17 mars 2017

Born on the bayou

Les maraudeurs 2

                     Pardon à mes amis de Creedence Clearwater Revival mais je n'ai pas résisté. Pour certains ce sera  plutôt Dead on the bayou dans cette aventure à la couverture illustrée  d'Al.E.Gator. La Barataria est le personnage central des Maraudeurs, sorte d'entité amphibie faite de bras morts, de mangroves, de pêcheurs de crevettes et de pétrole voisin. Mais attention, Katrina est passée par là. Ruine, pollution et déchets à toutes les profondeurs. Ajoutez des jumeaux, disons brutaux, un manchot chercheur de doublons datant de la splendeur pirate louisianaise, et quelques autres specimen de la faune locale au QI inférieur à l'oppossum si courant dans les cheniers des bayous. Ces gars là font pas dans la tendresse et le zydeco des cajuns n'a guère adouci leurs moeurs.

                    Quatre cent pages tambour battant, qui seront expédiées très vite tant les moustiques et les serpents mocassins vous talonneront les mollets et ainsi vous aurez vécu une super aventure au coeur des bayous du delta, sur les traces du boucanier français Jean Lafitte. C'est que la grande histoire s'invite aussi au festin de gombos et mint juleps et les noms français abondent dans ce festival où se cotoient les épices les plus fines et de méphitiques marais qui se referment bien vite sur certains protagonistes. C'est aussi un roman qui n'occulte pas les misères de ce Deep South et son quasi abandon depuis l'ouragan. James Lee Burke, entre autres, a beaucoup raconté le pays dans ses polars. La Nouvelle-Orleans, cette métropole déchue y apparait gangrenée comme jamais, et pas seulement sur le plan bactériologique. L'essentiel des péripéties des Maraudeurs se déroule dans la bourgade de Jeanette, où un bateau, si vieillot soit-il, constitue le meilleur moyen de survie, en même temps qu'un danger permanent vu les créatures visqueuses, venimeuses, ou squameuses qui hantent la Barataria.

                  Embarquez, moussaillons, sur l'un des rafiots du capitaine Tom Cooper, qui pour son premier roman, et avec quelle énergie, mêle allégrément coups fourrés, trafics divers, chasse au trésor, rêves de fortune et beaucoup d'humour. Méchamment hilarant, ne ment pas la quatrième de couv. Laisse le bon temps rouler!

Posté par EEGUAB à 19:26 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,


14 février 2017

Les agrumes, bof...

                                Ce polar israélien tendance corruption des élus m'a semblé d'une grande banalité. Trop de personnages dans cette histoire où rien ne manque, mafia locale avec vieux parrains, policière trop proche d'un élu, escort girls, sbires au coin de la rue. Tout ça ne vaut pas 20 shekels. Encore faut-il connaître le taux de change du shekel. Qu'apprend-on dans Oranges amères? Que Tel-Aviv ne représente guère Israel. Mais le pays  est si minuscule que je peine un peu à croire à une telle distance spirituelle entre la métropole branchée et la ville moyenne de Petah Tikva 200 000 habitants à quelques dizaines de kilomètres. J'adore les grands auteurs israéliens, Yehoshua, Appelfeld, Oz, Grossman, si riches et si douloureux. Là mes vacances littéraires là-bas sont un peu ratées.

51u7qrnhgPL__SX195_

                               Manque sérieusement d'une ambiance, thriller, urbaine, ou rurale d'ailleurs. Les courts chapitres défilent sans que l'on s'attache ni aux vieux mafiosi mode sioniste, ni au couple virtuel fliquette-fils du maire sortant, ni aux autres candidats à la mairie. Aucune allusion aux colons ni aux voisins palestiniens. Bien sûr on n'est pas à Jerusalem, jamais citée. Mais quand même on n'est pas non plus hors du temps. Voilà. Tout est dit en ce qui me concerne. Cet article ne restera pas dans les annales. Au moins évitera-t-il le mensonge de la quatrième de couv. qui trouve ce polar haletant. J'ai peu haleté. Allez! J'espère que je ne garderai pas de shekels de cette potion pensum.

