31 mars 2016

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab

Poésie du jeudi

Jeté, comme ça

L'heure bleue du matin

Chemin de halage

J'entends les oies

Place de la Gare, les gravats, les engins

Parkings laborieux

M'en fous, je suis à pied

Ne suis plus des vôtres

On me dit disponible

Drôle d'adjectif

Restrictif

Canal rare en péniches

Simenon disparu

sans-titre

J'aimerais la rivière oscillante

Pourtant ils ont leurs charmes

Ce chenal habité

Et ces étangs voisins

Ces barques plates et

Leurs touristes empluviés

Au printemps venant

Poésie suburbaine un peu étrange

Le vol d'un héron, quotidien

Le train du Nord, indifférent

La passerelle dentelle

Un bout de ma ville

Ni pire ni meillleure

Chez moi, partout.

 

 

 

 

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17 mars 2016

La poésie du jeudi, Georges-Emmanuel Clancier

Poésie du jeudi

CHANSON DE LA ROSE DES VENTS

C’est le vent du Sud qui fait l’amour aux scabieuses
C’est le vent du Sud qui fait l’amour au soleil

C’est le vent du Nord qui fait la mort à la terre
C’est le vent du Nord qui fait la mort à l’amour

C’est le vent d’Ouest qui fait le songe à la mer
C’est le vent d’Ouest qui fait le songe au sommeil

Et c’est le vent d’Est qui fait le jour à la nuit
Et c’est le vent d’Est qui fait le jour à la vie

Georges-Emmanuel Clancier (né en 1914)

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                        Le soleil, la terre et la mer, le jour et la nuit, l'amour, le sommeil et la mort. Il n'en faut pas plus. Hum, c'est vrai que c'est déjà pas mal. Clancier, solide centenaire limousin, auteur du Pain noir, huit vers, va à l'essentiel.

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03 mars 2016

La poésie du jeudi, Théophile Gautier

Poésie du jeudi 

                                J'avais bien l'intention de vous imposer un poème de mon crû. Quatre misérables vers pourtant courts suffirent  à ma muse pour prendre la poudre d'escampette. C'est qu'elle est capricieuse. Femme, elle est dame. Non, l'inverse. Dame, elle est femme. Bref il vous faudra vous contenter de Théophile Gautier qui ne fut pas que le papa de Fracasse. Somme toute c'est pas mal non plus.

T_Gautier

Les colombes

 

Sur le côté là-bas où vont les tombes

Un beau palmier, comme un panache vert

Dresse sa tête, où le soir les colombes

Viennent nicher et se mettre à couvert

 

Mais le matin elles quittent les branches ;

Comme un collier qui s'égrène, on les voit

S'éparpiller dans l'air bleu, toutes blanches,

Et se poser plus loin sur quelque toit.

 

Mon âme est l'arbre où tous les soirs, comme elles,

De blancs essaims de folles visions

Tombent des cieux en palpitant des ailes,

Pour s'envoler dès les premiers rayons.

 

Théophile Gautier (1811-1872)

Recueil La comédie de la mort (1838)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 février 2016

La poésie du jeudi, Allen Ginsberg

Poésie du jeudi

Hydrogen Jukebox

Opéra de chambre de Philip Glass

Livret d'Allen Ginsberg

Première partie/Chant 1

Eblouissement bleu de l'Eclair

Extrait de Le Cheval de Fer

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L’éblouissement bleu de l’éclair sature les plaines de l’Oklahoma,

le train roule vers l’Est

jette une ombre jaune sur l’herbe

Il y a vingt ans

m’approchant du Texas

je vis

une nappe d’éclairs

couvrir les quatre coins du Ciel

Hauts Silos à Fourrage dans brouillard gris-pluie,

damier de lumière au-dessus du ciel-toit

mêmes éclairs électriques au Sud

suivent ce train

Apocalypse prophétisée —

Chute de l’Amérique

signalée des Cieux —

Quatre-vingt-dix-neuf soldats en uniformes payés par le Gouvernement

pour Croire —

quatre-vingt-dix-neuf soldats fuyant la conscription pour un Job dans l‘Armée,

quatre-vingt-dix-neuf soldats rasés de près

et nulle part où aller sauf où on les envoie,

quatre-vingt-dix-neuf soldats qui voient l’éclair —

il y a mille ans

Dix mille Chinois marchant dans la plaine

tous soudain lèvent la tête vers le Ciel pour regarder la Lune.

