22 octobre 2006

De Vancouver

   

Je vous écris,Madame,de Vancouver

Vous-souvenez-vous,j'étais un homme de l'ouest 

Le miroir de ma chambre d'hôtel

Grimace un peu de cheveux gris 

Cela m'a pris du temps

Pour ne jamais vous oublier

Le Pacifique me repose

C'est que,Madame,depuis mortes saisons

Votre sourire colle aux pages de ces livres

Qui m'ont accompagné du Pont de Normandie

Le vent de l'estuaire nous avait blessés

Vous souvenez-vous

Ces embruns vous lacèrent-ils les pommettes

Comme la lame acide de nos souvenirs

Brûle et voile mon regard ainsi qu'au premier jour

Loin là-bas par delà l'océan qui sait ce que nous sommes.

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21 octobre 2006

De noir

De noir vêtus

Central Park et l'obscène crépuscule du huit décembre

De noir vêtues

Michell,Eleonor Rigby et Lucy dans le ciel

De noir barré

Le double album si blanc

De brumes définie

Liverpool solitaire

De hardes grises maintenant

Les habits neufs de ma jeunesse

Le 8 décembre 2005(25 ans

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20 octobre 2006

L'ange douloureux


L'ange douloureux qui m'accompagne


Comme en un ciel berlinois bleu de froid


En a vu avec moi au long de ces années d'errance


Son visage est souvent  pris de convulsion


Son sourire se glace


Devant ces cités indociles                     


Alors cet ange a peur et pour moi il s'alarme


De mes intolérances mais n'en dites rien


C'est un ange que n'épargnent ni colère ni ivresse


Et je crains qu'il ne me délaisse


Sa présence impresssionne et ses ailes m'enserrent


Pourtant cet ange a bien les yeux...d'un ange,pardi


Ce regard est si doux,je me sens prêt à m'y noyer


Mais la chute des anges est tellement osée


Que le fleuve sauvage nous tend ses bras furieux


Sa vallée s'est parfois avérée meurtrière


Il me vient à l'esprit...


Si le tumulte des eaux guerrières


Nous emportait très loin,là où s'endiablent


Les anges et leurs compagnons d'infortune.

                          Mars 2004/Merci Mr.Marc Chagall

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17 octobre 2006

L'arbre ultime


Enfin vint le dernier soir


A la recherche de l’arbre ultime


Serait-il là,maître des cimes


De la palmeraie ancienne


Courbant sous le sirocco noir


D’une oasis algérienne.


Serait-il modeste fruitier


Rosissant au printemps normand


D’une terre de liberté


Près des grands cimetières blancs


Allais-je encore le débusquer


Abritant,Amazonien


Les derniers Indiens


Cueillis par l’hébétude


Et le jaguar y feulerait


Dans la dense nuit meurtrie du Sud.


J’aurais aimé le rencontrer là haut


Cyprès toscan de la douce colline


Penché sur Florence et l’Arno


Jouant la comédie divine


Veillerait-il,acacia,ombrelle


Sur la savane aux vives gazelles


Priant pour la pluie


Pour la vie.


Resterait-il à jamais symbole


Cèdre bleu de ce Liban


Où la colombe à peine s’envole


Paisible érable chantant


Au coeur du Saint Laurent.


J’ai vu l’arbre ultime


Ni le saule larmoyant


De mes amours de douze ans


Ni ce boréal et fragile sapin


Ni ce rouge géant californien?


Non,c’était l’arbre du crime


C’était l’arbre bourreau


Et le chanvre assassin


Greffé sur ses rameaux


Ployait comme un rictus dernier


Sous le faix des hommes condamnés.

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Transaméricaine,transes américaines(Easy rider)

 

Elles ressemblent à des entrailles

Ces autoroutes,rubans interminables

Embrasées par instants

D’un soleil acéré qui leur donne un air de Mexique.

Elles attendent l’homme,disponible

Comme dans un road-movie

Un cinéma de l’errance,ouvert

A des rencontres d’un autre type

Droit sorties de nos fantasmes

De rêveurs décalés.

Sont-ce,attardés quelques disciples de Kerouac

Qui guettent l’un de ces fabuleux camions?

Itinéraires dérisoires

Le pouvoir des fleurs a quitté la Californie 

Les nomades que j’y ai croisés

Ne sont plus ni pionniers ni musiciens

Adieu Grace Slick!

J’aime la poésie horizontale

Des petites boîtes de toutes les couleurs 

Ces motels,carrefours des grands chemins à moteur.

