07 juillet 2011

Si vous aviez tort Mr. Mankell

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  Je m'étais promis de ne plus trop fréquenter les fameux polars nordiques.Mais je tenais à voir comment Henning Mankell se débarrassait de Kurt Wallander.Mankell est le plus connu,voire le premier à nous avoir intéressé aux noirceurs de là-haut,loin du Bronx et du Quai des Orfèvres.Et je pense qu'il est le meilleur écrivain en ce genre et cette région du globe,qui dépasse d'ailleurs de loin le genre.J'avais lu ses entretiens où il affirmait ne plus avoir envie de vivre davantage avec sa créature comme Conan Doyle par exemple.On sait ce qu'il advint de ce dernier qui finit par ressusciter Holmes.

  Rien de comparable ici,Henning Mankell est aussi dramaturge et a beaucoup écrit "off" Wallander.Des livres que je n'ai pas lus.J'ai lu par contre la moitié des enquêtes du commissaire d'Ystad.Il me semble que L'homme inquiet,l'utime épisode est un grand bouquin.Si l'enquête en soi n'est pas bouleversante elle nous ramène fort à propos sur les années de Guerre Froide,les sous-marins en Baltique,et la neutralité ambigüe de la Suède.L'auteur n'a jamais été tendre avec son pays.Ca me gêne d'ailleurs un peu,ce côté donneur de leçons que Mankell cultive volontiers dans ses déclarations.Toujours est il que L'homme inquiet rappelle que dans Guerre Froide il y a guerre,avec victimes et bourreaux.Loin de James Bond,plus proche de John Le Carré.Quoiqu'il en soit cet aspect n'est pas ce qui m'a passionné dans ce livre.

    L'intérêt de L'homme inquiet consiste plutôt dans ce que je nommerais pudiquement les préparatifs du départ à la retraite de Wallander,et même à la mère de toutes les retraites,celle qui nous guette tous. Probablement le fait d'être né un an après Wallander,dernier baby boomer,m'a-t-il conduit à être pas mal remué par la solitude du personnage,cependant éclairée par l'apparition de Klara sa petite-fille.On retrouve sa fille Linda,flic elle aussi dont on sait les relations orageuses avec son père.Son ex-femme et Beiba,son amour de Lituanie (Les chiens de Riga,pour moi le meilleur de Wallander jusqu'à ce dernier) apparaissent également.

   Et puis le souvenir de son père,cet acariâtre artiste peintre qui n'a composé que le même tableau toute sa vie,brutalisé par l'odieuse maladie d'Alzheimer,  accompagne Kurt alors que celui-ci s'inquiète de ses propres pertes de mémoires.Alors le talent d'Henning Mankell apparaît dans sa grandeur toute simple.Des pages sur le vieillissement,sur le début de l'âge,cet impitoyable moment qui nous inquiète calmement mais déjà définitivement, sont les plus belles du livre,dignes des meilleures nouvelles du génial Buzzati,ce qui est pour moi un dithyrambe.Wallander s'est retiré en périphérie,avec son chien et ses questions, déjà hanté par la suite du programme,en ces instants où l'on n'a plus très envie de retourner bosser au commissariat (ou ailleurs) mais encore moins de tirer un trait.C'est que ce trait sera la dernière ligne droite.On en ignore la longueur mais c'est la dernière.

    D'après ses réponses aux entretiens Mankell n'a plus beaucoup d'estime pour Wallander. Mr.Mankell, volontiers tiers-mondiste,voire un tantinet démago (cela n'engage que moi),pense sûrement qu'il a mieux à écrire.Autrement important.Si vous aviez tort,Mr.Mankell.Si l'abnégation,les faiblesses et le mal-être de Kurt Wallander étaient de la très haute littérature...

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26 juin 2011

Grand du Nord

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     Le titre ne me plait pas forcément,sorte de référence pompeuse mais banale.Je m'empresse de dire que c'est bien tout ce qui ne me sied guère dans ce livre,tout proche du chef-d'oeuvre.Pas facile de voler des chevaux m'avait déjà emballé.Une plume en Nord.Arvid,la petite quarantaine,le narrateur de Maudit soit le fleuve du temps,au bord du divorce,un vrai loser,rejoint sa mère malade,dans une petite île au Danemark où elle a vécu avant Oslo.Une île nordique fait évidemment penser à Bergman,figure imposante du voisinage septentrional.Et il faut bien admettre que ce face-à-face tardif,voire ultime entre la mère et son fils,peut sembler proche de l'univers de l'homme de Faro."Familles je vous hais" disait l'autre.Mais pas de haine ici,de multiples incompréhensions, des souvenirs qui réveillent une adolescence pas terrible,un engagement politique qui conduit à l'impasse, ce qui ne me surprendra jamais,un frère cadet mort très jeune.Dira-t-on jamais assez comme l'enfant disparu se fait un peu l'assassin d'une fratrie?

