20 mars 2013

Je l'appelle Emma

CDM 164

            Renoir (1934) et Chabrol (1991) encadrent Minnelli (1949) pour elle,pour Emma,pour cette héroïne littéraire si française et si universelle, Emma dont le prénom m'est si cher,Emma Rouault épouse Bovary,fille d'un paysan normand,sorte de midinette du XIXème Siècle,jusqu'à en mourir.Les trois films,très différents,sont estimables bien que ne rendant pas totalement justice à Emma,ni à Gustave d'ailleurs..Mais quel metteur en scène pourrait croquer la vie de province avec l'acuité de Flaubert?Quel réalisateur aurait le temps de la sévérité de l'auteur à propos de l'inénarrable comice agricole?Un tel roman,et quel roman que Madame Bovary,ne peur qu'exiger des sacrifices.Renoir,Minnelli,Chabrol ont en commun d'être restés modestes.Dans cette affaire même Flaubert s'incline devant Emma.

              Vincente Minnelli,flamboyant parmi les ardents,est on le sait un prince du mélodrame,somme toute genre parfois proche de la comédie musicale à laquelle il consacra aussi plusieurs films.Madame Bovary reste moins intéressant que les somptueux Comme un torrent et Celui par qui le scandale arrive.Mais tout de même,quel beau film! Evidemment le personnage,important,de ce cuistre de pharmacien Homais est banalisé alors qu'il est férocement croqué par Flaubert. Rodolphe Boulanger,prestance de Louis Jourdan,est aussi un peu délaissé.Charles Bovary,ce mari médecin de campagne,a manifestement la sympathie de Vincente Minnelli, honnête homme dépassé.Mais il y a Jennifer Jones,rêveuse et splendide, "fleur poussée sur le fumier" selon Flaubert lui-même (James Mason,peu crédible pour une fois)dans le prologue du film,le procès pour obscénité.De Madame Bovary,j'ai pas mal de souvenirs scolaires, mais,moi,mes souvenirs scolaires de français sont de bons souvenirs.Ils s'amalgament parfois fort bien avec Hollywood quand le maître de céans a les gants de velours d'un Minnelli.

           Le grand Miklos Rozsa,loin de sa Hongrie natale,composa pour le film l'une de ses meilleures musiques.Et,ultime hommage de la part de votre serviteur, piétrissime danseur s'il en fut,Madame Bovary est sur le podium des trois films qui m'ont  donné envie de valser,et ça,croyez-moi,c'est un exploit.Il est vrai que les partenaires pour ces scènes de bal sublimes s'appelaient outre Jennifer Jones, Danielle Darrieux pour Madame de... et Claudia Cardinale pour Le Guépard.

http://youtu.be/51M4sbxfKWc   Madame Bovary,Le bal au château

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26 juin 2007

L'admirable retour de la colline

Du bon vieux cinéma(enfin,surtout bon).Vincente Minnelli s'y entend à merveille pour nous émouvoir avec une histoire somme toute assez classique et qui ne déparerait pas un quelconque feuilleton télé somnologène.Un couple qui se déchire dans une Louisiane moite et brutale.Deux enfants,l'un plus légitime que l'autre.Mitchum,remarquable une fois encore en père fatigué,riche et coureur de jupons mais lucide sur lui-même.Eleanor Parker,bafouée si longtemps et qui ne vit que pour son fils,jusqu'à faire son malheur.Dans ce domaine pas très éloigné de Tennessee Williams avec moins de fantasmes et plus de couleurs Minnelli nous offre un de ces somptueux mélodrames comme il en a le secret(avec Douglas Sirk).On pense à Comme un torrent,Les quatre cavaliers de l'Apocalypse.

      Sous le titre français Celui par qui le scandale arrive Home from the hill enchante par ses portraits douloureux, trouble par sa brutalité,témoigne par l'ambiance sudiste, paternaliste et cynégétique,bouleverse par quelques mots,ces mots des gens qui ne savent pas se dire qu'ils s'aiment bien plus qu'ils ne le supposent.Un scope technicolor particulièrement raffiné achève de donner à ce film une aura dans le style famille sous l'orage sublime et inoubliable.Minnelli connaît le sens du spectacle.N'est-il pas l'auteur de nombre de comédie musicales Brigadoon,Un Américain à Paris?On lui doit aussi Les ensorcelés, formidable méditation sur les mirages du cinéma,et sa presque suite Quinze jours ailleurs, désenchantée.Dans le grand tourment de Celui par qui le scandale arrive le talent d'un metteur en scène,en couleurs,en douleurs éclate à chaque plan.

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