Ils réinventent,naïfs,à chaque halte

Ce curieux amalgame

De laideur et de sublime

D'une civilisation soda

Qui a brûlé les étapes

L’Amérique a eu si peu de temps

Pardonnons,parfois elle ne sait...

Sur les parkings d’étonnants véhicules

A la teinte vestige-vertige

Psychedelique

Lovent leurs silhouettes

Auprès de ces jeux de cubes

Oasis informes pour ces modernes caravanes.

L’Amérique éternelle est là quand même

Une rengaine,plus loin,sort d’une cabine

Une mâle histoire d’amour

Un chauffeur du Kentucky

Et la fille d’un relais,une quelconque Nancy

Dans un quelconque Alabama.

Moi je sais bien qu’on peut trouver encore

Qui s’égrènent au fil de l’espace T

ous les clichés des sixties

Si chers à la réminiscence,autant

Que les pièces d’un puzzle futuriste

Monde éclaté de vitesse et violence.

Où sont allés ces hommes aux cheveux de comètes

Que chantaient Ginsberg et la Côte Ouest?

Le temps a repris à la course la mémoire

Et les passants sur la route

Ne sont plus en quête d’un festival

Improbable d’amour et de paix

Slogans poussiéreux,désuets.

Puis comme des tribus belliqueuses

Dans le bruit et la fureur

Des hordes vrombissantes

Strient les cicatrices conremporaines

Echappées d’un cauchemar de faits divers

Où voisinent poètes égarés

Et illuminés aux pulsions maladives.

Crainte et attirance

Nourri de cette littérature

Et dévoyé de cinéma

Je les entends qui m’appellent

Ces hauts chemins de l’Occident.

Résonne le chant des cavaliers tranquilles.

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Prévert le Cinoche

L'homme au mégot serré,humide


Poésie de Méliès,vérisme des Lumière


Il sait de quoi qu'il cause


Et tournent le Gabin,le Brasseur


Les autos tamponneuses.


Sur la plage meurt un peintre


Celui-même qui voyait


"Les choses derrière les choses et le nageur noyé".


Un archevêque pouah


Anglais de surcroît,quelle insulaire horreur


Et son cousin à table


Et son couteau à table


"Des amis qui ont la rougeole"


Comme c'est curieux...


Curieux n'est pas le mot


Qu'avez-vous dit?Bizarre?


Drôlatique dramatique.


Au château les trouvères ont trouvé


Table garnie,disette germanique


Et Jules,le diable très vert de Prévert


Tend l'oreille aux statues


"Mais c'est leur coeur qui ne cesse de battre"


Sortilèges de l'amour


"Démons et merveilles,vents et marées".


Théâtre des Funambules


L'amour fou pour la Garance


Des quatre hommes de sa vie


Pas tranquille comme Baptiste


Et pas maître,Frédéric Lemaître


"Un Paris tout petit pour un si grand amour"


Un Jacquot,papa parigot


Des seuls enfants d'Arletty,


Les Enfants du Paradis.


Amour libre,humour fou


Ou bien est-ce l'inverse?


Anar du pavé,il n'est pas loin,Villon


Depuis toi nous on aime


Clochards et colporteurs


Seconds rôles et vrais destins


Et les fausses soutanes murmurant


Une ultime oraison


"Je regrette les femmmes".

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14 octobre 2006

Tard(retrouvé par hasard)

Tard

Tard , oui je le crains, dans ta vie et la mienne
Tard pour cet ultime quai
Mai est froid depuis des lustres
J'ai la jambe douloureuse d'avoir avancé
Par delà les décombres
En travers du chemin moins lumineux
Au fil du temps
Terme, si c'était le terme, si c'était la presque fin
J'aurais vécu, j'aurais voulu
Sourire davantage à ce qu'on m'a offert
Mais je n'ai jamais su
Que m'arranger au hasard des regards
Non je n'ai jamais su vraiment
Etre jusqu'au fond
Et j'ai tordu l'humain en moi
Cet enfant qui pleurait.

      

       (Printemps 2004)

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13 octobre 2006

La mort de Porthos

                                             Hommage à Dumas et à mon père qui a su me montrer le chemin qui mène aux livres.

Un roc est resté sous les rochers de Belle-Ile

C’est le début de la fin du roman

Pour les brillants et invincibles bretteurs

De tant de cavalcades et de duels.

Quoi!Dumas tu ne les avais donc pas faits

Immortels mais vieillissants.

Porthos de truculence,et bonté faite homme

Qui repose à jamais sous les salins bretons

Le premier des quatre à rejoindre

D’autres banquets.

