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9 décembre 2018

Et vous, à sa place?

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                                 Une âme pouvait être détruite de trois manières: par ce que les autres vous faisaient; par ce que les autres vous contraignaient à vous faire à vous-même; et par ce que vous choisissiez volontairement de vous faire à vous-même. Chaque méthode était suffisante, mais, si les trois étaient présentes, le résultat était imparable.

                                 J'ai voulu introduire par une citation cette chronique commune avec ma colistière La jument verte de Val. Car l'essentiel est là, dans ce résumé du statut de l'artiste en pays de dictature. Julian Barnes, auteur dont je ne ne connaissais que l'adaptation ciné de son roman Une fille, qui danse, devenu sur les écrans l'excellent A l'heure des souvenirs, a écrit une sorte de biographie partielle et et libre du compositeur Dimitri Chostakovitch. De quel espace de liberté jouit-il précisément sous le joug stalinien? Et de quel droit jugerions-nous aujourd'hui l'hier de la glaciation soviétique? Ou tout autre régime autoritaire évidemment.

                               Julian Barnes l'exprime très bien, un artiste n'existe réellement que par ses oeuvres. Encore faut-il les montrer ou les faire entendre. Chostakovitch est passé sous le fer soviétique du stade d'étoile adulée, de musicien du siècle, comblé d'honneurs, au rang de suppôt rétrograde, rénégat et accusé de formalisme bourgeois, Oncle Jo n'ayant pas apprécié une représentation de Lady Macbeth du district de Mzensk. Chostakovitch échappa au pire mais dut de longues années subir la terreur ordinaire, la crainte d'hommes de la nuit silencieux et rapides, qu'il attend sur son palier. Eut-il de "remarquables facultés d'adaptation"?

                               Stratégie d'un enfermement moral, persécutions du quotidien et du dérisoire, puis liberté très surveillée y compris lors de  ses voyages en Amérique. Dans ce grand pays d'absurdie on ne peut même se fier si peu que ce soit à son interrogateur, la versatilité de la tyrannie étant telle que le questionneur d'un soir peut le lendemain avoir à rendre des  comptes. Le fracas du temps est un grand livre, un livre effrayant sur l'homme et les perversions du pouvoir. Aucune épouvante dans ce livre. Pire, la banalité des jours d'un régime immonde. Là nous sommes dans la version est. Il existe d'autres modèles en d'autres points cardinaux.

                               Mais être un lâche, c’était s’embarquer dans une carrière qui durait toute une vie. Vous ne pouviez jamais vous détendre. Vous deviez anticiper la prochaine fois qu’il vous faudrait vous trouver des excuses, tergiverser, courber l’échine, vous refamiliariser avec le goût des bottes et l’état de votre propre âme déchue et abjecte. Etre un lâche demandait de l’obstination, de la persistance, un refus de changer – qui en faisaient, dans un sens, une sorte de courage.

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Commentaires
A
Je connais à peu près l'histoire, mais Julian Barnes évidemment c'est tentant. J'ai "la fille qui danse" dans ma PAL, après avoir vu et aimé le film. Je laisse passer un peu de temps pour ne pas parasiter ma lecture avec les images du film.
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V
J’ai beaucoup aimé cette biographie partielle, le procédé choisi permet à la fois de mieux voir l’évolution de cet homme tout en approfondissant ses pensées .... <br /> <br /> il est effectivement difficile de dire .vu de nos existences privilégiées, ce que nous aurions fait ...<br /> <br /> <br /> <br /> En brefun excellent livre , intéressant sans être pesant... et qui fait réfléchir...<br /> <br /> Bisesss et à bientôt
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C
Glaçant comme tous les livres qui parlent de ce loup qu'est l'homme...<br /> <br /> Mais tu en parles bien, en extraits choisis. Tu as raison, du nord au sud et d'est en ouest, les egos surdimensionnés et névrotiques exercent ce qu'ils croient être leur pouvoir, mais qui n'est au fond que l'expression de leur impuissance.<br /> <br /> Big kisses from me.<br /> <br /> Waiting for a sign<br /> <br />  •.¸¸.•*`*•.¸¸☆
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V
Les deux extraits que tu as choisi sont vraiment remarquables. J'allais dire que je ne connais pas Chostakovitch et à te lire il semble que par le prisme de ce livre on en apprend beaucoup sur son parcours. Cela ne semble pas la vie d'un homme "extraordinaire" mais plutôt celle d'un homme ordinaire dans un pays peu ordinaire. <br /> <br /> Ton enthousiasme me donne toujours envie de te suivre.<br /> <br /> A bientôt.
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