19 octobre 2006

Ford et deux autres cavaliers


Cover of Two Rode Together   

On semble avoir enfin compris que John Ford n'était pas une vieille baderne. Les deux cavaliers que je n'avais jamais revu depuis sa sortie en 61 est un film bien intéressant déjà par son humour et les silhouettes très fordiennes,sergent obèse et amateur de bière, juge honnête mais dépassé,l ieutenant dévoué à l'armée sans être idiot. Comme toujours chez Ford on ne se pose guère de questions sur le droit. On pensait ainsi à l'époque que les conquérants avaient raison avec leurs armes et leur bibles. D'accord, mais John Ford est beaucoup plus fin que ça.

    Le personnage du sherif joué par un James Stewart relativement antipathique(dixit Eric Low fort justement) prendra conscience relativement aussi (mais tout n'est-il pas relatif?) que les Indiens ne sont finalement pas pires que les Blancs. Et je trouve que c'est déjà une belle leçon. Pas d'angélisme s'il vous plaît. Une très belle et poignante scène que celle du bal où ce marshall alcoolique et cet officier besogneux défendent la jeune fille élevée par les Indiens. Certes on n'en est pas necore à réhabiliter les Indiens eux-mêmes mais à tenter de comprendre leur vie à, travers les enfants blancs enlevés. Dans notre jargon bien-pensant actuel on appellera ça une réflexion sur l'identité. John Ford aidé de Stewart, de Widmark et de seconds rôles classiques n'est pas toujours politiquement correct, mais tellement homme de l'Ouest avec plus d'interrogations qu'il n'y paraît. Les deux cavaliers reste un peu pâle après le magnifique La prisonnière du désert mais on a vu bien pire.

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12 octobre 2006

Les héros sont fatigués

Peut-être est-il un peu hasardeux de classer le très beau film de Robert Rossen,Ceux de Cordura(59) parmi les westerns.C'est en l'occurence un western tardif,l'action se passsant en 1916.Mais surtout il brode une histoire à partir d'une thématique plus contemporaine que les westerns classiques.Je dirais que dans ce film on cite plusieurs fois la Guerre de 14 et qu'il n'est pas si éloigné des grands film de genre comme Kwaï,Attack,Les Douze Salopards,voire Les sentiers de la gloire ou Les Hommes contre.Mais à la différence de ces deux derniers il n'inflige pas une sorte de "propagande pacifiste" et je mets là volontairement des guillemets.Ceux de Cordura,c'est un western presque bergmanien où l'introspection qui finit par saisir tous les personnages dans ce huis clos désertique nous conduit à nous poser la question qui hante Gary Cooper(un de ses derniers rôles,impressionnant):Où est le courage,où est la lâcheté?Terrible dilemme que nous connaissons tous un jour ou l'autre au cours de notre vie.


      "Une lâcheté ne fait pas d'un homme un lâche,une action de bravoure ne fait pas d'un homme un héros" dit Rita Hayworth,dans un rôle de femme riche et secret,cerné de zones d'ombre comme les autres "héros" ,Ceux de Cordura,destinés aux honneurs militaires.Ces hommes,en fait sont veules,violents,cruels et fourbes.Ils sont aussi,ou ils ont été courageux,exemplaires.Ils sont des hommes,c'est tout.Nombre de beaux moments dans ce film,les silhouettes de ces soldats comme perdus,harassés,asséchés de fatigue,la draisine qui manque de tuer Cooper,l'humanité qui finit par saisir les personnages qui iront tous vers leur destin.On ne sait plus bien si ce sera la corde ou la médaille.

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08 octobre 2006

Vie d'un fusil et mort du Western

Winchester 73Winchester '73 est un western classique(1950) qui présente une idée originale:le personnage principal est l'arme elle-même, symbole de l'Ouest et qui le demeure encore beaucoup trop à mon gré.Anthony Mann confie à James Stewart son acteur fétiche la tâche de retrouver cette arme révolutionnaire qui passera de main en main (trafiquant, chef indien, assassin).

