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26 novembre 2012

Immédiate après-guerre,froide

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             Je découvre vraiment tard ce film de Fritz Lang que l'on rattache volontiers aujourd'hui à sa série antinazie, Chasse à l'homme, Les bourreaux meurent aussi, Le ministère de la peur.J'avoue avoir longtemps pensé que Cape et poignard était un film de cape et d'épée.Cape et poignard était en fait le surnom de l'OSS,ancêtre de la CIA.Gary Cooper y interprète un savant américain inspiré de Robert Oppenheimer.Ce film est l'un des premiers à évoquer le péril nucléaire.En fait il est sorti une fois la guerre finie, climat de guerre froide s'installant vite, ce film s'inscrivit parfaitement dans la logique post conflit.

          Gary Cooper,alors une icône,prête sa longiligne silhouette d'honnête homme à la Capra et d'Américain noble et démocrate expédié en Europe pour la juste cause.Rappelons ici que Fritz Lang était citoyen des Etats-Unis depuis 1935.L'assassinat d'une chimiste hongroise pourtant réfugiée en Suisse,qu'Alva Jasper admirait,l'entraînera en Italie pour poursuivre la lutte aux côtés de patriotes italiens et d'un professeur dont la fille est prisonnière des nazis.Pas flagrant de vraisemblance le film recèle pourtant au moins une perle,une bagarre muette magistrale entre le héros et un traître,l'une des plus réussies que j'aie vues.De plus,comme cela arrivait souvent en ces années où le final cut n'appartenait pas au metteur en scène,la fin est bien moins ambigüe que ce qu'avait voulu faire Fritz Lang.

         Lang qui figurerait,semble-t-il,un peu plus tard sur une liste grise,avait travaillé sur Cape et poignard avec Albert Matz et Ring Lardner Jr qui deviendraient deux des Dix d'Hollywood ,condamnés par la " chasse aux sorcières maccarthyste", cette période beaucoup plus complexe qu'on ne la raconte parfois sommairement.A mon sens il est assez difficile de se faire à ce sujet une opinion d'acier.Voir un film de Fritz Lang reste de toute façon un plaisir de cinéphile et,plus simplement,de spectateur.

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22 novembre 2012

Des mots, une histoire: Haïkaï... et banzaï.

            Olivia,que je remercie une fois encore, et Des mots,une histoire, cette semaine c'est:pièce-progresser-ricaner-dépenaillé-aller-hoqueter-affaires-doué-cygne-tournée-auparavant-supporter-frère-surface-chercheur-projectile. Sobriété, maître mot pour moi de ce millésime 82.

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Hoquetant,exsangue

Impuissant d'aller plus loin

Mon frère m'a laissé.

 

En fin de tournée

C'est vraiment La mort du Cygne

Comment supporter?

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Auparavant,oui

Affaire d'âge assurément

Je taillais en pièces.

 

Surface gelée

Projectiles homicides

Chercheurs mis à nu.

 

Tout dépenaillé

Je ne progresse plus guère

J'entends ricaner.

 

Un court,court moment

Pauvre fou,je m'étais vu

Peu,si peu,doué.

 

 

 

21 novembre 2012

Deux bouquins d'outre-Rhin

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              L'un très bien,l'autre un peu moins bien.H.W.Kettenbach,inconnu.Pas une raison pour l'ignorer.Emprunté avec la simple idée de lire Allemagne comme ça m'arrive régulièrement.La vengeance de David raconte le séjour chez un professeur allemand d'un ami venu de Géorgie.Tous deux se sont connus avant la fin de l'U.R.S.S lors d'un voyage d'études de l'enseignant.Il y a bien eu un vague flirt entre lui et Matassi l'épouse caucasienne.Mais rien d'important,quelques questions à la rigueur sur l'espionnage supposé omniprésent à Tbilissi.

