26 mars 2021

Que diable allez-vous faire?

Diable

                      Le diable m'a titillé de retourner au Sud profond des bluesmen originels, me pencher une fois encore sur la légende Robert Johnson. Et d'y perdre un peu de temps étant donné que le blues ça s'écoute plus que ça ne se lit. Bien fait pour moi. Damn I did'nt need being on the road again. Les auteurs de cette biographie ont compulsé une fameuse documentation. Ces historiens de la musique américaine ont exploité des registres municipaux peu fiables, écouté depuis 40 ans des vétérans de la scène blues du Mississippi de ces années trente, vérifié de multiples sources, ce qui nous vaut de très nombreux fac-similés sans intérêt, et pas mal de photos dont la qualité d'impression est certes médiocre. 

                     Après cette petite méchanceté sur ce livre je veux dire que, bien qu'alourdi de tous ces documents, et débordant de noms de musiciens, villes, lieux-dits, salles de concert, terme bien pompeux pour désigner les jukes, mal famés au whisky frelaté et aux bagarres quotidiennes, Et le diable a surgi. La vraie vie de Robert Johnson reste un compte rendu intéressant de la vie dans le Sud de ces innombrables guitaristes, harmonicistes (les deux instruments roi du South Blues) traîne-misère, jouant dans la poussière des rues pour quelques nickels, chantant les complaintes la plupart du temps hypersexistes, à grands coups de doubles sens, tant la solitude leur était prégnante. Pour l'élégance du vocabulaire le delta de l'Old Man River n'est pas l'idéal. Une femme y est souvent nommée "my rider", et Robert Johnson n'avait rien d'un romantique se consumant pour une belle. I'm gonna beat my woman until I get satisfied, extrait de Me and the devil blues. On sait que tout cela finira bien mal pour Robert. 

                     Du coup c'est le trop-plein d'informations. Bref le livre tient parfois du manuel scolaire indigeste. Mais il a la bonne idée d'insister, en dehors des femmes, du whisky (le moonshine, il y a plein de mots d'argot pour ça aussi), des accordages un peu vicieux sur le manche de l'instrument (sachez que personnellement je ne m'y frotte pas), des querelles et des tabassages ordinaires, sur la grande influence afro-caribéenne, le vaudou, hoodoo, ce culte si bien entretenu par la population noire du Sud. Bourré de magie noire et de symboles sexuels, le blues encore très rural de ce Sud américain n'est pas à mettre entre toutes les oreilles. 

                    Mais tout ça, on l'a compris en une soixantaine de pages. Surtout si l'on a lu le superbe album Love in vain de Mezzo et J.M.Dupont qui en dit autant avec bien plus de plaisir B.D.Blues que je vous invite à (re)découvrir. Enfin et surtout il faut écouter les rares enregistrements du maître qui rencontra le diable à un carrefour par une nuit noire ou étoilée, ça dépend des versions, pour échanger le pacte faustien bien connu. Autre chose bien connue, ici bas quand la légende est belle, on imprime la légende. Voici Terraplane Blues, très riche en métaphores mécaniques à base d'huile et de pistons. "Mother if you read, forgive your son. He met the devil".  

                   Bruce Conforth, fondateur du Rock'n'Roll Hall of Fame, spécialiste de ce qu'il est convenu d'appeler la culture populaire américaine, et Gayle Dean Wardlow, historien du blues et collectionneur, sont les auteurs de Et le diable a surgi. Leur travail a été considérable. Je n'ai pas été tellement tendre avec leur ouvrage. Mais, surely, they've got the blues. 🎸

 

 

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01 février 2021

Le camion des confins (dédié au Bison)

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               Vraie réussite que cette lecture commune avec La jument verte de Val, du moins en ce qui me concerne. J'attends le verdict de ma collègue avec  confiance. C'est bien d'un voyage qu'il s'agit mais la Patagonie n'est pas un bout du monde comme les autres. Chilienne ou argentine, personne ne sait plus très bien et ça n'a d'ailleurs aucune importance. La Patagonie a beau être comme une longue pomme de pin se perdant en Terre de Feu, Parker, le héros parvient remarquablement à y tourner en rond. Parker a un ami, un seul, son camion. On pense un peu au docu télé Les routes de l'impossible où d'improbables bahuts cahotent et s'encalminent sur des trajets de caillasses et d'éboulis, où la vie ne vaut pas un centavo et où les pièces de rechange arrivent à pied. 

