11 octobre 2006

Rêverie verte

Ce doux pays sûrement n'existe guère


La pluie y est de prose et le vent fait ses gammes


Improbable terre d'ocre et pourtant de vert


Mes doigts le pétrissent,argile et vent d'atlante


La couleur de la bière y invite à se prendre pour Yeats


Le tropisme de l'ouest y cueille ma main tendue


En deça de la lumière des lacs aux miroirs châtelains


Cette lande a des poings et frappe allégrément


Légendaire,habitée et je voudrais y rêver


D'Italie dans le soir gaélique


Quand percute le bodhran et que violon s'envole


Les nuits de Galway chantent et carillonnent


Vers les îles le regard a enfin quitté son Amérique


L'alcool,la tourbe et la danse scintillent


Au coeur de la nuit d'Occident


Qu'elle est loin ma Toscane et pourtant le parfum des cyprès


M'enivre jusqu'ici  mêlant Renaissance et souffle d'archipel


Confusément

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06 octobre 2006

Le couple sur le pont

Vois là-haut sur le vieux pont arts-déco 

Qui enjambe mollement le vieux canal

On est loin de Venise et le ciel est ferreux

Les mouettes gueulent comme en enfer

Il n’y a que deux silhouettes

Un couple sur le pont

Dont je n’entends les paroles

Trop de bruit,de voitures

Est-ce un jeune couple,un couple de jeunes?

Un couple mûr,et mûr pourquoi?

D’ailleurs ou bien d’ici,il est surtout d’amour.

Il semble s’énerver,elle regarde l’eau

Je crois qu’elle ne nage pas

Voilà qu’il s’éloigne,lourdement

On le dirait cérémonieux

Cet homme-là n’est pas facile

Mais ses pas ne le conduisent guère loin

Il revient bras ouverts

On dirait un sémaphore au large

D’une île d’Irlande.

Elle se retourne,dos au courant

Elle a,je crois,hurlé “oui”

Je ne distingue plus qu’un

Enserrés dans ungrand manteau

Elle a des cheveux jais

Fredonnent-ils?Ou est-ce leur prière

Pour un monde qui leur soit meilleur?

Triste canal tu l’ignores

Avec ton vieux complice et ses arches vétustes

Comme tu sais mettre en scène

Les seuls amants.

    (Histoire plus ou moins vécue mais rarement illustration n'aura été si peu en rapport avec l'âpreté et la tension de la scène)

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04 octobre 2006

Les grands corbeaux

Les grands corbeaux de la montagne noire

Tragiques,étendent leurs ailes d’envergure

Par delà les rives des fleuves enchantés

Où glissent de gentils pêcheurs

Aux enfants minces et mutins.

Les noirs messagers ont pris leur envol

Il ya longtemps de ça

Quittant ces nids profonds et troubles

Au coeur de la forêt d’effroi.

Je les vois planer sur ces villages roses

Aux toits frémissants au doux vent de saison.

Ils hantent les colombiers

Persécutent les calmes oiseaux des clochers.

C’est de là-haut qu’ils nous épient

Les grands corbeaux fondent sur les fruits pleins

D’un dernier messidor.

Ils ont la couleur des diables d’avant

Dont parlaient aux veillées

Chemineaux et passants

Quand sur la route et dans la lande

On rencontrait chemin faisant

L’amitié,le pain,la candeur.

C’était il y a bien des hivers

Au temps où dans le ciel et les cimes

Ne régnaient pas en maîtres

Les grands corbeaux dont l’oeil perce

Les hommes qui bientôt

Leur ressembleront.

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29 septembre 2006

Crooner

dessin sinatra

Un soir maussade à Baltimore


La baie de Chesapeake en sa torpeur


Et les papillons noirs


Dont souvent je te parle ma belle


Ceux que je connais bien


Ceux d’avant toi


M’ont arraché au salon du Plaza


Où je n’écrivais rien


Mes pas métalliques au long d’une rue tiède


Résonnaient dans ma tête envahie


Des visages d’avant.


La ville était laide


Sa disgrâce était la mienne aussi


Slogans racoleurs,hideurs allumées


Me rongeaient en dedans.


Piano-bar plus loin au coeur de la nuit


Des rires filtraient


Comme ballade d’un café triste


Au delà des stores


Envie de rencontres


Bien maigre rendez-vous


Amore,love,susurrés


L’homme n’était pas Sinatra


Pourtant il est des soirs à Baltimore


Comme à Rome ou à Paris


Où l’eau-de-rose a le goût de nos larmes.


Il y a des instants


Sont-ils privilégiés


Où le doux malheur revient


Qu’on croyait exilé


Quand des prénoms de femmes


Dansent sur des mélodies banales


Cette nuit d’Amérique m’a cogné


Et le coeur au tapis


J’ai pleuré sur elle et sur moi.


La fille de la pénombre


Sortait d’une histoire de Chandler


“Strangers in the night”


Lizzie,Rosanna


Je ne sais plus son nom


Mais je sais son regard


Et l’Italien chante encore


L’amour,ses mots de pacotille


Soir de naufrage,seule la musique des âmes


A tracé sur elle et moi


Une fine brûlure


Longue,longue...


C’est elle aussi mon film américain


La fille de Baltimore


C’est la couleur d’un alcool


Un chanteur de charme anonyme


Des étrangers dans la nuit


Une détresse,le mal des autres


Croquis de mémoire


Flash-back sur ces moments


Si précieux,si lucides.


