Les plumes... by Asphodèle: Noir tourbillon
Je remercie Asphodèle qui a reçu dans son bissac les mots suivants: blancheur – doute – débauche – enfance – pureté – accuser – angélique – temps – diablotin – naïveté – mensonge – fredonner – fastueux – flaque.
Je cours dans la ville,ma ville,étouffé et en larmes.Je croise des visages,certains me sont connus,certains me sont amis.J'ai dérapé sur une flaque de gas-oil,je n'ai pas le temps de pester sur cette saloperie de voirie,ni d'en accuser les équipes municipales.Je cours mais je n'ai plus l'âge de courir ainsi.La flotte brouille ma vue,la tempête sous mon crâne culmine.Et le temps,le temps cet assassin aux mains toutes de blancheur et dont on ne perçoit pas les coups bas,le temps me happe et me fait vaciller. Pour en finir?
Je sais que Catherine va mal,que ses maux sont de ceux sur lesquels les mensonges humains n'offrent plus aucune sédation.Je le sais,je n'ai pas la naïveté de m'illusionner.Et c'est Jules qui m'a fait appeler,balayant ses ultimes doutes.Mais as-tu jamais douté,Jules mon ami?Leur appartement m'a rarement semblé si éloigné.Pourtant ni eux ni moi n'avons quitté la ville.Nous modulions nos sorties urbaines,d'un commun accord,tacite mais efficace,pour éviter de reformer le fastueux trio de nos vingt-cinq ans.
Le souvenir,ce diablotin facétieux nous guettait à chaque instant.Pas un bistrot où ne retentisse encore le rire de Catherine.Pas une ruelle où nous n'ayons jadis couru,à boire le vin frais de nos heures chaudes,à fredonner quelque air de caboulot. Plusieurs années que je ne l'ai vue,Catherine,et,haletant et la brume à mon regard,c'est une débauche d'images comme un film nouvelle vague.Elles m'assaillent, mêlant à ce maelstrom cette angoisse,crescendo d'inquiétude,comme un fragment d'une enfance orpheline.Je crois que je vais tomber.Enfin la rue Antoine Doinel,et,presque au bout,dans la pureté d'un halo sous la lune,la grande maison,où les douleurs la vrillent,Catherine,Catherine notre angélique,en partance. Epuisé,vieilli en un soir,il m'attend. Jules m'attend.Je me jette dans ses bras."C'est fini,Jim".
N.B. Ceux qui décéleraient ci-dessus l'influence de H-P. R. et de F.T. auraient bien raison.Ces gens-là m'ont un peu bouleversé. Merci à eux.
