11 avril 2013

Le petit monsieur dans le bus

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            Pierre Assouline revient,dans ce qui reste un roman,sur la figure de Georges Pâques.Georges Pâques, haut fonctionnaire de la IVe République, dont on apprend un été 1963, qu’il est une taupe… « On lui aurait donné le Bon Dieu sans confession » s’exclame Georges Pompidou, atterré.Ce petit monsieur croisé dans le bus par Pierre Assouline des années après est bien l'espion le  plus étonnant de l'après-guerre.On connait les belles biographies de l'auteur,des références, Simenon, Hergé, des sujet à zone d'ombre,de ceux dont les vies recélent le plus de questions probablement.Mais ici c'est plus sur les mobiles que s'interroge l'auteur. Qu'est-ce qui a pu amener cet homme,par ailleurs catholique pratiquant,à travailler pour l'URSS vingt ans durant,depuis la fin de la guerre.

         Naît-on espion?L'argent, l'idéologie, le sexe n'ont pas été pour Pâques le moteur de ce qu'il faut bien appeler la trahison. Assouline se livre à une passionnante enquête sur ce personnage,à des années-lumières de l'agent secret de cinéma et de roman.A-t-il pour cela résolu le mystère?Pas tout à fait à mon sens.Nous faisons la connaissance,vingt ou trente ans après,de certains de ses honorables correspondants soviétiques.Le livre avance par à-coups et nous laisse souvent dans un certain flou qui convient parfaitement à son sujet et à cet univers où nous claquent au visages,comment ne pas les citer,ces deux maîtres es brouillard, Graham Greene et John le Carré.Une question d'orgueil,c'est bien d'orgueil qu'il s'agit d'après Pierre Assouline.Georges Pâques, opaque,croit probablement à sa place dans la conduite des affaires du monde.Par antiaméricanisme,presque uniquement semble-t-il,lequel est chez Pâques élevé au rang de vertu cardinale,dixit Pierre Assouline.

        Beaucoup de non-dits,c'est normal dans une affaire d'espionnage,au moins des pas vraiment dits,des devinés.Informateur du KGB,ce Philby à la française,par ailleurs d'une vaste culture et d'une grande foi chrétienne,demeure une énigme bien après la lecture du bon roman,car c'en est un,de Pierre Assouline.La vérité sur l'affaire Georges Pâques conserve ses ellipses et se rendez-vous mystérieux,son ambiance anglo-saxonne qu'on a longtemps crue avoir le monopole de la fiction d'espionnage.Croyez-moi,je suis très loin d'avoir tout cerné de notre agent,mais j'en ai aimé la traque/trame littéraire.

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07 avril 2013

Je les ai donc lus.Tome 1: Guillaume

            J'en avais assez d'entendre leurs pubs annuelles,mais aussi de l'attitude méprisante de certains.J'ai donc pris mon courage à deux mains et décidé de les lire tous les deux.Mais si,vous savez bien,tous les deux.Hola,pas tout,comme vous y allez! Non,un de chaque.Non,je ne les ai pas achetés.Je ne soutiens pas l'édition française à ce point là.On m'a prêté un Guillaume. Lequel,ça n'avait pas d'importance.Après une bonne âme me prêtera bien un Marc.Je suis tombé sur Sauve-moi.Etait-ce meilleur ou pire que d'autres?

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               400 pages qui se lisent très vite mais dont je ne dirais pas qu'elles se dévorent.Dévorer un roman supposerait un appétit aiguisé par l'intrigue ou l'ambiance,un goût prononcé pour le style,un plaisir du suspense ou de l'évolution des personnages.C'est tout de même très loin d'être le cas de Sauve-moi.Plutôt une impression de plat insipide,qui à aucun moment ne m'a intéressé,une sorte de fast food de papier,du fast reading en bon français.On ne s'y ennuie même pas vraiment.Il m'a semblé être resté à la couverture dans un point livres d'une grande gare.J'attends mon train et je n'ai rien à lire,enfin rien d'autre et ce foutu train est en retard,alors je continue à flotter,pas à naviguer ni à ramer,ce qui aurait eu le mérite de stimuler des neurones qui n'auront rien gagné à ce jeu.Rien de rien.Sur le livre que dire? Que ça se passe à New York,c'est plus porteur que Roubaix.Qu'un beau médecin américain tombe amoureux d'une jeune Française à deux jours de son retour en France.Qu'il y a un soupçon de fantastique inconsistant.Que ça ne m'a à aucun moment attiré et que je n'ai pas de temps à perdre.

