08 janvier 2017

Le grand hêtre pourpre

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                              Attention. Rien à voir avec d'insipides souvenirs de star ayant employé un nègre. Une oeuvre. Et là ce n'est pas que je pèse mes mots comme un bossfan que je suis. C'est que j'en revendique les qualités, une sorte de vita americana depuis les années cinquante, passionnantes d'un bout à l'autre depuis la très modeste Freehold, New Jersey, d'où tout partit, jusqu'aux mégaconcerts dont le Stade de France 2003 où j'ai eu la chance de voir le Patron et le E Street Band au complet. Une oeuvre. Comme toute la discographie et les concerts de Bruce Springsteen. Et qui a parfaitement sa place dans une rubrique littéraire. Où l'on sera cependant un peu plus à l'aise si l'on connait à peu près son petit Springsteen illustré, ou mieux encore, si l'on accompagne sa lecture d'une écoute sérieuse de quelques-unes de ses chansons.

                             Une famille prolétaire et catholique, les origines sont comme, tout le monde sur la Côte Est à ce moment, irlando-italiennes. Et vous vous étonneriez que je plonge là dedans, moi dont le blog consacre 30% de son activité à ces deux pays de mon coeur? Cette dualité marquera Bruce, né en 49. L'une des stars de la région, un certain Francis Albert Sinatra, voir Hoboken, sera pour le professionnalisme l'un de ses modèles. L'autre coup de grisou viendra d'Elvis Aaron, Memphis, Tennessee. Bruce a six ans. Moi aussi. Il raconte la vie de cette famille parmi d'autres avec parents et grands-parents, rythmée par les jeux dans les rues, les bagarres à la sortie de l'école, les premières cordes de guitare, et surtout les copains qui formeront bientôt les Castiles, première formation du futur maître, dans laquelle il n'est même pas chanteur. Et très vite l'écriture, du concret, du vécu, des histoires d'ados fugueurs, des amours laborieuses, de retour du Vietnam, ou de non retour. Springsteen n'élude pas les zones un peu curieuses, comme son astuce pour échapper à ce même Vietnam, qui apparemment ne lui causa pas trop d'états d'âme.

                           Car Springsteen vise avant tout à l'efficacité. Il raye d'un trait d'esprit le mot démocratie dans un groupe rock, où il faut un patron. Il y aura un patron et il saura le faire savoir. Les pages sont passionnantes sur les arcanes de sa création musicale. Sur ses rapports avec ses musiciens, tous d'exception. Sur sa ténacité et sa puissance de feu, sa spontanéité et sa générosité sur scène, par opposition à certains autres monstres, Neil Young ou Bob Dylan. Springsteen n'oublie jamais le show, y compris quand il reste quarante minutes seul avec sa guitare devant 80 000 personnes.

                          Mais tout cela, pour qui n'est pas trop branché sur Tin Pan Alley, pourra paraître trop technique voir rasoir. Foncez pourtant dans cette autobio, Born to run, pour d'autres raisons, terriblement humaines, presque ethno. Pour les portraits de son père Douglas Springsteen, un taiseux, même dans les différents pubs, part importante de son existence, qui aime ses enfants sans leur dire, c'est pas le genre de la maison du New Jersey. Les années cinquante pouvaient encore être rugueuses des deux côtés de l'Atlantique. Pour cette Amérique qu'il nous narre, pas mal corsetée, juste avant Brando, Dean, Presley. Pour cette splendide et abracadabrante vie d'un groupe rock, où la gestion des egos s'avère chaotique, où il faut parfois se séparer d'un des musiciens. Angoisse garantie, et noms d'oiseaux, rancoeurs et pardons. Born to run ou l'histoire d'un homme, Né pour courir, courir afin de vivre pleinement sa passion, viscéralement, sans perdre la raison, avatar si fréquent chez les rock stars.

