Le fleuve Savage
Il a fallu attendre sa mort ou presque
pour que soient traduits en France les livres de ce fabuleux conteur de l'Ouest qu'est Thomas Savage(1915-2003).Mieux vaut tard que jamais et ça valait le coup.A ma connaissance trois livres sont parus.Un petit mot sur les deux que j'ai lus.
Rue du Pacifique est la description d'une petite ville du Montana,état natif de Savage,au début du siècle et juste après la Grande Guerre,qui,on l'ignore souvent,a changé les esprits aussi en Amérique.Des fortunes se construisent(on pense,un tout petit peu à La splendeur des Amberson,qui se passait à l'Est, roman de Booth Tarkington,film du grand Welles). Que voilà un compliment!
Affairisme,humiliation,rivalité des clans. Tout y est pour une sorte de tragédie,avec essor des communications et la très fine évocation d'un continent en train de muter. Thomas Savage ne donne pas dans la saga,souvent agréable mais parfois interminable. Sobrièté et profondeur qui impressionnent et nous font mieux connaître cette époque post-westernienne. La musique de Savage est habile à nous transporter dans la peinture de l'Ouest américain et des âmes qui l'habitent.
Le pouvoir du chien explore la psychologie de deux frères à la tête d'un ranch.Le mariage de l'un et la misogynie de l'autre iront à la lisière du drame en un roman intense et secret qui a conduit certains critiques français à évoquer un Giono qui aurait émigré.Pourquoi pas?Je pense, moi, que Savage se rattache à l'extraordinaire cortège des écrivains américains qui transcendent la courte histoire de leur pays pour lui donner la littérature la plus aboutie.A noter une troisième parution,La Reine de l'Idaho.Bonne lecture chez Belfond ou 10-18.



Je n'avais jamais vu Un violon sur le toit de Norman Jewison,adapté d'un succès de Broadway(71) et craignais des longueurs et des mièvreries de cette histoire du folklore yiddish d'Europe Centrale.Malgré trois heures le film tient ses promesses et Jewison a réussi un bon spectacle assez familial où tous les numéros musicaux sont excellents.Toutes les danses,le mariage,les traditions sont bien rendues au son d'une musique entraînante et le comédien israëlien Topol est confondant de truculence et d'humanité ayant fort à faire avec cinq filles à marier.Le destin des Juifs d'Ukraine vire au grave,sans excès de mise en scène,avec les pogroms et l'exil et de modestes valises sur les chariots.Bravo,pour cette silhouette d'un violon sur le toit,comme une cigale parmi toutes ces fourmis laborieuses.