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          Cependant, voir dans ce même train qui a fini par arriver,ou dans un square quelqu'un lire Guillaume Musso,ça ne me déplait pas réellement.Ce sera toujours mieux que...,mieux que quoi d'ailleurs.Je sais pas,mais mieux...

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31 mars 2013

Voir Naples et mourir (avec Valentyne)

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               Valentyne et moi avons lu ce livre de Sandor Marai.Je suis un adepte du grand écrivain hongrois que personnellement j'aurais volontiers nobélisé.Nobel non,mais de haute noblesse d'écriture à mon avis.Septième abord pour moi,la plupart étant chroniqués sur ce blog.Le miracle de San Gennaro est un roman qui surprend,très éloigné de l'univers un peu classique,quand on l'a parcouru comme moi au long de six livres explorant l'histoire personnelle de Sandor Marai,de son pays et de ses combats,de ses exils et de ses espoirs.Cette parenthèse napolitaine dans la vie très cosmopolite de Marai est composée de deux parties tout à fait différentes.

                Il a lui-même vécu en Campanie et dans un premier temps nous plonge dans le Spaccanapoli et les douces collines  du Pausilippe,peu après la fin de la guerre.Un couple d'étrangers vit comme une anomalie parmi les gens du petit peuple,mais d'eux il ne sera question qu'indirectement dans cette moitié du livre.Il y a là des marchands,des chasseurs bredouilles, tout un monde, pas toujours animé des meilleures intentions envers les marins et les touristes.On a faim à Naples en 1949.Alors certains reviennent d'Amérique,pas vraiment cousus d'or.Les familles y sont nombreuses,les prêtres aussi,souvent faméliques,qui attendent le fameux miracle biannuel de San Gennaro. La religion y tient une grande place,souvent teintée de crédulité.Padre Pio vit non loin d'ici,célèbre dans l'Italie du milieu du siècle pour ses stigmates de la passion du Christ.Outre le miracle du sang liquéfié de Gennaro on y espère d'autres merveilles,la guérison d'un enfant,une pêche prodigue,de l'argent pour la grande traversée.Le ton est à la comédie napolitaine,enfin presque.J'y retrouverais presque mon cher cinéma italien,le petit,pas forcément celui des grands créateurs,mais qui a bien du charme et de la couleur.

               L'étranger est retrouvé mort au pied d'une falaise. Changement radical de ton, au revoir la légèreté et le pittoresque.Venu d'on ne sait où, cet étranger était-il le rédempteur dont la rumeur se faisait l'écho? Et quel a été le rôle de la femme qui vivait avec lui?Et que vaut ce messianisme dont paraît-il,on le créditait? La lecture de cette seconde partie du Miracle de San Gennaro s'avère autrement difficile. L'enquête diligentée par le vice-questeur l'est tout autant.Le témoignage d'un moine franciscain qui a beaucoup parlé avec l'étranger et sa compagne (ce n'est pas le terme qui convient) nous éclairera-t-il sur la vérité? Le vent,la mer et le Vésuve, omniprésents, ne nous aident guère et j'ai parfois un peu peiné à suivre ces questions presque théologiques.Le hasard a fait que Valentyne et moi avons lu ce livre alors que François d'Assise,très important dans la vie de ce mystérieux étranger,  est aussi à la une  des journaux,et pas  seulement à Naples et à Rome.

            Le miracle de San Gennaro est un livre très attachant qui m'a semblé un peu plus à distance que Les braises ou Libération, très Mitteleuropa,mais qui amplifie à mon avis l'aura littéraire de Sandor Marai, dont je rappelle la mort volontaire sur une autre côte, californienne celle-là, en 1989.

