13 février 2015

Je est un hôte

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                                                                  Souvent perçue par les critiques comme un western existentiel cette belle adaptation très libre de L'hôte, nouvelle d'Albert Camus, issue du recueil L'exil et le royaume, est une réussite. On peut bien sûr discuter à n'en plus finir sur l'esprit et la lettre de Camus. Vieille histoire. Ecrit juste avant la guerre, ce récit met aux prises un condamné algérien (pour un meurtre de tradition si j'ose dire, type vendetta) et un instituteur ancien combattant de 40 censé le convoyer au village où il doit être jugé. Inutile de rappeler l'importance de la figure de l'instituteur dans l'oeuvre d'Albert Camus, elle est bien connue et il a maintes fois rendu hommage à Louis Germain l'enseignant de ses tendres années.

                                                                  Tel le supplétif d'un sheriff (Trois heures dix pour Yuma en étant l'exemple type) Daru plutôt pacifiste, vaguement "étranger" quoique l'hôte en quelque sorte de Mohamed (ambiguité du substantif hôte), hésite avant d'accepter la mission d'un fonctionnaire aux abois en ce qui commence à ressembler au début de la fin de la présence française en Algérie. La nouvelle fait dix pages, le film 1h45, et David Oelhoffen a souhaité aussi un film avec un minimum d'action, ce qui nous vaut une illustration qui reste relativement modeste certes mais qui permet de sortir du huis clos de l'oeuvre littéraire. Qu'en aurait pensé Albert Camus?

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                                                                  A mon avis peu importe en l'occurrence. Ce qui compte c'est que le questionnement de Daru-Camus est parfaitement rendu dans Loin des hommes, d'abord hostile à s'en mêler puis prenant en charge Mohamed, les deux hommes finissant par se respecter, tout cela dans un délai de quelques jours maximum. Evidemment le metteur en scène souligne et ponctue la justice, l'éducation, la guerre, la violence, évoquant même un crime de guerre. Camus, lui, n'avait pas besoin de tant d'images pour nous convaincre à travers un très beau texte, simple et quotidien, poussière, un cheval dans le lointain,quelques figues. J'ai lu trois fois la nouvelle, admirable, et vu deux fois le film, la seconde animant un bref débat, les spectateurs ayant apprécié Loin des hommes, à juste titre. Les deux acteurs, Viggo Mortensen, Américain qui n'a pas hésité à coproduire le film et à l'interpréter en français, et Reda Kateb, d'abord muré puis s'humanisant joliment, n'y sont pas, non plus, étrangers.

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09 février 2015

Géographie, Laramie,Wyoming

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                                   L'Amérique que je parcours musicalement, cinématographiquement et littérairement depuis si longtemps a ses laideurs profondes qui n'ont rien à voir avec la vieille Europe. Cette statue d'Abraham Lincoln perché sur granit en fait partie, ce qui ne nous empêche pas de boire un verre downtown à la santé du Wyoming dont nous connaissons déjà la capitale Cheyenne. Voici donc Laramie, petite ville de l'Ouest, dont le nom fleure bon mes chers westerns, essentiellement le superbe Man from Laramie, L'homme de la plaine, avec James Stewart. Le Wyoming, rectangle parfait, on reconnait bien là un rationnalisme américain, est le moins peuplé de tous les états de l'Union.

                                Richmond Fontaine est un groupe de folk alternatif qui existe depuis vingt ans. Voici, live à Edimbourg, la pièce à conviction de cette étape, justement appelée Laramie,Wyoming. Ce qui m'arrange bien. Si vous trouvez que cette rubrique fatigue vous avez raison. Si vous trouvez qu'elle est à bout de souffle vous avez encore plus raison. Terminus imminent... C'est vrai aussi que j'ai déjà dit ça plusieurs fois.

 

 

 

29 novembre 2014

Six cordes, vingt-quatre images/4/Rio Bravo

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                                                                                    Ricky Nelson à la guitare, Walter Brennan à l'harmonica, Dean Martin à la bouteille et John Wayne à la John Wayne. Le westernissime western de Howard Hawks, les coups de feu y sont plus fréquents que les arpèges, et de meilleure qualité. Un peu au loin les trompettes jouent Deguello en attendant l'attaque du bureau du sheriff. Que serait une vie de cinéphile sans Rio Bravo? Que serait l'histoire sans la rédemption du Dude (Dean Martin)? Que serait l'Ouest sans Mon fusil, mon cheval et moi?