    A l'heure ou sa mère se découvre en partance,où son père pourtant présent à l'état-civil et même là-haut dans la maison familiale d'Oslo ne lui est d'aucun secours,ils se ressemblent si peu,à l'heure où ses deux filles doucement s'éloignent,Arvid se penche sur son passé,pas d'apitoiement,Per Petterson ne donne pas dans le mélo.Des questions en l'air,des regrets,la méconnaissance mutuelle. Qu'est-ce qu'une famille?Et quel en est le ciment?A partir de quand s'effrite-t-il?Bouleversant dans sa pudeur,un livre inoubliable que Maudit soit le fleuve du temps. 

          Je voudrais oser un barbarisme.Très attiré par le Nord,je crois que la scandanivicité existe,qu'elle importe beaucoup et qu'elle est souvent douloureuse.Voilà trois pays qui n'ont pas la même langue,mais, qui très proches lexicalement, se comprennent.Même si la langue anglaise a tendance à coiffer tout ça par commodité et par habitude éducationnelle déjà ancienne.Ces trois pays sont petits,souvent rivaux,un peu arrogants du voisin et leur relatif éloignement les a conduits souvent à lorgner vers Londres ou Hollywood. Mais je crois très fort à leur identité mutiple et à la source commune littéraire,musicale ou plastique, passionnante et ouverte,austère et débridée,de Münch à Ibsen,d'Andersen à Mankell,de Dreyer à Christensen. Il y a toujours un ferry entre Copenhague et Malmö,entre Göteborg et Aarhus.Il y a toujours un lien très fort entre ces hommes du Nord qui s'étend parfois jusqu'à Reikjavik.Il y a surtout d'immenses écrivains dont je parle assez souvent,et d'autres,cinéastes ou rockers.Le froid et l'insularité parfois extrême de ces régions doivent piquer délicieusement l'inspiration.

   Avec un montage balançant entre passé et présent,le présent se déroulant lors de la chute du Mur,la passé dans les années soixante-dix et quelques allusions à la petite enfance d'Arvid,Maudit soit le fleuve du temps ressemble à notre vie,comme dans les livres de Lars Saabye Christensen ou Lars Gustafsson, juste un peu plus septentrionales mais pas moins désespérées.Heureusement,pas toujours.

   "Notre amitié était morte,et je me suis aussitôt surpris à le regretter,à regretter le passé disparu et l'avenir impossible.Mais nos étés avaient sombré.Pas uniquement parce qu'au bout de vingt-cinq ans je les avais oubliés:surtout parce que,désormais,ça n'avait plus de sens de s'en souvenir".

   Ces trois lignes m'ont particulièrement touché à l'heure des sites qui vous permettent de "retrouver" les copains d'il y a 35 ans.Comme si c'était possible.A pleurer.

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30 mars 2011

Poésie meurtrière

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      Actuellement très nordique dans mes lectures mais bien loin de Wallander et de Millenium je découvre Jon Kalman Stefansson (pour les gars du Nord je me fais grâce des accents,seule liberté orthographique que je me permette).Plus fort pour moi que les deux auteurs précédents,suédois, cet Islandais né en 63 se voit pour la première fois traduit en français avec Entre ciel et terre,très forte histoire de fortune de mer et drame familial se déroulant dans l'hostilité d'une Islande où les dieux nordiques sont bien peu cléments.Les hommes ici sont pêcheurs,la bière y coule dans les rares estaminets où des femmes rudes et souvent solitaires dispensent une chaleur retenue.La poésie,Barour en est fou.C'est atypique mais pourquoi un âpre matelot d'Islande n'apprécierait-il pas le Paradis perdu de Milton,auteur anglais aveugle?Barour tout à sa lecture oublie sa vareuse en partant sur la barque morutière.Fatale distraction sous ces latitudes et le modeste esquif rentrera avec un cadavre gelé.Le gamin,c'est ainsi que Stefansson le nomme,en conçoit un chagrin monstrueux.Il était son ami et n'a pu le sauver.Alors le gamin ne voit plus de raison de vivre.Mais avant il entreprend un voyage dans l'île afin de rendre au vieux Capitaine Kolbeinn,aveugle lui aussi comme Milton,ce fameux livre,livre assassin en quelque sorte,le Paradis perdu.Si la première partie du livre nous cramponne à la coquille de noix en plein Atlantique en un style très riche où ciel, mer, vents et marins se combattent avec un souffle inouï,la deuxième accompagne le gamin dans son voyage-quête pour retrouver le propriétaire de ce livre magique mais désormais maudit.

