14 mai 2010

Mal de mer

Noir océan

                                      Ce roman de Stefan Mani,venu d'Islande,jouit de critiques assez positives.Pourquoi m'y suis-je tant ennuyé?Une curiosité:il n'y a dans ce livre que neuf personnages,l'équipage du Per,cargo reliant l'Islande au Surinam.Au bout de 300 pages,sur 472,je n'avais pas encore clairement identifié les protagonistes.Mauvais signe.Mauvais marin que je suis le voyage avec ces gars-là,pas des enfants de choeur on s'en doute,m'a paru interminable et l'ambiance virile qui y règne ne m'a pas rendu la croisière plus passionnante.Un zeste de mutinerie contre ces salauds d'armateurs,un criminel embarqué par erreur,un soutier adorateur de Chtulhu,un second naziphile,tout ce salmigondis n'a pas fonctionné en ce qui me concerne.La Série Noire de Gallimard a déjà fait beaucoup mieux.

        J'ai lu quelque part une jolie formule chez un thuriféraire de Noir océan:Sam Peckinpah aurait pris la mer avec Joseph Conrad.Mazette c'est bien payé je trouve.Je me suis cru loin de La horde sauvage,fut-elle version marine,loin aussi d'une quête d'un Lord Jim ou Au coeur des  ténèbres.Aussi n'ai-je accordé qu'une petite photo au roman islandais,proportionnelle à ma déception. Probablement aussi ai-je besoin pour un bon "noir" d'une ambiance plus urbaine,plus citadine.

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23 avril 2010

Le second,non,le deuxième,et puis je m'y perds

                Il s'appelait Edwin Buzz Aldrin et arriva sur la Lune en deuxième position.Comment voulez-vous vous remettre d'une telle expérience?Le passionnant premier roman du jeune auteur norvégien Johan Harstad nous présente Mattias,né la nuit de juillet 69 où un petit pas pour l'homme etc...Mattias garde de cette date une fascination pour le "rouage" Aldrin en cette mission Apollo 11.Plutôt nanti en une société nordique sans trop de problèmes majeurs Mattias n'aura qu'un but,curieux,une sorte de quête d'un anonymat qu'il pensera trouver aux Iles Féroé,ce confetti en voie de boréal où les arbres s'apparentent plus aux lichens qu'aux séquoias.Mais il n'y trouvera qu'une intranquillité et quelques amis en équilibre instable.Harstad revient régulièrement au destin d'Aldrin,agité lui aussi.Ce parallèle entre le deuxième homme et cet autre homme,Mattias,souffrant d'être le premier pour ses parents par exemple,et même le seul,est extraordinaire de précision et d'intériorisation d'un héros septentrional.On sait depuis les auteurs de polars de là-haut que nuit polaire,soleil de minuit et saunas baltiques n'assurent pas forcément la félicité.

       Ce roman,récent,est à ma connaissance peu présent dans les critiques.Je l'ai emprunté par hasard  à la Bibliothèque Municipale.Cela m'arrive parfois,au vu de la couverture,du titre,ou de quelques lignes au dos.J'aimerais beaucoup avoir l'avis d'autres lecteurs car il m'a semblé vraiment original tant par sa géographie (peu de romans se passent aux Féroé) que par ses influences revendiquées du côté d'un certain rock un peu désespérant,du côté aussi d'un absurde quelque peu tartaro-buzzatien.Archives psychiatriques au milieu de nulle part.Inquiétant non?Un personnage arrive seul sur un canot,venant de l'Ouest.Plutôt troublant. Normalement on fait naufrage dans une île du Pacifique Sud.Visiblement ce passionnant roman m'a tourneboulé.Perdrez-vous un peu la boussole,vous aussi?Et si oui mais où serez-vous donc passés?

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30 décembre 2009

Au Nord rien de nouveau

   Et si le polar nordique commençait à lasser...C'est l'impression que m'a laissée Ombre et soleil.J'avais aimé pourtant Danse avec l'ange mais la surprise ne joue plus.Après avoir pas mal lu Mankell ou Indridason les serial killers scandinaves ont cessé de m'intéresser.Ils me semblent interchangeables,avec flics à la vie privée agitée,gothic rock ou black metal(pardon je ne suis guère expert),nuit précoce sur Goteborg ou toute autre cité nordique.Entendons-nous,rien de désagréable dans cette enquête du commissaire Winter mais il finit pour moi par se fondre dans le Walander suédois ou l'Erlendur islandais.Nous sommes avec Ombre et soleil en présence d'un roman de presque 500 pages,bien découpé en mois et en courts chapitres.On n'est pas loin du format,voire du formatage.J'ai acheté trois Edwardson d'un seul coup.J'ai eu tort,mais peut-être en oublierai-je un dans le train,ce qui ne m'empêchera pas de dormir.

