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10 avril 2017

Littérature fictive, peinture véridique

AFFICHE_citoyen_d_honneur

                            J'étais très heureux d'avoir aidé à programmer ce film argentin percutant et corrosif, un peu lesté par une caricature trop appuyée. Mais rien de grave et Citoyen d'honneur a été bien accueilli. Cette fable assez cruelle pourrait être illustrée par deux proverbes. La Roche Tarpéienne est proche du Capitole et Nul n'est prophète en son pays. Daniel Mantovani, Prix Nobel de littérature revient dans sa ville natale, Salas, au fin fond de la campagne argentine. Reçu d'abord comme un héros le ton change assez vite et chacun au pays a de bonnes raisons de lui en vouloir. N'aurait-il pas plus ou moins ridiculisé ses anciens concitoyens dans son oeuvre romanesque, écrite en Europe où il réside depuis trente ans? Ceci est arrivé à de vrais Prix Nobel, Faulkner ou Garcia Marquez par exemple.

                    On n'écrit jamais que sur soi, semble se dédouaner Daniel. Et comme c'est vrai, surtout quand on a du mal à écrire, croyez-moi. Alors il se peut que l'on n'intéresse personne. Exercice hautement narcissique. Ainsi les auteurs du film, le duo argentin Mariano Cohn, Gaston Duprat, parviennent à équilibrer à peu près leur propos. Le grotesque de la plupart des gens de Salas vu par les cinéastes dédoublant ainsi leur identification aux livre de Mantovani, il m'apparait que la barque est un peu trop chargée d'un cynisme que d'aucuns auront trouvé malsain (l'ami Strum ici étant de ceux-là). Il n'a pas tort mais moi, modeste passeur de programmes, j'ai apprécié les réactions du public qui a plutôt passé un bon moment, la fin style Comte Zaroff finissant presque par... cartoonner. Souvent comparé aux grandes heures de la comédie italienne, c'est vrai qu'on y verrait volontiers Sordi ou Manfredi, Citoyen d'honneur est tout de même loin des meilleurs Risi, Germi ou Monicelli. Pardon à Dino, Pietro, et Mario (nous étions très proches) mais vous-mêmes n'avez pas toujours été d'una grande finezza.

                    Là je viens de me relire et me trouve d'une prudence de jésuite qui confine à l'hypocrisie. J'aime bien un peu d'hypocrisie.

AFFICHE_PAULA

                      Paula raconte quelques années de la vie de Paula Modersohn-Becker, peintre allemande (1876-1907). Découverte pour le public, moi y compris, cette artiste que l'on entrevoit seulement maintenant en France suite à l'expo 2016 au Musée d'Art Moderne de Paris est en fait une pionnière. Dans un monde régi par et pour les hommes, art compris, Paula aura l'énergie de quitter son mari lui-même peintre conventionnel dans le nord de l'Allemagne. Elle vivra quelques annnées à Paris sans vendre aucune toile. Comme souvent, et peu à peu, c'est plus tard que son aura grandira et le premier musée consacré à une femme peintre lui sera dédié à Brême.

Tete-jeune-fille-blonde-coiffee-chapeau-paille-vers-1904_1_1400_1104

                   Ses tableaux, et je laisse cela aux exégètes, annoncent l'expressionnisme mais surtout reflètent peut-être pour la première fois le regard d'une femme. Ceci considérant, et c'est discutable, que d'autres femmes peintres, il y en avait quelques-unes, classiques, impressionnistes, peignaient  "comme les hommes". Ses portraits, autoportraits, assez torturés, peuvent bouleverser tant on y sent un un souffle et un siècle nouveau, qui sera douloureux ou ne sera pas. Paula, le film de Christian Schwochow, vaut à mon avis surtout par le tableau nordique de la communauté des peintres traditionnels, et paradoxalement je me suis plus intéressé à son mari Otto, certes maladroit  mais sincèrement amoureux de Paula. L'aventure parisienne, resserrée par le scénario, m'a semblé par contre assez banale malgré la présence de Rainer Maria Rilke, ami de Paula, et n'échappe guère aux clichés. Je conclurai ainsi: Paula est plus à voir en peinture qu'au cinéma. Ceci n'engage que moi.

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Commentaires
C
Jésuite ? Mais pourtant c'est vrai que nos grands italiens n'y vont pas toujours avec le dos de la cuillère. La caricature est un genre qui a ses lettres de noblesse. Ce n'est pas obligatoirement mauvais ou négatif ?
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S
Merci pour le lien Edualc. Tu connais mes sentiments sur Citoyen d'honneur mais je suis toujours heureux de lire quelqu'un de plus indulgent ou prudent que moi (parfois, c'est bien la casuistique). :)
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S
Je note ces deux films, mais je me contenterai de les voir à leur sortie DVD.<br /> <br /> <br /> <br /> J'aime bien ta prudence de jésuite :)
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C
Je vois la passion t'animer et ça me suffit pour être contente.<br /> <br /> Le second film me tente davantage que le premier.<br /> <br /> Peut-être parce qu'il y est question de Rilke... ;-)<br /> <br /> Kisses from miss Williams and attb<br /> <br /> ¸¸.•*¨*• ☆
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D
Rebonjour (soir) eeguab, grâce à toi, je suis allée à une séance de Citoyen d'honneur à 19h ce soir, il y avait une trentaine de spectateur dans la salle du Saint-Germain des prés et j'ai aimé ce film, le ton, Le fait que cela soit découpé en chapitre. On peut trouver les personnages de Salas caricaturaux mais pas tant que ça par certains côtés. On peut comprendre que l'écrivain soit parti. Bonne soirée.
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V
J'avais lu la critique de Strum sur Citoyen d'honneur. Il n'y va pas avec le dos de la cuillère et m'a refroidi. Ton avis ne me réchauffe pas beaucoup. <br /> <br /> Dommage que Paula soit selon toi moyen car j'ai découvert cette artiste avec le livre de Darrieusecq et sa peinture m'avait intrigué. Selon moi, elle ne peut laisser indifférent. Et raconter sa courte vie pour mettre le doigt sur la fulgurance de son œuvre était une bonne idée. <br /> <br /> A bientôt.
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D
Bonjour eeguab, je regrette de ne pas avoir encore vu Citoyen d'honneur malgré les réserves de Strum. Les critiques du Masque et la Plume en ont dit du bien. Et puis en général un film venant d'Argentine me tente toujours. J'ai vu qu'il se donne encore à Paris. Pourquoi pas. Bonne fin d'après-midi.
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A
Je pense que ces deux films m'auraient bien plu ! J'ai beaucoup entendu parler de Paula dans les écrits de Rainer Maria Rilke, même si l'époque considérait sa peinture comme un passe-temps original davantage que l'émergence d'un vrai talent et d'un regard différent... Merci Edualc pour ces cours de cinéphilie, fort précieux quand on ne peut aller au cinéma comme toi,ton avis est important ! Bises et à ttds :) ;)
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