11 octobre 2006

Deux autres films de Mizoguchi

Coffret Kenji MizogushiL'Impératrice Yang Kwei Fei est je crois le seul film en couleurs du maître nippon.Et quelles couleurs!Une palette merveilleuse de costumes et de jardins s'offre au regard et de là s'envole une poésie visuelle mêlant la sensibilité du réalisateur japonais et les affres de ses personnages chinois.Mais l'Impératrice Yang Kwei Fei nous entraine aussi dans les remous de la politique et de l'ambition.Pire encore de la manipulation.

     La jeune femme est si j'ose dire envoyée au casse-pipe comme favorite puis Très Haute Dame au côté de l'empereur veuf et vieillissant.Il y aura bien une histoire d'amour.Elles finissent mal en général.Cela nous aura donné le doux,discret et fugace érotisme du bassin aux lotus,la sortie incognito du couple à moitié impérial lors du Nouvel An,la violence d'une exécution qu'on devine aux vêtements et bijoux tombant sur le sol.J'avais déjà dit que je ne connaissais pas Kenji Mizoguchi.C'est un vrai bonheur de découvrir une oeuvre aussi riche digne des plus grands cinéastes ou romanciers.

    La rue de la honte est le tout dernier film de Mizoguchi.Chronique de Yoshiwara quartier des plaisirs de Tokyo c'est une vision sans concessions de la prostitution avec ses spécificités japonaises et ses archaïsmes. Les filles courent au désespoir,à la folie,à la mort dans un pays d"après-guerre qui se cherche et qui ne fait pas la part belle c'est le moins que l'on puisse dire,aux femmes. Vue d'ensemble de ces héroïnes malgré elles d'une tragédie du quotidien, de la pauvreté et de l'humiliation. Mizoguchi a réalisé environ 100 films en 40 ans. Il paraît qu'il n'y en a pas un mauvais.

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10 octobre 2006

Deux films de Mizoguchi

Pour moi Kenji Mizoguchi n'était qu'un célèbre réalisateur classique mais je n'avais jamais rien vu de lui. J'ai un peu remédié à cela et suis désolé d'être si souvent très loin de l'actualité du cinéma.

    Les amants crucifiés(54) est adapté d'un récit japonais ancien et témoigne d'une rare maîtrise de l'espace et de la géométrie scénique.Cette histoire d'honneur et d'adultère est un conte cruel qui nous présente un Japon du passé certes mais qui pourrait avoir quelques résonances contemporaines. La femme du Grand Imprimeur et l'un de ses employés fuient l'injustice et le lynchage(ou presque).

     Une symbolique très riche, on s'en doute dans ce cinéma japonais très épuré, et des images de liberté au-delà du châtiment) contrastent avec une certaine claustrophobie voulue dans les scènes d'intérieur avec l'utilisation des cloisons, paravents et autres éléments rectilignes.A remarquer aussi la profondeur de champ et la réussite de rares scènes de rue,en fait toujours la même rue qui rend en quelque sorte la justice lors de la marche des amants suppliciés.

Visuel du produit

L'intendant Sansho(54) se situe à l'époque médiévale et il faut un peu de temps pour saisir les finesses de l'administration du Japon de cette ère avec les gouverneurs, les ministres et les intendants des domaines privés ou publics. Mais c'est aussi une oeuvre magistrale que je dirais centrée sur l'exil. Il y a l'exil du père pour raisons politiques,puis celui de la mère vers une île perdue et la prostitution qui, on en conviendra es un fameux exil de soi-même. Enfin l'Intendant Sansho que l'on voit assez peu dans le film représente la cruauté et le totalitarisme qui ont contraint le frère et la soeur à une sorte de bagne.

    Il y a même un exil de l'identité :les deux jeunes héros changent de nom et c 'est au terme d'une sorte de lavage de cerveau que la jeune fille sera conduite au suicide et que son frère fuira vers la rédemption, si douloureuse soit-elle. C'est un film qui "marche sur les eaux", l'élément liquide étant prééminent comme souvent dans l'archipel du Japon.

    L'édition DVD est de qualité pour l'image, accompagnée d'un opuscule intéressant mais très savant de Jean-Christophe Ferrari pour Films sans Frontières. Vous saviez, vous, ce que voulait dire le mot concaténation, par exemple? Quant aux suppléments, ce sont quelques lignes sur l'Histoire du Japon, les origines littéraires et les intentions du scénariste qui apparaissent sur l'écran. Je déteste ça et préfère pour cela un modeste livret plus facile à déchiffrer.

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19 mai 2006

Pluvieux et lumineux

Le dernier film écrit par Akira Kurosawa a été réalisé par son assistant depuis 25 ans, Takashi Koizumi. Après la pluie c'est une étape dans la vie d'un ronin,samouraï non attaché à un maître.Bloqué par la pluie et les crues le héros trouvera un nouveau souffle dans l'amour simple et ample de sa femme et la droiture de sa condition de combattant du bien. Après avoir failli être engagé comme maître d'armes d'un seigneur local il reprendra la route.

  Après la pluie

  Ce film n'est pas une fresque mais plutôt une estampe, testament de Kurosawa dont le message a été admirablement compris et mis en images par Koizumi. Le vert des forêts, le murmure des eaux, le vol d'un oiseau, le retour du soleil sont tout de lumière à la fois frêle et envoutante. Quelques combats très nobles et ...la noblesse aussi de s'avouer vaincu rythment ce film qui conclut merveilleusement la vie du grand montreur japonais Akira Kurosawa dont on ne louera jamais assez l'éclectisme.

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