             Parker finit par rencontrer l'âme soeur en la personne de Mayten, charmante foraine hélas, mariée à une brute itinérante bien que jouant aux échecs, certes avec ses propres règles. Mauvais joueur en plus. Mais sur les chemins, routes et pistes patagons, la poésie surgit au détour d'un rocher ou attendant une hypothétique décrue. Deux jumeaux boliviens évangélistes, des néo-nazis tatoués, blouson Deutschland über alles, dont l'un plutôt sympa dès qu'on a évité ses tessons de bouteille, un journaliste enquêtant, sûr que la rumeur sur les sous-marins allemands du Reich qui hantent encore les golfes pacifiques est fondée. 

             Et dans cet itinéraire labyrinthique, la pluie, le sel, le sable, et, last but not least, le vent. Le vent terrible, omniprésent, qui vous emporte là où vous ne voulez pas, mais ça n'a pas d'importance vu qu'on tourne en rond, le chargement, plus ou moins négociable, plus ou moins périssable, attendra. Je vous recommande particulièrement une gare fantôme, aux horaires à la Raymond Devos, mais où somnole cependant un chef de gare montrant la pancarte "trains supendus jusqu'à nouvel ordre". Et puis des villages qui vont et viennent, pas toujours où l'on croyait, hier à l'est, demain au nord-ouest, et après demain qui sait...

             Plongez-vous dans le premier roman de l'Argentin Eduardo Fernando Varela, Patagonie route 203. Vous ne pouvez pas vous tromper, au deuxième jour vous tournez sur la droite, et vers 14h30 vous prenez la troisième sur la gauche. Ou la quatrième, je sais plus bien. Une fois revenu sur vos pas, vous n'êtes plus très loin. Plus très loin de ces lieux-dit aux noms idylliques, Colonia Desperacion,  Indio Maligno, San Sepulcro, Vallemustio (Vallée Fanée). Allez, Felice viaggio. Je sais c'est de l'italien et on parle là-bas plutôt espagnol. Oui mais, seulement plutôt. 

             J'espère que Val n'a pas filé trop vite, tout droit. Ca m'inquiète un peu. On ne sait jamais, la Terre de Feu, le Cap Horn...J'ai des frissons, j'espère avoir des nouvelles. Par ailleurs j'ai pour la première fois participé au mois Amérique Latine d'Ingannmic et Goran.

Logo sud-américain

           Enfin je dédie particulièrement cette critique à mon cher ami Le Bison, dont je crois savoir le penchant pour la Patagonie. S'il n'a pas déjà lu ce livre il va lui falloir le faire au plus vite. S'il ne l'aime pas c'est ma tournée. Peu de chances, car, amoureux de ce continent sud-américain, même en chroniquant un livre norvégien il trouve le moyen d'y retourner. Hasta luego. 

 

 

11 avril 2018

Spécial Bison

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                            Entendons-nous bien, tout le monde a le droit d'écouter ce chef d'oeuvre. Mais, avec Twin Rocks, Oregon c'est surtout à mon vieil ami boucané Le Bison que j'ai pensé en massacrant ce pauvre Shawn Mullins, qui, heureusement a droit à la parole. J'ai traduit la partie parlée et un peu raccourci la chanson. It's yours now! Et une pensée pour notre amie Asphodèle qui a accueilli cette version de toute sa bienveillance.