                  Mais sept ans ont passé et la visite de David fait plutôt plaisir à Christian.La tendance à l'incruste du Géorgien prend pourtant de l'importance.Ne se met-il pas, sous prétexte d'éditer la littérature de son pays, à écumer la région en compagnie de la femme de Christian,avocate réputée?Quant au fils de la famille il ne se prive pas de xénophobie.Ajoutez à cela des difficultés d'ordre pédagogique au lycée pour Christian,et l'apparition d'un membre d'une commission pas très nette et un peu barbouze. Vous obtiendrez un roman auquel je trouve un petit air de cinéma d'Europe Centrale indépendant,têtu, drôlatique et qui dit pas mal de choses sur les lendemains de fins d'empires.Infiniment moins intéressant cependant que des auteurs comme Arno Geiger ou le nouveau venu Von Schirach,pour n'évoquer que des écrivains de la nouvelle génération.

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        Sous forme de nouvelles Ferdinand von Schirach revient sur onze affaires criminelles qu'il a eu à traiter,avocat de la défense à Berlin.Ce recueil est passionnant,ces brèves histoires vraies devenant par le style même de l'auteur, sèches et précises,comme écrites au scalpel.Le titre,en toute sa sobriété, Crimes,est à prendre au sens large,pas forcément meurtrier.Von Schirach n'a pas travaillé ses textes comme un polariste,ni cherché à recréer un climat quelconque urbain,banlieusard ou professionnel.Pas d'esbrouffe, pas d'enquêteurs à la vie privée agitée,alcooliques ou névrosés,comme on en lit tant.Non,juriste exemplaire, Ferdinand von Schirach parvient à faire de ses rapports circonstanciés,à la prose glaciale de réalité,des contes cruels dont on finit par ne plus savoir la part de l'imaginaire et celle de l'authentique.

             Lisière de folie,comme ce gardien de musée qui disjoncte toute sa vie parce qu'une statue essaie d'ôter une épine de son pied.Fétichisme limite zoophilie inexplicable,et qui le restera.Invraisemblable barbarie du meurtre d'une femme pas son mari,à qui on finit par néanmoins donner presque raison.Là,un zeste de cannibalisme régressif.Le voyage est ainsi constitué de petites étapes,toutes passionnantes,avec leur lot de surprises.Crimes est effrayant dans cette banalisation de l'horreur,celle qui surgit dans la rue voisine,le métro ou l'université.Un très bon livre,signé de quelqu'un dont l'expérience technique évidente court au long d'un volume qui reste cependant un bel objet littéraire. Parfois ça fait du bien de s'éloigner des récurrents encombrants.

17 novembre 2012

Géographie: Lodi, Californie

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          Si la ville est très peu connue ici la chanson est célèbre.Proche de la capitale Sacramento, Lodi, Californie ,est une cité viticole très active.L'origine du nom est sujette à discussion,ce qui,j'en suis sûr,vous passionne.Est-ce une victoire de Napoléon en Italie ou le nom d'un cheval de course?John Fogerty,patron de Creedence,né à Berkeley,pas très loin,avoue qu'il ne connaissait pas Lodi avant d'en faire une des chansons les plus célèbres de l'album Green river,sorti en 1969,histoire d'un musicien besogneux et fauché coincé dans cette ville.Plutôt péjorative, la chanson,à peine moins connue que le grand tube du disque,Bad moon rising (dont elle fut la face B en single),a pourtant fait beaucoup pour la gloire de Lodi.Pas une raison pour rester "Stuck in Lodi again ".Mais je sais que CCR est resté très populaire sur les blogs.

http://youtu.be/CmFDMf3Tz2Y

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14 novembre 2012

A l'orée du mépris

           Attention terrain glissant.J'ai donc lu Les lisières à peu près comme tout le monde,pas trop de mon plein gré mais,bon,on me l'a prêté.C'est déjà ça.Le pire,si j'ose dire c'est que c'est pas un mauvais livre.Cependant,il était un peu temps d'en finir tant le roman d'Olivier Adam conjugue un réel talent et une arrogance pas possible.Pas envie de dîner avec lui et vu ce que j'ai lu ce serait probablement réciproque.Olivier Adam a pas mal promené sa carrure sur les plateaux télé,ceux qu'il n'aime pas beaucoup dans son livre.Il est fatigant,Olivier Adam,il n'aime guère de monde,et surtout pas Olivier Adam.Il est en même temps plutôt malin,Olivier Adam et il sait retourner les choses en sa faveur sans en avoir l'air.Il tient un peu du prestidigitateur.J'aimerais en dire du mal,je vais le faire,mais avant je suis obligé d'en dire pas mal de bien.Si vous croyez que ça m'amuse.