 

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20 mars 2013

Je l'appelle Emma

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            Renoir (1934) et Chabrol (1991) encadrent Minnelli (1949) pour elle,pour Emma,pour cette héroïne littéraire si française et si universelle, Emma dont le prénom m'est si cher,Emma Rouault épouse Bovary,fille d'un paysan normand,sorte de midinette du XIXème Siècle,jusqu'à en mourir.Les trois films,très différents,sont estimables bien que ne rendant pas totalement justice à Emma,ni à Gustave d'ailleurs..Mais quel metteur en scène pourrait croquer la vie de province avec l'acuité de Flaubert?Quel réalisateur aurait le temps de la sévérité de l'auteur à propos de l'inénarrable comice agricole?Un tel roman,et quel roman que Madame Bovary,ne peur qu'exiger des sacrifices.Renoir,Minnelli,Chabrol ont en commun d'être restés modestes.Dans cette affaire même Flaubert s'incline devant Emma.

              Vincente Minnelli,flamboyant parmi les ardents,est on le sait un prince du mélodrame,somme toute genre parfois proche de la comédie musicale à laquelle il consacra aussi plusieurs films.Madame Bovary reste moins intéressant que les somptueux Comme un torrent et Celui par qui le scandale arrive.Mais tout de même,quel beau film! Evidemment le personnage,important,de ce cuistre de pharmacien Homais est banalisé alors qu'il est férocement croqué par Flaubert. Rodolphe Boulanger,prestance de Louis Jourdan,est aussi un peu délaissé.Charles Bovary,ce mari médecin de campagne,a manifestement la sympathie de Vincente Minnelli, honnête homme dépassé.Mais il y a Jennifer Jones,rêveuse et splendide, "fleur poussée sur le fumier" selon Flaubert lui-même (James Mason,peu crédible pour une fois)dans le prologue du film,le procès pour obscénité.De Madame Bovary,j'ai pas mal de souvenirs scolaires, mais,moi,mes souvenirs scolaires de français sont de bons souvenirs.Ils s'amalgament parfois fort bien avec Hollywood quand le maître de céans a les gants de velours d'un Minnelli.

           Le grand Miklos Rozsa,loin de sa Hongrie natale,composa pour le film l'une de ses meilleures musiques.Et,ultime hommage de la part de votre serviteur, piétrissime danseur s'il en fut,Madame Bovary est sur le podium des trois films qui m'ont  donné envie de valser,et ça,croyez-moi,c'est un exploit.Il est vrai que les partenaires pour ces scènes de bal sublimes s'appelaient outre Jennifer Jones, Danielle Darrieux pour Madame de... et Claudia Cardinale pour Le Guépard.

http://youtu.be/51M4sbxfKWc   Madame Bovary,Le bal au château

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17 mars 2013

Célèbre colocation

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                    Etude en rouge est la première aventure de Sherlock Holmes et j'avoue ne plus me souvenir si je l'avais lu déjà. L'exemplaire est d'ailleurs un vieux Livre de Poche,de ceux que j'affectionne beaucoup.Inscrit au multicolore challenge Lire sous la contrainte de  Phildes(d'un livre à l'autre) j'ai vite repensé à Baker Street et à son curieux locataire.A study in scarlet est un des quatre romans mettant en scène Holmes,le reste de ses enquêtes étant réparti entre quelques dizaines de textes plus courts.

              Watson de retour des Indes fait la connaissance de Holmes dans la première partie du livre.On avait oublié que ce dernier avait au départ une formation de chimiste.Convaincu par le test de l'hémoglobine,Watson sympathise avec Holmes et débute ainsi la collaboration d'un des plus célèbres attelages d'enquêteurs de la littérature.Nous voilà donc plongés dans Londres,Londres où rôdent encore pêle-mêle les personnages de Dickens, Jekyll et Hyde, Dorian Gray,voire le peu fictif Jack l'Eventreur.

