A la frontière du fantastique,Leo
Pour Leo Perutz justice sera rendue bientôt je l'espère. Il rejoindra Schnitzler,Musil,Zweig,Roth au paradis des auteurs dits "viennois".Ignorer Perutz est à mon avis une faute de gôut et une privation de liberté littéraire. Faisons un peu connaissance si vous voulez. Leo Perutz est en fait un Juif né à Prague comme Kafka quelques semaines plus tard.Fonctionnaire dans les assurances il quitte Prague pour Vienne, alors centre culturel de l'Europe et qui vit ses dernières années de prestige.Tous partiront et pour cause: Zweig, Freud,Musil,Kokoschka.
On définira Perutz comme un croisement entre Agatha Christie et Kafka. Certes réducteur mais assez juste. Toute son oeuvre sera imprégnée d'inquiétude et de culpabilité souvent englobées dans des histoires d'aventures ou d'enquêtes.Le Judas de Leonard nous entraîne dans la Renaissance Italienne quand le Maître cherche un modèle pour La Cène.
Le tour du cadran qui intéressa Murnau et inspira Hitchcock narre 24 heures de la vie d'un prisonnier échappé aux mains menottées et qui comprend tragiquement le sens des expressions tendre les bras ou les mains dans les poches. Fort drôle et souvent pathétique ce roman se dévore à condition de pouvoir tourner les pages.
Le cavalier suédois est peut-être le plus connu et constitue un merveilleux conte sombre et fantasmagorique. Rêve et destin se conjuguent dans les aventures d'un brigand repenti signataire d'un pacte avec un fantôme.D'une écriture somptueuse qui emprunte au roman gothique et au fabliau Le cavalier suédois est le meilleur accès au pays de Leo Perutz.
Le Cosaque et le Rossignol,conçu au départ comme un scénario proche de Lubitsch, n'a jamais été tourné. C'est une variation brillante sur les amours d'un général et d'une cantatrice troublés par un fakir. Mais tous les livres de Perutz sont à conseiller:il y a encore les nouvelles de Seigneur,ayez pitié de moi! et d'autres romans, Le Maître du Jugement dernier, Le miracle du manguier,etc... Aux éditions 10/18 et Phébus.





Au programme deux films réalisés par Jean Renoir en Amérique.L'homme du Sud(46) souffre d'une comparaison fréquente avec Les raisins de la colère,oeuvre évidemment plus forte et plus enracinée que cette évocation somme toute assez sage de la dure condition des ouvriers agricoles du sud cotonnier.Le rythme des saisons est bien perçu et on peut peut-être avec beaucoup de volonté trouver quelques ressemblances avec mon cher Néoréalisme.J'ai dit peut-être. Ce Renoir là est estimable mais n'a pas grand-chose à voir avec la corrosion de La règle du jeu ou la subversion du Crime de Mr.Lange. Pour la famille néoréaliste revoir Toni(34).Une originalité:le seul film à ma connaissance où un poisson-chat joue un rôle important.Il a même un prénom que j'ai oublié.
Jolie idée que d'avoir repris 9 ans après le couple qui s'était rencontré à Vienne,autre capitale romantique car nous y voilà,nageant en plein romantisme.Et j'aime ça.Je découvre aujourd'hui même Before sunset mais je n'ai pas encore vu Before sunrise du même Richard Linklater avec les mêmes Ethan Hawke et Juile Delpy.Cette courte histoire de retrouvailles à Paris(Notre-Dame,bateaux-mouches,arrière-cours,cafés et librairie) m' a séduit ou y ai-je vu un peu de Truffaut?(La fameuse fidélité truffaldienne aux personnages,le livre écrit par Jesse,les"Je te raccompagne".L'inspiration est bien sûr très littéraire et nous sommes en bonne compagnie,un peu hors du temps et en toute invraisemblance.Cependant il y a un peu du conte de fées dans ce beau film à contre-courant qui voit les gentils amoureux se retrouver et peut-être que c'est ça la vie,attendre l'occasion de revoir celle ou celui qui aurait pu...Improbable mais le Cinéma est aussi là pour donner corps à l'improbable.Ethan Hawke et Julie Delpy très impliqués ont participé au scénario et leur complicité est manifeste.C'est un peu bavard mais cela rejoint la longue tradition de l'écrivain américain à Paris qui nous a donné Hemingway,Fitzgerald,Miller, James Jones,pas les plus mauvais.J'ai bien envie de voir Before sunrise mais aimerais bien l'avis des cinéphiles. 









Voici l'écrivain que les spécialistes du policier considèrent comme ayant influencé Conan Doyle et Sherlock Holmes; Emile Gaboriau et son détective du XIX° Siècle sont les précurseurs du roman noir. Si vous avez envie d'intrigues criminelles bien ficelées qui explorent la socièté bourgeoise de cette époque entre Les Mystères de Paris et Arsène Lupin ou à peu près plongez-vous dans ces romans très dépaysants tous publiés en feuilletons à l'époque. C'est un régal que de lire ce qu'on appelait des romans judiciaires, les premiers en France à mettre en scène un privé, Monsieur Lecoq, ancêtre de Sam Spade ou Philip Marlowe. Lecture bien agréable en vacances. Gaboriau a beaucoup d'imagination et de la rigueur aussi pour mettre en lumière les minces indices sur l'assassinat du du Comte et de la Comtesse deTremorel,dans le paisible village d'Orcival, en bords de Seine avant l'urbanisation.
Pour moi:une découverte d'un cinéaste éclectique dont les images évoquent avec leur caractère propre aussi bien Rossellini que les maître japonais.