Le gentil géant dont la nature simple

Contrastait sur les âmes pensives

De ses frères mousquetaires

Adieu l’ami,merci pour ces années.

De la douleur d’un père s’éteint Athos

Qu’elle est loin Milady

Et l’Angleterre et la reine.

Ne restait qu’un vieillard brisé

Lui seul,des quatre,avait donné la vie

Mais qu’est la vie quand son propre sang

Se tarit avant soi

Dans un Orient de sable et de guerre

Si loin du domaine?

Quand un ciel noircit et dégénère

Comment ne pas comprendre

Le départ presque volontaire?

Le Gascon si fringant,comblé d’honneurs

Ne se reconnaissait plus

Les remparts hollandais

Cachent sa dépouille

D’Artagnan serviteur fidèle

Le fougueux provincial

Jusque dans sa mort aux boulets des Flandres

Repose parmi les soldats

Sa vraie famille est l’amitié

Des vivants et des morts.

Mais où est le temps des bravaches humiliés

Et des traîtres confondus?

Aramis vit,en proie à ses démons

Tout de sévérité

A-t-il ses comptes à rendre?

Laissons-le à ses doutes.

Amis je vous ai tant aimés

Comme j’aime ma jeunesse.

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12 octobre 2006

La Comtesse au théâtre


Il y a quelques années une rencontre avec une comédienne avait dans ma vie donné quelques étincelles.Le cinéphile que j'étais a eu l'idée d'écrire pour elle ce qui suit.Cette très courte pièce un instant envisagée lors d'une soirée n' a jamais vu le jour.Telle quelle je vous la présente,à titre amical.A propos les étincelles dont je parlais n'ont pas pétillé jusqu'à concrétisation de ce splendide morceau de théâtre.Le théâtre s'en est vite remis.L'actrice et l'auteur s'en sont remis aussi,peut-être un peu moins vite.(Pardon pourla pagination,pas terrible.Et pardon pour la pièce,pas terrible non plus)

Dialogue

Cinéma:lui l’écran(masculin)

Théâtre:elle la scène(féminin)

Le théâtre drapé ----dignité;elle est seule et se penche

sur l’humanité.La vie c’est elle.

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Elle,la Scène

Je vous connais bien tous,oui,tous là,grands et petits depuis si longtemps.J’ai vécu vos vies et plusieurs fois.Je ne meurs pas.Vous non plus vous ne mourrez pas.Mieux vous vivrez en moi.

Mon nom:protéiforme il est comme on veut,selon votrehumeur,selon vos amours,changeant comme le vent.Appelez moi la Scène,le Théâtre.Au fil des ans:c’est qu’ on me donne environ 2600 ans.Pas mal pour tant d’années,non?Tragédie,Comédie.

Des esthètes incertains m’ont parfois baptisée Tragi-comédie.Mais un peu plus loin dans le monde je suis Nô,je suis Kabuki,théâtre d’ombres,Pansori.Là bas vers l’Orient.J’ai été farce aussi.Et même rite.Plus tard on m’a appelée Pantomime,Boulevard,voir Grand guignol.J’arpentais le Boulevard du Crime,c’était le siècledernier,crinolines,hauts-de-forme.Je pourrais vous en raconter des anecdotes,j’ai tant aimé,j’ai tant vécu,mille vies peut-être.

Et les plus grands m’ont servie.Il me semble même que les historiens ne remontent pas assez loin.Dans le froid des cavernes,je suis sûre,on mimait la chasse à l’auroch,au félin géant. Au moins les costumes étaient d’époque.J’y étais déjà,vous-dis-je.

Et les enfants?Que dire desenfants qui jouent dans leurs récrés et jusqu’à leurs pleurs,leurs flatteries,leurspetitesvanités pour plaire à la maîtresse:la plus sage,la plus attentionnée pour ranger ou nourrir Jeannot Lapin.Des comédiennes;Tiens!On est plutôt femme déjà quand on parle de jouer.Le théâtre est femme,avec ses tours,ses perversités,ses...

Aparté:mais on arrive...

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Lui,l’Ecran

Je l’ai entendue.Une vieille querelle,une histoire quiremonte.Elle se prend pour l’Art,le seul,le vrai.Elle va vous faire,si ce n’est déjà fait le coup de l’Antique,des amphithéâtres sur la mer.Syracuse,Taormine et la Grèce.Ah la Grèce!Quelle prétentieuse que la scène.Et puis ce langage.Oui,même dans le langage,le vrai,celui des vraies gens,comme vous.Oh!Je ne voulais pas vous blesser.Non mais se faire une scène,une scène de ménage,la grande scène du III.Tout,vous-dis je,tout pour faire parler d’elle.Mademoiselle,faut-il les appeler,il paraît.