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             Je pense qu'Etude en rouge porte bien son titre,au sens musical,à savoir essai,ébauche.Les protagonistes n'ont pas encore la complicité des futures investigations.Conan Doyle cherche encore un peu sa formule magique.Mais surtout la construction romanesque d'Etude en rouge nous éloigne de la chère Angleterre pendant toute la deuxième partie,long flash-back sur l'arrivée des Mormons dans l'Ouest américain,pour nous présenter les acteurs du drame victorien qui aura lieu trente ans plus tard.C'est un peu pesant et c'est l'une des raisons qui me font préférer les nouvelles de Conan Doyle à ses romans,exception faite du mythique Chien des Baskerville,peut-être parce que la lande écossaise est délicieusement crimino-graphique.Peu importe,un fanal sur la Tamise, une sordide maison de faubourg,la pluie perlant sur les docks,un air de violon s'échappe du 221 b,Baker Street.Ca y est,vous êtes arrivés.

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09 mars 2013

Sculpteur de maux

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                               Quatre récits composent cette ballade aux trois quarts italienne (d'où le clin d'oeil au Viaggio de  http://chezmarketmarcel.blogspot.fr/ ) de Laurent Gaudé,un des auteurs français que j'apprécie. Cette phrase,je l'ai écrite après avoir lu trois de ces textes.Maintenant que j'ai lu le quatrième je n'hésite pas à ranger Gaudé au firmament des écrivains français actuels.La mort accompagne les héros des ces histoires,elle leur tient la main,au long des fleuves de ténèbres et de boue,omniprésente annonciatrice des charniers hors du temps.Le style de Gaudé est toujours si riche,en hommes et en dieux et en diables.Cet auteur là est lui-même de glaise et de sang,et comme ça se sent dans ses livres, particulièrement dans ce somptueux carré,que je n'ose qualifier de nouvelles,terme parfois un peu précieux et alambiqué,bien à tort d'ailleurs.

                     Les oliviers du Négus,c'est l'Italie sinistrée après l'Ethiopie,une Sicile mortifiée qui semble ignorer le Prince Salinas,ce guépard éclairé,bien que nous soyons maintenant dans l'Entre Deux Guerres.Le catafalque de la cathédrale de Palerme,le roi des Deux Siciles,Frédéric II,Zio Négus le vétéran d'Abyssinie et le narrateur nous plongent aux arcanes de cette terre,toute de pierre et de lumière, baignée de tant d'obscur.L'écriture,je n'y reviens pas,elle est magnifique.

                     Le bâtard du bout du monde nous ramène plus au Nord,quand Rome commençait à se gangréner et dont ce centurion honnête et rude préfigure l'agonie.Lucius,retour d'une lointaine et froide Calédonie,l'Ecosse,le mur d'Hadrien, presque à lui seul, endosse les malheurs de l'empire romain.Au contact des Barbares,l'homme s'est endurci sur les chemins boueux de Germanie et de Gaule.Lucius a tué,beaucoup, et ce fils de personne,né dans la poussière des quartiers populaires parmi les chiens faméliques et les esclaves,de retour sur l'Aventin,clame son amour pour sa ville,Rome,lascive et putassière.Ses larmes scelleront le sac de Rome. Quarante pages,un Tibre de passion,de terre et de douleur.

Il viaggio

                  Je finirai à terre nous transporte dans la France de 1914,qui s'y connaissait en boue et en douleur,dans l'Artois voisin de ma Picardie. La violence ne le cède en rien à Rome et Laurent Gaudé revisite en quelque sorte le mythe du Golem, né, je pense, en Mitteleuropa.Gaston Brache,soldat,comprend que la terre de France,meurtrie et mutilée,a créé un sur-être de glaise et de feuilles, destiné à punir les hommes,ces matricides.