Un vieil homme attrapant des lucioles sur son porche la nuit

regarde le Berger traverser la Voie Lactée

pour rencontrer la Tisserande…

Comment faire la guerre à cela ?

Comment faire la guerre à cela ?

Trop tard, trop tard

le cheval de fer fonce vers la guerre,

trop tard pour se lamenter

trop tard pour les avertissements —

me voici de nouveau étranger seul dans mon pays.

Allen Ginsberg (1926-1997)

                                     On ne dira jamais assez comme La poésie du jeudi nous ouvre les yeux et nous balade dans le temps et l'espace, parfois dans notre propre image, libres et disponibles, du plus classique au plus novateur, du plus serein au plus trouble. J'ai choisi cette semaine l'une des têtes d'affiche du mouvement beatnik, Allen Ginsberg. Guidé par le hasard comme fréquemment je suis tombé sur ces lignes extraites de l'opéra de chambre Hydrogen Jukebox (1990). Pour ce livret Philip Glass le grand compositeur et Ginsberg ont recyclé des Collected Poems  qu'il avait écrits dans les annnées cinquante et des textes contemporains de la création, fortement critiques (Première Guerre du Golfe).

Allen_Ginsberg_and_Bob_Dylan_by_Elsa_Dorfman

                                     Je ne suis pas un grand connaisseur de la Beat Generation, par ailleurs très souvent confondue en France avec le mouvement hippie et je n'en savoure pas tous les délires et les obsessions. Mais j'y trouve parfois des éclairs (titre du texte), des fulgurances, des zébrures qui me plaisent bien, me ramenant à une mythologie de l'Ouest, western, jazz, blues, rock, road, film noir, qui n'ont pas peu contribué à ma formation. Serez-vous, sur cet extrait un peu de mon avis?

                                     Je le fais souvent mais j'y tiens. Merci à Asphodèle sans qui ces jeudis seraient un peu plus sans surprise ni fantaisie.

 

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04 février 2016

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab, version brévissime

Poésie du jeudi 

sans-titre

J'ai juste dix ans

Sur la blogosphère, oui j'erre

Et vous dites "Aie! Court!"

                             Oui, c'était il y a dix ans jour pour jour. C'était déjà un poème. Pas un haïku. Ca s'appelait Dixieland(Louisiana Story). Un grand merci à ceux et celles qui me font l'amitié de me visiter. Dix ans c'est "Aie! Long" pour un blog. Non?

 

 

 

 

 

 

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01 février 2016

L'Ecrivraquier/4/Lac aux âmes

L'Ecrivraquier

Le cygne était seul et immense

Plus de reflets dans l'onde

Plus même les assassines saulaies

De la blonde Ophélie

Le grisâtre veillait au grain

Enfuis les lustres, les couleurs

C'est peu de choses un lac

Réceptacle inaudible

Regrets de soirs d'été

Zéphyr cinglant la houle

Le reste, inanimé, comme à vau-l'eau

Vie qui s'assèche

Galets exsangues

Mutique ressac.

 

                                                         

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21 janvier 2016

La poésie du jeudi, Guillaume Apollinaire

Poésie du jeudi

                                Les prostituées sont rarement loin des poètes. Enfin ça c'était peut-être avant. La poésie du jeudi a déjà présenté de très nombreux poèmes et il n'est pas exclu que Marizibill soit déjà passée par là. Mais Guillaume parle si bien d'elle. Et Léo chante si bien Guillaume.