                          Un livre, vrai, riche, bourré de peurs et d'énergie, la vie d'un homme, d'un roc(k), mais même les rocs un jour se fendillent. Comme le grand hêtre pourpre de Freehold, New Jersey, abattu récemment, comme le raconte Springsteen, lors d'une de ses balades en bagnole dans sa ville d'enfance, comme il en a tant chanté. Born to run, à lire, à écouter, à vivre. Je n'ai pas proposé d'extrait musical, il faudrait tout mettre de Racing in the streets à My home town, de The ghost of Tom Joad à Brothers under the bridge, de Born in the USA à My city of ruins

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31 décembre 2016

Haïku de l'an neuf

A vous tous, le mieux

L'Ecclésiaste a bien raison

Tout sera à l'heure

                           L'une de mes chansons de référence. On peut compter sur Bruce pour me comprendre. Roger McGuinn (The Byrds, autre prestige à mon coeur) le rejoint. Vous savez bien que Turn, turn, turn... Et que cela tourne bien pour vous 2017!

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24 décembre 2016

Géographie: Erie, Pennsylvanie

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                               Mnémotechnie oblige, je n'ai pas oublié les Grands Lacs nord-américains, Supérieur, Michigan, Ontario, Huron et... Erie. Ca sent bon son Dernier des Mohicans. En fait la ville d'Erie, Pennsylvanie, 100 000 habitants, fait surtout référence au canal, ce canal qui relie l'Hudson au lac, et qui fut un axe de communication crucial vers l'Ouest avant le rail. On pinaille là. Mais on pinaille pas musicalement puisque c'est le Boss qui s'y colle en personne en cette fin d'année.

                            La chanson Erie Canal, aussi nommée Low bridge,est un traditionnel à la gloire des ouvriers... et des mules qui ont bâti l'ouvrage. Composée par un certain  Thomas  Allen en 1905. Bruce Springsteeen l'a enregistrée en 2005 à Dublin sur son mémorable album de reprises, We shall overcome/ The Seeger sessions. Le même et grand Pete Seeger et des pointures folk, Kingston Trio par exemple, l'ont aussi beaucoup chantée dans les années 50. Mais sur la toile on peut en écouter des versions datant de 1912. Attention ça grince. La toute dernière version date d'aujourd'hui, en tout petit face au Boss. Elle grince un peu aussi. Mais c'est une version courte dont vous me saurez gré, vu que ces chansons du patrimoine américain durent parfois dix minutes.

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                          Evidemment cela a peu à voir avec le Joyeux Noël et les Heureuses Fêtes que je souhaite à tous ceux qui me font l'amitié de passer par chez moi. Mais on n'est pas obligé de passer tous les ans par Jingle bells ou Silent night.

 

 

 

02 avril 2011

Géographie: Asbury Park, New Jersey

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       Asbury Park est une petite cité de 16 000 habitants du New Jersey,cet état coincé entre le New York et la Pennsylvanie,une sorte de banlieue entre deux banlieues.Un seul nom a fait sortir cette bourgade de l'anonymat,Bruce Springsteen.Déjà son premier album s'appelait Greetings from Asbury Park,N.J.Mais la chanson 4th of July,Asbury Park(Sandy) est extraite du deuxième album The wild,the innocent and the E street shuffle.Le 4 juillet est bien sûr la fête nationale.

http://www.youtube.com/watch?v=uKYIsPyeaiw 4th of July,Asbury Park(Sandy)

   En fait on retrouve en quelques miles de Freehold à Asbury Park tout l'univers du Boss,du moins de tous ses premiers disques.Dans ce coin d'Amérique plutôt prolo le jeune Bruce Frederick Springsteen a connu un univers ordinaire avec les filles de la cafeteria,les bagnoles d'occase,et les premiers riffs d'une carrière exemplaire.Vivre sans lui eût été difficile.Il existe d'ailleurs pour les voyageurs un Boss Tour.Moi je pense que le plus beau des Boss Tours c'est de passer et repasser ses disques.

09 juillet 2010

Le patron,sa vie,son oeuvre

 

                  Ce livre n'est pas une biographie même si le premiers tiers reprend chronologiquement l'enfance,l'adolescence,puis l'âge adulte du fils Springsteen,mi-irlandais mi-italien d'origine,depuis Freehold,New Jersey,jusqu'aux stades internationaux des cinq continents.Deuxième mouture d'un ouvrage parue en 2002,cette version réactualisée par deux connaisseurs est passionnante à plus d'un titre au sujet d'un artiste que l'on croit savoir par coeur.Hugues Barrière et Mikaël Ollivier m'ont donné envie de consacrer 3 jours de vacances à potasser l'intégrale du Boss,dont je ne possède qu'un tiers environ,muni de leur bouquin,comme pour un bachotage musical sur cette grande figure du rock,infiniment plus complexe qu'on ne l'a laissé entendre.L'essentiel de ce livre est consacré aux thèmes et aux influences de Springsteen.J'en reprendrai simplement quelques-unes.