Et ces codes:la cour et le jardin,je ne sais trop quoi.Désuet comme leur jeu.Allez,moi,l’Ecran,le Grand Ecran,je le concède,elle a eu son heure de gloire,peut-être.Mais on a beau dire,le théâtre,c’est un peu l’école.Vous n’allez pas me contredire?On s’y ennuie ferme.Ca ne ressemble guère à la vie.Etpuis il faut aller avec son temps.On ne peut ignorer Méliès,ni lesfrères Lumière,1995,un fameux bail déjà.Moi aussi j’ai une histoire.Moi aussi!

Vaniteuse!J’en ai assez d’être l’idiot de la famille.

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Elle,la Scène

Vous êtes là,évidemment.J’aurais dû m’en douter.Dèsqu’il y a quelques curieux,vous êtes là.Vous donner en spectacle.J’aurais dû m’en douter.

Lui,l’Ecran

On ne se tutoie plus?L a mémoire vous ferait-elle défaut?Nous avons pourtant pas mal de souvenirs,ensemble,belle théâtreuse.Ne suis-je pas votre jeune frère en quelque sorte?Même si vous m’accusez d’avoir mal tourné(mal tourné,j’ai quand même un peu d’esprit,non?)Allez,ne soyez pas sévère,vous avez aimé,vous avez eu votre chance.La roue tourne.

Elle,la Scène

Je ne veux rien avoir à faire avec vousVous n’êtes

après tout qu’un homme d’affaires sans scrupules.Le Cinéma,

unfaiseur,un truqueur.Ah les beaux titres de gloire.Moi,je

suis là face à la mer,le centre du monde,en Sicile ou en Grèce.

C’est presque l’éveil de l’humanité,de la conscience.

Laissez moi vous situer l’ambiance.Brûle le soleil des

îles proches.L’amphithéâtre,cette oreille démesurée pour le

plus beau des spectacles.La mise en scène de l’homme par l’

homme et pour les hommes.Le vent se lève un peu,la mer est

ionienne.Ils sont tous là avec ces noms si prodigieux.Ecoutez

comme cela chante:les choreutes,le coryphée,les protagonistes

et par dessus tout:le Destin.Eschyle,Sophocle,Aristophane et les autres.

Sans eux,sans leur plume,vous,pauvres humains vous

ne respireriez pas,le coeur à sec.Les sentiments,la grandeur,le pouvoir,la guerre,tout y est.L’essence même,ce qui fait que l’

homme est grand,palpite derrière un rideau.Le moindre tréteau

et les poumons s’emplissent de liberté.Tempête,violence,c’est

mon lot et c’est le monde.Je vous l’offre.

Lui,l’Ecran

Tout doux ma belle,comme vous y allez.Eh,j’ai appris

à parler,il y soixante-dix ans,à causer,c’est mieux.Leur langue,

c’est moi qui la connais.C’est que je viens de la rue,de la fête

foraine.Quand ils prennent leur marmaille par la main,c’est chez

moi qu’ils déboulent et pas à la Colline ou au Théâtre d’Expression du Peuple,ou quelque chose dans ce genre.Brechtien,c’est

cela?Le message,pourquoi pas le sacerdoce?Non,vous ne les ai-

mez pas vraiment.D’abord est-ce qu’ils mangent du pop-corn

au théâtre?Ca me donne faim.Allez la Scène,sois bonne joueuse.

On est resté proche,non!

Elle,la Scène

Cessez là ce jeu de démagogie,ce n’est pas mon goût

et je cultive une autre idée de l’Art.J’ai vécu la ferveur des ca-

thédrales,la foi des porches d’églises.Les mystères se jouaient

devant nombre de gens,illettrés,manants ou traîne-ruisseau

mal vêtus.Pourtant leur regard,j’ai su l’illuminer à la Passion

du Christ ou à la vie des saints.Ou bien encore en présentant la

Guerre Sainte et le voyage au Sépulcre.Si vousaviez vu comme

la communion inondait les parvis,ici-même en Picardie.Les femmes

à genoux comme contemplant le Ciel,entourées d’enfants aux

yeux écarquillés par la lumière émanantde cette scène si

chrétienne.Et les hommes se prosternant,eux pourtant rudes

à la tâche et obscurs,pour une fois transfigurés par le

théâtre.Transfigurés au sens premier,la figure comme

béatifiée.Les mystères médiévaux:la beauté,la grâce,seul Claudel

des siècles après a su...