   Cette intiation conduira le jeune homme à croiser d'autres personnages, épisodiques, et cela disperse un peu le propos.Et puis quelque chose de tout bête m'a un peu gêné:il est parfois difficile de s'y retrouver dans les prénoms islandais et de s'avoir si l'on parle d'un homme ou d'une femme. Inconvénient minime pour qui fait preuve d'un peu d'attention.Mais j'ai aimé me perdre dans ces ruelles d'obscurité et de neige en un univers romanesque fantômatique et  qui laisse la part belle à l'imaginaire et à la poésie.Et puis dans la quête,surtout quand elle se veut maritime mes vieux amis Melville et Stevenson errent à jamais au bastingage,en partance,fiévreux.Jon Kalman Stefansson a bien mérité d'eux,lui qui est presque l'homonyme du second.Cap au Nord.Et cap sur l'avis de Dominique,plus enthousiaste encore. http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2010/02/19/entre-ciel-et-terre-jón-kalman-stefánsson.html

 

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26 mars 2011

Quelques heures dans la vie de Torsten Bergman

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           Couverture en allemand pour ce livre suédois de Lars Gustafsson car je n'ai pas trouvé de visuel français. Mais L'après-midi d'un carreleur  publié en France,Presses de la Renaissance en 1992,est un roman qui nous rappelle que le Nord n'est pas l'apanage des polars,un peu envahissant parfois.Dans cette courte histoire qui se déroule effectivement en un après-midi un ouvrier sexagénaire veuf et dépressif effectue un petit boulot,comme on dit,pour quelques heures et au noir,cela va sans dire.Se retrouvant dans une maison inhabitée ces quelques moments vont l'amener à rencontrer un ancien collègue tout aussi désargenté.Ces quelques moments,dérisoires dans une vie ratée,réveillent en Torsten les souvenirs en un bilan d'un pessimisme qui fait penser à un autre Bergman,cinéaste celui-là.

   Mais l'austérité de ce sujet,l'homme vieillissant et délabré dans un no man's house désespérant,se teint parfois de poésie quand le carreleur retrouve le goût d'un bel alignement dans une salle de bains.Ou quand quelques bribes du temps passé lui reviennent en mémoire,du temps du travail bien fait.Dans un pays comme à l'abandon un brin d'imagination,quelques fleurs du souvenir,le sourire d'un enfant peuvent suffire un court,un bien court instant à éclairer le visage de Torsten ou de son ami Stig.Après tout voilà quelques heures de passées.On a connu pire...

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11 mars 2011

Sinueux Suédois s'insinuant sensiblement

   chemin  

     Ouvrage des années 80 devenu classique de la littérature nordique Le chemin du serpent de Torgny Lindgren,né en 1938,  est un ouvrage fort, rugueux, violent dans sa peinture d'une société scandinave du XIXème Siècle.Société paysanne,très petite paysanne d'ailleurs où le maître est en fait le créancier du village,qui de père en fils s'arroge tous les droits sur le maigre lopin comme sur femme ou fille du paysan.Ce livre court a surtout l'originalité d'être une longue supplique adressée à Dieu par un très modeste fils de la terre.On ne connaît pas la réponse de Dieu.Le ton général n'est cependant pas misérabiliste,plutôt terre à terre si j'ose dire avec quelques éclairs un peu plus lumineux,surtout ceux qui ont trait à la musique,violon et orgue dont jouent certains protagonistes.

   Le chemin du serpent n'est pas seulement l'incantation lancinante que l'on pourrait craindre.Il nous insinue énergiquement dans la vie de ce siècle encore bien obscur des confins du royaume du Nord.En un temps pas si éloigné où toute menue monnaie devait s'arracher au prix d'efforts physiques harassants ou d'humiliations devant les puissants.On sent au long des 138 pages du récit,toujours comme une confidence au Très-Haut décidément bien loin,tout le courage et l'obstination à vivre de Jani le jeune homme,au moins jusqu'à ce que,intervention divine?,même le sentier du serpent disparaisse dans un glissement de terrain,qui constitue d'ailleurs le prologue du livre.Ceci fait que l'on n'est même plus très sûr de ce passé somme toute récent.Et puis la condition de ces familles était si humble...