     Cette belle idée permet de balayer d'un regard quelques personnages types de l'univers du western,de ceux qui balisèrent régulièrement trente années de films sur l'Ouest.Et puis  cette silhouette longiligne de l'honnête homme James Stewart hantera souvent le cinéma d'Anthony Mann,en quête de vengeance,d'une arme,que sais-je,symbole du bien parfois aux prises avec le doute.Une bien belle figure que Stewart chez Mann et bien plus riche qu'il n'y paraît.Le questionnement de Stewart sur sa carabine volée se révèlera même carrément freudien avec au bout du compte un frère digne de "Familles je vous hais".Pour les encyclopédistes du cinéma,à voir Rock Hudson et Tony Curtis débutants.

La horde sauvage

   Ainsi le Western serait déjà mort plusieurs fois.Ses meurtriers,une bande d'outlaws:la télé,la science-fiction qui a remplacé ses héros,les spectateurs peu motivés et quelques tueurs à gages de talent comme Sergio Léone ou Sam Peckinpah.La horde sauvage(1969) est évidemment loin du cinéma d'Anthony Mann.On a l'impression que non pas 20ans mais un siècle les sépare.Peckinpah,nourri de mythologies du cinéma d'action et d'espace, dirige une bande de quinquas bourrés de colts et de mauvaises habitudes pour qui les valeurs de l'Ouest de légende ne valent plus un mauvais whisky.Ces gens là n'ont plus rien à perdre pas même une vague conscience politique du côté de la Révolution Mexicaine qui a de temps en temps recyclé quelques héros douteux et viellissants.

   Les chasseurs de prime de l'autre bord sont aussi abrutis et bas de plafond.Tout ce beau monde va soigneusement s'étriper rouge vif dans une sorte d'oratorio pour gunfighters avec quasi mise au tombeau de mon enfance westernienne.Film charnière,film charnier,film important et soleil couchant sur cadavres.Vous avez dit eastwoodien?

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06 octobre 2006

Eleveurs et Mormons

   La mythologie du western a ses références bien précises et ses personnages aussi. En voici deux qui font partie du paysage westernien par excellence.

  Ciel rouge  Les éleveurs,essentiellement les gros éleveurs sont souvent des exploiteurs avec un patriarche et des enfants moins courageux en général.Le vieil éleveur est souvent veuf,allez savoir pourquoi, et au soir de sa vie se pose des questions existentielles. Dans le méconnu Ciel rouge(48) de Robert Wise avec Mitchum très jeune et peu bavard le puissant propriétaire n'est pas si antipathique dans le conflit qui l'oppose aux profiteurs. C'est une réalisation des studios RKO que Serge Bromberg ce cinéphile qui ne se prend pas la tête nous présente très simplement.

    Les Mormons traversent fréquemment le paysage western avec leur air peu avenant et leurs jolies filles de noir vêtues. En général ces joiles filles tombent amoureuses de modestes cowboys qui doivent alors s'arrêter de boire. Le Mormon de cinéma est très raide et ne plaisante pas comme en témoigne Le convoi des braves(50) de John Ford, l'un de ses films préférés d'après Bromberg.Ce film sans vedettes met en évidence trois des acteurs favoris de Ford,les grands seconds rôles Ben Johnson,Harry Carey Jr. et Ward Bond bien connus des fordiens. C'est un beau film noir et blanc qui reprend le thème éternel de la Terre Promise avec ses chariots,ses ornières et ses bals violonneux.et pas mal d'humour comme toujours chez John Ford. Et ces plans sur la caravane sont vraiment de toute beauté.

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04 octobre 2006

Majeur,Dundee


La version DVD De Major Dundee de Sam Peckinpah(1965) est une réussite que n'aurait pas désavouée l'auteur.Je n'avais jamais pu visionner qu'une version tronquée.Major Dundee est une charge qui n'a rien d'héroïque,de fantastique(célèbres titres de Ford et de Walsh).Le film serait à la limite plus proche de la Charge victorieuse,de John Huston,vision amère de la Guerre de Sécession(51).


Après la Guerre Civile le Major Dundee(Charlton Heston) se lance à ,la poursuite d'Apaches assassins à la tête d'un conglomérat de soldats nordistes,de rénégats indiens,d'adversaires sudistes et même de noirs.Le capitaine sudiste(Richard Harris),son ennemi juré,fait allégeance jusqu' à la fin de la vengeance...