  

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30 septembre 2016

Les mimosas de la discorde

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                                 Mimosas, la voie de l'Atlas, il me faut l'avouer, n'a guère convaincu les spectateurs assez nombreux, de ce lundi cinéma. Un peu sévères, la plupart ont pointé du doigt un certain ennui qui accompagne ce road-movie sans road à travers la montagne du Haut-Atlas marocain. Récit autour de trois personnages qui convoient le corps d'un vieux cheik vers Sijilmassa, lieu souhaité de sa sépulture. Cette cité existe-t-elle vraiment? On se prend très vite à en douter. La question alors m'a a fait penser à ces immenses romans de l'attente, Le rivage ou Le désert, des Syrtes ou des Tartares. J'ai évoqué ce cousinage en début de discussion mais il semble que peu de gens y aient été sensibles. Soyons clairs, le film n'a ce soir pas trouvé beaucoup d'échos favorables. J'arguerai quelques mots pour sa défense en conclusion mais je me suis senti un peu seul.

                                On a trouvé le film mal fichu, et la dualité du voyage entre l'épique et le mystique a paru artificielle.  Deux petits voyous qui n'ont de cesse de détrousser les voyageurs, et une sorte de feu follet, un peu simple, un peu lutin, entre Quichotte et Mychkine et une certaine évolution lors du périple. Les deux voleurs, pourtant attachants, dans ce qui m'apparait être aussi un conte oriental, ont peiné à rendre le côté picaresque de l'aventure, revendiqué par le metteur en scène franco-espagnol Oliver Laxe dans ses entretiens.  Quant à Shakib, simple d'esprit, sage, innocent, il n'a pas davantage trouvé grace. Un univers parallèle, celui des taxis orange, au début et à la fin, et que j'ai aimé, a l'air un peu surréaliste, fantasmatique, fantômatique, et surtout interprétable à l'envi, mais aussi pour certains à l'ennui.

                               Il fallait laisser rationnalité et raisonnable au départ de la caravane et accepter l'inconfort du voyage. Je l'ai fait en partie, peut-être aidé par nombre de références, Shakib m'évoquant par instants les Onze fioretti de François d'Assise de Rossellini, la montagne-matière m'évoquant les vertiges de Werner Herzog, la quête d'un groupe qui se délite m'évoquant parfois certains plans de John Ford. Tout cela en un peu mineur quand même. Pourquoi pas, oui? Ce soir là ce fut plutôt non. Le titre Mimosas, à lui seul, est incompréhensible, c'est vrai. Les distributeurs l'ont donc complété par La voie de l'Atlas, ce qui permet de savoir, au moins où l'on est. 

                                 

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11 mars 2016

Après le film

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                                Belle affluence pour les pérégrinations d'Hector, sans abri écossais, et de tous les plans de ce film qu'on a cru bon d'étiqueter "à la Ken Loach" sur l'affiche. Le raisonnement est un peu curieux. Passons sur cette estampille. Hector a plu aux spectateurs mais n'a cependant pas totalement convaincu. Est-ce dû à l'habillage relativement modéré de ce fléau? Jake Gavin pour son premier film n'a pas trop chargé la barque noirceur et les rencontres d'Hector dans ce road-movie Glasgow-Londres au moment de Noël sont dans l'ensemble plutôt sympathiques. Moi, personnellement, je n'avais pas forcement envie d'un discours asséné violence et alcool et désespoir, trilogie  classique du cinéma on the road, complètement plombant et j'ai assez apprécié la (relative quand même) légèreté du film. Porté par Peter Mullan, charismatique acteur habité de bien des films anglais sur le sujet, Hector, sans idéaliser outre-mesure, parvient même à faire exister de bien improbables retrouvailles.

                                Certains spectateurs ont trouvé la formule, taxant Hector, bon film au demeurant, de calibré un peu trop conte de Noël. Tout benôitement j'étais assez satisfait d'avoir fait projeter un film qui laisse une place, pas énorme, à l'espoir. Vous savez, en ciné-débats, il faut bien le dire, c'est rarement des films qui déclenchent le fou rire.