            J'ai écrit ici-même à propos de la Mafia qu'aucun roman ne lui rendait,si j'ose dire,justice.Car le sujet est fort.C'est fait. Vingt-quatre pages de Tombeau pour Palerme,et c'est le plus beau texte que j'aie lu sur l'hydre assassine.Nous accompagnons pendant quelque temps un juge anti-mafia qui tient en personne le sinistre compte à rebours le séparant de sa propre exécution.On comprend que c'est Paolo Borselino qui narre la chronique de sa mort annoncée.Carlo Alberto Dalla Chiesa,Giovanni Falcone y sont nommément cités.D'autres aussi...Dédié par l'auteur "Aux seuls véritables hommes et femmes d'honneur de Sicile", ce récit est splendide de retenue et d'une ampleur inouie.

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07 mars 2013

Harry dans tous ses états

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                        Grand succès actuel ce livre n'est pas un très grand livre.Mais il a une qualité non négligeable, il se lit avec un vrai plaisir simple,celui de se confronter à une embrouille policière efficace.Habilement construit,ce pavé de 650 pages nous emmène en Nouvelle-Angleterre et veut mêler adroitement et à sabots pas toujours d'une exemplaire finesse,le vertige de l'écriture,le roman dans le roman,la sociologie d'une petite ville du New Hampshire,les rebondissements abracadabrants. Marcus Goldman,écrivain est amené à enquêter sur son mentor Harry Quebert,écrivain lui aussi mais sec depuis 33 ans,depuis la disparition de Nola, quinze ans.Nola dont on vient de retrouver le corps dans le jardin d'Harry.Joël Dicker joue sur différents tableaux avec plusieurs coupables possibles,base de tout polar,mais aussi avec une variation sur l'acte d'écrire,pas mal fichue d'ailleurs.Ce qui fait qu'à la fin on ne sait plus très bien qui a écrit quoi.Mais c'est bien troussé,d'un abord très aisé malgré les drames.Il me semble toutefois que l'Académie Française a été un peu généreuse en couronnant La vérité sur l'affaire Harry Quebert.Pour le Goncourt des Lycéens on comprend mieux.N'ont-ils pas l'âge de la victime?C'est donc à double titre que ce roman rejoint le sympathique challenge de Laure(Ma danse du monde)

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         Pourquoi ce roman a-t-il rencontré une telle audience?Et pourquoi les détracteurs sont-ils montés au créneau?A mon avis ce livre remplit son rôle presque à l'excès,la roublardise de l'auteur,ou son savoir-faire,c'est selon,permettant à tous les lecteurs de traverser ce récit au galop.Pourtant il ne manque pas d'une certaine complexité,avec de nombreux retours et une constante oscillation entre Quebert et Goldman,le suspect et l'enquêteur,tous deux aptes à bâtir des histoires puisqu'écrivains. "Un bon livre, Marcus, est un livre que l'on regrette d'avoir terminé".On peut voir les choses comme ça.De toute façon il n'y a pas de mal à se faire du bien et les lecteurs plutôt satisfaits,j'en suis,oublieront vite cet ouvrage agréable et sans séquelles.

      Polémique puisque polémique il y a eu.Certains critiques,non des moindres,Nouvel Obs. par exemple,et d'autres,ont cru voir dans La vérité...  l'ombre de Philip Roth.C'est faire beaucoup de place médiatique à Joël Dicker,bon faiseur.Comme souvent je pense qu'il n'y a ni excès d'honneur ni indignité dans ce livre.Pourquoi Roth,le maître absolu de l'écriture nord-américaine,version Est?Parce que,dixit Obs.,l'affaire se passe dans une petite ville universitaire de la côte atlantique.Parce que Quebert est un intello,prof de fac,soupçonné,comme tout le monde ou presque,d'obsessions sexuelles.Parce que comme Philip Roth,il fait partie de la longue lignée de l'écriture juive de Nouvelle-Angleterre.Parce que la transmission des générations y tient une grande place,le relais Harry-Marcus. Tout ceci est à mon avis sans intérêt.Plus sévère,mais plus juste,l'accusation d'easy reading,péjorative mais qui m'a semblé évidente, un peu comme l'easy listening,courant musical un peu simpliste,mais pas forcément bouillie musicale dans l'ascenseur.En conclusion,lisez "quand même" La vérité...On a tous ses faiblesses.Et surtout,qui de nous est toujours un aigle?