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          Roman d'expérience,Les lisières raconte la vie d'un jeune quadra,milieu culturel,romancier lui-même,scénariste,branché du bon côté,tolérant mais ne supportant personne.Il a quitté Paris,c'est plus possible Paris,tu t'rends compte, pour la Bretagne.En divorce et souffrant de la situation il a décidé de revenir en cette fameuse lisière,la banlieue parisienne.Le mot est lâché.Retrouvant ses parents,le père avec lequel il est en conflit larvé,la mère effacée et très malade.Et la tendresse,bordel?Il trouvera moyen de nous faire presque croire que sa tendresse filiale,à lui,est d'une autre trempe.Et que,de toute façon,on ne peut pas comprendre.

        Paul en veut à son père de ne pas avoir su l'aimer,possible,mais plus encore de se laisser aller avec l'âge à des idées pas bien, c'est à dire des idées contraires à lui,Paul.Paul,lui,il sait ce qui est bien.Olivier Adam,aussi,manifestement.Et il ne se prive pas de nous le faire savoir.Et là,chose rare,j'ai terriblement envie de le frapper,Paul,pour le punir de toujours avoir raison.Parfois il a vraiment raison.Oh et puis qu'est-ce que c'est compliqué.Car voilà,derrière ce qui tient parfois du fatras prechi-precha pas mal démago quand même,se trouve Olivier Adam,écrivain et très bon qui plus est, quand il décrit ses si difficiles rapports avec son père.Ou quand il revient sur la mer qu'il aime longer et où il fait du kayak pour évacuer ses larmes. Qu'on se le dise,Olivier Adam est un être humain. Un gars qui fait du kayak en Bretagne et boude les salons ne peut être totalement mauvais.

          Mais,car il y a un mais,il m'énerve grave,Paul Olivier Adam (si en plus ils s'y mettent à trois).D'abord il use de facilités et ne nous épargne pas ses sarcasmes littéraires ou sociaux.Guillaume Levy et Marc Musso en prennent un coup.Ca m'a presque donné envie de les lire.Facile,ça,Olivier.Quand il revoit quelques copains de lycée,vingt ans après,il ne fait guère dans la sympathie.Mais comment lui donner tort,c'est souvent une terrible épreuve que d'être confronté à l'échec des autres,qui vous rappelle fâcheusement le nôtre,dans un registre différent,en mieux,ça va de soi.Il y a un peu de Paul en moi,et ça ne me plaît pas,il colle un peu,Paul,et je n'arrive pas à m'en débarrasser totalement.A lire,donc,Les lisières?

      Cependant Olivier Adam,si vous ne m'insultiez pas toutes les quatre pages environ,je finirais par apprécier.Est-on méprisable et nanti parce qu'on ne lit pas le même quotidien?D'ailleurs je n'en lis pas.J'ai parfois eu l'impression d'en prendre plein la gueule, probablement éteint puisque vous êtes éclairé.Votre hémiplégie a fini par m'écoeurer.J'en ai eu marre qu'on me donne des leçons.Si vous ne m'aimez pas,je ne vous aime pas non plus.Mais les baffes,c'est vrai que vous vous les mettez fort bien vous-même.Et c'est diabolique.Vous savez à qui vous m'avez fait penser,Olivier?A ces prêcheurs américains si prolixes et si prompts à mettre en garde les hommes contre les diableries.Un jour on à la preuve de leur duplicité.Ils se mortifient alors,s'accusent du pire,reconnaissent leurs torts à grands renforts de larmes.Et ainsi,les applaudissements redoublent et l'opinion leur redevient très vite laudative.Et les différentes démagogies de se mordre la queue.

    P.S.Accessoirement,et bien que ça m'écorche de l'écrire,vous avez un beau talent d'écrivain,Monsieur Olivier Adam.

