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9 mai 2021

Battant

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                             On redécouvre, enfin c'est mon cas, William Melvin Kelley (1937-2017). Le géant oublié des lettres américaines, écrit 10-18, grande maison du livre s'il en est, qui m'a fait connaitre bien des talents. Après Jazz à l'âme, chroniqué il y a peu, voici Un autre tambour, le premier roman de Kelley (1962). Les deux titres font référence à la musique, mais aussi à l'action, le tambour ayant une consonnance guerrière. Et ces deux beaux romans battent en effet au rythme des pulsations, comme un quartet de jazz, allant à l'essentiel. J'ai pensé au cinéma de John Cassavetes. 

                             Dans une ville du Sud, ce sud de Faulkner, de Caldwell, de Flannery O'Connor, sur lequel on a déjà tant lu, en juin 1957, Tucker, jeune fermier noir, empoisonne sa propre terre, abat son bétail et brûle sa maison. A sa suite toute la population noire quitte la ville. Les blancs de la véranda, réunis comme tous les jours, n'en croient pas meurs yeux. Faut-il se réjouir de cet exode? A travers quelques personnages, notamment la famille Willson, les aristocrates descendants dun général de la Confédération, Kelley nous plonge dans quelques dizaines d'années de cetet histoire du Sud, si douloureux, victime de tant d'incompréhension.

                              On y rencontre pourtant pas mal de bonnes volontés. Une amitié entre un noir et un blanc y est esquissée, battue en brèche par le climat en ces années cinquante. Kelley écrit comme dans une mouvance Richard Wright ou James Baldwin, écrivains "politiques" réfugiés en France un certain temps.Lui-même  a quitté l'Amérique assez longtemps, vécu à Paris et Rome, s'est établi un moment en Jamaïque. Cependant Un autre tambour n'est pas un livre pamphlet et s'apparente plutôt à une fable où Tucker Caliban, descendant d'esclave, devient celui par qui le scandale arrive. Le roman évite le manichéisme, souvent une plaie dans ce genre d'ouvrage. Tucker agit, silencieux, avec un air de Bartleby, le scribe d'Herman Melville, qui préférerait ne pas le faire, son travail. C'est assez impressionnant, Tucker décidant, un jour, de cesser le travail de la terre. Go North Young Man. 

                              Le livre doit son titre à une très belle citation de Thoreau. Si un homme ne marche pas au pas de ses camarades, c'est qu'il entend le son d'un autre tambour. Une phrase qui sonne comme une ébauche de liberté, une majesté.

 

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Commentaires
K
Jazz à l'âme, lu l'an dernier. <br /> <br /> Vraiment très bien, du coup je vais plonger vers ce titre ;-) <br /> <br /> Merci.
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C
Tu as une ferveur de lecture. C'est toujours magnifique quand tu parles d'un livre que tu as aimé.<br /> <br /> Tu fais preuve d'une admirable constance dans tes choix littéraires, et j'aime les gens qui ont de la constance. C'est une qualité qui se perd.<br /> <br /> Tender kisses from miss W<br /> <br /> Atttb<br /> <br /> •.¸¸.•*`*•.¸¸☆
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L
Comme j'aime les quartets de jazz...
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L
Est ce un fait historique ?
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N
J'ai lu un article sur cet auteur récemment et j'ai noté plusieurs de ses titres. Tu renforces mon envie, j'ai hâte de le découvrir !
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V
Waouh, l'histoire que tu esquisses, l'atmosphère qu'elle doit porter, les références que tu donnes, Cassavetes, le Sud de Faulkner et O'Connor, tout ça me va. <br /> <br /> A bientôt Claude.
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