L'enfant de Tin Pan Alley

     Bruce Frederick Springsteen a été bercé de cette culture musicale américaine elle-même africaine,klezmer, latine, irlandaise, mexicaine,caraïbe,scandinave.Vous savez ce fameux melting pot.Nul mieux que lui n'a assimilé,brassé cet héritage fantastique,qui commença au XIXème Siècle,dans les rues avec des casseroles comme instruments(Tin Pan Alley).Il ne faut donc pas s'étonner d'entendre chez Springsteen des accents blues, rock,  folk, gospel, jazz, country, bluegrass, etc...C'est que,pourtant auteur d'une prolifique moisson de titres,le Boss n'a jamais hésité à reprendre sur scène tant le blues de John Lee Hooker que les vieux folkeux,Woody Guthrie,Pete Seeger, tant les phares sixties, Stones, Animals, Creedence,tant les rock'n'rollers Jerry Lee Lewis,Bo Diddley,Chuk Berry, que les rois Presley et Dylan.Somptueux amalgame de la puissance musicale d'un pays immense qui a toujours chanté la route et les hommes (voir rubrique Géographie),le chant de Bruce Springsteen traverse depuis 40 ans le temps et l'espace.Nous avons là une richesse tant musique que textes  d'une exceptionnelle envergure.Je pèse mes mots mais voudrais tant que le succès planétaire et durable de cet homme ne le réduise pas au phénomène de ventes et de scène.Oui Springsteen remplit les stades.Oui Springsteen est richissime.Non Springsteen n'a pas besoin de la moindre ligne supplémentaire. Mais il arrive que les gens qui réussissent soient des géants.Il arrive que le triomphe soit mérité.

Routes et voitures

      Enfant modeste du New Jersey  Bruce au comme premières amours les bagnoles et le rock'n'roll.Sa musique y reviendra souvent de Pink Cadillac en Used cars ou Car wash.Mais très vite la route sera l'un des thèmes récurrents des ballades les plus déchirantes, que ce soit la route vers l'Ouest pour fuir la crise,vers le Nord à travers la frontière,vers nulle part pour les assassins. Springsteen,écolier peu assidu,est un autodidacte qui a appris sur le tard l'histoire de son pays qu'il n'en finit pas de révisiter avec notamment les albums The river,Nebraska,Ghost of Tom Joad.

La guerre

     On ne reviendra pas ici sur la chanson Born in the U.S.A et la méprise qu'elle engendra longtemps.Des dizaines de titres parsèment l'univers springsteenien  sur le Vietnam et surtout l'après Vietnam,Brothers under the bridge,Shut out the light.Le vieux War d'Edwin Starr est en scène une de ses reprises les plus rageuses.Plus récemment il aborde l'Irak avec Devils and dust ou la reprise de Pete Seeger Bring them home.Mais le catalogue du Boss est si pléthorique entre albums studios,albums live et diverses reprises qu'on pourrait l'explorer longtemps sur ces différentes thématiques.

Influences littéraires

   Au-delà des influences musicales et cinématographiques fondamentales il est particulièrement et plus surprenant à mon avis de revenir sur les lectures, relativement tardives,de Springsteen.Steinbeck à l'évidence mais aussi la grande écrivaine sudiste Flannery O'Connor,plus récemment Philip Roth et Carlos Fuentes(ses nombreuses chansons transfrontalières).Le grand photographe Robert Frank l'a aussi beaucoup inspiré.

     Ces quelques lignes n'ont d'autre but que de souligner,au-delà de l'immense succès,l'importance de Springsteen dans le siècle.Nul mieux que lui n'a su amalgamer toute l'histoire musicale de son pays, douloureuse ,joyeuse, grandiose, injuste,en un mot américaine.Je sais qu'il n'a guère besoin d'aide,je sais que nombre de jeunes talents piétinent.Je sais aussi que l'on peut être riche et célèbre,et méconnu malgré tout.Je sais aussi que les textes de Bruce valent bien quelques exégèses.Mieux encore ses mots valent le coup de les mettre en musique.Ca tombe bien il a déjà fait tout ça.Ecoutez Springsteen,seul,avec les complices de la première heure du E Street Band,avec les  folkeux-countreux-dixieux-fanfareux-gospeleux du Sessions Band,en duos, innombrables, avec d'autres artistes.Originaux ou reprises souvent radicales.Vous avez une géométrie variable.C'est ça  aussi le Boss.