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11 novembre 2012

Un combo de maestro

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GEHEIM

           Je n'avais jamais vu le très nerveux et très trouble polar de Joseph Lewis,sorti en 55.Du domaine public et visible à tous,pas si mal d'ailleurs.Soyons clairs pour quelques perles ce genre de diffusion nous offre pas mal de daubes. Pauvre daubes provencale ou camarguaise que l'on associe souvent maintenant aux pires calamités du cinéma.L'argot est parfois cruel. 

           Au fil des années et chez les noirophiles,vous savez que je m'autorise des divagations linguistiques parfois,The big combo est devenu une référence du film de genre, signé par Joseph H.Lewis auquel on doit aussi le très bon Démon des armes. A voir maintenant The big combo s'avère audacieux par ses sous-entendus sexuels,voire le contenu homosexuel que l'on guette partout en revoyant ces films anciens.Ici il paraît relativement flagrant,même interprété par Lee Van Cleef,jeune et future Brute chez Sergio Leone.Mais c'est devenu une telle tarte à la crème que je préfére insister sur l'éclairage remarquable du film et le jeu de Richard Conte,acteur assez connu à l'époque,gangster pervers et revanchard,face à Cornel Wilde,autre oublié qui eut un certain renom dans les fifties,souvent comme preux ou prince.Il y a une blonde fatale,surtout fatale à elle-même.Il y a un truand vieillissant (Brian Donlevy presque émouvant en has been).Il y a un Suédois ancien marin et futur cadavre,en sachant trop.Une fin superbe aussi, brumeuse à souhait.Et la musique,presque toujours géniale dans les thrillers de ce temps,oeuvre ici de David Raksin,compositeur par ailleurs du superbe thème de Laura,autre bijou sombre.

          Ce film plaira aux amateurs de cette époque bénie des cinémanes,quand dans un noir et blanc irremplaçable,des bandits impeccablement habillés,au chapeau soigné,le cigare élégant et le pourboire large,affrontaient des détectives qui laissaient les balles mortelles à leurs adjoints,posaient la main sur leur épaule et filaient descendre les premiers.Pour le plaisir The big combo s'est appelé Agent spécial en Amérique du Sud mais Gangsters en fuite en Argentine, Association criminelle en France et Le cercle secret 99 en Allemagne.Comprenne qui pourra.

http://youtu.be/QShabLiL1lA   The big combo (opening)

8 novembre 2012

Des mots,une histoire: Crainte

             Des mots,une histoire 80,déjà.Olivia nous propose cette semaine:apnée-admiration-tournoi-vérification-pardonner-mentir-circuit-chaussures-canular-susceptible-emménager-satiné-banquise-cape-scintiller-pavé.

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      Cet interminable tournoi de poker allait-il prendre fin?J'en avais mon compte de tous ces coupeurs de cheveux en quatre,à user et abuser des moindres vérifications pour contester notre victoire,de cet antre où mentir était la norme.J'avais bien l'intention de quitter le circuit,mais je devais encore une somme rondelette et savais un certain Wenceslas sur mes traces et susceptible à tout moment de m'infliger une apnée du sommeil,mais du sommeil type Chandler-Hawks-Bogart.

     Il n'était pas une semaine depuis six mois où ses faits et gestes ne m'obsédaient.Je le voyais partout, riant sous cape,tout à son élégance de tueur occupant depuis longtemps le haut du pavé de sa belle profession.Il défrayait la chronique régulière de Killer's Week,star incontestée du "réglement" et semblait avoir emménagé du coté de Wordsstory City,ce qui n'était pas pour me rassurer. Rien de sacré chez lui,même des funérailles n'étaient pas de tout repos,ou alors éternel.

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    Malgré ça,ou à cause de ça,on lui vouait une sorte de culte,voire d'admiration envers ses services mortifères et son agenda que l'on imaginait satiné de cuir grenat et d'un soin exemplaire,comme celui qu'il mettait à exécuter,pardonnez cet humour du désespoir, ses commandes.Je ne savais même pas si un ponte le mandatait ou s'il était plutôt free lance,mais je penchais plutôt pour son indépendance.Sortant du tripot dans la nuit urbaine polaroïde je crus voir dans un porche inquiétant scintiller le canon d'une arme que lui ne prendrait pas le temps de me préciser.Tremblant du haut en bas, mes chaussures neuves m'étranglant le cou (de pied),c'est comme une banquise qui me tombait dessus.Et s'il goûtait très modérément mon dernier canular,avoir détourné son couvre-chef,prunelle de ses yeux?