Posté par EEGUAB à 07:38 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : ,

28 janvier 2017

Back to Ray

51gCAz9e5jL__SX210_

                                 Trois nouvelles dans ce recueil. Je reviens de temps en temps visiter les durs à cuire américains, des histoires de privés, à l'humour pince sans rire, aux sous-entendus grivois et au whisky facile. Evidemment et comme d'hab. je n'ai rien compris aux intrigues tortueuses de Un tueur sous la pluie et Bay City Blues. J'ai presque compris Déniche la fille because moins de cadavres. Ces trois textes datent du mileu des annnées trente, avant la création de Philip Marlowe. Raymond Chandler est l'un des très rares que je puisse lire sans le comprendre. Y a aussi Joyce mais, naufragé de la page 45 de Ulysse, je l'ai éradiqué de ma vie. Rappelons que c'est parfois difficile de s'y retrouver, le Raymond ayant souvent repris des éléments de certains textes pour les refondre ailleurs dans les romans ou même d'autre textes courts. Sans importance puisque de toute façon on (enfin moi) n'y comprend goutte.

                                 Mais quelle putain d'ambiance dans ces histoires publiées en général dans les pulp magazines (Black Mask) et longtemps méprisées. J'en adore l'efficacité, terriblement cinoche, qui ne s'encombre pas de psymachin, ni d'élégance. Les types y sont des marlous, des corrompus, des vicelards. Et c'est ainsi qu'on les nomme. Quant aux femmes ce sont des, des, des... courtisanes, j'appellerai ça comme ça. Bref ca grenouille à tous les étages, californiens ou chicagoans. Tiens je vais le laisser jacter, le Ray, de toute sa verdeur et de toute sa poésie. " La blonde ôta ses dents de ma main et me cracha à la figure mon propre sang". " Je sortis ma flasque de bourbon et la posai en équilibre au bout de mon genou". "Il somnolait. Sa cravate plastron avait dû être nouée vers 1880 et la pierre verte qui en ornait l'épingle n'avait pas tout à fait le diamètre d'un fond de corbeille à papier".

                                Scénariste à Hollywood comme d'autres minables, Faulkner, Dos Passos, Fitzgerald, Chandler n'est guère crédité aux génériques. C'est aussi bien comme ça. Ses bouquins, c'est déjà du cinéma.

P.S. Marrant. Dans cette édition Carré Noir de 64 le verso est illustré d'une magnifique photo pub de cigarettes blondes  de luxe, comme en fument les femmes fatales de ces romans noirs. Je ne l'ai pas mise pour ne pas tomber sous le coup de la loi. O tempora o mores!

Posté par EEGUAB à 08:23 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , ,

01 mars 2016

Je revisite ma Cinémathèque/Laura(1944)

Ma Cinémathèque

                                Le grand L de Laura sur l'affiche, comme un paraphe sur le noir officiel de ce film, un film noir presque sans armes et sans gangsters. D'abord roman de Vera Caspary, Laura, un thème musical célébrissime de David Raksin que Sinatra et Ella enregistreront avec des centaines d'autres, et un portrait sublime (en fait c'est une photo). Gene Tierney, inoubliable, fantasme inépuisable de décennies de cinéphiles. Laura, revenue de parmi les morts et le ballet qui s'orchestre autour d'elle. Trois hommmes, tous trois intéressants, chacun à sa manière. Mais que sont les hommes auprès de Laura? Vincent Price, velléitaire, pas très brillant mais pas méchant, juste un peu veule. Dana Andrews, inspecteur cynique que Laura a vite fait de conquérir. Et surtout Clifton Webb, délicieuse tête à claque dans le rôle de Waldo Lydecker, critique mondain à la plume assassine et Pygmalion de Laura Hunt. Il faut le voir rédiger ses articles dans sa baignoire, tout de talent et de mépris. Mais la créature parfois s'émancipe, vieille antienne de la littérature.

lAURA

                                Otto Preminger, accepté par Zanuck à contrecoeur, signe un chef d'oeuvre où où tout est essence du cinéma. Jamais parasité par un arrière-plan social ou une fascination de la violence si souvent associée au film noir Laura reste un jeu raffiné , un jeu de salon où le bon goût masque la perversité et où le spectateur est joliment pris en otage par Laura Gene Tierney, pas une vénéneuse comme bien des femmes fatales au cinéma, mais néanmoins geôlière du cinéphile.

