14 mars 2017

Le Danois devant la fontaine

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                              Après le très récent et remarquable Douce nuit du Norvégien Ragnar Hovland je vous propose le très bon Les Portes de Fer du Danois Jens Christian Grondahl, écrivain plus connu et dont j'ai déjà relaté Virginia. Portrait d'un homme à environ vingt, quarante et soixante ans, l'âge actuel de l'auteur, ce roman m'a passionné d'un bout à l'autre. La vie de cet homme est racontée à la première personne et apparait comme une confession, mais ce terme sonne trop comme un aveu. Disons plutôt comme un simple récit dont l'essentiel tourne autour de ses parents, de sa fille, et surtout des femmes de sa vie. Combien d'hommes ont écrit sur les femmes de leur vie? Ou combien auraient aimé le faire? 

                              Un moment tenté par Karl Marx en ses jeunes années le narrateur perd sa mère et prend ses distances avec son père, non sans une certaine morgue à mon sens. "Alors que je me retournais sur le seuil de ma vie d'adulte je n'avais plus à me livérer e quoi que ce soit. Une mère morte et un pantin de père dans les bras d'une autre femme". Son goût pour les lettres en fera un enseignant. Son mariage avec Maria et la naissance de Julie n'empêcheront pas le retour de la solitude ordinaire, sans drame et sans effusions. Pourtant des visages traverseront ses jours, Benedicte, Viviane, Adèle, passagères d'un navire peu apte au vrai partage. C'est Ivana, peut-être, la mère de Stanko, jeune serbe réfugié à Copenhague, qui en quelques rencontres, l'approchera au mieux. Ivana, il l'aura surtout vue en vidéo sur un bateau sur le Danube, entre Serbie et Roumanie, ça s'appelle les Portes de Fer. C'était un peu avant la guerre. 

                              Sexagénaire tout juste grand-père déambulant seul dans Rome, "Revoit-on les femmes de sa vie pour se voir tendre un miroir? J'ai réfléchi à la quetion, assis à la terrasse du Canova?" C'est devisant aimablement avec Jessie, une jeune photographe compatriote, devant les vestiges campaniens de Paestum, qu'on l'abandonnera, pas mal dans sa peau, finalement. "Tu ne ressemblais pas à quelqu'un de marié, avec ton café et ton livre. C'est caractéristique d'un célibataire d'avoir un livre avec soi quand on sort. Pour ne pas être obligé de regarder partout quand les autres ont quelqu'un à qui parler."

                             Promis! J'aime tant Les Portes de Fer que moi non plus, je ne sortirai plus sans un livre. Qui sait? Je fais déjà ça au cinéma cause trop de pub.

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16 février 2017

Le Nord me va si bien

Masse critique

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                            Je dois à Babelio de bons moments, parfois de moins bons mais c'est la règle du jeu. Mais sans eux j'ignorerais toujours le Norvégien Ragnar Hovland bien que je me perde très volontiers dans la littérature nordique. Quel beau roman, ça s'appelle Douce nuit, il n'y pas de scénario proprement dit. Un homme, écrivain en panne, âge mûrissant non précisé, on apprend peu à peu sur lui, c'est très curieux car on n'en saura jamais vraiment beaucoup. Son éditeur le presse un peu, il va peut-être écrire un roman pour la jeunesse. Ce qui compte dans Douce nuit, c'est ce qu'on devine ou croit deviner. Il était le deuxième d'une fratrie de cinq. On ignorera toujours les deux plus jeunes, nommés "nos deux plus jeunes frères". Où sont-ils passés? Mystère.

