02 janvier 2010

On a failli perdre Charlot

   En 1923 Chaplin,déjà très populaire mais un peu las de n'être pris "que" pour un comique,fût-il génial,tourne L'opinion publique,film qu'il pense être un très important virage pour sa carrière.Important L'opinion publique l'est,à l'évidence.Mais fort heureusement personne n'aima ce film,ni critiques,indignés de voir Chaplin prendre l'accent grave,ni public,orphelin de son doux vagabond malchanceux.On l'a échappé belle.Songez que l'on n'aurait peut-être jamais connu Gold rush,Kid,Modern Times,City lights.Quant à Great dictator et Verdoux allez savoir!

  C'est que L'opinion publique est un mélodrame mondain,situé en France (A woman of Paris) pour atténuer la charge sur la société américaine.Lubitsch et Stroheim,ces Européens devenus américains auraient pu signer ce film.Très élégant de mise en scène,avec le sens des objets pour favoriser ellipses et légèreté,ce marivaudage grave fort bien interprété,Adolphe Menjou notamment en viveur presque touché,est une perle rare longtemps invisible  ou presque.Chaplin indique par sous-titre et dès le générique qu'il est absent de ce film(enfin,une silhouette).Une scène un peu orgiaque et très belle traverse le film lors d'une partie chez les riches oisifs.Elle est très significative et déplut souverainement.Le triangle amoureux,pourtant même pas vraiment adultère,fut fort mal reçu et interdit dans certains états.

   

           Dépourvu de happy end mais non d'une rédemption post-tragique qui a certes pris des rides (1923 rappelons-le) L'opinion publique a vogué son chemin, culte, rare,ignoré par Chaplin lui-même.On sait maintenant que c'est une oeuvre splendide,intelligente,dépourvue de toute démagogie du trottoir,ce qui aurait pu être tentant.Mais,bon sang,on l'a échappé belle.

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19 novembre 2009

A la lanterne

                   On est évidemment encore loin des Riches heures du muet.L'expo La lanterne magique est un joli moment d'histoire,d'évasion et d'étonnement.Ce pré-,que dis-je,ce proto-cinéma est très riche d'inventions,de couleurs,de fantaisie aussi.Depuis 1659 la lanterne magique née en Hollande a conquis l'Europe.Elle a servi à tout: distraction, religion, morale, révolution, propagande, pornographie, pédagogie,science.

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        A l'évidence elle a influencé Verne,Méliès,Bunuel, les Surréalistes, Bergman, Lynch.Coppola signe la préface du copieux catalogue.On peut même s'amuser à manipuler les tirettes pour animer quelques scènes. Proust,Prévert lui ont consacré quelques belles lignes.et à l'heure où l'on semble redécouvrir Fellini comment ne pas faire le lien entre le plus magique des montreurs d'imaginaire et ce jouet extraordinaire que la Cinémathèque nous propose en différentes versions aux noms parfois très compliqués mais qui rutilent,qui rutilent?Le cinéma,attraction foraine?Ah oui alors et dans toute sa grandeur...

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25 juillet 2009

Woody Allen cinéphile

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               Je n'avais jamais vu La terre mais çela me donnait envie depuis que j'ai vu Woody aller au cinéma dans Manhattan et une affiche du film de Dovjenko.La copie Bach Films est assez innommable mais le film possède un souffle rare qui déjoue les pièges de la propagande autant que les grands films d'Eisenstein. Bien sûr les simples paysans vont se convertir à la politique kolkhozienne de Jo.Mais au delà de ça La terre,longtemps classé,dans les vieilles archives à égalité avec L'aurore,Kane et Potemkine dans les tout meilleurs films,est un véritable choc visuel.
                   

        Les plans sur les nuages,admirables.Le montage du travail du tracteur-messie,saccadé,révolutionnaire et inoubliable. L'assassinat nocturne de Vassili dansant,sublime.Et l'un des plus beaux enterrements du cinéma.Il y a tout ça dans La terre.Il y a aussi le reste mais vous saurez faire le tri.Exact contemporain de La ligne générale de S.M.E le film de Dovjenko est peut-être plus fort encore.Il est vrai que chez Eisenstein je préfère Octobre.On est là dans le dessus du panier.Même Oncle Jo n'aura pas perverti le génie de Dovjenko ou d'Eisenstein.