 

 

 

Posté par EEGUAB à 08:37 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , ,

29 janvier 2016

Sur l'épaule, à lui caresser les cheveux

996210LehaneDennisCemondedisparu

                               Tampa, Floride, 1942. Joe Coughlin est officiellement retiré des affaires. Troisième volet de la saga Coughlin Ce monde disparu n'a pas l'ampleur du premier épisode Un pays à l'aube. (Le roux et le noir) C'est pourtant un très bon roman noir, centré sur un thème précis, la mort, ou, tout au moins, la grande difficulté pour un gangster de rester en vie. C'est pas simple, parfois, de rester en vie. Joe a laissé le pouvoir à Dion Bartolo, alliance irlando-italienne surprenante, dont on comprend assez vite qu'elle n'aura qu'un temps. L'ombre lointaine de Lucky Luciano, emprisonné mais puissant, plane sur cette histoire. Et l'on sait notamment depuis le film de Francesco Rosi, l'ambiguité des services secrets américains lors de la libération de l'Italie et le rôle du célèbre gangster.

                             Mais Dennis Lehane sait jouer aussi des scènes intimes et familiales. Comme d'autres bandits, Joe a un fils qu'il élève seul. Or, les mafiosi veulent le meilleur pour l'éducation de leurs enfants. Et ce n'est pas sans états d'âme que Joe Coughlin se résout au meurtre d'un père de famille de son âge. Mais certaines choses ne peuvent rester impunies et tant pis pour les dégâts collatéraux même s'il y parfois erreur dans la distribution (de pruneaux). De belles idées dans cette sombre histoire où Cuba constitue un enjeu, un repli, un Cuba sous Batista bien avant Guevara et Castro, mais avec la participation du "grand" mafieux Meyer Lansky. Par exemple l'un des patrons du crime qui malgré deux somptueuses suites dans les palaces de Floride, reçoit, entouré de sa garde prétorienne, sur un bateau au milieu du fleuve. Rude métier qu'exercent ces gens là, à se méfier de ses amis bien plus que de ses ennemis. Mais ça c'est valable aussi dans d'autres domaines.

                            Le tome précédent, Ils vivent la nuit, est en cours d'adaptation ciné. Ben Affleck y porte deux casquettes.Celui-ci devrait suivre. De toute façon chaque livre se dévore très bien à l'unité. Vous y retrouverez différentes façons de mourir, le calibre, les requins, les accidents malheureux. Un point commun:jeune. Car n'est-elle pas là, la camarde, "sur l'épaule, à lui caresser les cheveux".

Posté par EEGUAB à 08:20 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,


01 juin 2015

Scènes de crime, ne pas s'approcher

Masse critique

                               Jadis célébre pour avoir été la première femme divisionnaire de France Danielle Thiéry s'est reconvertie dans le polar, vingt livres déjà parus, la majorité mettant en scène la commissaire Edwige Marion. Comment est-ce possible, serais-je tenté d'écrire? Tant pis, je l'ai écrit. Volontaire pour Babelio, toujours sur le pont pour une lecture, mais le pont est parfois glissant et c'est avec infiniment de peine que j'ai tenu à finir Dérapages sans sortie de route. Je n'ai pas été convaincu du talent de cette auteure pourtant couronnée en 2013 du Prix du Quai des Orfèvres pour Des clous dans le coeur.