                         Le frère aîné, là encore pas de prénom, apparait comme une sorte de fantôme un peu désincarné, ce qui pourrait bien être un pléonasme, depuis une expérience ancienne, restée floue elle aussi, une rencontre avec un personnage vêtu de noir. Ils vont se retrouver, un peu, un petit peu, pas beaucoup. Les conversations fraternelles sont pour le moins sybillines. Quand au troisième frère, il répond si j'ose dire au nom de Numéro Trois, rien de plus, avocat plutôt marron, et traverse à moto la Norvège vers le Nord. Ca fait beaucoup de Nord, j'adore. Très sporadiquement ce petit monde échange un SMS. Il ne se passe rien en cette Douce nuit, rien que l'incompréhension mutuelle que même deux jours chez les vieux parents, père en proche partance, mère aimante mais ayant depuis longtemps compris que l'amour de ses fils demeurerait d'une exemplaire discrétion, ne pourront entamer.

                        La maladie est aussi très présente dans ce roman, non pas à grands renforts de pathos, mais par nombre de touches-souvenirs du fils principal narrateur, amis d'enfance, des femmes surtout. Je n'ai pas trop compris pourquoi Ragnar Hovland cite Ragnar Hovland parmi les écrivains dont il parle, mais il n'en parle qu'un tout petit peu. Il est vrai qu'il cite aussi Lars Saabye Christensen, son exact contemporain, l'un de mes auteurs préférés. Tout est beaucoup un petit peu dans Douce nuit, et laisse au lecteur un peu de travail. J'aime ça, comme j'aime le Nord en général, et ce chalet en bord de mer où se retrouvent brièvement les trois frères, pour aller pêcher, un peu.

                       J'ai aimé ce libre, beaucoup, beaucoup. S'il ne m'avait plu qu'un peu, un petit peu, je l'aurais aimé quand même, et je l'aurais gardé (je garde moins de livres maintenant). Il cite Scarborough fair, version Simon and Garfunkel, et The girl from Northern Country, de Dylan, qui ne sont en fait qu'une seule et même mélodie. Ca suffit pour figurer dans mon petit panthéon. Il en faut parfois peu, un petit peu. Merci à Babelio pour ce très bon millésime.

P.S. Ragnar Hovland est de ma génération, un tout petit peu plus jeune que moi. Il a aussi beaucoup écrit pour la jeunesse. Très francophile, il a traduit entre autres Baudelaire, Queneau, Apollinaire.

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29 novembre 2016

Novembre au cinéma

for    Assez pesante variation de la Suissesse Paule Muret sur l'incommunicabilité existentielle entre une groupie amoureuse et une star du rock somme toute banalissime entre mépris et overdose. Par contre musicalement une découverte pour moi, Carl Barat, ex Libertines. Peut-être plus à écouter qu'à voir. Enfin c'est mon avis. A noter Ardant dans son propre rôle, trois minutes, grotesques à mon sens, sensibles pour d'autres. C'est le propre des débats. 

AFFICHEPRINCESS  Grand succès national en Finlande, ce qui surprend quand on a vu le film, l'histoire d'Anna Lappalainen, nous plonge dans les années cinquante et l'univers de l'hôpital psychiatrique avec son arsenal thérapeutique d'époque. Schizophrène et se voulant princesse de la famille royale d'Angleterre, Anna, Princess, jouera ainsi un rôle important et finalement bénéfique pour nombre de résidents de l'établissement. Le débat a permis de pointer quelques anachronismes gênants mais a le mérite de revenir sur la brutalité assumée des traitements, en aucun cas spécifique à l'Europe du Nord. Princess est l'oeuvre d'un documentariste, Arto Halonen et c'est sa première fiction, pas tout à fait fiction d'ailleurs.

cOURGETTE   Le film est très soigné, animation artisanale d'orfèvre pour une histoire édifiante d'orphelins image par image. Après viennent les appellations officielles, plaidoyer pour la différence, humanisme, citoyenneté. Nanti de son quota minorités pour les sept pensionnaires, Ma vie de Courgette est un bien joli film et le monde ne changera pas.