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03 décembre 2008

Dernier voyage

    Victor Sjöström,pionnier du cinéma suédois influença Bergman qui lui donna le rôle principal des Fraises sauvages.Il adapte en 1921 cette légende due à la grande Selma Lagerlof,Le cocher,qui deviendra La charrette fantôme.Julien Duvivier dirigera en 39 Fresnay et Jouvet dans une autre version.Le dernier mourant de l'année est chargé de convoyer les âmes des défunts de l'année suivante.Cette parabole sur le destin et sur le mal se veut évidemment édifiante.David Holm,alcoolique notoire,sera celui-là.J'ai lu que Selma Lagerlof avait souffert en son enfance de l'intempérance de son père.Faut-il voir là la genèse de La charrette fantôme?Il est probable que des mythologies comme celle-là existent un peu partout,notamment en Europe du Nord.

  La jeune militante de l'Armée du salut qui aura tenté de remettre l'égaré dans le droit chemin nous semble évidemment d'un autre siècle.Aucune importance tant le bel expressionnisme scandinave fait toujours son effet.Ombres et brouillard comme dirait un ami à nous qui loge à Manhattan,surimpressions,et narration hardie avec va-et-vient donnent à La charrette fantôme un statut très honorable parmi les grandes oeuvres muettes.Il faut savoir gré à Arte de ne pas oublier les classiques silencieux,avant-garde souvent du cinéma en leur temps.Il me semble que Sjöström est le lien entre Griffith pour le côté pionnier car c'en était un et Murnau pour la mise en scène.Encore faudrait-il voir ses films.

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29 mars 2008

Fritz Lang maître du feuilleton

 

    Relative déception après Les espions(1927) de Fritz Lang.Le maître utilise les ficelles du roman-feuilleton avec bien du talent évidemment mais on est assez loin de la noirceur de Mabuse auquel Haghi,interprété aussi par Rudolph Klein-Rogge,fait penser.Ce grand criminel,cloué en fauteuil roulant,est ainsi obligé de déléguer ses forfaits,surtout par le biais des femmes.Ceci nous vaut trop de scènes statiques et bavardes(le film est pourtant muet bien sûr).Plutôt destiné à être vu en deux parties Les espions paraît assez long et manque d'animation.Ceci dit le spectacle est de qualité et il faut saluer la restauration formidable de la fondation Murnau dont je crois avoir parlé dans Les Nibelungen.

    Les scènes d'action pure sont par contre turbulentes à souhait,accident ferroviaire,gazage de la banque et la fin du film s'emballe et retrouve les accents des meilleurs serials jusqu'à la juste punition du grand manipulateur.Il est amusant de voir dans les films de ces années la tabagie de chaque scène qu'elle soit de bureau,de restaurant,de train.La fumée était bien cinégénique,comme si elle contribuait à opacifier un récit déjà passablement obscur par instants.Un degré en dessous des deux premiers Mabuse,le muet en deux époques et le parlant de 1932,Spione se veut plus une histoire de génie du crime qu'un film d'espionnage. Plus près de Feuillade et Fantomas que de Clouzot par exemple.

    L'oeuvre allemande de Fritz lang est maintenant en bonne partie disponible en DVD de qualité.Il manque cependant Les trois lumières dont je ne connais que quelques images.J'aimerais aussi beaucoup revoir Le diabolique Dr. Mabuse,dernier film de Lang de retour en Allemagne.Il est loin d'être inintéressant.

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02 février 2008

De retour du pays des légendes

       J'ai enfin revu,plutôt vu d'ailleurs car il ne me restait des Nibelungen guère plus que La chevauchée des Walkyries qui ne doit rien à Lang mais tout à Wagner(et peut-être un tout petit peu à Coppola). Somptueusement restauré par la F.W.Murnau Stiftung,le dyptique est admirable.Entendons-nous bien.Il faut pour apprécier cette oeuvre entrer de plein pied dans un univers pré-nietzchéen,qui emprunte aux légendes germaniques et scandinaves,plus de cinq heures de bruit et de fureur,de trahisons,de fer et de feu.Le film tourné en 1923 a été distribué en deux époques.Les deux parties sont assez différentes comme l'indique un bon document du toujours très éclairé Bernard Eisenschitz sur l'édition DVD de MK2.

    Siegfried conte le voyage,le mariage et la chute du héros et ce premier opus offre nombre de séquences d'anthologie.La forge où l'épée de Siegrfried prend naissance.Le combat contre le dragon qui rendra Siegfried  presque invincible.La route de Worms où le cavalier apparaît nimbé de brume en une forêt de légende.Le trésor des Nibelungen dans la grotte d'Alberich avec de splendides effets spéciaux et l'expressionnisme dans toute sa splendeur,version épopée médiévale.Brunhilde,reine d'Islande,amazone à l'allure martiale et Kriemhild,l'épouse de Siegfried sont les deux héroïnes de l'histoire,l'une manipulatrice qui échouera,l'autre,douce et assez soumise mais qui fourbira sa vengeance.