Rio Bravo, Howard Hawks, 1959, John Wayne, Dean Martin,Ricky Nelson, Walter Brennan, Angie Dickinson

 

 

 

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03 septembre 2014

La vie des livres

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                                                                                    Ces livres sont à qui ça intéresse. Ou à quelqu'un qui connaîtrait quelqu'un que ça intéresse.Il est des moments où l'on a trop de livres. Non qu'on ne les aime plus, mais l'espace manque et l'on souhaite en demeurer à l'essentiel. Et l'on aimerait qu'ils continuent de vivre ailleurs, par exemple chez des personnes qui les traiteraient bien. Pourquoi ces livres plutôt que d'autres? Multiples raisons, double emploi ( Voyage...), polars qui honnêtement ne figurent pas dans mes livresques réussites mais ce n'est, comme toujours sur ce blog, que mon avis, cadeau que j'ai détesté (Rouge...) mais que vous aimerez peut-être, livres cinéma qui débordent d'une bibliothèque Septième Art déjà encombrante, etc...

                                                                                   Je me propose d'envoyer ces livres à toute personne intéressée, gracieusement bien sûr. Je demande simplement aux destinataires d'en payer le port. Les bibliothèques municipales, en fait, n'en veulent guère.

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26 août 2014

Le cinéma, mon vélo et moi /3/ Elégance pour un chant du cygne

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                                                                                    Pour une rentrée bloguesque, classe? Non? Un cinéma de séduction, Newman, Redford. Un cinéma qui n'excluait pas la gravité et comme un parfum de western agonisant, avec changement de selle. Une rentrée d'autant plus prometteuse qu'Asphodèle m'a fait un bien joli cadeau,ci-dessous. Merci de tout coeur.

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17 juillet 2014

Géographie: Yuma, Arizona

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                                                                 La laideur des villes américaines est fascinante. Continuons cependant notre route en Arizona  cette fois avec Yuma au moins célèbre chez les cinéphiles pour le très beau western de Delmer Daves 3 h10 pour Yuma. Yuma prétend être la ville la plus ensoleillée au monde, proche de la Californie et du Mexique. Les statistiques montrent effectivement qu'il vous faut y aller plutôt en hiver sous peine de dessécher, au sud du sud des U.S.A, au confluent du Colorado et de la Gila. Allez take that train. Le film est un classique de 1957 et Frankie Laine est du voyage. Le remake, que je n'ai pas vu, Russell Crowe, Christian Bale, date de quelques années.

 

                                                                 Soucieux d'être encore un tout petit peu contemporain, un tout petit peu, je vous propose la jolie ballade éponyme, Yuma, de Justin Townes Earle, un folkeux fils de folkeux (Steve Earle), que je visite souvent.

 

 

 

 

 

06 octobre 2012

Un quotidien platounet

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           Ce Journal du Missouri peut se lire comme un document,un témoignage.En aucun cas comme un roman et encore moins comme une oeuvre littéraire.J'ai déjà évoqué Audubon et ses célébrissimes planches ornithologiques,somptueuses et rêveuses.1843, Audubon et ses collaborateurs remontent le Missouri sur un bateau de trappeur,s'enfonçant vers l'Ouest en territoire indien.Audubon rapporte des faits,des descriptions,des chiffres surtout.Et,honnêtement,l'on s'ennuie assez vite,tout en replaçant ce récit dans son contexte historique qui considérait les animaux comme de la viande et les Indiens à peine mieux.Après ses Oiseaux d'Amérique le naturaliste dessinateur veut créer un équivalent qui s'appellerait Les quadrupèdes vivipares d'Amérique et pour cela il faut, toujours plus avant,pénétrer le "Wilderness".

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              Depuis toujours passionné par l'histoire de l'Ouest j'eusse aimé écrire un billet enthousiaste et ébloui mais,et Michel Le Bris l'indique dans sa préface,les hommes ne sont que ce qu'ils sont.Et Audubon et ses hommes ne sont pas particulièrement fréquentables du moins à l'aune de notre  XXIème Siècle.Il décrit certes assez bien le fleuve,les bancs de  sable,le périple jusqu'à la Yellowstone River en un voyage laborieux et cahotique.Une obsession,dessiner comme on dégaine,vite et beaucoup et comme on ne connaît pas la photo,dessiner c'est tuer.Je devrais dire c'est massacrer.A chaque page,je n'exagère pas,l'un ou l'autre tire et tue,et tout y passe.Du bison qu'ils disent pourtant déjà en voie de diminution au chien de prairie,du canard au bighorn,sorte de mouflon,de l'écureuil au wapiti.C'est lassant et l'intérêt s'émousse assez vite.N'étant pas un auteur Audubon est très répétitif et on se doute que l'écologie n'est guère la préoccupation de ces voyageurs.Les loups sont par exemple une quinzaine de fois appelés brigands, gredins ,scélérats. Allégrément décimés pour leur peau que souvent d'ailleurs on laisse sur place quand l'animal est maigre.Bien connus ils n'ont pourtant nul besoin d'être croqués par un crayon quelconque.Des centaines de bisons abattus dont on ne prélève que les meilleurs morceaux,on n'a pas attendu Buffalo Bill.