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                                 Le Bison va m'en vouloir, le très beau La terre et l'ombre n'est pas guatémaltèque. Il n'est que colombien, Caméra d'Or à Cannes dernier. Et pas non plus désopilant. Alfonso, paysan âgé revient au pays dix-huit ans après vaoir laissé sa femme et son fils. Ce dernier est malade, poumons brûlés par les pluies de cendres et plus généralement la pollution grandissante en cette Amérique du Sud  en pleine surexploitation de la canne à sucre. Il fait connaissance de sa belle-fille et de son petit-fils Manuel. La terre et l'ombre n'est pas un film à effets, ni à explications. On a juste compris qu'on ne saurait jamais vraiment pourquoi Alfonso est parti si longtemps. Le grand-père découvre l'enfant sans aucune démagogie. Mais ce qui est inoubliable dans ce film c'est la dualité du pays à la fois nourricier et assassin. Car la canne à sucre est le seul emploi possible dans ce bout du monde, et c'est en même temps la meurtrière potentielle de ces modestes paysans.

                                César Acevedo filme à hauteur d'homme et de femme puisque sa belle-fille et sa femme tenent vaillammment de reprendre la tache du malade dans les champs de canne. Acevedo semble être un discret, pas de diatribe violente contre l'exploitant-teur, pas de véritables revendications, pas d'hystérie quelconque, mais une quadruple obsession tout au long de La terre et l'ombre, celle, physique qui condamne Gerardo le fils, celle des ouvriers de la canne, celle forcément plus forte des  deux femmes, enfin celle de la terre elle-même. Sensation claustro tant la modeste maison de la famille est enfermée entre les silences, ses plans séquences un peu appliqués, son apparente froideur quant aux sentiments des protagonistes, peuvent dans leur austérité faire trouver cette heure trente-cinq un peu longue. Ce ne fut pas mon cas. Je considère La terre et l'ombre comme un film passionnant et qui donne envie de mieux connaître ce cinéma sud-américain.

 

 

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05 avril 2014

Au nom du père

Mmasse critique

                                           Bonne pioche cette fois chez Babelio avec Schroder, ce douloureux roman introspectif composé comme une longue épitre d'un père à son ex-épouse, accusé par celle-ci d'avoir enlevé leur fille Meadow, six ans. Amity Gaige, inconnue, nous emmène dans le sillage de cette cavale, dans l'ouest des Etas-Unis, à partir d'Albany, New York. Quand on se penche sur l'accueil de ce roman, l'ombre de Lolita... A mon sens rien de commun entre Humbert Humbert et Erik Schroder. Schroder, Schroder, c'est rien qu'un père pas terrible, pas méchant pour deux dollars, maladroit comme tout père, et qui tient ça, sûrement, de son père à lui. Schroder c'est son vrai nom, mais venu enfant d'Allemagne de l'Est il essaie de se faire appeler Kennedy, pas original quand on habite dans la même région que la famille princière américaine, mais pas dans la même banque. Ayant connu une réussite sociale brève et qui s'est vite gâtée, et surtout inférieure à celle de sa femme, Erik a élevé sa fille pendant plus d'un an mais inéluctablement le couple est parti à vau l'eau. Plutôt velléitaire Erik décide de garder Meadow un peu plus longtemps qu'imparti par le juge et s'octroie une virée dans le massif des Adirondacks, vers le Lac Champlain et le Vermont,ce si bel état du Nord-Est à la douceur automnale proverbiale.Père et fille se retrouvent pour quelques jours, le voyage se passe bien mais l'idylle va virer au drame.

   

tous les livres sur Babelio.com

                                             Erik raconte cette fuite avec tendresse, avec amour. Erik est un homme plutôt bien mais nous croyons savoir que l'amour ne suffit pas et Meadow, six ans, trop mûre probablement ne sortira pas indemne de cette vénielle escapade.Mais on ne raconte pas Schroder, livre parfois bouleversant, très fin et qui revient habilement sur des épisodes de la jeunesse et de l'enfance d'Erik Schroder Kennedy, transfuge de la R.D.A, accompagnant son père et laissant sa mère là bas à l'Est. Amity Gaige parle très bien de Berlin et de son ruban de pierre balafrant la liberté. Comme elle excelle à ces petites touches mettant en scène Erik et sa fille Meadow, au bord de l'eau, mangeant un hamburger, rencontrant somme toute peu de gens, comme rivés l'un à l'autre, une dernière fois peut-être. Un narrateur sensible qui comprend son errance et essaie de s'en expliquer. Un gars qui a fait une connerie, et qui a compris que la vie ne lui fera plus guère de cadeau. Schroder, un livre qui ne ressemble pas aux grands et nombreux romans américains, une musique qui sonne un glas européen, un nouveau monde pas facile pour personne, surtout pas pour ce papa paumé. C'est pas universel,ça?