De très belles scènes,nocturnes notamment,des passages de rivière,une excellente utilisation des décors naturels mexicains confèrent au film une qualité rare.Une galerie de personnages,indispensable à toute action de groupe,nous présente entre autres un éclaireur manchot(James Coburn),de jeunes officiers pleins d'illusions,un pasteur qui fait le coup de poing.


Mais nous sommes bien dans l'Ouest désenchanté et Major Dundee annonce par sa violence et ses couleurs le brûlot que Sam Peckinpah sortira en 69,la Horde sauvage,sorte d'Apocalypse now du western qui enterrera définitivement le romantisme relatif et le lyrisme un brin naïf de tant de films sur l'Ouest,souvent très bons par ailleurs et qui auront fait du genre western "le cinéma par excellence".J'ai toujours pensé que s'il ne devait rester qu'une image de cinéma ce serait celle d'un cavalier faisant boire son cheval avant quoi?l'action(Action/moteur,les mots du metteur en scène).

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20 septembre 2006

Anthony Mann sans James Stewart


Anthony Mann,admirable utilisateur du temps et de l'espace à l'Ouest,n'est pas que l'auteur d'une "pentalogie"(néologisme que je viens d'inventer) avec James Stewart.Pour mémoire:Winchester 73,Les affameurs,L'appât,Je suis un aventurier,L'homme de la plaine.J' ai vu La charge des tuniques bleues(55) dont le titre français très guerrier fleure bon les années 50.En V.O.The last frontier correspond mieux à cette notion de géographie dont tout bon western est pourvu.


J'avoue que cette affichette fait plus penser à  un album d'enfants qu'à un western épique.Sans être inoubliable The last frontier nous présente trois archétypes solides et classiques:l'officier viellissant et borné(Robert Preston),en clair la baderne(Avez-vous remarqué qu'une baderne est toujours vieille?),le jeune capitaine plus idéaliste et en conflit avec sa hiérarchie(Guy Madison) et l'éclaireur(scout),homme des bois,trappeur illettré et ivrogne mais qui veut se refaire(Victor Mature).


              Il y a un fort à défendre,la femme du colonel qui va tomber sous le charme du rustaud.Il y a surtout l'éternel mythe de la conquête de l'Ouest qui a fourni au Cinéma tant de légendes.La pierre  apportée à l'édifice du Western n'est pas ici un mur portant mais un modeste rondin très honorable.Evidemment la "pentalogie" c'est autre chose.


A propos d'affiches voici le somptueux album Le souffle de l'Ouest,composé des affiches de Dominique Blattlin,grand collectionneur et cinémane,nanti d'une préface de Patrick Brion.Vous y retrouverez aussi bien Stagecoach que les cow-boys chantants et les serials du muet,panorama naïf et merveilleux de nos rêves d'être Jesse James ou Davy Crockett.(Carnot et A3 Editions)


27.12.05 16:03

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28 août 2006

In the U.S.Cavalry


Il est très salutaire de retrouver de temps à autre la maîtrise de John Ford,notamment dans la trilogie dite "de la Cavalerie" dont je viens de revoir le deuxième volet,La Charge héroïque(She wore a yellow ribbon) dont le titre original est bien plus fort comme souvent.Sorti en 49,entre Le Massacre de Fort Apache et Rio Grande,comme dirait notre ami Patrick Brion,le film est délicieux par le regard tendre et naïf qu'il jette sur la société militaire des Cavaliers,cette grande famille d'honneur et de tradition.Tourné pour la RKO ce film est un modèle du genre hommage parsemé de jolies scènes.On peut citer les bagarres mémorables et très fordiennes de Victor McLaglen,l'émotion de John Wayne chaussant ses lunettes pour son cadeau d'adieu à l 'armée,et ce merveilleux soleil couchant qui le voit ratttrapé par la Cavalerie pour une promotion ultime.Si ce n'est pas cela l'emploi des seniors...


Dans ce film et dans les deux autres,tous d'après des récits de James Warner Bellah,on retrouve les interprètes fétiches de John Ford,le grand Wayne,magistral en officier vieillissant,McLaglen éternel abonné de sa propre trilogie,alcoolique,irlandais,bagarreur,Ben Johnson,vieux complice de tant de westerns.Enfin on retrouve le studio magique de Ford:Monument Valley.Ce DVD  de la collection RKO est préfacé de façon simple,enjouée et non pontifiante par Serge Bromberg,ce fou du patrimoine ciné.

http://www.youtube.com/watch?v=za3AKJG1Lo4 Rio Grande!