     Si la première partie bénéficait d'un héros de légende La vengeance de Kriemhild est davantage une histoire de la violence qui engendre la violence.Kriemhild,convaincue par Rüdiger,épouse Attila le roi des Huns.Uniquement pour fourbir sa vengeance vis-à-vis de l'assassin de Siegfried.C'est un cercle de luttes fratricides où ne manque rien,même l'infanticide,avec son lot de flammes et de trahisons.Lang a réussi un véritable opéra,un cycle légendaire que les acteurs du muet et l'expressionnisme de la mise en scène hissent au niveau des mystères.Si l'histoire,comme celle des Atrides,est un peu compliquée La vengeance de Kriemhild célèbre,après la magnificence du héros le déferlement des forces destructrices.Pour conclure on ne peut passer sous silence la tentative de récupération des Nibelungen et de son auteur par le Troisième Reich.Mais outre qu'on peut faire dire aux légendes à peu près n'importe quoi n'oublions pas le départ précipité de Fritz Lang pour la France et l'Amérique et son refus catégorique de devenir vous savez quoi.

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01 décembre 2007

24 heures de la vie d'une ville

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                   Berlin,symphonie d'une grande ville(1927) est un film à part,documentaire avec une star,Berlin, magnifiquement mise en valeur du petit matin laborieux à la nuit dévolue aux théâtres et aux dancings.Maître d'oeuvre,Walther Ruttmann a su imposer un montage d'anthologie,un modèle d'efficacité qui fait encore référence.En vedette principalement les transports en commun,les trains sont filmés de façon sublime et certains plans font songer aux contemporains Metropolis ou  L'Aurore.C'est la curieuse et courte époque,très cinégénique où,dans les grandes capitales,limousines pour nantis voisinent avec les voitures à cheval encore très présentes.Et le télescopage est souvent très réjouissant.

   Symphonie du labeur aussi que ce Berlin e 1927,tant pour les commerçants et les petits métiers des rues que pour les financiers de la Bourse ou les peintres en bâtiment. Engrenages, pelleteuses, taxis, écoliers, policiers.Casse-croûte sur le pouce où déjeûners Unter den Linden pour les plus favorisés,quand l'appétit va tout va.Et passe ainsi la journée d'une grande ville,égrenée de plans sur la grande horloge,,vers la sortie des usines et des bureaux,alors que ne cessent de cracher les chemnées des usines et que le ballet des voitures sous la pluie du crépuscule emmène les noctambules vers les cinémas(plan des pieds de Charlot),les bals d'élégantes et les lendemains qui ne chanteront peut-être pas toujours.Mais ceci est une autre histoire.

    Walther Ruttmann va vite et ses cadrages donnent parfois une impression de vertige.Quand il filme les rails c'est presque une attraction foraine.La suractivité des Berlinois donne-t-elle déjà le sentiment de danser sur un volcan?On peut y penser.Je crois plutôt,qu'à cete mi-distance entre 1918 et 1939 l'homme semblait encore en mesure ce choisir son destin.Berlin,symphonie d'une grande ville est un splendide poème,une très grande oeuvre du muet,guère connue que des cinéphiles,qu'il faut voir pour la richesse du cinéma allemand.Les choix ultérieurs de Walther Ruttmann,il est vrai,seront pour le moins douteux.

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19 octobre 2007

Un dimanche au bord de l'eau

      Connaissez-vous un film au générique duquel on trouve Robert Siodmak,Billy Wilder,Edgar G.Ulmer et Fred Zinneman,quatre grandes signatures américaines?Voici un bijou allemand de 1929,Les hommes le dimanche,car ces quatre cinéastes ont tous fui l'Allemagne mais avaient eu le temps de tourner cette oeuvre atypique dont je pense qu'elle a influencé nombre de grands films.En gros Les hommes le dimanche a un petit air de surréalisme,de Renoir-Maupassant,de néoréalisme souriant(ce qui n'est guère compatible mais tout de même).Ce film tourné avec des non-professionnels est aussi précurseur de cinéma-vérité,de nouvelle vague qui aurait un accent populo berlinois(bien que muet).