Lui,l’Ecran

De grâce,il suffit,assez de grâce.Tu as vu,je parle

comme toi,un peu précieux”il suffit”.Pardonne moi ces facéties

mais je n’ai pas,moi,d’ancêtres canonisés à la sacristie.Tout au

plus mes premiers souvenirs remontent au sous-sol d’un café,

du Grand Café tout de même...Chapeau-claque plus qu’auréole.

Désolé.

Elle,la Scène

Le Café,les boulevards?Il est bien question d’un café,

fut-il grand,alors que j’évoque des centainesd’amateurs dans la

même liturgie,des tailleurs,des peintres,des jongleurs,tous

fiévreux de toucher au sacré,au coeur des villes pour édifier la cité.

Quel film,quelle fiction peut-elle ainsi toucherau sublime?Bien

sûr il y a peu de tartes à la crème dans la Passion.Comment dites-

vous,à Hollywood,”slapstick”?

Lui,l’Ecran

J’ai,moi,une toute autre idée du sacré,un respect du

public.Celui que vous ignorez,celui qui n’a pas honte de s’esclaffer

quand un flic tombe dans le bassin poursuivi par un chien.Bur-

lesque,les zygomatiques...Vous ne faites guère rire,ma belle

amie.Je vous l’ai dit,je sors à peine de la baraque en toile mais j’ai

grandi quand même et mes premiers maîtres,!les Méliès et sa

fantaisie,ses voyages extraordinaires,les Keaton,les Chaplin.

Ah!Celui-là au moins vous ne pouvez le nier.C’est officiel.

Elle,la Scène

Parlons-en.Il vient de chez moi.Il arpentait à huit

ans les théâtres londoniens,et pas les plus prestigieux.Plus près

de Jack l’Eventreur que de la Royal Company.Moi aussi,la Scène,

j’ai su accueillir les petits,les sans-grade sans flagornerie,sans

démagogie,dans la dignité.Au théâtre le petit Charles était

mime,acrobate,chanteur,enfant perdu,petit voleur et vieillard

chenu.Sans compter montage et démontage ,voire les tournées.

Chaque jour il faut remettre sur le tas l’ouvrage,rien n’est ja-

mais gagné.Au cinéma,c’est en boîte et voilà,on est tranquille,

ça roule.

Le métier de jouer est là:de vieilles planches,unvague

rideau,quelques spectateurs et j’aurai du talent.Pas toujours

celui du grand Will ou de Goldoni,je le concède et le revendique.

D’ailleurs ce soir,par exemple,l’auteur,bof...Il a beau essayer de

voir les choses derrière les choses.Pas toujours du génie,d’accord

mais du coeur;

“To be or not to be,that is the question”

Lui,l’Ecran

On croit rêver.Voilà ce Danois dégénéré à nouveau.

Et dans son royaume pourri.Non mais on croit vraiment rêver.Et

c’est la plus belle réplique du répertoire.Ca vous donne une idée.

Même une série B,chez nous,même ce ringard d’Ed Wood avait

plus d’imagination.Peut-être même Bresson:un minimaliste

pourtant lui,il aurait dû faire du théâtre.

Elle,la Scène

Moquez,moquez.Vous n’oserez taire la grandeur du

Roi Lear,père bafoué.Ni la violence des Henry,Richard.”Voici

l’hiver de notre déplaisir” Il y a là à Stratford/upon/Avon à la

fois Vérone et Azincourt,la guerre et le pouvoir,le Maure de Ve-

nise et ce traître de Iago,la perfidie des femmes et la veulerie

des grands.La paillardise de Fastaff elle-même est grandiose.

Lui,l’Ecran

N’oubliez pas que j’ai fait plus pour Shakespeare que

tous les vôtres.Je dois dire que lui,William,est l’un de mes meil-

leurs scénaristes.Avec mon grand à moi,mon très grand,Orson

Welles,quel attelage,non mais quel attelage!Et les Japonais,

aussi,créateurs de leur propre Shakespeare:Kurosawa,le

Château de l’Araignée.N’ai-je pas un peu mes titres de noblesse?

Elle,la Scène

Oui,à propos ce Welles est bien le mégalomane de 25

ans,brisé par Hollywood,pour cause de génie trop précoce.Pas

mal,l’idée de son traîneau et la neige de “Rosebud”.Pas mal pour

un cinéaste.Ca ne lui a pas porté chance:le cinéma,cette indus-

trie.Allez je vous l’accorde,vous avez eu quelques éléments de

valeur mais même pour Welles je vous ai précédé:son Mercury

Theatre,c’était bien avant Citizen Kane?