            Bien que rattaché au beau challenge Challenge Red Power de Folfaerie et ses lectures au coin du feu il me faut bien convenir que les Red n'ont ici plus beaucoup de power.Concernant les Indiens un western classique sera encore un plaidoyer par rapport aux termes dont les affuble Audubon. Crasseux et mendigots sont les épithètes les plus courants pour les définir.Vous ne trouverez dans Journal du Missouri aucun chef charismatique,aucun guerrier de noble allure,aucun grand chasseur de surcroît.La plupart,tels des charognards,se contenteraient même des restes de gibier laissés sur place par les conquérants.Avouez que c'est un comble.Ce n'est malgré tout pas le plus grave car il faut toujours resituer.Non,le plus grave c'est que je n'ai senti ni souffle, ni lyre, ni poésie des grands espaces.Ce voyage ne fera pas partie de mes grands souvenirs d'aventures aux livres.Le contraire des ouvrages dont parle Dominique dans sa trilogie Equipée sauvage Une confidence:je n'ai lu Journal du Missouri que parce qu'aucun des récits de sa sélection n'était disponible.

    Pour Audubon,si peu écrivain, revenons-en aux fondamentaux,ceux de l'impérial peintre des oiseaux.J'peux vraiment pas les voir en peinture(8)

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16 juin 2012

Le rougeoiement du soir dans l'Ouest

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            J'ai gardé comme titre le sous-titre du livre en question.Je fais rarement ça mais il est si beau qu'il pourrait être élégiaque, bucolique, poétique.Fausse Route, tiens, un autre livre pessimiste de Cormac McCarthy.Mais attention,c'est du brutal.J'ai mis assez longtemps relativement pour lire Méridien de sang car c'est épuisant.Une horde hétéroclite de types sans foi ni loi,d'une cruauté impensable et totalement fantasmagorique hante le Sud et le Mexique dans les années 1850.Peu importe l'époque,de toute façon on est complètement hors norme,la trace la plus marquante de ce bouquin très riche étant quand même le massacre.Mais alors le massacre élevé au rang d'un art majeur.En quatrième de couv. on cite La horde sauvage,le film de  de Sam Peckinpah et on n'a pas tort.La violence ,le baroque,l 'horreur éclatent à chaque chapitre comme les cerveaux et les viscères et ce vieux Sam,pas un enfant de choeur toutefois,est ainsi relégué au jardin d'enfants.

      Quelques individus dominants surnagent dans cette sinistre compagnie: Glanton,chef "militaire",le Juge,nommé Holden comme l'acteur principal de La horde sauvage,caution "morale",un colosse qui se pique de philosophie et de dons pour le dessin,mais c'est à l'abattage en série d'Indiens,Mexicains et tous êtres vivants, qu'il excelle vraiment,le Gamin,seul à posséder une éventuelle ébauche de début d'once d'humanité.Cormac McCarthy est un torrentiel aux longues phrases et aux rares virgules.Cruauté à chaque page,scalps et mutilations,colliers d'oreilles diverses,Méridien de  sang ou Le rougeoiement du soir dans l'Ouest est un opéra baroque, un peu à la sud-américaine,zébré d'éclairs de sang où la boue succède à la poussière,où les femmes sont putains,vieilles ou mortes ou les trois,où l'armurerie est poésie et où l'on danse beaucoup,une danse obscène de violence,où l'homme dégradé a manifestement perdu la confiance de l'immense romancier McCarthy. Immense et fatigant.Ce sillage de la mort dans le Sud et l'Ouest est somptueux, grotesque et fascinant,du Jérôme Bosch du Nouveau Monde.Mais,Dieu,ou Diable,que c'est éprouvant,tous ces crânes fracassés!

