Westerns au Cinéma Palace
La salle s'appelait le Palace comme quelques centaines d'autres en France,toute fin des années cinquante, ambiance Eddy Mitchell,ce cinéphile de quartier(de noblesse).Je revendique d'ailleurs le satut de cinéphile tendance Eddy Mitchell,qui a commencé par Alan Ladd et Glenn Ford avant de se diriger vers Fellini,Welles,Eisenstein et tutti quanti...Je suis et serai toujours un intégriste de la pluralité,pas seulement en cinéma.Il n'y avait cinéma dans ma petite ville que vendredi,samedi,et dimanche. C'était l'âge d'or du western,ce genre majeur et unique qui devait dépérir et se dessécher,malgré les diverses renaissances annoncées qui tiendront plus d'utime viatique que de nouveau départ.Des deux films ici chroniqués je me souviens des affiches dans le hall et dans la rue,rue où je passais dès le jeudi pour connaître le prochain programme, développant un syndrome François Truffaut qui m'emmènerait plus tard vers Rossellini ou Kurosawa.Je vous parle d'un temps sans Internet et sans boîte vocale annonçant les programmes d'un ton un peu désincarné.
La vallée de la poudre(58),alias The sheepman,met en scène des quadrupèdes peu en cour dans les westerns.Les éleveurs de bovins voyaient d'un très mauvais oeil ces nouveaux venus,les accusant des pires défauts.Glenn Ford débarque avec ses moutons dans la vallée,mise en coupe comme il se doit par une vieille connaissance et si la comédie affleure au début du film les choses se gâteront bien vite.Pas de surprises mais de belles couleurs,le charme de Shirley MacLaine toute jeune et un règlement de comptes dans Main Street,rituel inamovible à cette époque pour que le bon triomphe du méchant.Glenn Ford a toujours insufflé à ses rôle de cowboys une bonne dose d'humour.

L'or du Hollandais (The badlanders,58) est d'après le générique un réadaptation dans le cadre de l'Ouest de Quand la ville dort(The asphalt jungle),le roman de William Riley Burnett,auteur dont j'ai plusieurs fois parlé ici.Je n'ai guère reconnu l'intrigue et de toute façon le film de Delmer Daves est très inférieur au thriller de Huston.Pourtant les aventures d'Alan Ladd et Ernest Borgnine,sortant du bagne et fomentant comme tout détenu frais libéré le dernier bon coup se laissent voir avec plaisir.J'ai particulièrement aimé les scènes dans la mine et la bonhommie des héros,dans une histoire qui lorgne un peu vite vers le happy end de service.Film mineur de Daves par rapport aux Passagers de la nuit,La flèche brisée,La dernière caravane ou 3h10 pour Yuma,sans les fulgurances et la noirceur de Quand la ville dort,L'or du Hollandais est un placement tranquille qui nous ramène gentiment au Cinéma Palace.



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William A.Wellman est certes moins connu que John Ford,Anthony Mann ou Delmer Daves.Il n'a réalisé que quelques westerns.L'étrange incident(1942),parfois titré l'Aube fatale(The Ox Bow incident), raconte l'histoire d'un lynchage,souvent survolé dans de nombreux westerns.Ici la justice sommaire est au coeur du film dès le début et Wellman mène l'action dans toute sa cruelle cohérence jusqu'à son terme, inéluctable,effrayant dans toute sa sécheresse.Wellman ne cherche ni à plaider,ni à adoucir.Il témoigne et c'est terrible d'efficacité.Henry Fonda est l'honnête homme qui ne pourra changer les choses et Anthony Quinn un Mexicain victime de l'air du temps.
Son premier western est une variation de plus sur la chanson de geste de l'Ouest la plus courue,qui contient à elle seule les thèmes éternels de la conquête et de la quête de ce Graal version grands espaces qu'est depuis toujours la ruée vers l'Ouest.Le retour de Frank James(1940) inscrit dans l'espace western le thème très langien de la vengeance,déjà très présent dans ses films allemands et qui le sera plus encore dans Chasse à l'homme,Réglements de compte.Frank James(Henry Fonda) sortira de sa retraite pour appliquer lui-même la sentence envers l'assassin de son frère Jesse.Très important aussi,le code de l'honneur qui dicte la conduite des trois héros des westerns de Lang,Henry Fonda,Randolph Scott et Arthur Kennedy.


Raoul Walsh,maître de l'action tambour battant,a vécu plusieurs vies et fréquenté entre autres David Wark Griffith,Erich von Stroheim et Pancho Villa.Autant dire que Walsh n'est pas un cinéaste de salon mais un buriné qui avait perdu un oeil sur le tournage de In old Oklahoma.Son complice préféré était Errol Flynn comme lui très à l'aise dans différentes activités comme les femmes,la bagarre et le whisky.Mais c'est Clark Gable qui est le héros des Implacables(54).Gable n'est pas un héros westernien comme Wayne ou Stewart.Il vient plus de la comédie de séduction et n'est plus un jeune homme au milieu des années cinquante.





J'avoue que cette affichette fait plus penser à un album d'enfants qu'à un western épique.Sans être inoubliable The last frontier nous présente trois archétypes solides et classiques:l'officier viellissant et borné(Robert Preston),en clair la baderne(Avez-vous remarqué qu'une baderne est toujours vieille?),le jeune capitaine plus idéaliste et en conflit avec sa hiérarchie(Guy Madison) et l'éclaireur(scout),homme des bois,trappeur illettré et ivrogne mais qui veut se refaire(Victor Mature).
A propos d'affiches voici le somptueux album Le souffle de l'Ouest,composé des affiches de Dominique Blattlin,grand collectionneur et cinémane,nanti d'une préface de Patrick Brion.Vous y retrouverez aussi bien Stagecoach que les cow-boys chantants et les serials du muet,panorama naïf et merveilleux de nos rêves d'être Jesse James ou Davy Crockett.(Carnot et A3 Editions) 
