi interprète lui-même le commissaire au chapeau inamovible,et son équipe allie l'humour et l'efficacité,à l'italienne bien sûr.J'ai pensé au grand auteur de polar Giorgio Scerbanenco qui aurait quitté Milan et le Nord pour Rome.En fait ce film est adapté de L'affreux pastis de la rue des Merles de Carlo Emilio Gadda,auteur d'essais plus que de polars.

                         Tous les amoureux de Rome comme moi se régaleront de cette faune mêlant bourgeois cossus,médecin véreux, commandatore et dottore friands de titres ronflants mais assez peu regardants.Le petit peuple n'est guère mieux traité par le féroce Signore Germi:receleurs,gigolo,prostituées.Certes ce n'est pas Affreux,sales et méchants mais Germi fait preuve d'une belle vitalité,assassine selon l'adage "Qui aime bien châtie bien".La bureaucratie policière ne s'embarrasse pas non plus de trop d'éthique mais le commissaire Ingravallo n'est pas un mauvais cheval.Meurtre à l'italienne est une plongée sans vergogne mais pleine de ressources,qui sinue habilement dans les méandres dignes du cours du Tibre.Franco Fabrizi est une fois de plus vaniteux,veule et vénal(quel grand  acteur c'était!) et Claudia Cardinale toute jeune peut encore jouer  une (à peu près) ingénue.

   Les tout derniers feux du Néoréalisme brillent encore un peu dans cette belle oeuvre où une ambiance Simenon serait tombée dans une trattoria au lieu du Café du Canal.Pietro Germi devait abandonner le métier d'acteur pour signer entre autres Divorce à l'italienne,Signore et Signori, Séduite et abandonnée. Invisibles hélas sont ses premiers films des années 45-50 pourtant tentants d'après les histoires du cinéma italien.Jean Gili,si brillant spécialiste,le contraire des pontifiants,présente cette édition Carlotta de Meurtre à l'italienne avec esprit et compétence.

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16 avril 2010

Par le petit côté

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           Dédaignant les deux heures de file d'attente pour l'expo Yves Saint-Laurent bien que le soleil brille sur les Champs Elysées je me suis immiscé par la petite porte du Petit Palais pour voir une petite expo sympa avec un petit nombre de visiteurs(j'étais seul).Grand bien m'en a pris.Eloge du négatif nous emmène en Italie annnées 1850,recherchée par les photographes qui au début de cet art balbutiant veulent de la lumière.Un procédé technique que je suis incapable de vous décrire,le calotype,va permettre sur un support papier de transcrire un négatif  qui pourra multiplier la diffusion.Le daguerréotype venait de naître mais c'était une pièce unique.Les pionniers anglais,allemands,français vont ainsi faire le voyage en Italie,cette figure imposée du siècle,tout comme Liszt ou Stendhal.

   Si les maître étrangers s'adonnent aux jardins toscans,aux ruines romaines,aux palais vénitiens avec ferveur et bien de la patience les photographes italiens,qui vivent les soubresauts de l'unité ,deviennent à leur manière les ancêtres du Néoréalisme,immortalisant les paysans des Pouilles,les acteurs du Risorgimento,les rues agitées, tout ce qui fait que l'Italie rêvée des romantiques va basculer dans une modernité tourmentée.

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       Sur ce papier salé cette péninsule en négatif permettra aussi les retouches du ciel ou des nuages,à la gouache ou au crayon graphite,nimbant ainsi ces précieux témoignages d'une aura poétique que l'on retrouvera un siècle plus tard dans les ardentes premières armes des cinéastes du réel,du réel certes mais du réel italien.