                                        Et n'oubliez pas l'avis d'un célèbre ruminant qui faillit disparaître au siècle avant-dernier,mais s'il n'en reste qu'un ce sera le nötre. J'ai nommé Le Bison, domicilié http://leranchsansnom.free.fr/?p=7213

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26 février 2013

Blues is here to stay

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           Vieux de 40 ans ce bouquin sort enfin en France.C'est,je pense,une référence pour les amoureux de cette musique si belle et si méconnue ici.Nous en sommes pas en présence d'une encyclopédie qui compilerait les innombrables musiciens qui ont participé de près ou de loin à la naissance et la croissance du blues,des blues,devrais-je écrire.Ce n'est pas non plus un traité de musique sur les gammes mineures,le shuffle I-IV-V,ou les paroles assez conventionnelles à base de road again et de feeling blue.Non,c'est plutôt un voyage sur les chemins du blues et du early rock qui s'attarde sur le destinées musicales de quelques musiciens,pas forcément les plus connus,à l'exception de Muddy Waters et Howlin' Wolf.

         Particulièrement intéressants sont les chapitres sur deux maisons de disques,mythiques s'il en est,Sun Records et Chess Records.Sun,sous l'influence de Sam Phillips,enregistra nombre de bluesmen régionaux à Memphis,puis un jour signa le disque 209,d'un jeune camionneur né à Tupelo.Ce disque devait changer le monde,et le label jaune nanti de onze rayons de soleil allait conquérir la planète. Sam Phillips venait de découvrir Elvis Presley,illustrant ainsi la grande cohérence beuglée dans bien des morceaux de blues "Blues had a son and his name is rock'n'roll".

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             Chess Records, Chicago, est le label des frères Leonard et Phil Chess. Exploitants de clubs jazz plus ou moins douteux où la musique n'était que l'activité la plus légale,ces businessmen créèrent Aristocrat qui devint Chess Records et signa,excusez, Muddy Waters, Howlin' Wolf, Sonny Boy Williamson, Buddy Guy,avec un son de plus en plus électrique.Puis les seuls rockers noirs, Bo Diddley et Chuck Berry.Avec l'omniprésent grand contrebassiste et compositeur de blues Willie Dixon,a qui l'on doit My babe, Hoochie coochie man, Spoonful, You can't judge  a book by the cover.Un certain Keith Richards,à la question "Vos influences?" répondait "Tout ce qui sortait de chez Chess". Avec cet astucieux logo jeux d'échecs.

           Alcool, errance, précarité, prison furent les principales cases du jeu de l'oie des bluesmen,parfaitement évoquée par Peter Guralnik.Pour quelques gloires,et encore furent-elles tardives comme Muddy, John Lee Hooker, B.B. King,combien de ces formidables musiciens sont-ils morts misérables et fauchés?Grâce à ce bouquin, quelques-uns parmi les plus ignorés auront-ils au moins un peu de reconnaissance. Par exemple les deux oubliés de tous,y compris de moi-même, Robert Pete Williams,un des maîtres du Delta Blues et Johnny Shines,un compagnon de route du diable en personne,Robert Johnson.La troisième vidéo,elle,est tout simplement considérée par la Faculté du Blues de Beale Street, Memphis, Tennessee, comme le panthéon du blues acoustique,catégorie artisanale.Qui a dit "très artisanale"?