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07 février 2009

Sombres impressions du pôle

   terreu10

      Certes il est un peu monstrueux,Terreur,de Dan Simmons, avec ses 700 pages comme écrites robustes par un charpentier de marine.Lourd et épais comme un vulgaire best-seller(c'est pas méchant) et en relief le nom de l'auteur et celui de livre.Et surtout il est passionnant malgré quelques petites baisses de régime.Dame!Sur la distance...Triple patronage pour ce grand roman épique,moral et philosophique.
    -L'Histoire,celle de la conquête des pôles,qui a inspiré Simmons qui met en scène les vrais acteurs du drame de 1845 qui vit le Grand Nord se refermer sur l'expédition Franklin,de la Marine royale anglaise.Jules Verne pour Un hivernage dans les glaces s'st souvenu de cela lui aussi.
    -Howard Hawks et son film de 51 La chose d'un autre monde(bon remake par John Carpenter en 82) qui contait la terreur causée parun extra-terrestre congelé,puis décongelé sur une base militaro-scientifique.
     -Un certain H.M. dont le roman M.D.,un pavé lui aussi,d'ailleurs fort peu lu dans sa version totale,et où le Capitaine A. se damnait sur toutes les mers du monde,nanti d'un pilon pour clouer au pilori le grand cachalot blanc.

         De tout cela Dan Simmons tire sa substantifique moelle pour nous offrir un roman d'initiation,un avatar de la collection Terre Humaine,un thriller d'épouvante,un précis de navigation boréale,un long cours de climatologie,une histoire d'amour,un western avec traîtres et sacrifices,une grande aventure doublée d'une soilde réflexion sur le destin de ces hommes,sombre et grandiose.
Si vous entrez dans ce journal de bord immobile vous n'échapperez pas à ce souffle,d'une grande valeur littéraire,mais Simmons a fait ses preuves, je crois,dans ses immenses cycles de science-fiction.Mais de cela d'autres ont déjà fort bien devisé .Immobile dans le grand blanc,infernal et titanesque,face au léviathan,à l'immensité de glace(vocabulaire très riche en découvertes),et à la petitesse de certains hommes dont la vilenie s'épanouit mieux en Arctique,vous frissonnerez intelligemment.Couvrez-vous

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09 avril 2008

La fille du commissaire

      Pour cette enquête Wallander cède la place à sa fille Linda qui a décidé de suivre ses traces...Les polars de Mankell sont maintenant bien balisés en France avec ce corollaire inévitable qu'on se sent en pays de connaissance et que la surprise venue du Nord s'est pas mal volatilisée.Mon préféré est Les chiens de Riga.Il me semble avoir presque déjà lu ce livre et ceci n'est pas très bon signe.Serait-ce la lassitude de l'univers de la police de Scanie avec,comme ailleurs,ses pervers,ses gourous,ses dérives et ses rituels?De plus je trouve que les rapports difficiles entre Kurt et sa fille Linda alourdissent une intrigue qu'on aimerait resserrée,ce qui permettrait d'ôter une centaine de pages.Il me semble que les auteurs de polars ont actuellement tendance comme les cinéastes à faire long,ce qui est pour moi aveu de faiblesse.Le rythme,les gars,le rythme!

   Non que Avant le gel soit à dédaigner pour qui ne connaît pas encore Mankell mais je suis d'accord avec Dasola.Tout cela me paraît assez normal et je crois que je vais gentiment congédier Henning Mankell de ma liste d'attente.Il aura droit à de confortables indemnités pour services rendus à la Scandinavie et à mon patrimoine littéraire.La chair est triste hélas mais heureusement je n'ai pas lu tous les livres.Un beau personnage,très épisodique,aura marqué cette enquête pour moi,l'orfèvre qui fabrique les clés d'église,quel beau métier.Et les mots de Mankell parfois touchent très juste: "Même si l'issue est écrite à l'avance on peut fatiguer la mort pour qu'elle ait juste la force de porter le coup fatal",écrit-il à propos de la fin d'un ami de Wallander.

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12 août 2007

Le privé,version nordique

    

           Le privé Vrag Veum mérite de rejoindre le Wallander de Mankell et le héros de l'Islandais Indridason, dont j'ai oublié le nom,devenus des célébrités dans le petit monde du norpolar(quel barbarisme). L'enquête qu'il mène dans sa Norvège natale est certes de facture classique mais bien ficelée et d'une lecture aisée. Ce roman a été publié en Norvège il y a quand même trente ans,ce qui lui donne l'avantage de ne pas crouler sous une overdose de technologie parfois fatiguante.

                 Dans les rues norvégiennes la filature se fait à l'ancienne dans une petite voiture discrète et toussotante. Veum sait faire la planque pendant des heures et ne roule pas sur les couronnes.L'intrigue n'est pas bouleversante d'originalité mais allez donc tuer de manière inédite de nos jours.Une villa,une maison avec une porte verte qui s'ouvre sur l'horreur,de cette horreur qui hante hélas nos quotidiens.Et l'éternelle et universelle rivalité souvent haineuse entre le flic et le privé,qui nous fait toujours un peu marrer.Humour présent aussi à travers quelques portraits de sous-fifres ou de spadassins.Au pays de Sam Spade et Philip Marlowe bienvenu à l'ami norvégien Varg Veum qui carbure raisonnablement à l'aquavit, version septentrionale de la gnôle,fidèle amie de l'enquêteur.