myst   Il y a floraison sur grand écran de documents depuis quelques années. Et c'est à mon avis très bien comme ça car un film de montage ou un essai cinématographique sont souvent plus intéressants que les fictions de toutes sortes parfois sempiternelles. En ce qui concerne la peinture après les assez radicaux Breughel, le moulin et la croix et Shirley:visions of reality (sur Edward Hopper), respectivement de Lech Majewski et Gustav Deutsch, nous arrive Le mystère Jérôme Bosch tout entier consacré au Jardin des délices, Prado de Madrid. Evidemment le tryptique se prête à toutes les interprétations. Le metteur en scène José-Luis Lopez Linares ne s'en prive pas, donnnant la parole à quelques célébrités, Onfray, Rushdie, William Christie, et à quelques spécialistes qui éclairent pour nous ce chef d'oeuvre inclassable. L'important étant surtout ce que vous, vous pensez du tableau et de l'émotion qu'il vous procure, ou non. Une immersion plutôt réussie.

lfdb_affichedef_jpeg_dbdesk  Remarquable film dossier que La fille de Brest sur le scandale du Mediator. Ce film se suit comme les meilleurs thrillers politiques à l'américaine. Jamais alourdi par un quelconque temps mort ou une dérive sentimentale attendue, d'une rare efficacité, les faits essentiellement les faits, jamais parasités, ce film est de plus porté par la formidable actrice danoise Sidse Babett Knudsen, toute en précision et en colère. Exemplaire, évitant la si fréquente pesanteur des films à thèse.

                                  Dans mes billets sur le cinéma actuel je ne parle pratiquement que de films assez peu distribués. La plupart des autres films sont abondamment chroniqués sur la toile.

 

 

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10 avril 2016

Le cinéma, c'est aussi ça

My-Skinny-Sister_r-226x300

affiche

                                Dans un cadre associatif un public nombreux a vu le très beau et très plausible My skinny sister, film suédois de Sanna Lenken. L'anorexie et plus généralement les troubles de l'adolescence y sont cernés magistralement à travers le regard de Stella, douze ans, admirative de sa grande soeur Katia, patineuse prometteuse, mais qui verse dans le refus et le déni, et file un coton bien inquiétant. Sanna Lenken, 37 ans, a vécu elle-même des moments un peu similaires et sait ce qu'elle filme. Les parents, maladroits, quels parents ne le sont pas, c'est Stella qui finit par mieux appréhender la question. C'est beaucoup grâce à elle que l'espoir renaît. J'ai rarement vu une telle acuité concernant les relations entre deux soeurs.

                               Débat intéressant et concret mené par médecins et psychologues avec excellente réception du public, tant il est vrai que ces pathologies universelles concernent tout un chacun. On a pu ainsi mesurer le désarroi et la détresse de certaines familles. On en sort un peu moins ignorant même si c'est souvent dans ses propres murs qu'on est le moins "observateur".

                               L'homme qui répare les femmes, proposé par les animateurs de Ciné-philo, est un beau document belge sur le Congo, ex Zaïre, ex Congo Belge, actuellement République Démocratique du Congo, appellation non contrôlée. Denis Mukwege est le chirurgien qui soigne les innombrables filles et femmes violées et mutilées par les multiples milices qui sévissent dans le pays. Le viol, arme de guerre et de destruction sociale, est une grande tradition de l'humanité. Prix Sakharov, le Dr. Mukwege est peut-être moins le héros de ce film que les femmes congolaises qui le soutiennent et ont exigé son retour au pays, devenues de vraies activistes de la paix. Le film de Thierry Michel est évidemment un témoignage majeur. Mais comme sont décevants ces débats où très vite apparaissent des condamnations très convenues où les responsables sont tout trouvés et où on finit par presque exonérer les culpabilités individuelles. Sans parler de certaines récupérations qui me mettent toujours très mal à l'aise. Et de cela il est très difficile de débattre.