    

7 novembre 2012

Pour seule richesse

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Pour  seule richesse dans ce livre...la littérature,de la plus belle eau qui soit.Troisième roman,pour moi,de Laurent Gaudé,Pour seul cortège est un roman d'anthologie dont la relative brièveté ne freine pas l'envol au coeur de la grande histoire,celle qui donne à réfléchir sur le pouvoir et sur le destin,à travers la mort d'Alexandre,phare de toute une époque et aussi encombrant mort que vivant.Le livre est admirable et je suis en désaccord avec ceux qui aiment le livre mais le trouvent somme toute d'une grande froideur.Pour moi il est possible d'être ému par le style et le tragique de cet ultime voyage d'Alexandre.

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Terrassé en Babylone lors d'un banquet Alexandre se meurt sous les fièvres.Que va devenir l'Empire avec ces prétendants à la succession et ces déchirures immédiates?Et quel est le rôle de cette princesse tirée d'un temple exilé que l'on ramène près du moribond?L'aventure,car c'en est une,des plus fidèles des compagnons de l'Empereur,se vit à travers les interventions de différents personnages tel un choeur antique,une polyphonie de l'épopée,justement évoquée par plusieurs critiques.
 
Certains parlent à propos de Pour seul cortège de clichés désuets et j'en suis surpris.J'ai un point de vue radicalement opposé.J'y trouve  le souffle romanesque allié à l'érudition qui fait de ce livre un "western" antique,une fresque mais pas croulant sous les hyperboles pédantes,un écho d'un empire qui avec la fin de son maître risque de se déliter,et des personnages de haut rang susceptibles comme tout un chacun de jalousies et de trahisons.Je suis sensible à la langue et à la sonorité  et ainsi je trouve que les noms propres des héros sont déjà pure poésie à mes oreilles de lecteur.J'ai pris plaisir à lire quelquefois à haute voix.Prononcer ainsi Tarkilias, Aristonos, Moxyartés est une jubilation,partie prenante de la lecture.Les lieux aussi exercent leur magie,l'Hyphase,l'Elymandros...Mais qu'on ne s'égare pas,Pour seul cortège n'est pas un exercice de style avec sa brillance mais aussi sa vanité.
 
Le long périple posthume d'Alexandre dont le corps est symbole,dont le corps est enjeu,devient sous la belle plume de Laurent Gaudé un extra-ordinaire récit où coule le sang des ambitieux et où frappent l'un contre l'autre les frères d'armes d'un passé récent.La cruauté n'est pas sans grandeur et la mort qui rôde a quelque chose d'exaltant.Certains blogueurs glissent une ou deux citations avec gourmandise.Ils ont bien raison mais je serais en peine d'en faire autant tellement ce livre s'élève au dessus de la mêlée littéraire.Une phrase toute simple m'a bouleversé par son universalité."Ce qu'ils on fait aujourd'hui,je l'ai fait hier" à propos des complots qui suivent forcément la mort d'un chef.Enfin,puisqu'il faut en finir,le personnage féminin est d'une richesse inouie,à lui seul justifierait les dithyrambes,le destin de Dryptéis étant âpre et barbare comme seuls savent l'être les dieux.
 
 
Ma note (je ne note jamais):17/20
Merci à Oliver de Price Minister qui a permis à bien des lecteurs ce beau voyage.
5 novembre 2012

Géographie: Palo Alto,Californie

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              Il y a parfois des illustrations vraiment magnifiques dans cette rubrique (je parle de  cette superbe casquette).J'ai un peu de mal avec Radiohead aussi.Etape donc plutôt difficile à Palo Alto,60 000 habitants."Le grand arbre" en espagnol,a vu en 1939 deux étudiants nommés Hewlett et Packard fonder une société.La suite vous la connaissez.La ville est un des berceaux de Silicon Valley.La technologie y joue un rôle important.Vous comprendrez donc ma discrétion.Sur Radiohead je ne serai pas plus disert,n'étant pas un adepte de ce groupe dont je sais cependant l'importance pour toute une génération.En réécoutant je pense un peu au Pink Floyd des premiers singles.Mais avec Radiohead s'éloigne un peu mon folkrockblues à moi.Je trouve la pochette de l'album assez réussie.Il me faut l'admettre,au fil du temps me voilà devenu paléontologue de Tin Pan Alley.