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30 juillet 2007

La lanterne magique s'est éteinte sur l'île de Faro et à Ferrare c'est l'éclipse

   J'ai lu ce livre il y a juste vingt ans.Moi qui n'ai relu qu'un livre dans ma vie,je vais le relire car il n'existe pas de témoignage plus fort sur la créativité et sur l'artiste au travail. Douloureux,indispensable.

  Quant à l'autre géant je me permets de réactualiser deux chroniques.Adieu à ces deux immenses montreurs qui n'avaient pas choisi la facilité.A ceux qui craindraient leurs univers je dirais simplement "Je vous en prie,essayez!".La fin d'une époque peut-être...Mais comme je déteste ça,les fins d'époque.

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06 juillet 2007

La léthargie hivernale carnivore des ursidés

     J'ai décidé de faire une communication scientifique de toute première importance sur ce phénomène qui gagnerait à être étendu:la mise en sommeil de l'ours pendant quatre mois d'hiver.

     L'ami Arto Paa...,je dis ami parce ce que c'est le septième bouquin de lui que j'ai lu et que,même si je commence à bien connaître son univers loufoque, vaguement écolo mais tendance vodka de Carélie,je ne suis jamais déçu.Arto c'est comme Jorn Riel,un copain du Nord qui m'en raconte une bien bonne régulièrement et avec lequel je m'esclaffe bruyammment au comptoir.Pas toujours très distingué,un peu ours mal léché,mais la moustache nous en frise de plaisir.

      Cela n'empêche pas Paasilinna d'être un écrivain populaire et qui sait manier la prose nordique et forestière.Dans cette dernière livraison en France l'auteur balance quelques souvenirs "sympathiques" sur les goulags de la Mer Blanche et les"délicieux" cimetières de bateaux ex-soviétiques.Mais tout cela est dit sur le ton de la rigolade comme les sermons du pasteur défroqué et alcoolique.Quant au remarquable titre de cette excellente rubrique il fait référence à l'idée de Paasilinna qu'il serait judicieux que bien des humains débarrassent le plancher pendant un tiers de l'année.Des noms?Il y en a tant à commencer par certains blogueurs de talent et qui ont l'outrecuidance de recueillir beaucoup plus de commentaires que moi. Je pourrais ainsi les rattraper un tout petit peu.

     Le pasteur et son ours,victimes dans leur Finlande natale d'incompréhension entament alors un voyage du Nord au Sud,des gelées d'Arkhangelsk aux rives de la Mer Noire, près des escaliers d'Odessa et puis en Israël avec retour en Angleterre.Alors si vous voulez passer un bon moment en attendant des ours meilleurs précipitez vous aux basques de cet étonnant duo:Oskari le pasteur sans foi et bientôt sans foie et Belzeb,plantigrade de son état et philosophe de formation.

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12 avril 2007

Fratrie nordique

  Petite déception pour ce court roman suédois.Pas inintéressant mais terriblement convenu à mon avis.Ce roman fait entendre une petite musique intime sur les troubles de l'adolescence et les incertitudes sexuelles.C'est assez bien écrit,sans prétention mais aussi sans véritable élan.La famille comprend mal mais sans heurt véritable et le drame raconté par un jeune homme qui n'a pas connu son frère,mort avant sa naissance,et qui enquête sur le passé,ne m'a pas vraiment ému.De plus j'avoue que la question du coming out m'a semblé assez politiquement correcte,pour ne pas dire pleine de clichés.Pas désagréable mais loin de la passion d'autres auteurs scandinaves.

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13 janvier 2007

Du haut de gamme en haut de l'Europe

Ketil Bjornstad est lui-même pianiste et compositeur.Il nous donne là un roman au thème initiatique allant bien au delà de la musique.Dans la Norvège de la fin des sixties un groupe de garçons et filles surdoués de la musique décide de créer une sorte de confrérie.Mais qui sont réellement Anja,Aksel,Rebecca et les autres?Dans le petit monde assez mystérieux des mélomanes avec ses professeurs fielleux,ses parents haineux et ses concours assassins quelle est la part de leur jeunesse qui ne leur soit pas au moins partiellement volée.

   C'est que la musique n'adoucit pas forcément les moeurs.Sur fond d'anorexie et de trahisons s'orchestrent les allées et venues de ces héros prêts à défaillir voire à mourir pour un Ravel trop rapide ou une valse martelée un poil trop lentement.L'apprentissage de l'âge adulte s'avère bien compliqué,au moins autant que ces études et ces répétitions interminables meurtrissant les paumes et les coeurs.

   La lumière du Nord éclaire ces pages souvent très bouleversantes emplies de fantômes,parents disparus, oiseaux de mauvais augure,étangs meurtriers.C'est bien un univers de violence qui se cache derrière les rideaux cramoisis des auditoriums."Chaque seconde passée sur scène est un moment supplémentaire durant lequel la catastrophe ne cesse de te frôler".Dans La Société des Jeunes Pianistes la mélodie est grave et subtile sur le désir,la vie et la mort.

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