                              

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15 mars 2016

Gustafsson et Morrison

                                      X temps que je n'avais pas publié dans cette rubrique prétexte qui tente une vague synthèse musique et cinéma. Just like Greta est une chanson de 2005 du grand Van Morrison (album Magic time) et qui en fait ne parle pas de Garbo, mais seulement du syndrome Garbo. Morrison, réputé peu commode, rêve de prendre ses distances avec la presse, le public, le monde en général. Une sorte d'exil de lui-même où Van Morrison veut débrancher, vivre seul, icône peut-être, ermite un peu. L'excessif kid de Belfast qui éructait G.L.O.R.I.A. il y a cinquante ans au Maritime Hotel chante toujours Divine-ment. Le Maritime Hotel de Belfast était bien loin du standing Grand Hotel de Greta Garbo, à tous points de vue. Mais il est des lieux où souffle l'esprit.Sous les mêmes influences que les Français ignorent presque totalement, le blues, le folk, un petit coup d'Irish fiddle, la soul, etc... écoutez le Van, l'autre Morrison.

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07 mars 2016

Jonas le cocasse ne casse rien

Masse critique

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                            Jonas Jonasson a un truc, lui ou ses éditeurs. Une recette pour ses titres, c'est pas un truc que j'apprécie beaucoup. On fait dans l'accroche un peu racoleuse à base d'oxymore, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaireL'analphabète qui savait compter, et ici L'assassin qui rêvait d'une place au paradis. Ca me rappelle les titres d'un autre Nordique, Paasilinna, plus poétiques mais tout aussi fabriqués. Lisez d'un  trait les titres du Finlandais. Surréaliste et truqué mais sympa quand même.  Bon c'est des combines d'édition, quand un  premier livre a bien marché. Pas grave tout ça. Plutôt rigolade avec ce cadeau Babelio que je remercie de  sa confiance une fois de plus. Pas négligeable un peu de rigolade septentrionale. Un peu mineure la rigolade.

                           Je vous présente Dédé le Meurtrier, sympathique assassin,enfin libre après trente ans, et ses deux maîtres à penser, un réceptionniste jeune et fauché qui répond au nom incroyablement rare en Suède de Per Persson, et Johanna, une pasteuse défroquée. Enfin c'est pas écrit ainsi mais, surtout en Suède si égalitaire que c'en est triste parfois, un pasteur femme qui a quitté les ordres, vous appelez ça comment, vous? Tous les trois ont monté une agence de châtiments corporels. Besoin d'un homme de main? Dédé accourt, Per et Johanna gèrent le business.

                         Ceci n'est que la première des trois entreprises audacieuses, cahotiques et rocambolesques du trio majeur à seule fin de faire fortune. Cette farce scandinave nous met de bonne humeur par quelques expressions marrantes à propos de Dédé promu gourou d'une nouvelle église prompte au vin de messe et aux mains basses sur la quête. Les quelques morts violentes sont très rigolotes, un peu du Georges Lautner sur Baltique. Probablement un jour au cinéma, Le vieux qui ne voulait pas... l'a bien été, adapté. De là à dire que certaines scènes deviendront cultes comme la cuisine des tontons, je ne parierais pas là-dessus plus de trois couronnes suédoises.

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19 décembre 2015

Les plumes...by Asphodèle: Elle et lui, septentrionalement

Les plumes

                                 Dernier ramassage des copies avant Noël avec les mots qui suivent:espoir-guimauve-comédie-musique-plage-liaison-mièvre-baragouinage-égalité-classique-chanson-inspiration-balai-essuie-glace-navet-louche-roman-abracadabrantesque-amoureux-batifoler. Les mots navet et abracadabrantesque, je les ai  délaissés, j'en avais le droit. Le mot louche me déplaisait, je l'ai ignoré, je n'en avais pas le droit mais je crois qu'il y a des limites à l'exercice. Il en reste dix-sept. Asphodèle a une fois de plus fait preuve de pas mal de patience. Merci Dame Aspho.