        

Robert Pete Williams - Old Girl At My Door

 
 
 Picture 26  http://youtu.be/Jkz2jz2sxtE   Prison cell blues
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

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12 décembre 2012

Back to Zab.

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                                 Oui, 40 ans après, me voilà de retour dans la Vallée de la Mort, aux confins de la Californie et de l'Arizona, cinématographiquement s'entend. Je termine ma petite série annuelle de communications à l'Université du Temps Libre qui d'ailleurs ne s'appelle plus ainsi,mais vous connaissez le principe.Le thème que j'avais retenu cette année était "Les grands d'Europe en Amérique". Michelangelo Antonioni,qui a connu un succès critique et même public, relatif, car il n'a jamais été bankable,avec Blow up, sillonne le pays en vue d'un film sur l'Amérique de 1970, avec agitation estudiantine sur fond de Vietnam, musique psychédélique et  charge contre la société d'hyperconsommation. Ce sera Zabriskie Point,Antonioni's Zabriskie Point (remarquez le cas possessif), échec total au box office,mal perçu par la plupart des critiques. Alors,back to Zab.,une bonne idée? 

                 Easy rider est sorti peu avant.C'est aussi le temps du Lauréat et des premiers livres de Philip Roth dont Goodbye Columbus.La contestation est de mise et de mode et je finis par penser ironiquement que les révolutionnaires seraient finalement plutôt les traders de Wall Street tant la Californie et le phénomène hippie drainent les foules.Antonioni dit avoir voulu recueillir le caractère profond et authentique de cette Amérique,la seule star du film.D'où des personnages plutôt prétextes et manquant de chair,l'amateurisme des deux jeunes acteurs n'améliorant pas forcément la crédibilité.Ceci dit c'est très intéressant de revoir Zabriskie Point, un peu cruel aussi car c'est un des films de mes vingt ans.

             Après un générique musicalement très identifiable pop seventies l'assemblée générale sur un campus de Los Angeles sonne juste.Logorrhée, vieilles lunes, Lénine, Castro, sur fonds de substances dont certains croient encore qu'elles ont fait avancer les choses, le mouvement étudiant est à son apogée.Antonioni,de la gauche italienne avec laquelle je n'arriverai pas à me fâcher,les dévisage avec sympathie.Sexe,drogues et rock'n'roll,coiffures afro et puis...les possibilités d'un dérapage.Mark, bien qu'innocent du meurtre d'un policier, ne trouve rien de mieux que d'emprunter un avion.Mais avant ça Antonioni nous offre un voyage jusqu'au commissariat haut en couleur locale, publicités, urbanisme, omniprésence de l'automobile et de la technologie.Nous ne sommes pourtant qu'en 1970.

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             Zabriskie Point fonctionne essentiellement par oppositions,parfois un peu schématiques,mais l'époque était un peu,un peu beaucoup, à la simplification bilatérale:jeunesse/establishment,ville/désert,rythme urbain effréné/temps dilaté du désert,pop art/land art (les lignes sur le sable).Antonioni tisse ainsi son américanité.Et le poème visuel sur l'Amérique vire au pamphlet avec l'hallucinante campagne de presse de Sunny Dunes,programme immobilier digne de la poupée Barbie,où ne manquent ni la musique de soap,ni la laideur des mannequins de cire,ni l'esthétique ghetto riche.Alors la liberté viendra-t-elle du ciel avec le vol de Lilly 7 et le ballet amoureux,rencontre de Mark planant et de Daria roulant vers Death Valley?

          La célèbre scène de nus,et le love-in rêvé de l'Open Theatre,troupe d'avant-garde inénarrable,ont fait beaucoup pour la (mauvaise) réputation du film.Quarante ans après on sourit bien sûr,nous étions si jeunes nous aussi.Au coeur de la vallée,c'est comme un retour aux origines,une démarche matricielle,biblique en même temps qu'orgiaque.Le grand cinéaste italien aurait eu peur de rater le dernier train branché qu'il n'aurait pas tourné autrement.Quand la contre-culture se piège seule et que l'anticonformisme se banalise,vaste débat dont j'ai cent fois devisé...Parfum de scandale vite éventé,ce qui n'évita pas le désastre critique et public de Zabriskie Point,sauf pour la bande originale qui devait beaucoup au Pink Floyd,beaucoup mais pas tout.

