Docteur et dictateur
Je n'avais pas revu le premier film de Richard Brooks depuis 40 ans.Il me paraît toujours très fort bien que les éléments politiques datent des années cinquante.Mais la dictature est un art qui n'est pas encore démodé et on peut tenter de tirer les leçons de cette fable qui a peut-être un peu inspiré Francesco Rosi ou Costa-Gavras. Cas de conscience(1950) met en scène le neuro-chirurgien américain Cary Grant obligé d'opérer le tyran d'un pays d'Amérique Latine,José Ferrer.Pressé par l'opposition de faire mourir son patient en kidnappant sa femme,que va faire le Docteur Ferguson?
Bien des conventions d'époque bien sûr dans ce film américain du libéral Richard Brooks.Je rappelle que libéral n'est pas une insulte.Mais c'est aussi une sorte de thriller intelligent et relativement ambigu comme en témoigne la fin.José Ferrer dont c'est à mon avis l'un des meilleurs rôles est hallucinant de glaciale vérité et de logique tyrannique et m'a fait penser un court moment à Aguirre-Kinski,sacrée référence.
On verra aussi dans ce film une discrète mais efficace critique de l'interventionnisme américain sous les traits les plus séduisants qui soient,ceux de Cary Grant.Moi qui suis paramédical mais pas chirurgien il me semble que mes mains trembleraient si je devais opérer du côté de La Havane,Pyong-Yang,Tripoli ou Téhéran.Et plus encore à Achqabat, Turkménistan,dont vous connaissez peut-être le si sympathique Niazov, président à vie,dont la statue tourne avec le soleil et qui à entre autres interdit l'opéra.Entre autres...


Inédit pour moi ce film d'Alfred Hitchcock est rarement cité par les innombrables fidèles du rondouillard maître du suspense.De fait c'est une comédie américaine plus proche de Hawks ou Cukor,une histoire de couple avec jalousie et parsemée d'humour, pas assez à mon gré, mais néanmoins très sympathique. Hélas je me suis infligé une version française calamiteuse qui gâche la prestance de Robert Montgomery et le trouble de Carole Lombard. Le titre français de l'époque Joies matrimoniales est tombé en désuétude. Bien sûr le film aussi,enfin en partie.
Au programme deux films réalisés par Jean Renoir en Amérique.L'homme du Sud(46) souffre d'une comparaison fréquente avec Les raisins de la colère,oeuvre évidemment plus forte et plus enracinée que cette évocation somme toute assez sage de la dure condition des ouvriers agricoles du sud cotonnier.Le rythme des saisons est bien perçu et on peut peut-être avec beaucoup de volonté trouver quelques ressemblances avec mon cher Néoréalisme.J'ai dit peut-être. Ce Renoir là est estimable mais n'a pas grand-chose à voir avec la corrosion de La règle du jeu ou la subversion du Crime de Mr.Lange. Pour la famille néoréaliste revoir Toni(34).Une originalité:le seul film à ma connaissance où un poisson-chat joue un rôle important.Il a même un prénom que j'ai oublié.
Jolie idée que d'avoir repris 9 ans après le couple qui s'était rencontré à Vienne,autre capitale romantique car nous y voilà,nageant en plein romantisme.Et j'aime ça.Je découvre aujourd'hui même Before sunset mais je n'ai pas encore vu Before sunrise du même Richard Linklater avec les mêmes Ethan Hawke et Juile Delpy.Cette courte histoire de retrouvailles à Paris(Notre-Dame,bateaux-mouches,arrière-cours,cafés et librairie) m' a séduit ou y ai-je vu un peu de Truffaut?(La fameuse fidélité truffaldienne aux personnages,le livre écrit par Jesse,les"Je te raccompagne".L'inspiration est bien sûr très littéraire et nous sommes en bonne compagnie,un peu hors du temps et en toute invraisemblance.Cependant il y a un peu du conte de fées dans ce beau film à contre-courant qui voit les gentils amoureux se retrouver et peut-être que c'est ça la vie,attendre l'occasion de revoir celle ou celui qui aurait pu...Improbable mais le Cinéma est aussi là pour donner corps à l'improbable.Ethan Hawke et Julie Delpy très impliqués ont participé au scénario et leur complicité est manifeste.C'est un peu bavard mais cela rejoint la longue tradition de l'écrivain américain à Paris qui nous a donné Hemingway,Fitzgerald,Miller, James Jones,pas les plus mauvais.J'ai bien envie de voir Before sunrise mais aimerais bien l'avis des cinéphiles. 

Pour moi:une découverte d'un cinéaste éclectique dont les images évoquent avec leur caractère propre aussi bien Rossellini que les maître japonais.






"Vous reprendrez bien un peu d'arsenic,et quelques vieilles comédies américaines,toujours à même d'égayer octobre moribond"
