Le médecin et le yakuza

L'ange ivre(1948) est l'un des premiers films d'Akira Kurosawa.Cinéaste des bas-fonds de l'après-guerre japonaise l'attirance pour cette frange du peuple nippon ne le quittera jamais.Dans L'ange ivre la caméra revient souvent sur une sorte de marécage faisant office de déchetterie.Les personnages y passent tour à tour.On dirait que c'est le pays tout entier qui crache le sang comme le gangster soigné par le médecin alcoolique.Les rapports entre ce bandit qui ambitionne de devenir le parrain local et ce médecin qui fait de l'humanisme bourru sans le savoir sont parmi les plus beaux du si riche cinéma de Kurosawa.
Dans l'Empire du Soleil Levant de 1948,post-apocalyptique comme presque tout le cinéma japonais les dancings ressemblent à ceux de Chicago et les voyous pourraient sortir d'un film de Scorsese,par ailleurs grand admirateur de Kurosawa.Les personnages féminins ne sont pas sacrifiés,surout la jeune fille en voie de guérison,très fraîche et enjouée.C'est bien sûr l'affrontement des deux hommes:le yakuza qui finit par douter et le toubib plein de bonne volonté faillible qui crée la tension et les scansions de L'ange ivre.C'est aussi le premier rôle de Toshiro Mifune chez Kurosawa.Les deux hommes ne se quitteront plus et Mifune deviendra le seul acteur nippon connu en Europe.Son jeu,assez occidentalisé,me fait penser à Brando pour le côté chien fou et à Gassman pour le côté hableur.Pardon pour ce raccourci.

Le marécage,symbole d'un Japon perdant et perdu, permet à Kurosawa des plans splendides aux accords d'un guitariste dans l'ombre.Je n'en citerai qu'un:le bandit, très affaibli par la tuberculose, est adossé contre l'un des rares arbres du cloaque.L'arbre est rachitique et l'homme,voûté de douleur,ressemble à un chômeur italien culpabilisant.Quel compliment!











Dino Risi est le maître de la comédie italienne florissante.Il n'est pas le seul et Monicelli, Comencini,encore de ce monde également lui ont donné ses titres de gloire.La marche sur Rome(1962) reprend le thème de la "débrouillardise" en temps de guerre ou de révolution.Je vois dans ce registre une trilogie formidable.La grande guerre de Monicelli(59) nous emmène dans le sillage d'un duo d'enfer Gassman-Sordi,ces extraordinaires histrions capables de vendre des cotillons le jour des obsèques.Fainéants de première,Pieds Nickelés à la transalpine,les deux hurluberlus se verront magnifiés et comble d'ironie pour ces profiteurs,mourront héros de la Résistance.On sait que l'irruption du tragique dans le burlesque est l'essentiel de ces comédies féroces et que le destin d'Oreste et Giovanni se conjuguera par le petit bout de la lorgnette dans la grande histoire italienne.
La grande pagaille de Comencini(60) avec un Sordi ébouriffant nous installe dans le climat de déréliction qui suit la destitution du sympathique Mussolini.Officiers, sous-officiers,soldats,civils cherchent à rentrer à la maison(titre original Tutti a casa),éventuellement à retourner leur veste et surtout à sauver leur peau.Ce film remarquable suscite le rire mais aussi l'émotion et pas mal de réflexion sur la condition humaine et la limite très étroite entre la lâcheté et le courage qui sont parfois frères d'armes.







Ne pas se fier à ce titre digne d'une collection fleur bleue.J'en profite pour dire que je n'ai aucun mépris pour ces lectures car je pense que le seul fait de se plonger dans les pages d'un roman fût-il dit de gare est déjà un voyage.Sandro Veronesi m'était inconnu mais le Domaine étranger de 10/18 m'a déjà donné tant de bonnes surprises que je n'hésite guère à me lancer dans une nouvelle rencontre littéraire.Bien m'en a pris car La force du passé est un roman étonnant et interrogatif.Un auteur à succès de livres pour la jeunesse voit soudain l'irruption curieuse dans sa vie d'un personnage bizarre qui prétend avoir bien connu son père qui vient de mourir.Et cet homme lui livre un secret.Le père de Sandro,ultra-conservateur notoire était en fait un espion russe.A partir de là Sandro va vivre quelques jours difficiles dans l'attente d'une vérité.Mais quelle vérité?