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          A le revoir,m'effleure la sensation que le mal être existentialiste de L'Avventura (1960) s'est un peu poursuivi jusqu'aux entrailles de Zabriskie Point,au sens géographique strict.Et aussi que,vieillissant doucement, le maître de Ferrare,qu'on a pu parfois croire hautain et arrogant,a crû possible cette ballade au coeur de l'Amérique de 1970,naïve et violente,puérile et blasée,explosive et désenchantée. En témoigne,après la mort de Mark, la mutiplicité des plans imaginés par Daria,la destruction de ces symboles de possession,montrés à l'infini par Antonioni.Back to Zab.?Pourquoi pas,puisque c'est aussi Back to my youth.

        Enfin,coïncidence,l'ami le Bison, qui a souvent le mauvais goût d'aimer la musique que j'aime,revient sur le film et sur le disque avec sa sensibilité habituelle.Il a découvert le film,je l'ai redécouvert,pourquoi ne pas vous laisser tenter vous aussi.Allez,Back to Zab! http://leranchsansnom.free.fr/?p=4196

Trailer for Zabriskie Point

 

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22 octobre 2012

67 minutes,et c'est plié mais...

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                 ...ça vaut le Détour.Du domaine public,c'est à dire accessible correctement sur le Net,ce série B de l'insaisissable Edgar G.Ulmer est vraiment une belle pièce.Rappelons que ces films courts étaient souvent en complément de programme.Edgar G.Ulmer,né en Tchécoslovaquie, enfance viennoise, collabora avec Max Reinhardt au théâtre puis avec Murnau, participa au magnifique Les hommes le dimanche Un dimanche au bord de l'eau, film allemand choral de 1929.Comme beaucoup d'autres il s'exila aux Etats-Unis et tourna un peu de tout,parfois n'importe quoi.Mais il faut insister sur la remarquable efficacité de Détour,film certes de deuxième division, mais qui en une heure bien troussée sait nous offrir suspense et mystère sans la moindre scorie,ce qui nous change de notre cinéma ultra-bavard et boursouflé.Il y a souvent dans ces films une quasi unité de lieu,ce qui donne un maximum de cohérence et pour le budget,de deuxième ordre lui aussi,un minimum de frais.

           Nous sommes presque dans le road-movie.Rajoutez un hôtel et un garage.Il n'en faut pas plus pour que le voyage en stop du pianiste fauché se transforme en cauchemar.Catégorie poisse notre héros en tient une sacrée dans ce polar sans meurtre ni vol qui traverse vers la Californie une grosse partie du pays.Le type qui l'emmène à L.A. meurt subitement et naturellement.S'enchaînent ainsi la fatalité et la malchance pour Al Roberts joué par Tom Neal,acteur inconnu (qui le restera) qui va tomber sur Vera,jouée par Ann Savage, inconnue tout autant,un sacré numéro de garce comme le film noir les affectionne.Car parmi les critères de la série B l'absence de vedettes est une règle rarement transgressée,toujours pour les mêmes raisons économiques.J'aime bien ça,cela donne un aspect plus authentique qui évite une idéalisation exagérée des personnages.Qu'on se le dise, la série B s'interdit toute romance.Et ne traîne pas en chemin.

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      Détour est doucement devenu un film référence du genre.L'ambiance fin forties y est excellente et la musique jazz remarquable, collante et cafardeuse.Quelques photos me semblent à ce sujet très explicites.Pour le tournage les historiens parlent de six jours et 20 000 dollars.Une misère.A la rubrique faits divers et à propos de détour Tom Neal l'acteur principal en fit un long de six années en prison pour le meurtre de sa compagne.Le reste de sa carrière,visiblement,ne vaut pas le détour.