Deux autres avis parmi les très nombreux sur les blogs:

http://touteseule.over-blog.com/article-dicker-joel-la-verite-sur-l-affaire-harry-quebert-115940850.html

http://meslectures.wordpress.com/2013/01/06/la-verite-sur-laffaire-harry-quebert-joel-dicker/

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19 février 2013

Un petit pas pour mon italianophilie

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            Giovanni Arpino,je ne le connaissais presque pas.Il y a assez peu de temps que j'ai appris que le narquois Dino Risi l'avait adapté deux fois avec le grand Vittorio Gassman pour Parfum de femme et Ames perdues.Ce sacré persifleur de Risi m'a souvent enchanté.J'ai donc logiquement découvert cet écrivain italien (1922-1987),avec ce court roman,Le pas de l'adieu,qui met en scène deux professeurs de mathématiques.Déjà,moi,les profs de maths,je les hais, viscéralement,génétiquement,je leur dois de mauvais souvenirs,moi qui adorais l'école.Mais voilà,ils péroraient,poètes de l'équation,contemporains de Pythagore. Mais là je m'égare de la bissectrice,ou bien est-ce la médiane?Bon,il y a le très vieux Professore Bertola et le jeune agrégé Meroni.Le premier se consume, pensionnaire chez les soeurs,jumelles et bien mûres,Mimi et Violetta.Nous sommes à Turin qui est une Italie toisant Milan qui toise Florence qui toise Rome qui toise Naples qui toise Palerme qui toise le tiers monde.Mais est-ce que je ne me fourvoie pas,avec ces formules alambiquées,peu adepte de la rigueur mathématique de mes professeurs turinois,jeune ou vieux?

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              Un pacte lie les deux hommes.En attendant lis jouent aux échecs en conversant des anneaux de Saturne,de l'architecture de Bramante ou de la métrique de Vivaldi. Prudent,je reste à distance.Ces deux-là sont plutôt des pas marrants. Mais le récit s'humanise avec l'arrivée du patron de la trattoria où Carlo Meroni a son rond de serviette.Ce Zaza possède une voiture,un revolver, quelques fréquentations douteuses.Je vais un peu mieux.Et puis il y a Ginetta,nièce des deux soeurs,pulpeuse comme Sofia Loren dans les années cinquante,qui vient loger près du vieux professeur.Incendiaire,la Ginetta?Pas réellement,mais l'esprit de  décision est plus fort chez elle,la solution viendra donc d'elle.Enfin,la solution,une solution.

               Il viaggio,challenge de Nathalie,amie de Twain et de Proust, c'est aussi la destination de  cet article,pas follement enthousiasmant, mais vous êtes en droit d'avoir un avis différent.Ciao! http://chezmarketmarcel.blogspot.fr/p/il-viaggio.html

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14 février 2013

Une maison évitable,un miracle annoncé

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                            Moins intéressant que La comédie de Turin ce roman de Michael Krüger recèle quelque drôlerie mais ne figurera pas dans mon florilège germanophone. Le personnage principal,journaliste,se trouve par hasard l'hôte d'un foyer constitué d'une femme et et de son fils,dans un coquet quartier de Hambourg.Au début on ne sait pas trop où l'auteur veut en venir.A la fin on n'est arrivé nulle part.A mon avis,mais cela va de soi qu'on peut voir les choses différemment.Je dirais qu'on peut aussi aller voir ailleurs.

                     Le père de la jeune femme se révèle être un ancien nazi mais qui partage avec notre héros une passion pour l'histoire des Jésuites en Amérique du Sud.Le gamin,taciturne et tête à claque, semble jouer avec la bonne foi du visiteur. Ca dure environ 200 pages mais les moments d'humour qui auraient pu sauver le livre sont trop rares pour que je ne me demande pas si cette chronique a sa raison d'être.Si par hasard quelqu'un ayant lu le livre passait par ici...Probabilité infinitésimale.

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         Mais bien plus prometteur semble être Le miracle de San Gennaro que Valentyne et moi vous proposons en Lecture Commune pour fin mars.Sandor Marai est un de mes chouchous.Val s'y intéresse beaucoup.Nous serions heureux de le partager.

