19 octobre 2007

Un dimanche au bord de l'eau

      Connaissez-vous un film au générique duquel on trouve Robert Siodmak,Billy Wilder,Edgar G.Ulmer et Fred Zinneman,quatre grandes signatures américaines?Voici un bijou allemand de 1929,Les hommes le dimanche,car ces quatre cinéastes ont tous fui l'Allemagne mais avaient eu le temps de tourner cette oeuvre atypique dont je pense qu'elle a influencé nombre de grands films.En gros Les hommes le dimanche a un petit air de surréalisme,de Renoir-Maupassant,de néoréalisme souriant(ce qui n'est guère compatible mais tout de même).Ce film tourné avec des non-professionnels est aussi précurseur de cinéma-vérité,de nouvelle vague qui aurait un accent populo berlinois(bien que muet).

   Les hommes le dimanche raconte très simplement la journée de repos de deux couples,un chauffeur de taxi,un représentant,une vendeuse et une comédienne sans emploi.D'une légèreté faisant un peu songer à Une partie de campagne,la journée de détente se croque comme une friandise,nulle menace ne semblant encore obscurcir le ciel berlinois.Et c'est à une symphonie pour la grande ville que l'on assiste,bon enfant, pleine d'espoir,avec des héros modestes occupés à flâner,à plaisanter dans une ambiance pré Front Populaire.En France la même année Carné tournait son court métrage Nogent,eldorado du dimanche.Il faut reconnaître que Menschen am Sonntag est d'une toute autre trempe.Somme toute ce film est un témoignage, fragile,fugitif,une certaine idée de ce qui pourrait ressembler au bonheur,simple comme un dimanche au bord de l'eau.Ce n'est pas si loin d'être révolutionnaire,en 1929.A rapprocher aussi d'un magnifique film italien de 49,scandaleusemnt ignoré,au tittre proche,Dimanche d'août,de Luciano Emmer.

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16 septembre 2007

Italie,couple,premières crises

    Ce film,intelligent,émouvant,clinique prouve l'infinie cohérence de ce cinéma italien à nul autre pareil.Je ne reviendrai pas sur ma vénération de Roberto Rossellini, l'homme de Roma cita aperta,de Païsa, d'Allemagne année zéro et sur le Néoréalisme,honneur du cinéma et mon leitmotiv sur ce blog ciné depuis les origines.En 53 Rossellini s'est éloigné des critères néoréalistes,à sa manière,comme les quatre autres  figures majeures prénommées Vittorio,Luchino,Federico et Michelangelo. Déjà il y a eu en 51 le très dérangeant Europe 51 où la grande Ingrid est tentée par la sainteté après le suicide de son fils.Rossellini a toujours été dérangeant.Il est même le prototype du cinéaste de la remise en question.

   On a parlé d'Antonioni au moins quelques jours après sa disparition.Voyage en Italie préfigure la crise existentiellle que le metteur en scène de L'Avventura portera à son apogée.Rossellini se penche sur le couple avec une acuité toute personnelle lors d'un voyage de bourgeois anglais près de Naples.Dans la pauvre campagne napolitaine ou dans les hôtels de luxe les deux époux,sans enfant,ne se sont jamais tant vus et cette intimité est douloureuse. Comment ne pas partager cette inquiétude feutrée d'abord puis patente devant la déliquescence de ce couple finalement comme vous et moi?La jalousie s'installe sournoise mais Voyage en Italie n'est pas un film sur un triangle amoureux quelqu'il soit.C'est par contre une oeuvre magistrale sur la difficulté d'être à deux,et l'humanité ne semble guère douée pour ce que j'appelle "l'être ensemble".

     En Italie plus qu'ailleurs et surtout dans les années cinquante on est confronté à la beauté antique et à la noirceur contemporaine.Souvenir de la guerre pas si lointaine un jeune poète ami de Katherine lui revient à l'esprit.Ce n'est pas du gôut d'Alexander peu porté sur la sensibilité.Les fuites de l'un comme de l'autre dans les catacombes(symbole) ou les musées aux troublantes statues pour Katherine,et dans les mondanités pour Alexander,semblent un temps sonner le crépuscule de ce mariage stérile.Images de landaus et de femmes enceintes,puis images de la foi des processions redonneront peut-être une autre foi et un semblant d'avenir à l'un des plus beaux couples "vrais" de cinéma qu'il m'ait été donné de voir,Ingrid Bergman et George Sanders.

    Le cinéma de Rossellini est le plus étudié au monde.Le cinéma de Rossellini est aussi le plus poignant,le plus "humain" qui soit.Il faut absolument voir Rossellini qui n'est pas qu'un sujet de thèse.