CFCtsPuWoAAP1lV

                              Sur fond de manipulations génétiques, d'inévitables rivalités entre services, de sevrages laborieux, avec un zeste obligatoire du côté de Lesbos et de la mafia russe. Original, non mais très peu de polars revendiquent l'originalité et les autres nous font parfois passer un bon moment, ce qui est déjà bien. De bon moment il n'y a guère dans Dérapages et aucun polar depuis le sinistre Havre des morts de Patricia Cornwell ne m'avait autant ennuyé. Danielle Thiéry aligne des phrases "professionnelles" d'une totale platitude et les dialogues sont affligeants.

                              On ne s'attend pas à trouver dans un polar du tout venant une réflexion sur la bioéthique et sur les avancées parfois inquiétantes de la science. Aussi n'en trouve-t-on pas dans Dérapages. Mais on est en droit d'y espérer une ambiance, un climat, un goût de revenez-y, ce qui devrait être la moindre des choses pour ces héros récurrents, au moins pour quelques enquêtes car je ne suis pas un adepte des intégrales du commissaire X ou de la capitaine Y, même dans le meilleur des cas. Bref, Pour qu'elles me revoient Danielle Thiery et sa créature Edwige Marion devront me mettre en examen.

 

 

 

Posté par EEGUAB à 08:14 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :

20 avril 2015

Iceland scories

lave

                                 Asphodèle m'avait donné envie de retrouver Erlendur que je n'avais pas vu depuis dix ans. Bibliothèque Guy de Maupassant de ma vieille cité picarde, au pif je prends La muraille de lave, ce qui, après Le mur invisible très récemment, devrait logiquement me conduire au Mur de Sartre auquel je préférerai et de loin réécouter le Floyd et The Wall. Là dessus vous pouvez compter sur moi. Cette entrée en matière ne casse pas des briques mais bref Erlendur est en vacances dans ce roman et c'est l'un de ses adjoints, Sigurdur, qui s'y colle. Un bon polar avec un inspecteur pas très sympa dont la vie privée part à vau-l'eau mais il y  a longtemps que n'enquête plus nulle part dans le monde un commissaire Maigret que sa femme attend patiemment pour réchauffer le mironton.

                                Vu d'ici, avec 300 000 habitants enfermés dont deux cinquièmes à Reykjavik, on pourrait croire que les Islandais se connaissent tous et qu'on y croise son voisin de palier dans tout bar qui se respecte ou qui ne se respecte pas, et que les secrets n'y sont pas faciles à celer. J'avoue préférer un pays où mentir n'est pas plus élégant mais un tout petit peu plus facile. Si je vous dis ça ce n'est pas pour étaler mes turpitudes mais parce que La muraille de lave joue sur les secrets qu'ils soient bancaires ou privés voire très privés, ce dans une île qui a joué avec le feu, pas seulement celui de ses volcans. Ce que j'ai aimé c'est que Sigurdur est loin d'être un parangon de vertu, n'agissant bien ni avec sa mère, à peine avec son père malade, et qu'il est somme toute assez misanthrope.

                              Pas d'armes à feu dans La muraille de lave, qui est à la fois un phénomène géologique insulaire et dangereux et le surnom d'un centre financier maléfique porteur de crise. On sait le désastre économique récent de l'Islande, et celui des Islandais. Des maîtres chanteurs, des photos compromettantes, des "recouvreurs" musclés pour des dettes plus que douteuses. Ainsi donc, et Dieu merci pour la littérature policière, même très au Nord, même très à l'Ouest, même très dans l'Atlantique, les voyous se portent bien. Ouf, ce n'est pas l'apanage d'East L.A. Parfois pourtant je regrette un peu les écluses de Simenon ou le presbytère de Rouletabille. Cette boutade ne doit pas masquer la qualité de l'écriture d'Arnaldur Indridason, bien connu maintenant des lecteurs français.