                                 La route de Deauville sous la pluie ne m'effrayait pas et ma maladive cinéphilie s'en délectait, le Piccoli des Choses de la vie, le Trintignant de Lelouch, n'étaient pas mes cousins. Ma Romy à moi, mon Anouk aimée s'appelait Larna, et c'était mon histoire, mièvre, diraient certains, péremptoires, mièvre mais mienne. J'étais depuis toujours un homme du presque Nord, attiré par quelque brume artésienne, par quelque brune picarde, et toisais volontiers toute plage subligérienne avec suffisance. Exception italienne faite j'avais toujours rêvé de l'emmener, inspiration Walhalla, vers Scanie, Jutland ou au moins Sligo et le moment était venu de la retrouver sur les planches avant de filer vers Roscoff. Le périple n'était guère classique mais nous avions près de quatre semaines. De loin, de très loin, c'était la première fois que le temps ne nous était pas trop compté, l'espoir d'une parenthèse inoubliable qui au moins pour l'essentiel ferait un joli souvenir, tendre et poignant comme une chanson d'automne bercée par les balais d'essuie-glace de Pont-Audemer et bientôt les embruns baltiques.

 

                                 J'avais toujours su, du temps d'infantiles baragouinages à prétention poétisante, que m'attiraient les moins, les moins chauds, les moins courus de ces rivages. Et puis c'était une fille du Nord à laquelle je chantais Girl of the North country, dylanesque ballade sixtine, un tome en soi du roman de ma vie. Ses cheveux n'avaient pas coutume de batifoler jusqu'au creux de ses reins, je cite, mais courts voire sévères, ils donnaient à cette liaison comme un léger parfum d'austérité, un sentiment avec lequel je me sentais plutôt bien, comme arpentant une lande écossaise ou une musique folk minimaliste. Je trouvais comme de la beauté à certain renoncement et le ton n'était plus à la comédie. Après tout l'égalité entre mes jours passés et à venir était quoi qu'il en soit caduque, le lent déclin tenait là le début de son forfait. J'espérais pourtant que les affres ou les délices amoureux, si voisins et si ressemblants, sauraient guider mes pas, nos pas, songeant qu'après tout, la fleur de guimauve est bien belle sous ses perles d'eau.  

 

Remerciements à Claude Sautet, Paul Guimard, Claude Lelouch, Robert Zimmerman, Hugues Aufray, Pierre Delanoé. Et d'ores et déjà Joyeux Noël à tous ceux qui sont de l'aventure des Plumes d'Asphodèle.

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03 novembre 2015

Vanité, été, indianité

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                                Les gens de Ciné-philo nous proposaient ce mois-ci un film suisse, La vanité. Ce film, assez court, est une fable sur la fin de vie et évoque l'assistance au suicide, où la Suisse fait figure de pionnier. Nullement mélodramatique, jouant un petit air absurde limite burlesque, La vanité estainsi nommé à cause du tableau dans la chambre du motel où David Miller, en phase terminale, vient en finir avec la vie. Mais ça ne se passera pas comme ça. Espe, une Espagnole de son âge, censée être son aide, et le jeune prostitué slave de la chambre d'à côté, vont peut-être donner à sa vie, ou à ce qui lui en demeure, une autre direction.

                               C'est un joli film dont je n'irai pas jusqu'à dire qu'il nous fait voir la vie en rose. Dont je ne dirai pas non plus qu'il traite vraiment d'une forme d'euthanasie, ce que certains participants ont cru déceler. Mais c'est le propre des débats de... débattre. J'y ai vu une sorte de fantaisie, permettant de faire de ce David Miller, architecte vieillissant arrogant et acariâtre, quelqu'un de... disons quelqu'un de mieux.