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09 février 2013

Films de jeunesse à Compostelle

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                Ce roman, Rétrospective, est le tout dernier livre d'Avraham B. Yehoshua,l'un des plus grands écrivains israéliens dont j'ai chroniqué déjà Shiva, mais surtout Le responsable des ressources humaines et L'année des cinq saisons.Le sujet m'a plu immédiatement,que je n'ai jamais lu dans aucun ouvrage.Yaïr Mozes, réalisateur israélien,plus très jeune,est invité à Saint Jacques de Compostelle,pour un hommage à son oeuvre.Il est accompagné de son actrice fétiche et entre eux le fantôme de son scénariste des premières années,avec qui il est fâché depuis si longtemps.Plusieurs surprises l'attendent à Compostelle.D'abord un tableau dans sa chambre d'hôtel le trouble profondément,une Charité romaine où une femme allaite un vieillard.Bouleversé,Yaïr Mozes y voit un symbole qui colle avec le côté enterrement de première classe de ces trois jours d'hommage.C'est parfois le cas dans ces cérémonies un peu officielles,déjà un peu posthumes.Et d'autant plus que,autre surprise,les organisateurs n'ont programmé que des films très anciens,dont le metteur en scène lui-même peine à se souvenir.A l'évidence Avraham B. Yehoshua et Yaïr Mozes ont bien des traits en commun. 

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            Ruth,cette actrice à peine moins âgée,partage sa chambre et son lit en toute fraternité mais leur complicité ancestrale est un peu mise à mal pendant ces trois jours dans la cité des pélerins.Malgré tout Yaïr s'inquiète pour la santé de Ruth,et l'on comprend la complexité de leur relation.La rétrospective en elle-même couvre une bonne moitié du livre.Pour en avoir un peu participé à ce genre de manifestations j'ai trouvé excellente cette description de ces séances où quelques cinéphiles chevronnés tentent de décrypter des films très anciens devant des jeunes passionnés et parfois devant des spectateurs rameutés pour faire un peu nombre.L'organisateur des débats est par ailleurs un prêtre,ce qui entraîne parfois les discussions sur un tout autre terrain.Et comme il peut parfois être ardu de répondre avce cohérence et clarté sur des oeuvres vieilles de quarante ans.Il y a les souvenirs,les pièges de la mémoire,les émotions qui resurgissent,les erreurs du passé qu'on reprend en pleine face.Et,en ce cas précis,il y a surtout l'ombre de Trigano,ce scénariste des premières années,rival amoureux auprès de Ruth,ça,on s'en serait douté.

               Plus tard,de retour en Israel,Mozes et Trigano,proscrits l'un à l'autre,se retrouvent en un moment fort peu chaleureux.Est-ce l'heure de la réconciliation ou sera-ce un ultime rendez-vous manqué?Rétrospective est un livre infiniment riche de ces confrontations d'un homme avec son passé, riche de ces amours d'une vie qui durent cinquante ans sous différentes appellations, riche de ces scénarios pour une plénitude,souvent avortés,scénario s'entendant ici au sens large et englobant nos propres existences, riche aussi d'une belle interrogation sur le temps et la maladie.J'ai peur de m'engluer dans un jargon malaisé mais le plus simple est encore de s'embarquer dans cette Rétrospective d'un écrivain maintenant célèbre,qui n'oublie jamais que son pays n'est pas tout à fait comme les autres,ni dans sa brutalité, ni dans sa douleur.Médicis Etranger 2012,ce formidable roman est ma première pierre au sympathique challenge A tous prix initié par Laure.Et s'il fallait une seconde raison,Avraham B. Yehoshua fut lauréat dès 1995 du Grand Prix de Littérature d'Israel pour l'ensemble de son oeuvre.

         Israel est à mon avis le pays le plus talentueusement littéraire au km2. Songez:Yehoshua, Appelfeld, Oz, Grossmann et quelques autres.Et s'il y avait à cela quelques raisons...que je vous engage à découvrir.

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