   Deux mots encore.McCarthy voue un culte à Melville et c'est vrai qu'il y a du Moby Dick dans la quête effrénée et sans limite des assassins de Blood meridian.Et il semble que Ridley Scott ait renoncé à l'adaptation du bouquin,envisagée il y a quelques années et absolument impossible de toute façon, malgré le sens du visionnaire du cinéaste de Blade Runner et Alien.

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04 mai 2012

Des mots,une histoire: Affres de cinéphile

                    Les mots imposés pour l'édition 63 de Des mots,une histoire sont: tard-pelage-lettre-muguet-tornade-prélude-oiseau-temps-plateau-duel-éternité-bégayer-toxique-merveilleuse-soleil-film-fugitif-interdit-carnage.

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     "Duel au soleil" se terminait dans son apothéose incendiaire,Gregory Peck en méchant comme dans aucune autre production.Il quitta le temple de Bercy, remonté. C'en était donc fini de son cycle western.Il se sentait prêt à affronter les plateaux télé pour la grande finale nationale de "Qui qui s'y connaît le plus en films de cowboys?". Cette année il avait consacré énormément de temps à revoir d'obscures séries B des fifties,à enchaîner des noir et blanc rarissimes,à veiller tard sur le câble pour apercevoir un cavalier fugitif dans le couchant.Encore fallait-il l'identifier sans bégayer lors de l'émission,et ne pas s'emmêler dans les multiples versions de O.K.Corral.

     A la lettre,il suivrait à la lettre les conseils de son coach pour sa préparation,y compris l'interdit sur tout alcool.Une semaine restait avant la tornade médiatique, très relative entre nous et de niveau très local,qui saluerait sa merveilleuse connaissance de ce sujet si important,du prélude dit " des sales gueules" de "Il était une fois dans l'Ouest" au carnage final de "The wild bunch".

     Gare de Lyon,mai oblige,il pensa in extremis au muguet et reprit son train pour cette ultime phase de bachotage avant l'épreuve.De toute éternité il avait savouré l'histoire de l'Ouest,depuis les gravures d'oiseaux d'Audubon et les romans de James Oliver Curwood,somptueux pelage d'ours en couverture et flèches toxiques des Indiens du Nord au long des pages de son enfance.Ceci ne l'empêcherait pas de signer après demain sa biographie de Rossellini à la Grande Librairie,Place de la Basilique.On est pluraliste ou on ne l'est pas.

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22 décembre 2011

Potence

             Tom Horn est un western tardif et rare d'un metteur en scène inconnu,William Wiard.C'est l'un des derniers rôles de Steve McQueen.C'est un film intéressant et que je qualifierai de crépusculaire bien que cet adjectif soit assez galvaudé de nos jours dès que l'ambiance est fin de règne,fin de siècle.Ce n'est pas toujours facile d'échapper aux clichés.Thomas McGuane,l'excellent écrivain "Montana", en est un des scénaristes comme du Missouri Breaks de Penn-Brando-Nicholson.Tom Horn,personnage authentique,est un vestige du passé américain comme McQueen à cette époque est un has been du cinéma.Mais comme le second endosse bien la défroque du premier.Ce chasseur de primes sur le retour fait écho au célèbre Josh Randall,série télé qui propulsa l'acteur au premier plan.

         Tom Horn est embauché pour dissuader les voleurs de bétail.Il réussit plutôt bien mais la plupart des éleveurs finissent par le trouver encombrant.C'est au cours d'un procès bâclé que le pire se profile malgré la défense de quelques-uns.Les belles âmes voient dans Tom Horn,sa véritable histoire,titre complet très peu usité et que pour tout dire j'ignorais, un "vibrant plaidoyer contre la peine de mort" d'une téléramesque facture (à laquelle je souscris,rassurez-vous). Mais ce n'est pas mon impression tout à fait. J'y vois pour mon compte un des assez nombreux films-facteurs annonçant la fin du western,c'est vrai que Tom Horn n'a plus sa place malgré son idylle bien sous tous rapports avec l'institutrice.Nos beaux westerns ont vécu,parfois admirables, souvent brutaux, comme savait l'être cette époque à feu et à sang.Notre temps ne l'est certes pas,brutal,non?Pourtant que de coups de gueule humanistes et citoyens on peut lire partout.Sur le blog de la Comtesse aussi parfois.Ces coups de gueule ne sont pas toujours beaucoup moins hideux que ce qu'ils dénoncent.La démagogie ne touche pas que les éleveurs de l'Ouest.M'égaré-je dans cette chronique western?

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