19 décembre 2015

Les plumes...by Asphodèle: Elle et lui, septentrionalement

Les plumes

                                 Dernier ramassage des copies avant Noël avec les mots qui suivent:espoir-guimauve-comédie-musique-plage-liaison-mièvre-baragouinage-égalité-classique-chanson-inspiration-balai-essuie-glace-navet-louche-roman-abracadabrantesque-amoureux-batifoler. Les mots navet et abracadabrantesque, je les ai  délaissés, j'en avais le droit. Le mot louche me déplaisait, je l'ai ignoré, je n'en avais pas le droit mais je crois qu'il y a des limites à l'exercice. Il en reste dix-sept. Asphodèle a une fois de plus fait preuve de pas mal de patience. Merci Dame Aspho.

                                 La route de Deauville sous la pluie ne m'effrayait pas et ma maladive cinéphilie s'en délectait, le Piccoli des Choses de la vie, le Trintignant de Lelouch, n'étaient pas mes cousins. Ma Romy à moi, mon Anouk aimée s'appelait Larna, et c'était mon histoire, mièvre, diraient certains, péremptoires, mièvre mais mienne. J'étais depuis toujours un homme du presque Nord, attiré par quelque brume artésienne, par quelque brune picarde, et toisais volontiers toute plage subligérienne avec suffisance. Exception italienne faite j'avais toujours rêvé de l'emmener, inspiration Walhalla, vers Scanie, Jutland ou au moins Sligo et le moment était venu de la retrouver sur les planches avant de filer vers Roscoff. Le périple n'était guère classique mais nous avions près de quatre semaines. De loin, de très loin, c'était la première fois que le temps ne nous était pas trop compté, l'espoir d'une parenthèse inoubliable qui au moins pour l'essentiel ferait un joli souvenir, tendre et poignant comme une chanson d'automne bercée par les balais d'essuie-glace de Pont-Audemer et bientôt les embruns baltiques.

 

                                 J'avais toujours su, du temps d'infantiles baragouinages à prétention poétisante, que m'attiraient les moins, les moins chauds, les moins courus de ces rivages. Et puis c'était une fille du Nord à laquelle je chantais Girl of the North country, dylanesque ballade sixtine, un tome en soi du roman de ma vie. Ses cheveux n'avaient pas coutume de batifoler jusqu'au creux de ses reins, je cite, mais courts voire sévères, ils donnaient à cette liaison comme un léger parfum d'austérité, un sentiment avec lequel je me sentais plutôt bien, comme arpentant une lande écossaise ou une musique folk minimaliste. Je trouvais comme de la beauté à certain renoncement et le ton n'était plus à la comédie. Après tout l'égalité entre mes jours passés et à venir était quoi qu'il en soit caduque, le lent déclin tenait là le début de son forfait. J'espérais pourtant que les affres ou les délices amoureux, si voisins et si ressemblants, sauraient guider mes pas, nos pas, songeant qu'après tout, la fleur de guimauve est bien belle sous ses perles d'eau.  

 

Remerciements à Claude Sautet, Paul Guimard, Claude Lelouch, Robert Zimmerman, Hugues Aufray, Pierre Delanoé. Et d'ores et déjà Joyeux Noël à tous ceux qui sont de l'aventure des Plumes d'Asphodèle.

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29 septembre 2014

L'Anglaise et le continent

 GEMMA

                                          Gemma Bovery, le film d'Anne Fontaine, pour moi, est une entreprise très sympa, sur laquelle nous avons un peu discuté lors d'une séance au cinoche. Et puis j'ai ainsi appris ce qu'était réellement un roman graphique car c'est la première fois que j'en lis un. J'avais pris soin d'apporter le bouquin de Posy Simmonds et de le faire un peu circuler car notre multiplexe proposait comme souvent un verre de l'amitié après le débat. Les spectateurs ont ainsi eu une idée du style de l'auteur, de ses dessins noir et blanc, de la ressemblance de Luchini avec le Martin Joubert du livre. Plus qu'à Gustave Flaubert les spectateurs ont été sensibles à deux axes, le numéro d'acteur de Fabrice et la peinture des Anglais en France, de l'idée qu'ils se font de la France et plus encore de l'idée que les Français se font de l'idée qu'ont les Anglais de la France.

GEMMA 2

                                            Les critiques ont été divisés sur Gemma Bovery, lui reprochant sa peinture bobo de la Normandie sous influence britannique, et un côté imagerie bien sage, moins féroce en tout cas que celle de Flaubert sur les notables, le pharmacien Homais en tête. Reprochant aussi la récurrente exagération de Fabrice Luchini. Outre qu'il soit ici relativement sobre, je trouve que cet acteur n'est jamais envahissant tant son amour des lettres et des textes transfigure le plus ordinaire de ses films. Et l'addiction de Martin Joubert à Madame Bovary, au point d'en perdre les pédales, au moins est une addiction peu banale. Et puis si un ou deux spectateurs se mettent à lire Flaubert, c'est tout bon,non. Lequel Gustave, sauf erreur, n'apparait qu'au générique de fin, dans les remerciements au Livre de Poche pour l'utilisation de sa couverture. Lequel livre est au coeur de ma bibliothèque, souvenir de mon père, qui fut lecteur patenté, de la génération qui quittait l'école à douze ans. Ca laisse un peu rêveur. Ci dessous deux avis amis.

Gemma Bovery - Anne Fontaine / Mademoiselle Julie - Liv Ullmann (Dasola)

Gemma Bovery (Aifelle)

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