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04 juillet 2006

Du travail de pros

Richard Brooks n'est pas un spécialiste du western.D'ailleurs ses trois films relevant du genre sont plutôt des westerns tardifs quant à l'action qui s'y déroule,que ce soit La dernière chasse,La chevauchée sauvage ou Les professionnels que je viens de revoir dans une jolie copie DVD.Brooks est avant tout un écrivain et scénariste et l'idée du film repose sur une arnaque astucieuse et une fausse demande de rançon.C'est donc un western assez southern(au Mexique) et contemporain(on y voit une automobile).C'est aussi un western pyrotechnique ou l'arme principale s'avère la dynamite,ce qui nous vaut un feu d'artifice d'anthologie dans l'hacienda.

      On sent bien la sympathie de Brooks pour la Révolution mexicaine et on n'en est pas surpris quand on connaît ses opinions.Mais c'est aussi un excellent film d'action avec chevauchées,attaque de train et guet-apens dans les rochers.Du travail de pros évidemment avec Lee Marvin dans un de ses meilleurs rôles,Burt Lancaster qui n'a pas oublié qu'il a débuté au cirque,Robert Ryan vieillissant et au visage si marqué,Woody Strode discret et efficace en face d'un Jack Palance héros de la Revolucion,Senor.Claudia Cardinale est l'objet de la transaction et Brooks égratigne les Yankees à travers Ralph Bellamy,vieille baderne,fossoyeur du Mexique.

     Ce n'est pas un film à thèse et l'humour y est aussi bien présent:Les professionnels demeure un spectacle cinématographique d'une facture classique,narrative et fluide qui vaut le coup.

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04 juin 2006

Peckinpah,premiers pas

Une curiosité:le tout premier film de Sam Peckinpah,très peu vu en France.Il s'agit d'un road-western dont le cercueil d'un enfant est l'enjeu puisque son meurtrier accidentel accompagne la mère de l'enfant en territoire apache pour l'enterrer près de son père.Titre français(si j'ose dire)New Mexico,en V.O. The deadly companions.C'est encore un western à budget limité,mais bénéficiant d'un bon scénario avec la superbe rouquine Maureen O'Hara en mère courage qui ne s'en laisse pas compter,avec une vengeance post-Guerre de Sécession,avec de bonnes idées,l'enfouissement du chariot ou la recherche de la tombe du père dans une mission fantôme très cinégénique.


New Mexico

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08 avril 2006

Deux films auxquels n'a pas coupé Burt

Avant tout je présente mes excuses pour ce titre dont la drôlerie n'échappera à personne.Les chasseurs de scalps(68) est le premier western de Sydney Pollack avant Jeremiah Johnson,beaucoup plus ambitieux. Cependant The scalphunters  ne manque pas de qualités et surprend. Je n'avais jamais vu ce film qui est une histoire de l'ouest tendance truculente,voire comique avec des traits d'esprit. Burt Lancaster y incarne un trappeur qui se voit gratifié d'un esclave noir plus intelligent que lui, qui sait lire et s'adapter même prisonnier des chasseurs de scalps de Telly Savalas,célèbre chauve série(rigolo,ça?)TV.  Des dialogues avec son cheval, d'autres qui vont comme un cheval fou(pardon Arrabal),une bagarre homérique de boue debout et le tour est joué pour un western qui ne prétend pas être un "vibrant plaidoyer antiraciste" mais une farce astucieuse loin d'être idiote.

Lawman

L'homme de la loi(70) de Michael Winner,metteur en scène très peu inspiré de Bronson et de ses histoires de justicier est un western à la trame classique.Un sherif intègre(Burt Lancaster) doit arrêter une brochette de durs et suppléer au marshall local,un ancien devenu trop timoré(Robert Ryan dans un de ses derniers rôles,au visage si marqué. Lee J.Cobb joue le maître des lieux, plus riche psychologiquement que la plupart de ces gros fermiers de westerns,figures emblêmatiques de la prospérité souvent sans scrupules

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