Comme ce grand Nordique,introverti,je suis à la re-

cherche de son nom.Grand metteur en scène de théâtre!Du

souffle assurément,mais quand vous m’accusez d’austérité,

repassez ses films.

Lui,l’Ecran

Ingmar Bergman,l’ermite de Farö.Un sacré client,pas

facile.Un tyran,obsédé par le péché.L’austérité très belle dans

son dépouillement.Tourments,la Honte,Crise,Cris et chuchotements.

Des personnages magnifiques de la part d’un homme qui

aimait les femmes et qui les a comblées,en les bousculant un peu

certes.Normal.De toute façon il m’ a quitté pour la télé,alors...

Elle,la Scène

J’en ai un peu assez du Nord.J’ai bourlingué plus au

chaud,en Méditerranée.Et ces lurons vous les avez toujours

ignorés,à part les Enfants du paradis.Je parle de mes vieux amis,

de ces caractères installés derrière un masque Pierrot(Pedrolino)

Colombine la fringante,Scaramouche,Arlequin le coloré,Mata-

more.Tous aux pieds légers,la Commedia dell’Arte,la comédie du

métier.Ils dansent,ils zieutent,ils écoutent,ils se moquent.On

appelle certains les Zanni,les histrions.Sveltes,ingambes,de la

porcelaine.

Lui,l’Ecran

Mon vieil ami Federico n’en était pas si loin.Une complice

à moi a dû vous en parler ici-même.Il n’aimait rien tant

que les bouffons,les clowns,les danseurs de corde et ceux qui

s’attardaient le nez dans les nuages au coeur de Roma,de la

Cité des Femmes et du Cinéma.Marcello!La belle équipe,oh,la bella squadra et la musique de Nino.

A propos de sud,chère consoeur,rappelez-vous le Prince:”Nousétions les guépards,les lions:ceux qui nous succè-

deront seront les chacals,les hyènes.Et tous tant que nous sommes,guépards,chacals,brebis,nous continuerons à nous

prendre pour le sel de la terre”.

Elle,la Scène

Je reconnais bien là Visconti,cet autre prince.Lui aus-

si m’a aimé,lui aussi m’a célébrée.Décidément nous avons des amis

communs.Peut-être sommes nous vraiment plus proches que

nous ne voulons le laisser paraître.

Lui,l’Ecran

Parfois j’ai été un peu nerveux,à l’Ouest,avec les chevaux,par exemple.Ils m’ont toujours excité,les chevaux et j’en

ai fait un genre à part entière,le seul spécifiquement cinéma-

tographique.Mais je l’assume et s’il ne devait rester de moi qu’

une image pourquoi pas un cavalier dans la plaine,ou une corde

au soleil attendant un cou de bonne volonté afin de l’étreindre.

Le western,le cinéma par excellence.Ou mieux encore parité

oblige,le seul grand rôle de femme dans un western,Joan Crawford,au piano,de noir vêtue,dans Johnny Guitar.Vous le savez

la tragédie grecque,les Atrides,ça s’est passé aussi le long du

Rio Bravo.Les Horace et les Curiace en guerre pour un ranch.

Universelle,la lutte pour le pouvoir.

Elle,la Scène

Oui mais la passion,la bataille d’Hernani,le romantisme

n’a pas d’égal.Qui n’a pas vu les “Jeune France”,mon tendre ami

Nerval,et Gautier,et bien d’autres,forcer les portes de la cita-

delle des classiques?1830,Hernani.Mort aux emperruqués,aux

vieux birbes!Quel cénacle autour de Victor,et Vigny et Dumas!

“Elle me résistait,je l’ai assassinée”

Lui,l’Ecran

J’ai moi aussi eu mes révolutions:l’expressionnisme

de Berlin,Murnau,Lang:”Ich weiss nicht”.Cet assassin égaré qui

sifflait Peer Gynt.

Et Jean-Luc et Truffaut pendus au rideau du Festi-

val;La Croisette en 68,la Nouvelle Vague,les Angry Young Men,

le néo-réalisme...

Elle,la Scène

Hola,on avait dit “Pas de catalogue”.Et ce n’est pas

parce qu’un chômeur a volé une bicyclette en Italie après-guerre que vous devez vous sentir investi d’une mission sociale.

