28 juin 2006

John,John,Henry and Bruce


Oui,cette curieuse affiche belge est bien celle des Raisins de la colère ,singulièrement affadie quant au titre habituel.


"L'autoroute luit dans la nuit


Mais personne n'a envie de rire


Assis dans la lumière du feu de camp


J'attends le fantôme de ce vieux Tom Joad"


                                  Bruce Springsteen(The ghost of Tom Joad)


La ballade,très belle,qui donne son nom à l'album très dépouillé de Springsteen(1997) fait référence à Tom Joad,le fermier ruiné du grand roman de John Steinbeck,adapté au cinéma par John Ford,dès la sortie du livre(1940).Il est est des cas,très rares où un grand livre peut donner naissance à un grand film.Le roman sonnait un peu comme un reportage;le film,très rigoureux,est un road-movie avant la lettre,contant la poignante errance d'une famille de paysans d'Oklahoma au lendemain de la Grande Dépression.


La route,c'est celle de la Californie qu'emprunte la vieille automobile bringuebalante des Joad,rappelant bien sûr les chariots bâchés de la mythologie du western,cahotant,trébuchant.John Ford,immense auteur des plus beaux films sur l'Ouest,maîtrise à la perfection la dramaturgie de cet espace vers la liberté(Go West,young man).Sur la route on rencontre aussi bien la fraternité que la désillusion,l'amitié que la trahison et les lendemains chantent rarement aux exilés du rêve américain.



L'authenticité du film est totale.Certaines scènes ont été tournées dans de vrais camps "oakies"(le surnom des déplacés de l'Oklahoma).Et Henry Fonda incarne avec foi Tom Joad,chef de famille qui veut croire encore à son Amérique.Les raisins de la colère,c'est simplement toute la noblesse du cinéma américain.Un grand livre,un grand film et soixante ans après un grand disque.N'en déplaise,un pays qui nous a donné John Steinbeck,John Ford,Henry Fonda et Bruce Springsteen  ne peut être complètement mauvais.


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04 juin 2006

La Culasse de l'Enfer

  La Culasse de l'enfer

 

 

 

 

                  Tom Franklin,auteur solide de l'Amérique rude et rurale nous entraîne quelque part du côté de la Porte du Paradis,le célèbre et ruineux western de Michael Cimino.La Culasse de l'Enfer est le nom de la milice créée par les paysans de l'Alabama plutôt pauvres pour se venger de métayers voisins un peu plus riches.

                  Ce roman,d'une violence inouïe,parle d'un monde de misère et de saleté en une sorte de western de poussière et de boue où règnent le mauvais alcool et la loi du plus fort. Franklin comme bien d'autres écrivains américains,possède le souffle à la mesure du pays,si vaste et surtout si complexe et que les Français connaissent si mal,encombrés de clichés qu'ils sont dès qu'il s'agit de l'Amérique.On imagine très bien le shérif vieillissant,figure un peu classique mais bien dessinée, sous les traits de Clint Eastwood,Robert Duvall ou Tommy Lee Jones.A lire d'urgence avant l'adaptation inévitable à mon avis.

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03 juin 2006

Frères de sang

Dissolution

Dans la lignée des polars historiques rendez-vous dans l'Angleterre du XVI° Siècle avec Dissolution de C.J.Sansom, un thriller au monastère, genre devenu très fréquent, depuis les succès du Frère Cadfaël d'Ellis Peters. L'enquêteur, Messire Shardlake, est un avocat réformiste. On est à l'époque d'Henry VIII et de la rupture avec Rome. Ceci nous vaut une belle leçon d'histoire où l'on voit que l'intégrisme ne date pas d'hier.

Comme souvent dans ce genre de livres l'énigme se double d'une description minutieuse de la vie d'une société précise,en l'occurence celle d'un d'un  monastère anglais avec ses doutes,ses violences et ses sacrifices. Nous sommes cependant loin du Nom de la Rose. Mais on ne peut comparer un excellent roman historique et policier avec la somme d'intelligence,de culture,d'humour et de réflexion que constitue

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02 juin 2006

Je l'ai lu,l'Elu

Je l'ai lu,l'élu

  AttL'éluention ce livre est dangereux.Il ne ressemble à aucun autre et ne met en scène pratiquement que deux pères et deux fils,Juifs américains à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.Attention cet ouvrage n'est pas toujours d'une lecture facile,notamment pour un Goy comme moi,peu familier(c'est le moins qu'on puisse dire) avec le Talmud et les nuances entre Sionisme et Hassidisme.Pour le début du livre c'est d'ailleurs sur le base-ball qu'il faudrait être compétent car c'est à l'occasion d'un match que Danny et Reuven vont faire connaissance,tous deux fils de deux sommités du judaïsme,partisans de doctrines différentes.