Summer

                                Le film de la Lituanienne Alanté Kavaïté est une histoire jouant à plein de la sensorialité, de la sensualité, du mouvement à l'occasion d'un été balte (Summer, titre choisi pour l'exploitation en France). A tort perçu parfois comme une Vie d'Adèle nordique, Summer est essentiellement un joli frémissement sylvo-aquatique tant les arbres et l'eau y sont symboliques d'une liberté, notamment sexuelle, qu'on a parfaitement le droit de trouver appliqué et ennuyeux. Souvent plus intéressante est la proximité d'un passé soviétique pour ces lacs septentrionaux, avec le côté métallique des passerelles et des usines, ainsi qu'avec l'architecture si souriante (?) des immeubles staliniens. Reste de ce Summer un bon bol d'air et de jeunesse, un espoir un peu vain parfois, surtout à travers ce que j'ai ressenti comme un isolement de Sangaïlé, une héroïne de 18 ans, vis à vis de parents forcément peu compréhensifs. Tout cela m'a paru un peu trop attendu. Le public a semblé curieux de ce film exotique en quelque sorte. L'exotisme n'est pas fait que de ti punch sous les cocotiers. Pas besoin d'en nordire davantage.

AFFICHE

                            Une réserve indienne aux Etas-Unis ne passe pas pour l'endroit le plus jovial qui soit et l'espoir n'y coule pas tant que l'alcool. Les chansons que mes frères m'ont apprises est un film d'une jeune sino-américaine, Chloe Zhao. Estampillé Sundance, c'est un film sensible et assez authentique, tourné avec les les Oglalas de Pine Ridge, Dakota Sud. Cette réserve, d'après quelques recherches, est l'une des plus miséreuses et déprimées de tout le pays. Johnny vient de terminer sa High School et souhaite quitter Pine Ridge et son cortège chômage alcool trafic violence prison pour L.A. avec sa petite amie. Son père (père aussi de 24 autres enfants avec neuf femmes, pour un peuple qui vénère ses ancêtres c'est fou le nombre d'enfants qui ne connaissent pratiquement pas leur père) vient de mourir. Johnny aime beaucoup sa petite soeur Jashaun, douze ans. Difficile de partir. Difficile de rester.

                          C'est là toute la trame de ce film modeste et un peu déprimant dans sa réalité. La plupart des protagonistes y jouent sous leur propre nom, et quasiment leur propre rôle. L'espace traditionnel du western a fait place à une résignation cafardeuse malgré les pow-wow frisant le pathétique et les belles phrases légendaires, loyal comme le cheval du brave, libre comme le vent, résonnent maintenant à vide en cette contrée aride, ces badlands prison à ciel ouvert. Johnny a en mains son avenir (pas sûr). Et quel sera celui de Jashaun? Vieil adage que j'aime bien: un peuple qui s'adapte est fichu, un peuple qui ne s'adapte pas est fichu.

 

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15 octobre 2015

La poésie du jeudi, Carl Snoilsky

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                                Pour mes retrouvailles avec les Jeudis de ma chère Asphodèle j'ai voulu prolonger un peu mes quelques jours scandinaves. Hasard aidant je suis tombé sur cette Vieille porcelaine qui m'a séduit. Carl Snoilsky (1846-1903) était un aristocrate, un diplomate, un voyageur, en Méditerranée notamment. Mais surtout un poète, assez peu traduit en France. Que pensez-vous de ce texte, qui ne manque ni de philosophie, ce qui est bien, ni d'humour, ce qui est mieux? 

Carl_Snoilsky

Vieille porcelaine

 

Un roi de Saxe collectionnait la porcelaine,

mais sa manie devint une vraie maladie.

Il échangea avec le roi à Berlin

sa garde - pensez ! contre une cruche chinoise.

 

Cinq mille hommes avec sabres et carabines,

que les prussiens savaient parfaitement manier,

dans l’exercice souples et doux,

un mur, en guerre, contre - une soupière bleue !

 

Cinq mille hommes poudrés avec perruques !

Telle folie surpasse toutes les autres

depuis l’aube des temps -, oui, vous le pensez.

 

Et le siècle passé a fait ce changement :

cinq mille cœurs courageux ont eu le temps de se briser,

la vieille poterie - elle est toujours là.

 

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07 octobre 2015

Images nordiques

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                                                 Nuages et Nord. Bleu, Bateaux, Briques et Baltique.

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