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15 septembre 2010

Tableaux d'une exposition

                  Plutôt une  déception,assez sévère au demeurant que ma deuxième incursion chez Lars Saabye Christensen,après le si passionnant Beatles.Vingt ans séparent les deux livres et certains considéreront sûrement que Le modèle souffre moins de  scories en brassant une histoire somme toute simple et dans le thème et dans le temps.A cinquante ans Peter,peintre célèbre mais un peu en perte de vitesse,se voit diagnostiquer une cécité prochaine.Et ce à l'aube d'une nouvelle exposition dont son galeriste Ben attend beaucoup.Sa femme et sa fille  suscitent chez lui plus d'incompréhension que de complicité.Enfin le hasard le met en présence d'un ami d'enfance,ophtalmologue,aux pratiques pour le moins curieuses.Quelques mois avant l'échéance obscure Peter retrouvera-t-il le souffle créateur in extremis en faisant le portrait de sa fille par exemple?

                 J'ai eu du mal à m'intéresser vraiment aux atermoiements de Peter.Les portraits me semblent insuffisamment fouillés, particulièrement ceux de Ben et de Thomas l'ami retrouvé,plutôt malsain.Qualifié de roman faustien,ce qui est bien pratique dès qu'un personnage regarde son âge en face et se décide à ne pas l'accepter,quitte à prendre les chemins les plus douteux,Le modèle s'englue dans des considérations morales un peu à rebrousse-poil.Hélène l'épouse est dans le théâtre et le cousinage d'Ibsen est souvent évoqué.Hélas pour moi je connais  trop mal l'oeuvre du grand dramaturge norvégien pour y trouver mon compte. Christensen est-il devenu à Oslo une sorte d'institution lui aussi?Il semble qu'il soit très apprécié en Scandinavie, romancier, dramaturge, poète ,scénariste, traducteur,parolier,etc...Vous pouvez vous plonger dans cette sorte d'interrogation sur la création artistique.C'est comme ça qu'on dit,non.Quand on trouve ça moyen,comme moi,on dit qu'on trouve ça moyen.

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02 septembre 2010

Au revoir commissaire Winter

    

                 Le polar a une limite.Ou alors c'est moi qui m'en impose.j'ai cessé de lire Michael Connelly après cinq aventures de Harry Bosch,Ellis Peters a fini par me lasser de Frère Cadfael,je n'ai jamais trop goûté les romans de Fred Vargas,Wallander et Erlendur,enfants du Suédois Mankell et de l'Islandais Indridason m'ont impressionné mais j'ai fini par les quitter.Peut-être les retrouverai-je avec plaisir mais assez parcimonieusement.C'est que leur univers m'est maintenant bien codifié et ils sont pour moi de vieux alcools un peu éventés.Je viens ainsi de  dire au revoir au commissaire Eric Winter et à son équipe,sise à Goteborg,pour les mêmes raisons.La construction des polars d'Ake Edwardson est méthodique,trop à mon gré,au long des ces brefs chapitres champ-contrechamp,et finit par générer une certaine lassitude.

            Les enquêteurs,bien ciblés,trop sûrement,ressemblent à ce que l'on peut voir journellement à la multicéphale mais souvent monocorde télé.Le patron,le commissaire Winter,plus de 40 ans mais tout jeune père,ses adjoints,divorcé,près de la retraite,ou jeune femme d'origine burkinabé.il doit bien y avoir un gaucher,un homosexuel,un alcoolique.Rien de déshonorant à cela,mais rien d'enthousiasmant. Eprouvez-vous la même chose face à cette présence des personnages un  peu trop télévisuelle à mon goût?On m'objectera justement qu'il y a toujours eu Hercule Poirot,Philip Marlowe,tous les privés,Sherlock Holmes et Maigret.Vrai.Alors ce doit être moi,qui à force d'apparaître de façon récurrente dans mes lectures,me serais lassé un peu de ce personnage un peu usé:moi.

       Pour ma défense je dois dire que les trois derniers romans d'Edwardson que j'ai lus:Ombre et soleil,Je voudrais que cela ne finisse jamais et Ce doux pays ont été achetés presque par erreur d'un simple clic distrait.Des dangers d'Internet...