Lui,l’Ecran

“Ciel mon mari”

Elle,la Scène

Quoi,vous avez osé?Immonde...

Lui,l’Ecran

Mais je n’ai rien dit,enfin rien de plus que l’une de

vos phrases immortelles(Note:il pouffe de rire).Pardonnez moi.

Est-ce ma faute si le théâtre pour beaucoup se résume à un

placard?Pantalonnade!

Elle,la Scène

C’en est trop.J’en ai assez entendu.Vous ne changerez

donc jamais.Me réduire à ces pitreries.Est-ce vraiment votre

opinion?Adieu!

Lui,l’Ecran

Bon,ça va,reviens.Tu sais bien que je t’aime toujours

même si on est parfois concurrents.J’ai moi aussi,et tu le sais

bien,dans mon patrimoine,par exemple le Congrès des belles-

mères,d’Emile Couzinet.Invisible,perdu pour tout le monde et

c’est diablement heureux.Jamais rien fait d’aussi débile.

Elle,la Scène

Je te pardonne,espèce de grand escogriffe.Allez,pour

ta punition récite-moi quelque chose.Il y a,chez toi bien des

choses que j’aime,si tu veux bien t’en donner la peine.

Lui,l’Ecran

O.K.Princesse.Si tu me le demandes ainsi avec ton sourire,ton sourire d’une nuit d’été.

“Nous sommes dans l’Ouest ici.Quand la légende dépasse la réalité,on imprime la légende.”

Et François le fidèle:”Les jambes des femmes sont

comme les branches d’un compas qui arpentent la terre en tous

sens et lui donnent son équilibre et son harmonie”

Dis,sois ma partenaire,juste un peu.

Elle,la Scène(l’interrompant)

Allez,je t’aide,jepasse à l’ennemi.

“Qu’est-ce que j’peux faire,j’sais pas quoi faire”.Ou me veux-tu un peu flingueuse “J’ai déjà vu des cons,mais vous êtes

une synthèse” ou anarchiste “Salauds de pauvres,Jambier,Jambier,47 rue Poliveau”

“Tu me fends le coeur”,si tu me veux province,si tu meveux Provence.

Lui,l’Ecran

“Silence,j’écris”.Mais quel talent,la Scène,tu devraisvenir plus souvent.

“Vos gueules la-haut!On n’entend plus la pantomime”

Elle,la Scène

“Bon appétit,Messieurs,ô ministres intègres”

Mais ne préfères-tu pas “Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?”

Lui,l’Ecran

“Madame,il est tard demeurez ici.On vous y logera le mieux qu’on pourra”

Elle,la Scène

“Non,Dom Juan,ne me retenez pas davantage”

Ainsi mon ami,sensible à ce bon vieux Poquelin.Tu sais

que ça fait plaisir.Don Juan te plaît hein?Je reconnais bien là

ton curieux pouvoir,cette séduction un peu facile mais...

Lui,L’Ecran

Troublante

Elle,la Scène

Oui,voilà,troublante.Tu es content,là?Tu ne change-

ras donc jamais.Sors un peu de ton emploi.Tu vaux mieux que ta

complaisance,tu me l’as prouvé déjà.Dis moi plus,dis moi mieux.

Parfois tu sais cerner la vérité des êtres.Quand tu sais t’affran-

chir des contraintes et te donner les moyens,quand tu sais être

libre.Respire,respire la poésie surréelle et les haines du confor-

misme.Il y a eu Don Luis Bunuel et ses yeux de glace.Cette carte

tu ne l’as pas jouée à fond.

Lui,l’Ecran

Cette carte n’est un atout que pour la littérature.Il

me faut m’en affranchir.Moi je crois n’être jamais aussi vif

que dans le cartoon.Et Tex Avery est un maître,et l’animation

quel mot vivant et original.Le parfait sésame pour l’invitation

au voyage.Ah,ce loup au regard exorbité,hurlanT à l’amour au

cabaret!Waouh!Et la lune rieuse de Méliès, son clin d’oeil,l’un

des plus beaux appels du Septième Art,de moi quoi!

Maisje neparle que de moi.Tu as des projets?Des nouveautés.”Qu’allait-il faire dans cette galère?” ou plutôt “Ca

vous chatouille ou ça vous gratouille?”A moins que ce ne soit

trois soeurs,avec leur oncle,devisant dans le verger.Attends:

c’est la cerisaie,oui,la cerisaie.Ca se passe en Russie,je connais.

Bonjour l’action.Il y a l’âme slave,tempête dans un samovar.