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20 juillet 2007

Difficiles lendemains de guerre

    De Giuseppe de Santis on ne se rappelle guère que le short moulant de Silvana Mangano dans la plaine du Pô de Riz amer.Pourtant ses films sont à voir pour qui veut en savoir plus sur le Néoréalisme qui,on le sait,est mon talon d'Achille,ma botte de Nevers,mon Capitole à moi.Dans cette Italie défigurée de l'après-guerre,et coupable de mauvais choix,De Santis collabore en 47 pour Chasse tragique son premier long métrage avec Cesare Zavattini, Michelangelo Antonioni et Carlo Lizzani.Le cinéma italien a toujours été friand d''équipes entières de scénaristes.

   Il me semble que le film est un peu cahotique et manque singulièrement d'ambigüité ce qui l'empêchera de figurer dans le panthéon du NR. où trône en majesté Rome ville ouverte pour la nuit des temps.Italie immédiate après-guerre,réglements de compte dans la campagne émilienne. De Santis utilise quelques artifices classiques pour opposer deux anciens prisonniers amis qui s'affrontent dans une sombre histoire de vol des subventions d'une coopérative où s'échinent quelques centaines de miséreux dignes du Voleur de bicyclette.

  De Santis n'a pas son drapeau dans sa poche et son coeur ne bat manifestement que d'un côté.C'est cette faiblesse aussi qui fait que Chasse tragique,pour estimable que soit le film,vaut surtout pour sa photo de la si difficile réinsertion italienne,un noir et blanc qui magnifie trains et camions et fait de la plèbe romagnole un personnage à part entière, encore imprégnée de l'influence soviétique d'Eisenstein.A l'évidence De Santis n'avait pas tout à fait l'étoffe de ses grand compatriotes qui tous surent s'affranchir d'une idéologie parfois pesante.

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17 décembre 2006

Flaherty Visconti,même combat

 

L'Homme-D'Aran

           Quand les femmes des pêcheurs siciliens de La terre tremble semblent guetter le retour des chasseurs de requins irlandais de L'homme d'Aran il me semble qu'il n'y a rien à rajouter à la grandeur du cinéma.Je me tairai donc.Reste le plaisir des yeux et quelque chose,là,au coeur qui réunit mes deux pays d'amour.Point n'est besoin de gloser davantage...                                                                  

 

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30 octobre 2006

Le vieux monsieur qui ressemblait à mon père

Ceux qui me suivent un peu savent l'amour que je porte au Néoréalisme italien et à ses maîtres.Le film Umberto D.(51) est dédié par Vittorio de Sica à son père Umberto de Sica.Il n'y a pas tant de films dans l'histoire dont le héros soit un paisible retraité.En cela le Néoréalisme n'a jamais été égalé et je crois que l'état de grâce de ces films en symbiose avec un peuple,une époque,un pays restera une exception qui donne au cinéma ses titres de noblesse.Je parle là de la noblesse du coeur pour ces oeuvres consacrées aux humbles.Interprété,habité plutôt par Carlo Battisti qui était professeur,Umberto D. touche au plus profond de chacun de nous.Umberto c'est mon père et c'est le vôtre.C'est moi demain ou après-demain.De Sica ne désigne pas les coupables car le Néoréalisme ne s'est jamais érigé en procureur.Ce mouvement unique a simplement rendu le cinéma à la rue et à ses habitants,modestes retraités, chômeurs, femmes enceintes,sans logements, pêcheurs,petits voleurs, prêtres modestes,simplets de village.Ne vous privez pas de cette vingtaine de films inoubliables auxquels la Nouvelle Vague,le Free Cinema anglais,les cinémas du Tiers Monde émergent doivent tant.

Carlotta films qui présente ce DVD l'accompagne d'un formidable document canadien de 65 nommé Cinéma et vérité où interviennent,tous dans un français parfait,et d'une très haute culture, De Sica, Rossellini, Zavattini,Antonioni,Amidei,Castellani.On n'assiste pas à un cours de cinéma,non.On écoute ces intellectuels sentimentaux engagés modérés.Le contraire de nombre de têtes à claque à la vue basse qui donnent des leçons à qui,mieux mieux.

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08 octobre 2006

Un film bien

Je viens de voir un film fort sur la résistance à l'oppression.

Je viens de voir un film sans budget,fait de bouts de ficelle et presque sans acteurs connus.

Je viens de voir un film choc comme l'on n'en avait jamais vu,impressionnant de violence.

Je viens de voir un film inoubliable,un film qui colle comme de la glaise à son pays,a son histoire,à son peuple.

Je viens de voir un film où les femmes sont des femmes,faibles et fortes,de rires et de larmes,et dont les enfants sont fiers.

Je viens de voir un film digne qui montre des enfants tels qu'ils  sont dans des circonstances dramatiques,et qui ne les utilise jamais pour une factice et facile émotion.

Je viens de voir un film,honneur du cinéma,un film révolutionnaire dans la seule acception de ce mot,à savoir humain tout simplement. 

Je viens de voir...Je viens de revoir...         

(Roberto Rossellini:1945)

Excelsa Film

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