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05 avril 2010

Le cinéma italien à l'honneur

    Dans la série à l'italienne que j'ai décidé de voir ou revoir (Mariage, Meurtre ,Rapt, Scandale, Miracle,etc.. )voici l'une des  pièces maîtresses de la comédie italienne,sous la houlette de l'eccellentissimo Pietro Germi.Nous sommes en 1961,la Sicile peu progressiste traîne la patte au bout d'une botte italienne déjà pas pilote en matière de condition féminine et de divorce.On pense au Bel Antonio de Bolognini déjà évoqué ici.On y pense notamment avec l'hôtel particulier du nobliau Mastroianni présent dans les deux films.Et quelle présence!Et que dire de l'omniprésence de l'Eglise avec ses édifices baroques dans une ville ou sur 16000 habitants vivent 5000 illettrés,dixit le baron Fefe(Marcello).Ce baron Fefe pratique l'oisiveté avec beaucoup de soin mais est fatigué de sa femme Rosalia,nunuche certes et tellement moins séduisante que sa jeune cousine Angela.Mais voilà:aussi bien les églises bondées que les cénacles de notables ne voient d'un très bon oeil le divorce.Par contre ces églises et ces notables,ainsi que la magistrature,sont plutôt tolérants sur les "crimes d'honneur".Le tour est presque joué et Fefe fomente méthodiquement son Divorce à l'italienne.

   Fefe va donc pousser son épouse dans les bras d'un amant afin de pouvoir laver son honneur et d'écoper grosso modo de trois ans de prison avant de convoler avec Angela.Encore faut-il trouver l'oiseau rare.Mais Fefe se verra dépassé par les évènements et presque mis au ban de la société sicilienne si large d'esprit.Divorce à l'italienne est une perle de cet humour noir et rose si efficace dans une production transalpine encore pléthorique.Ce cinéma va changer bientôt,on le sait,avec Antonioni et plus encore avec Fellini et sa Dolce Vita dont il est d'ailleurs fortement question dans le film de Germi,le chef d'oeuvre romain ayant été attaqué mais malgré tout triomphant.

   Mais plus que tout Divorce à l'italienne c'est un régal de Mastroianni dans l'un de ses rôles de comédie les plus magistraux.Hableur,fainéant,flagorneur,roublard et pour tout dire crapuleux...qu'est-ce qu'il est sympa.L'occasion pour moi de rappeler le statut très particulier des grands acteurs italiens d'après-guerre.Ceux que le peuple appelait les Cinq Colonels ont vécu quarante ans d'histoire d'amour avec leur public.Ils avaient pénom Marcello,Vittorio,Alberto,Nino,Ugo et s'ils furent souvent monstres ils furent surtout sacrés,sacrés mais très proches de ces spectateurs romains,ceux que l'on voir fumer et brailler au cinéma,vivre quoi!

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03 avril 2010

Longs jumeaux

 

                Il faut à Wally Lamb 652 pages pour venir à bout de ce psychodrame sur la gémellité.C'est un peu long même à deux.Non que ce livre soit dénué de tout intérêt,mais la lourdeur psy nous guette à chaque page tournée et l'on finit par n'y croire qu'à moitié.Bon la moitié de jumeaux ça fait encore un entier,me direz-vous.Thomas le fragile et Dominick,plus fort,différents osmotiques,ignorent qui est leur père.On découvre plus tard alors que Thomas s'est mutilé que leur mère morte était elle-même une jumelle,fille mal aimée d'un émigrant sicilien.A travers le manuscrit laissé par son grand-père Dominick va voir ressurgir le passé de sa famille.Les secrets,la violence,tout une gangue de culpabilité s'abat sur lui.C'est vraiment beaucoup et le montage parallèle entre le récit de Dominick et la confession de l'aïeul Domenico (en plus ils ont le même prénom) s'avère artifice un peu trop voyant à mon sens.On repasse aussi par la case Sicile et l'inévitable migration transatlantique.Rien de cela n'est inintéressant mais manque singulièrement de grâce.

  Et puis le roman-fleuve a ses exigences dont la première est le souffle authentique de la vita americana.On ne le sent pas assez dans La puissance des vaincus qui peine à s'élever au dessus du mélo familial freudien bourré de complexes et de non-dits.Wally Lamb semble jouir d'une réelle popularité aux Etats-Unis.Deux autres romans chez Belfond,Le chant de Dolores et tout récemment Le chagrin et la grâce dont le titre semble déjà une expiation.La puissance des vaincus reste cependant estimable,mais m'a pris un peu trop de temps.Je pense que la fin du livre est de loin la meilleure partie,plus serrée et révélant vraiment Dominick.

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