Marizibill

Dans la Haute-Rue à Cologne
Elle allait et venait le soir
Offerte à tous en tout mignonne
Puis buvait lasse des trottoirs
Très tard dans les brasseries borgnes

Elle se mettait sur la paille
Pour un maquereau roux et rose
C'était un juif il sentait l'ail
Et l'avait venant de Formose
Tirée d'un bordel de Changaï

Je connais des gens de toutes sortes
Ils n'égalent pas leurs destins
Indécis comme feuilles mortes
Leurs yeux sont des feux mal éteints
Leurs coeurs bougent comme leurs portes

Guillaume Apollinaire (Alcools)

 

 

 

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07 janvier 2016

La poésie du jeudi, Giorgio Bassani

 Poésie du jeudi

                                  Pour l'Italie, pour Ferrare que je n'ai jamais vue mais dont j'arpente les rues quand la vie m'ennuie, pour Giorgio l'écrivain, pour le Nord néoréaliste, pour Asphodèle dite Le Lien, voici quelques lignes du grand romancier, qui fut aussi scénariste et poète.

Vers Ferrare

C’est à cette heure que vont à travers les chaudes herbes infinies

vers Ferrare les derniers trains, avec de lents sifflets ils saluent le soir,

plongent indolents dans le sommeil qui peu à peu

éteint les bourgs rouges et leurs tours.

Bassani

Par les fenêtres ouvertes, le remugle des prés inondés s’infiltre

et voile la patine des banquettes misérables.

Des pauvres amants en chandail il dénoue les doigts fatigués,

et les baisers désertent leurs lèvres desséchées.

Giorgio Bassani (1916-2000) Histoire des pauvres amants (1945)

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                             Ferrare, forcément mieux que Rome ou Florence ou Naples. Et pour cause, je ne connais toujours pas la ville. Mais la province y porte un beau nom de femme, l'Emilie. Et vous voudriez que ça m'indiffère?

 

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24 décembre 2015

La poésie du jeudi, Pierre Reverdy

Poésie du jeudi 

                                   C'est bien sûr pensant très fort à Asphodèle, initiatrice, que j'ai eu envie d'un dernier poème de l'année. Et c'est bien volontiers que je lui dédie ce texte de Pierre Reverdy. Il y a une deuxième raison. Reverdy fut un  temps très proche du Bateau-Lavoir de Montmartre dans les années 1910. Et Arte nous a proposé une admirable série mi animation mi archives intitulée Les aventuriers de l'art moderne, d'après le livre de Dan Franck Le temps des bohèmes, que je regarde en replay. Six épisodes passionnants en compagnie de Picasso, Apollinaire, Modi, Dada, les Surréalistes, Montparnasse, Man Ray, Dali, etc...  Soit quarante années qui ont changé le monde des arts et le monde tout court.

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A double tour

Je suis si loin des voix

Des rumeurs de la fête

Le moulin d'écume tourne à rebours

Le sanglot des sources s'arrête

L'heure a glissé péniblement

Sur les grandes plages de lune

Et dans l'espace tiède étroit sans une faille

je dors la tête au coude

Sur le désert placide du cercle de la lampe

Temps terrible temps inhumain

Chassé sur les trottoirs de boue

Loin du cirque limpide qui décline des verres

Loin du chant décanté naissant de la paresse

Dans une âpre mêlée de rites entre les dents

Une douleur fanée qui tremble à tes racines

je préfère la mort l'oubli la dignité

je suis si loin quand je compte tout ce que j'aime

Pierre Reverdy (1889-1960)

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10 décembre 2015

La poésie du jeudi, Raymond Radiguet

Poésie du jeudi

                                De Raymond Radiguet on connait Le bal et Le diable, et le destin fulgurant. On sait un peu moins ses poèmes. Alors en voici un sur une fleur à la vie brève comme celle de Radiguet. J'y ajoute les éditions en Livre de Poche. Celle du Diable je l'avais eue en cadeau dans une station-service. Heureux temps où le pétrole incitait à lire.

Sur la mort d'une rose

Cette rose qui meurt dans un vase d'argile

Attriste mon regard,

Elle paraît souffrir et son fardeau fragile

Sera bientôt épars.

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Les pétales tombés dessinent sur la table

Une couronne d'or,

Et pourtant un parfum subtil et palpable

Vient me troubler encor.

Radiguet

 J'admire avec ferveur tous les êtres qui donnent

Ce qu'ils ont de plus beau

Et qui, devant la Mort s'inclinent et pardonnent

Aux auteurs de leurs maux,

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Et c'est pourquoi penché sur cette rose molle

Qui se fane pour moi,

J'embrasse doucement l'odorante corolle

Une dernière fois

Raymond Radiguet (1903-1923)

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