Chez moi,ici,nulle part


L’heure est quelconque


Plutôt oblique


J’écoute Frankie


“Strangers in the night”

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24 septembre 2006

Les brutes avaient raison



Ils avaient raison et moins de meurtrissures


Dévoreraient mon âme et mon ventre


En serait moins aigu


Ils avaient raison,Savonarole et tous les autres


Les hommes noirs de Nüremberg


Comme les incendiaires de Fahrenheit


Et le monde aurait dû laisser brûler


Sa mémoire et ses racines.


Mais peut-être n’est-il pas trop tard?


Amis,là,dès ce soir,détruisons les livres


Tous même les anodins


Tous ceux qui pensent et se livrent nus


Se vautrant dans l’écriture


Sont porteurs du malheur


Et dégénérescence


Il ne faut pas que ces guides nous emmènent


Il est des voyages sans retour


Si les mots nous piègent


Et referment sur nos mains


L’acier et le venin de poésie


Les brutes avaient raison...


La peste soit de ce chevalier à la triste figure


De son pleutre écuyer.


Et les amants de Verone


Ou bien ce bateau ivre


De sombres influences...


Pourtant peut-être,peut-être si j’osais


J’aimerais sauver,là,voyez-vous


Celui-là,très vieux et usé


De toute façon presque illisible


Et puis maintenant je me souviens


C’est un livre,un livre où


Il ne se passe rien


Un désert,vous dis-je,et quelques soldats


Sans ennemis,sans raison d’exister


Quoi de plus dérisoire qu’un petit lieutenant


Qui attend,qui attend


L’exemplaire est laid,l’oeuvre quelconque


Laissez le moi encore un peu


Le héros n’en est pas brillant


Mais c’est un peu mon frère


D’expectative


Et si l’ennemi était là,demain matin...


Mais j’y pense et vous


Lequel vous est attaché


Au point de l’épargner,de l’adopter?


Un livre,rien qu’un et c’est un peu quand même


Pour la barbarie le début de la fin.


Si c’est moi qui avais raison...


     Ce poème n'aurait jamais vu le jour sans Ray Bradbury ni François Truffaut.Merci à eux.

     Peut-être conviendrait-il aussi de citer Rimbaud,Cervantes,Shakespeare et Buzzati.

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10 août 2006

Italia

Parme : Le Palazzo del Governatore 

La pluie quiète mouille Parme

L’oiseau sur le dôme gothique

Tord le corps et soudain plonge

Sur la place là-bas

L’enfant chemise ouverte a séché ses larmes

Il joue de l’ocarina

Déjà la faim le ronge

Le blé,poussière de piazza

Voltige sous les becs laborieux

Les ailes bruissent de fureur à vivre

L’enfant plisse les yeux

La liberté et la douleur l’enivrent

En cet exil presque toscan.

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En la forêt de Toi

                                  Avec le concours de Gérard de Nerval.

Dans la forêt de Toi

La vie transperce les hautes futaies

On y fait d’étranges rencontres

Des paladins traversent les allées

En chemin vers ces tournois

Pour défendre leur belle.

Leurs chevaux semblent ailés

Rien ne leur est impossible.

En la forêt de Toi quelque chose est magique

J’y ai vu de très doux bardes écossais

Ils chantent des ballades de mon ami Donovan

Dans lesquelles les princesses

S’appellent Guinevere ou Llana

Que j’aime ces harmonies un peu nordiques

Nimbées de mystère,oppressantes parfois

Quand les cordes se pincent comme nos coeurs.

Dans la forêt de Toi

Les chansons sonnent parfois triste

Mais le plus souvent nous y dansons

Toi et moi hardiment

Alors je me sens preux,je me sens fier

Et comme Lancelot je deviebdrai guerrier

Pour que tu demeures reine à jamais

De mes jours en la forêt de longue attente.

Et si je m’en éloigne

Viennent les pleurs

Mais tu sais si bien les épancher

Ils ne sont que fugacité.

Tu m’es si précieuse et je veux bien mourir

Au profond de la forêt de Toi.

Dans la forêt de Toi,parfois

Bruissent des oiseaux-lyres aux rameaux

Des espèces inconnues que tu apprivoises

De ton coeur grand ouvert

Leur vol m’émerveille et je n’en crois pas mes yeux

Pourtant c’est la forêt des couleurs

Et du bonheur coule en diamants

Entre les étangs où murmurent

Des nymphes,des créatures étranges

Qui nagent comme Ondine,souviens-toi.

Comme elle aime l’espace et la nature.

Dieu,que tu leur ressembles

Toi qui chaque jour m’étonnes davantage.

Dans la forêt de Toi il me paraît

Que j’ai toujoursvécu

Tant mon rêve y prend corps

Au bout de ma si longue quête.

Enfin se dessinent parmi tes arabesques

Ces bonheurs inoüis dans ton Amazonie.

Mais quelle est cette voix qui évoque la mort?

Tu es Vie et ma vie ne respire

Qu’en la forêt de Toi.

Seule désaltérance

Que les fruits sucrés que m’offre ta chaleur.

Et mon rare appétit n’a qu’une satiété

Tonneau des Danaïdes,gouffre qui se veut tien

L’âme ouverte au sang bleu

Que je veux infiltrer

Dans ton intime jardin vital

Pour que de nos cris résonne,immense

La forêt de Toi

Réceptacle superbe des pluies bienfaisantes

Celles qui embellissent l’enfant qui grandit

A la folie,passionnément

Qui de toi et moi émane

En une source vivifiante

Trace superbe de nous

Amour sylvestre et panthéiste.

En la forêt de Toi

J’existe enfin et les mots qui dormaient

En le tréfonds de moi

Planent en toute liberté

Discrets astéroïdes à toi destinés

En la forêt de Toi

Chêne ou modeste jonc

Je veux vivre là,simplement

En la forêt de Toi

En Toi.

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