Edgar le magnifique
Faire de ce vieux flibustier de John Edgar Hoover le héros d'un roman passionnant et très éloquent sur la condition humaine est le pari réussi de Marc Dugain(auteur de l'excellente Chambre des officiers).Hoover qui fut le patron du FBI pendant des décennies avait de la démocratie une idée très personnelle.Et une idée de sa nécessité dans les coulisses du pouvoir telle qu'il se jugeait au dessus des suffrages,ayant bien trop peu confiance dans ses concitoyens pour leur demander leur avis.Cet homme fut donc l'un des hommes les plus puissants de l'univer sans jamais être élu nulle part.
Et Marc Dugain,par un très intelligent montage alternant des dialogues,des notes,des comptes rendus d'écoute,des fiches de renseignements mais aussi de petites touches intimes comme les querelles d'amoureux de ces deux vieilles badernes que sont Hoover et son adjoint-concubin Clyde Tolson,parvient à faire d'Edgar un personnage presque sympathique,et surtout terriblement humain.
En effet le roman prend l'allure des mémoires de Clyde Tolson,totalement apocryphes,cela va de soi.Et ainsi l'on assiste à 40 ans de politique américaine vue par le petit bout,très petit parfois,de la lorgnette.La malédiction d'Edgar nous immerge dans les magouilles de ces figures que l'on a pu croire presque angéliques.Et comme nous avions tort.La famille Kennedy qui fit longtemps figure de galerie princière américaine apparaît pour ce qu'elle a dû être ,à savoir une dynastie d'opportunistes allant d'un père fasciste à des rejetons obsédés et addicts à différentes choses.Bref des êtres humains comme vous et moi,quoi. Martin Luther King ce bon apôtre est loin d'être exemplaire et c'est presque mieux comme ça.Ces gens là nous ressemblaient donc.
Je ne me livre pas à l'apologie d'une crapule.J'ai seulement lu un bon bouquin,documenté,qui reste une fiction.Certes Hoover était une canaille,mais une canaille de qualité.Et j'aime la qualité.(Gallimard)