Posté par EEGUAB à 07:52 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,

28 mars 2015

Angel Baby

Masse critique

 ngel

                                 Avec cette sélection Babelio je me suis plutôt fois fourvoyé, mais c'est un peu la loi du genre. Frontière ouest américano-mexicaine, un de ces trop nombreux endroits où une vie s'envole très vite. Clairement les avis vont diverger sur ce polar. Quatrième de couv., Ron Rash, le très bon écrivain américain écrit "Richard Lange est un conteur-né:il signe là un formidable roman, aussi haletant qu'étonnamment émouvant". Tel n'est pas mon sentiment. Dans ce qu'il est convenu d'appeler un sale coin, la ville de Tijuana, crépitent les colts 45 plutôt que les trompettes mariachis. Les flics y sont ventrus et vicelards, les dollars changent de mains plusieurs fois la journée ,des putes aux proxos et des clandestins aux passeurs. Rien d'original, pègre et wetbacks miséreux refoulés et de retour le lendemain, chicanos regard vers le Nord, alcools divers et tutti quanti. Un peu marre de ces polars listés et lestés.de toutes les verrues de nos sociétés. Allez, un petit effort, encore quelques mots.

                               Angel Baby c'est en fait l'histoire d'une fuite, d'une cavale, celle de Luz qui tente d'échapper à l'emprise d'El Principe, baron local de tous les trafics, une ordure comme on en rencontre tant dans pas mal de polars hélas interchangeables, seuls variant les latitudes et les décors. L'aide, très  improbable dans ce cas de figure, de Malone, lui-même en rupture suite à la mort de sa fille, lui permettra-t-elle de retrouver la sienne, Isabel, et d'échapper à la terrible vengeance d'El Principe qui a lancé à sa poursuite El Apache, qui purgeait une lourde peine et qu'il a réussi extraire de la geôle où il moisissait, et dont il menace d'exécuter les deux enfants s'il ne s'acquitte pas au plus vite de sa tache, ramener Luz au mortifère bercail de l'une des villes classées les plus dangeruses au monde (mais il y a de la concurrence). J'oubliais Thacker, flic pourri à la moelle, qui fera un moment tandem avec Jeronimo. Si vous n'avez pas tout suivi c'est loin d'être important.

                             J'ai cru comprendre que Richard Lange avait muni chaque personnage de jeunes enfants morts ou vifs pour noircir le tableau et le déshumaniser encore un peu. Bien sûr un thriller fait rarement dans la tendresse.Cependant Angel Baby c'est de la fast litt tendance Mexicali, on y lit l'équivalent de ce que mangent les fuyards et leurs poursuivants. Bien loin de la gastronomie et de la littérature. 

 

Posté par EEGUAB à 11:35 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , ,

14 janvier 2015

Pulp fictions + Index

irish-murder-1052972-250-400

                                On connait William Irish au moins par le cinéma, L'homme-léopard, Les mains qui tuent, Fenêtre sur cour (pseudo Cornell Woolrich), La mariée était en noir, La Sirène du Mississippi. Chez 10/18 on a regroupé nombre de ses nouvelles sous une appellation globale Irish Bar, Irish Cocktail,Irish Blues. Irish Murder compte six histoires policières écrites autour de 1940. La plupart ont été publiés dans les fameux Pulp Magazines, bon marché, qu'ont hantés aussi d'autres très grands comme Chandler, Hammett, McCoy. Elles mettent en scène des types très ordinaires la plupart du temps victimes d'une certaine naïveté de leur part. Manipulés par plus forts qu'eux ils sortent parfois innocentés, mais rarement complètement comme dans Marijuana, texte qui aborde de front l'usage de la drogue d'une manière assez nouvelle à l'époque.

                                J'aime beaucoup L'héritage où, comble de malchance, deux braqueurs de voiture récoltent un cadavre dans le coffre et par là même une accusation de meurtre. Le manque de pot est aussi fréquent dans ce recueil, la vie polar est ainsi, on est parfois au mauvais endroit au mauvais moment. Par exemple Meurtres à la seconde où un mari jaloux, horloger de surcroît, prépare un mécanisme explosif dont le hasard pourrait faire de lui sa propre victime. Le dénouement est souvent inattendu et l'on s'aperçoit que la vérité ne tient qu'à un fil. Ce fil, fragile, et susceptible de se rompre à tout moment, c'est celui du talent de ces écrivains longtemps mésestimés, très souvent alcooliques, la plupart du temps bridés par Hollywood. Des écrivains, tout simplement. Et c'est déjà bien.