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23 novembre 2011

Alice,si,Alice,souvenez-vous

                    Je termine  cette fin d'automne la présentation pour l'I.U.T.A de ma bonne ville d'une série de six films sur la route au cinéma.Cela m'a permis de voir ou revoir ou rerevoir etc... quelques oeuvres majeures comme Les raisins de la colère,Les fraises sauvages,Voyage à deux,Easy rider.Si vous le permettez je m'attarderai sur Alice dans les villes,l'un des premiers films de Wim Wenders.C'est un cinéaste que j'apprécie bien que parfois un peu égaré. Sorti en 74 Alice dans les villes,un noir et blanc de "city" qui convient parfaitement au périple urbain de Philippe et Alice,9 ans,dans ce qui fera l'essentiel d'oeuvre de Wenders,l'axe Amérique-Europe et retour.Mais là nous somme près de  dix ans avant l'errance la plus célèbre,celle de Travis dans Paris,Texas.

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       New York,Philippe,la trentaine pas gaie,n'arrive guère à terminer son reportage photo.Images de l'Amérique des seventies,sur fond de références qui ne peuvent que m'attirer,John Ford,Scott Fitzgerald,le rock du juke-box, Psychotic reaction des fabuleux Count Five.Les aléas,c'est à dire une grève aérienne et la déprime de Lisa à l'aéroport,vont faire de lui pour quelques jours le compagnon de voyage d'Alice,gamine frondeuse et butée comme savent l'être ces drôles de petites filles.Ce n'est pas anodin si la première rencontre de Philippe et d'Alice se déroule dans une porte à tambour,comme une sensation de tourner en rond,déjà.Deux juke-boxes dans le film,pour moi c'est déjà deux étoiles, Wenders compagnon de Rockland,forcément On the road again de Canned Heat.La dérive en douceur de Philippe amorcée sur le sol américain,ce sentiment de tourner en rond dans ce pays continent,puis la tranquille versatilité d'Alice,j'aime cet oxymore, enfin la quête européenne de la maison de la grand-mère,tout cela va bouleverser sans colère le quotidien de Philippe pendant quelques jours.

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    Good bye America et l'Empire State Building où rôde la grande ombre de King Kong et d'où l'on apercoit deux hautes tours jumelles appelées à une certaine célébrité.Couple improbable à la limite du burlesque et de l'absurde, ce n'est pas si fréquent qu'une mère confie à un trentenaire maussade une enfant de 9 ans.Et si Alice réveillait ce grand enfant sans repère,sans sentiment fixe,ce blond escogriffe qui semble bien seul.Comme le cinéma de Wenders est beau dans ce grain noir et blanc qui jamais ne lorgne vers un quelconque effet rétro.

   Film-ville comme je n'en ai jamais vu Alice ne convie pas seulement notre cinéphilie.C'est aussi un joli bal urbain qui nous transporte littéralement(dans les deux sens).Des billets de train,des cartes routières,kiosques(on ferait bien de se pencher sur l'histoire des kiosques au ciné,c'est une idée,non?),panneaux publicitaires, signaux routiers et enseignes.De l'importance des halls et des galeries,pas toujours,ou pas encore trop déshumanisés,mais ça commence.De la plus haute cohérence du motel aux U.S.A.Le motel a été conjugué à toutes les sauces dans des milliers de films.

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  Bien sûr si l'on a quelques clés sur le rock et le ciné on est plus partie prenante dans le périple d'Alice et Philippe.Pourtant je l'ai revu trois fois en huit jours et je me demande si Alice dans les villes ne serait pas digne d'un panthéon du cinéma,pas seulement allemand,pas seulement d'après guerre,pas seulement de l'errance. Non:du cinéma tout court.Alice c'est beau à pleurer et ça,c'est à la portée de tous,si peu cinéphiles ou fans de rock soient-ils.Et comme New York est bien filmée,comme Amsterdam est cinégénique.Mais l'Oscar de la ville revient à Wuppertal,ville de la Ruhr industrielle.Wim Wenders y atteint par le rail ou par la rue les sommets de l'émotion.Ca donne envie d'aller à Wuppertal.Inouï.

  

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