Elle,la Scène

fois encore

J’avais effectivement une idée,simple et modeste.Par une soirée presque d’été j’aurais aimé la paix,la paix partoutmais au moins

entre nous.La soirée aurait ressemblé à celle-ci et tes amis

auraient été les miens.On aurait bu un peu,peut-être dansé,

doucement.L’atmosphère...

Lui,l’Ecran

“Atmosphère,atmosphère”

Non,pardon,c’est un peu facile.Au diable tous ces mots

jetés à notre face.Retournons ensemble à la bibliothèque.Je suis

sûr qu’on y fera des découvertes.Le livre n’est-il pas lui aussi de

la famille?Allez,viens!Viens!

Souviens-toi:une bonne pièce a parfois donné un bon

film.Et il y a quelques exemples de bon livres bien adaptés qui

ont fait de très grands films.Si,si,je pourrais vous en citer.On

en parle après,ça m’intéresse.

Elle,la Scène

Par contre on n’a jamais vu ou presque de roman

transcrit pour la scène avec bonheur.Rarement.La preuve d’une

plus grande indépendance en ce qui me concerne.

Lui,l’Ecran

Le dernier mot.Sûr qu’elle aura ...le dernier mot

Posté par EEGUAB à 18:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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Les falaises

Quand le vent crie au loup,si âpre

Que les fous et les goélands eux-mêmes

S’accrochent aux cavités granitiques

Les ailes affolées près des lames acérées

Et que des courants sans relâche

Giflent encore et encore de fragiles terrasses

Quand les gerbes d’écume,geysers recommencés

S’évaporent en violence dans ces vêpres bretonnes,

Quand les chapelles tintent

Et que les femmes prient la mer

Que veillent les enfants troublés

Que frappent les chevaux aux écuries nerveuses,

Quand les arbrisseaux s’humilient au chaos

Que les barques au quai dansent la sarabande,

Que les sirènes océanes séduisent

Les derniers imprudents,

Quand les calvaires déchirent la lande

Quand même les grottes marines

Referment leurs auvents

Quand la péninsule craint Dieu

Une femme apparaît.

Elle est noire de cheveux

Comme une veuve du Sud

Elle défie la cité et le ciel coléreux

Face aux dieux irrités elle a gravi les marches

Qui mènent au vieux sentier

De la falaise d’Aval toute de craie

Et d’embruns.

Elle est belle,elle est femme,elle est forte

Elle joue de ses mains,mime prodigieuse

Apparition,suis-je le seul à la voir?

Tragédienne,son amphithéâtre c’est le grand Ouest

Eole,tempêtueux

Lui donne la réplique,mieux

Transporte sa voix

Elle n’est pas Mater Dolorosa

Ses éclats de rire sont tout aussi sincères

Vigie face au destin elle entonne

Comme un chant amoureux

Mélange de ballade celtique

Et de blues fendant le soir.

Puis les mots que sa bouche libère

S’évadent et fraternisent dans le ciel

Avec nuages et oiseaux blancs

Elle se donne avec tant de rage,

Cette force d’aimer qui transcende le temps.

Les mots coulent en phrases voyageuses

Musicales,un peu versatiles

Elle les offre avec cette ardeur

De celles qui se savent aimées

Et jette à l’horizon dément sa propre folie

Une folie toute gothique,démesure et passion

La prose s’insinue et la mer pétrifiée

Accueille dans son ventre un hymne à l’amour.

J’entends,j’entends symphonie irradiante

Douces sonates un peu tristes

Fanfares et clairons,harpes de mes regrets

Ce sont mes mots prononcés par son coeur

Et ses lèvres les amplifient

Spirale à l’unisson du rire et de l’écrire

Le bonheur me happe:il existe

Autour d’elle...

Alors l’océan à l’écoute

S’emplit de rythmes,de routes d’Amérique

De verte Erin et Toscane bleutée

De prénoms,de héros,de nos frères poètes

De jardins russes,de soeurs éloignées

D’enfances révélées

De meurtrissures guéries

Elle vibre et son corps m’émeut,toujours recommencé.

Qu’elle chante notre vie,

Mutuelle incarnation d’un délire à nous seuls!

Je crains de perdre le fil de mes pages

La tourmente est si forte

La volupté si troublante

Je ne sais plus qu’écrire...des ailes

Qui s’envoleront,oies sauvages au pays lumineux

Libres dans les courants et les zéphyrs

Deux pour l’immense voyage

A quatre mains nouées

Au coeur de la Lovelande.

Posté par EEGUAB à 16:41 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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