Et Boom boom  http://www.youtube.com/watch?v=d46Wwl2X8Uk

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27 février 2010

Géographie: Youngstown ,Ohio

                   Youngstown se trouve dans l'Ohio et est restée le symbole d'une Amérique industrielle.Le Boss lui consacre une chanson dans le sompteux et dépouillé album The ghost of Tom Joad.On ne dira jamais assez l'immense dignité de ce disque sur les petites gens de l'Amérique dont le héros des Raisins de la colère est l'archétype.Bruce nous en propose une version plus rock en concert à New York.Ecoutez l'ascension et la chute de Youngstown,cité del'acier,des hauts fourneaux,où se fourbirent les boulets de la Guerre de Sécession.Mais le destin de Steel City devait connaître la grande crise comme toute l'Amérique.Qui mieux que Springsteen sait nous conter cela?

http://www.youtube.com/watch?v=9PyKU6SqHpw Youngstown

23 novembre 2008

Géographie:Atlantic City,New Jersey

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http://www.youtube.com/watch?v=vhQKhlpE7XE

   Etat du New Jersey,non loin de Philadelphie.S'il y en a un qui connaît bien son Amérique musicale c'est le Boss.Dans l'album très acoustique Nebraska(82) j'aime beaucoup Atlantic City.Bruce y chante une fois de plus les paumés,guitare et harmonica comme un hobo.Mais qu'est-ce qu'il fait ça bien.Atlantic City vit du jeu essentiellement et Louis Malle y a tourné le film homonyme avec Lancaster et Piccoli.Sorte de Vegas de l'Ouest Atlantic City fait se cotoyer comme souvent aux States les riches très riches et les pauvres très pauvres.Cette ville n'est certes pas particulièrement attirante et personnellement je préfère Trouville mais c'est ça aussi l'Amérique de notre voyage.Allez Baby "Put your make up anf fix your hair up pretty and meet me tonight in Atlantic City"

28 juin 2006

John,John,Henry and Bruce


Oui,cette curieuse affiche belge est bien celle des Raisins de la colère ,singulièrement affadie quant au titre habituel.


"L'autoroute luit dans la nuit


Mais personne n'a envie de rire


Assis dans la lumière du feu de camp


J'attends le fantôme de ce vieux Tom Joad"


                                  Bruce Springsteen(The ghost of Tom Joad)


La ballade,très belle,qui donne son nom à l'album très dépouillé de Springsteen(1997) fait référence à Tom Joad,le fermier ruiné du grand roman de John Steinbeck,adapté au cinéma par John Ford,dès la sortie du livre(1940).Il est est des cas,très rares où un grand livre peut donner naissance à un grand film.Le roman sonnait un peu comme un reportage;le film,très rigoureux,est un road-movie avant la lettre,contant la poignante errance d'une famille de paysans d'Oklahoma au lendemain de la Grande Dépression.


La route,c'est celle de la Californie qu'emprunte la vieille automobile bringuebalante des Joad,rappelant bien sûr les chariots bâchés de la mythologie du western,cahotant,trébuchant.John Ford,immense auteur des plus beaux films sur l'Ouest,maîtrise à la perfection la dramaturgie de cet espace vers la liberté(Go West,young man).Sur la route on rencontre aussi bien la fraternité que la désillusion,l'amitié que la trahison et les lendemains chantent rarement aux exilés du rêve américain.



L'authenticité du film est totale.Certaines scènes ont été tournées dans de vrais camps "oakies"(le surnom des déplacés de l'Oklahoma).Et Henry Fonda incarne avec foi Tom Joad,chef de famille qui veut croire encore à son Amérique.Les raisins de la colère,c'est simplement toute la noblesse du cinéma américain.Un grand livre,un grand film et soixante ans après un grand disque.N'en déplaise,un pays qui nous a donné John Steinbeck,John Ford,Henry Fonda et Bruce Springsteen  ne peut être complètement mauvais.


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