P.S Vous pouvez consulter dorénavant un récapitulatif des écrivains et livres chroniqués. Pas de liens directs,il vous suffit de taper le nom de l'auteur ou du livre.J'ai appelé ça A comme auteurs ayant fait l'objet d'une chronique (c'est la première catégorie). Autrement dit d'

Abbey  à   sans-titre

          

 

                            

                               

Posté par EEGUAB à 06:32 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , ,

30 décembre 2014

Armageddon Rag (Full metal planet)

517NDpLy48L__SL160_

                                         J'ai sacrifié au culte George R.R.Martin non pas avec Game of Thrones mais avec ce thriller rockapocalyptique que m'a très gentiment envoyé une blogueuse anonyme qui lit en commun avec moi régulièrement et qui très hippophile aime aussi beaucoup Marcel Aymé. Armageddon Rag, petit pavé de 583 pages, certains en parlent comme d'une bible. Mais Mr.Martin n'est ni Tolkien ni Stephen King, grandes figures tutélaires qui semblent planer au-dessus de  ce roman tels le faucon immense et maléfique des cauchemars, nombreux, de Sandy Blair, écrivain qui couvre la campagne de reformation des Nazgul, groupe de hard-rock dont le chanteur est mort abattu en plein concert au Nouveau-Mexique. C'était en 1971. Dix ans après c'est leur ancien manager qui est victime d'un meurtre satanique.

                                         Sandy Blair, romancier en panne, enquête et voit ressurgir les vieux démons d'un activisme politique ultradémago en fait et surtout ultrahalluciné. Came à tous les stades, donc banal à, pleurer, George R.R. Martin n'y va pas avec le dos de la petite cuiller. Loin de moi l'idée de faire du monde du rock une asso de premiers communiants, mais Armageddon Rag perd rapidement toute mesure et par là même toute raison d'être. Et de ce roman de mes vingt ans, que Martin a conduit à feu et à sang comme un véhicule de science-fiction totalement incontrôlable, je ne retiendrai que les titres des chapitres, tous empruntés aux meilleurs morceaux rock ou folk de la jonction fin sixties début seventies. Ce livre est un barnum qui mélange tout, ruine millénariste, vagues réminiscences des années-fleurs, pacifisme très peu pacifique, somme toute, j'ose le dire, des choses qui ne m'ont guère passionné. C'est ma pauvre blogueuse anonyme qui risque d'être verte de déception.

                                     Libre à vous de vous arracher les tripes sous les soixantièmes rugissants de décibels zébrés de rage et de tonnerre. Et l'impression que George R.R.Martin est plutôt un faiseur. J'ai beaucoup lu sur le rock, bien que ce rock lorgnant vers le métal (ça pour être métallique, le roman l'est, de fer et d'acier et d'airain) ne soit pas le mien. J'en ai surtout tant écouté, et je continue. Et je rêve à un grand roman sur cette musique, qui ne serait pas une suite obscure de descentes aux enfers sur fond binaire explosif, culminant en une bataille d'Armageddon hiroshimesque, à faire passer Altamont pour un goûter champêtre, mais une vraie saga sur cette révolution que furent ce style musical et ses innombrables dérivés. Y a quelqu'un qui m'a dit que, publié en 83, Armageddon Rag pouvait être considéré comme une oeuvre de jeunesse, et que partant de là il ne fallait pas trop vite dévisser Martin de son trône. Dont acte. 

                                    J'oubliais le principal, la dédicace de ce livre. Et là je m'incline et signe avec empressement. Vous pouvez taper là dedans au hasard, sorte de bande originale idéale, j'en réponds sur le souvenir de mon premier accord barré, tant j'ai aimé ces gens-là.

20141221_01

Posté par EEGUAB à 08:14 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,