Ne croyez pas que l'on est là dans l'obscurantisme et dans une caricature.Chaïm Potok,né de parents juifs polonais,revendique pour son roman une espèce de naïveté du savoir qui empêche toute moquerie.Il est tentant de se gausser de ces querelles sur les Commentaires de la loi judaïque et les suceptibilités des deux pères.Mais ces personnages portent en eux un tel amour filial,un tel respect de la connaissance,un tel engagement que l'on ne peut qu'être passionné par cette histoire d'amitié qui résiste à tout entre les deux fils par delà un certain entêtement des deux pères.

La quasi absence de femmes dans cet ouvrage nous révèle évidemment une société patriarcale et un sens de la dynastie qui réclame des rabbins de père en fils.Mais entre temps on aura découvert la Shoah et la création de l'Etat d'Israël rendra les choses à la fois plus claires et plus difficiles.Si comme moi vous vous sentez très éloigné de cet univers sautez le pas.Vous découvrirez un livre exigeant et supérieurement intelligent où l'esprit ne prend malgré tout jamais le pas sur l'âme et le coeur. 

L'élu fut en 81 adapté au cinéma.Peut-être le Cinéphage ou le Dr. Orlof l'ont-ils vu?

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26 mai 2006

Le fleuve Savage

Il a fallu attendre sa mort ou presque Rue du Pacifiquepour que soient traduits en France les livres de ce fabuleux conteur de l'Ouest qu'est Thomas Savage(1915-2003).Mieux vaut tard que jamais et ça valait le coup.A ma connaissance trois livres sont parus.Un petit mot sur les deux que j'ai lus.

Rue du Pacifique est la description d'une petite ville du Montana,état natif de Savage,au début du siècle et juste après la Grande Guerre,qui,on l'ignore souvent,a changé les esprits aussi en Amérique.Des fortunes se construisent(on pense,un tout petit peu à La splendeur des Amberson,qui se passait à l'Est, roman de Booth Tarkington,film du grand Welles). Que voilà un compliment!

Affairisme,humiliation,rivalité des clans. Tout y est pour une sorte de tragédie,avec essor des communications et la très fine évocation d'un continent en train de muter. Thomas Savage ne donne pas dans la saga,souvent agréable mais parfois interminable. Sobrièté et profondeur qui impressionnent et nous font mieux connaître cette époque post-westernienne. La musique de Savage est habile à nous transporter dans la peinture de l'Ouest américain et des âmes qui l'habitent.   Le Pouvoir du chien 

Le pouvoir du chien explore la psychologie de deux frères à la tête d'un ranch.Le mariage de l'un et la misogynie de l'autre iront à la lisière du drame en un roman intense et secret qui a conduit certains critiques français à évoquer un Giono qui aurait émigré.Pourquoi pas?Je pense, moi, que Savage se rattache à l'extraordinaire cortège des écrivains américains qui transcendent la courte histoire de leur pays pour lui donner la littérature la plus aboutie.A noter une troisième parution,La Reine de l'Idaho.Bonne lecture chez Belfond ou 10-18.

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02 avril 2006

Une enfance à Berlin,non,à Dublin

  Retour Sang impur - Prix Femina étranger 2004en Irlande:voici Hugo Hamilton qui vient de sortir en France Dejanté,un thriller chaudement recommandé par la revue Lire:une référence que j'espère découvrir vite.Mais aujourd'hui je vous propose Sang impur,prix Fémina 2004,qui raconte une enfance à Dublin,comme beaucoup d'autres auteurs irlandais dont il semble que le récit d'enfance soit un passage obligé. Mais il n'y a là rien de typiquement irlandais.

De mère allemande d'une famille antinazie mais que les braves autochtones traitent d'hitlérienne en un magnifique réflexe xénophobe,Hugo Hamilton raconte sa drôle de famille où,accessoirement,le père,tellement pur et dur nationaliste qu'il interdit sous son toit les mots anglais, a la main et la baguette facile pour élever ses enfants.Où l'on en viendrait presque pour certain à préférer la poigne du moustachu du moment qu'il cogne fort sur les Anglais.

Après Roddy Doyle(voir note ancienne),Joseph O'Connor,Colum McCann sans remonter à la figure tutélaire de la littérature irlandaise(James Joyce,Portrait de l'artiste en jeune homme) Hugo Hamilton se penche surtout sur ces liens inextricables entre l'Angleterre et L'Irlande qui s'en veulent tant depuis 8 siècles environ,ennemis intimes et inséparables.(chez Phébus)

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