   Les hommes le dimanche raconte très simplement la journée de repos de deux couples,un chauffeur de taxi,un représentant,une vendeuse et une comédienne sans emploi.D'une légèreté faisant un peu songer à Une partie de campagne,la journée de détente se croque comme une friandise,nulle menace ne semblant encore obscurcir le ciel berlinois.Et c'est à une symphonie pour la grande ville que l'on assiste,bon enfant, pleine d'espoir,avec des héros modestes occupés à flâner,à plaisanter dans une ambiance pré Front Populaire.En France la même année Carné tournait son court métrage Nogent,eldorado du dimanche.Il faut reconnaître que Menschen am Sonntag est d'une toute autre trempe.Somme toute ce film est un témoignage, fragile,fugitif,une certaine idée de ce qui pourrait ressembler au bonheur,simple comme un dimanche au bord de l'eau.Ce n'est pas si loin d'être révolutionnaire,en 1929.A rapprocher aussi d'un magnifique film italien de 49,scandaleusemnt ignoré,au tittre proche,Dimanche d'août,de Luciano Emmer.

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05 mars 2007

Burlesque intolérance

     

      1923.Keaton parodie D.W.Griffith et Intolérance en mélangeant la Préhistoire,Rome et le XX° Siècle en une heure cinq et trois histoires éternelles où triomphe l'amour.Il faut dire que Keaton avait joué sur les deux tableaux,se réservant le droit de distribuer Les trois âges soit en un seul long métrage soit en trois courts.Pour un film de 1923 il y a quelques effets spéciaux réussis(dinosaure).Et si ce film n'a pas tout à fait la plénitude du Mécano de la General,ou du Caméraman il recèle quelques trouvailles dont une course de chars(avant Ben Hur) qui a la particularité de se dérouler à Rome certes mais sous la neige,gagnée par Keaton qui a eu la bonne idée d'un attelage de chiens.Une partie de golf préhistorique et quelques anachronismes réjouissent le spectateur.Les quelques années qui suivront seront l'âge d'or de Buster Keaton que pour ma part je trouverai toujours d'une certaine sécheresse.

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16 février 2007

Griffith,le souffle du muet

    

David Wark Griffith

    J'ai pu voir pour la première fois le célébrissime Naissance d'une nation de David Wark Griffith(1915),en un DVD assez sommaire et sans aucune perspective historique,ce qui est particulièrement dommage pour un film de cette importance.Cette oeuvre ne manque pas de grandeur,de lyrisme ni d'ambition même si  90ans après on est en droit de penser que le souffle indéniable dont fait preuve l'auteur exhale parfois des relents d'un autre âge quant au traitement de la question noire aux Etats-Unis.Mais revenons au contexte de 1915.


Griffith,nanti d'un budget considérable entreprend cette fresque qui narre l'Amérique avant,pendant et peu après la Guerre de Sécession.Les Stoneman et les Cameron vont se trouver mêlés à la tourmente qui oppose le Nord au Sud.Il y a là-dedans du grand romanesque(un peu de Roméo et Juliette au pays de Scarlett O'Hara ,de la poudre et des larmes,des lynchages et des sacrifices.La mise en scène est somptueuse,entrecroisant l'individuel et le collectif,la reconstitution pointilleuse et officielle et l'action engagée vers la naissance du nouvel état,entre un court prologue très proche de l'Oncle Tom et un épilogue suave et christique qui peut paraître aujourd'hui presque ridicule.


Mais bien sûr l'apologie du Ku Klux Klan,véritable et assumée est inacceptable.Il nous faut cependant la remettre dans le contexte familial et culturel de Griffith,fils d'une famille ruinée très conservatrice mais qui fut lui-même durement exploité par ses employeurs.Griffith aurait fait un bon Sudiste évidemment.Il faut toutefois se garder de raisonnements trop simplistes et considérer Naissance d'une nation comme une fabuleuse démonstration de ce que le cinéma peut embrasser autant que le roman(par exemple Balzac) l'histoire de l'humanité.


Griffith lui-même fut gêné par l'idéologie de son film qui lui échappa au mois partiellement par le triomphe obtenu partout,faisant du metteur en scène l'archétype qu'il n'était pas vraiment.La fortune,colossale,gagnée par Griffith pour le film fut immédiatement engloutie dans le tournage d'Intolérance,filmd'inspiration beaucoup plus libérale,second chef d'oeuvre et qui,lui,n'obtint aucun succès.


Pour la mémoire du cinéphile ajoutons qu'Eric von Stroheim fut assistant et Raoul Walsh acteur

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