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23 août 2010

Liverposlo

    beatls lars saabye christensen

                        Publié en 84 en Norvège avec un immense succès Beatles vient d'être traduit (2009).Sur la quatrième de couverture de ce gros roman de 643 pages figure "un Frantzen norvégien".Terreur de ma part,ayant lâchement déserté Les corrections à mi-parcours.Au bout de quelques pages l'un des jeunes protagonistes a épinglé un modeste poster des Animals sur les murs de  sa chambre.Nous sommes en 1965.C'est gagné pour Lars Saabye Christensen.Pas seulement parce c'est ma génération,pas seulement parce que j'étais un grand fan des Animals d'Eric Burdon,pas seulement parce que le titre de ce livre reprend le nom d'un groupe qui a changé le siècle.Pas  seulement parce que les "enfadolescences" sixties sont toutes un peu miennes,forcémént miennes.Surtout parce que j'ai l'impression que Christensen a su cristalliser le mal de vivre en ces années pleines,en un de ces pays du Nord que leur petite taille contraint à l'imagination.

                Kim,Gunnar,Ola et Seb,réunis par leur passion des Beatles,vont vivre sous nos yeux sept ans de 65 à 72 en une vingtaine de chapitres portant chacun le nom d'un titre ou d'un album des Fab Four,y compris des Beatles en solo,ce qui me paraît important.Oh ils ont bien comme tout le monde l'ambition de former un groupe.J'ai vécu ça.Mais surtout il semble que le monde leur appartient,que les libertés sortent de leurs boîtes de Pandore,qu'il y a Dieu merci toujours une quelconque guerre à contester du côté de Säïgon par exemple.Bref la vie est belle.Et puis surtout ces galettes magiques qui ponctuent leurs saisons, Revolver, Rubber soul, Sergent Poivre, double blanc,and so on...Enfin il y a ces drôles de substances,de celles qu'on croit anticonformistes et qui s'avéreront d'un très  obscur suivisme.Rumeurs de séparation,mort de Paul,cet ahurissant canular,1968 année trompe l'oeil,morts des trois J. (pas un canular cette fois), baccalauréat, voyages, la Place saint Michel où se retrouvent nos amis.Et les parents,ah,les parents...Et les filles,ah,les filles...

       Dans ce que je considère comme un grand livre générationnel,la mienne,la seule,nos quatre mousquetaires finissent par ressembler aux autres,à nous,à tous.Et c 'est très bien ainsi.Le destin de Kim,Gunnar,Ola et Seb ne sera pas particulièrement original.Mais ce  sera le leur,complètement."Le magasin de bonbons est ouvert ce soir".Cette terrible phrase peut mener loin,on l'aura compris,jusqu'en enfer,en passant par la case psychiatrie.Foin de Petit Livre Rouge,de slogans antiimpérialistes,de "This is the end,my only friend the end" ,de parties de pêche en fjord,d'alcools et de vins avec bien peu de modération,comme ça vaut le coup de vivre ça,et comme ce livre est bon!

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05 août 2010

J'peux vraiment pas les voir en peinture(13)

ENS

        James Ensor ne quitta guère Ostende et la côte flamande durant sa longue vie (1860-1949).On sait que son oeuvre abonde en masques et squelettes.Ses tableaux les plus connus sont souvent inquiétants.J'ai découvert par hasard en naviguant cette Cabine de bain peinte à, l'âge de seize ans.C'est un petit format qui ne présage guère les obsessions futures d'Ensor.C'est vraiment une nouveauté pour moi et c'est ainsi que j'peux vraiment pas la voir en peinture cette modeste cabine face à une Mer du Nord que zèbrent quelques steamers sous un ciel de de Flandre,j'peux pas la voir en peinture ,parce qu'à l'évidence les plus beaux écrivains peuvent mentir mais en aucun cas les peintres,même débutants.

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13 juin 2010

Le confort est roi

  Oui le confort est roi à l'écoute de  ce beau duo,Kings of Convenience, vraiment.Pour parodier un hebdo bien pensant  qui commence par té et finit par ma,et dont je suis abonné râleur depuis des lustres,et qui pour ses critiques rock aime les citations,je dirai ceci:avec leur look de sages étudiants genre Simon et Garfunkel qui auraient écouté les Brésiliens et dîné avec Calexico,sans les mariachis,les deux Rois du Confort nous concoctent une musique tout en harmonie et des arpèges parfois virtuoses et surtout l'envie de siroter un cocktail  estival avec une amie,aux Iles Caïman par exemple.Au fait ces gars là sont norvégiens,avec de drôles de noms et des o traversés d'une diagonale.Personne n'est parfait.

http://www.youtube.com/watch?v=c-ppARtcQfo Cayman Islands

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