http://youtu.be/nR0gw7jsJHw    Palo Alto    Radiohead

2 novembre 2012

Les plumes...by Asphodèle: Panthéon

       Asphodèle nous propose cette semaine ce qui suit:funèbre-larme-ribambelle-cheminement-fleur-manifester-foules-costumes-rose-atmosphère-succession-carnaval-piquer-bleuté-attelage-embaumer-ancolie-cérémonie-tête-défiler-abattre-admirable-acclamation.

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                Entrez ici blogueurs connus et inconnus avec votre cortège magnifique de critiques qui manifestent votre passion des livres et  qui mêlent ancolies et roses sur l'autel de la littérature.Entrez ici foules curieuses et insatiables qui du rire aux larmes essayez de partager vos virulences et vos extases.Par delà les sentences  parfois contradictoires qui en ribambelles transforment la courtoisie en colère et qui un jour embaument tel livre et le vouent au culte avant que d'abattre lors d'un lendemain grincheux tel film.Entrez ici amis que j'aime sans les connaître, chez qui je suis mieux qu'avec ceux que je connais sans les aimer,ici avec votre bonne foi et vos costumes bleutés parés pour la fête des livres.Entrez ici vous qui avez tant oeuvré pour que la flamme de la lecture ne devienne pas,ou pas encore un témoignage funèbre du joli temps d'avant,celui lointain,où malgré les répétitions ouvrir un livre tenait toujours un peu de la cérémonie comme le refermer en énonçant son titre après un cheminement de plusieurs centaines de pages qui parfois avaient fait elles aussi,de la résistance.

               Entrez ici chers entoilés à la prose étoilée,que les fleurs,toutes les fleurs,qu'elles soient du mal ou A l'ombre des jeunes filles, vous accompagnent en ces attelages de charme et en costumes colorés, carnaval fringant et épuisant rassemblant tout ce qui se pique d'aimer lettres et mots,phrases et chapitres, tomes et sommes.Entrez ici avec votre maëlstrom de challenges à envertiginer qui ne sait plus où donner de la tête sauf à être multicéphale come un poulpe inversé,entrez ici nimber l'atmosphère de rimes et d'images,avec vos Voyages autour de ma chambre qui m'expédient au Népal ou à Saint Cast le Guildo,comme une succession de Connaissances du monde où défileraient sous les acclamations les sites les plus admirables des quatre coins.

P.S.Ne m'en veuillez pas si j'ai cette semaine emprunté la voie royale de l'hommage.J'avais l'espoir d'échapper ainsi à la condition humaine si difficile de l'hebdo-auteur en mal d'inspiration.   

31 octobre 2012

Vent du veld

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           Le roman du grand auteur sud-africain André Brink est très intéressant mais je mettrais une légère altération,ça s'appelle un bémol.Publié en France vers 78 le voyage d'une blanche européenne et d'un esclave noir dans la région du Cap,Un instant dans le vent,est aussi la fusion improbable de deux êtres,corps et âme,au milieu du XVIIIème Siècle,dans un pays neuf,pays qui s'avérera au fil des décennies comme une capitale de la douleur.Epreuve physique terrible, privations, faim et froid,Elizabeth et Adam, après une stupéfaction mutuelle de se retrouver liés de la sorte,vont entreprendre après la mort des compagnons et du mari d'Elisabeth d'une part,et d'autre part la fuite d'Adam qui a voulu tuer son maître,un voyage de retour vers Le Cap,voyage sans espoir pour ainsi dire car au cas inattendu où ils survivraient la colonie hollandaise de Cape Town serait quoiqu'il en soit bien incapable de les accepter et de les comprendre ensemble.Chronique d'un échec annoncé,cependant il n'est pas interdit d'entreprendre.

            Un instant dans le vent est une aventure,une sorte de Robinson Crusoe au coeur du veld sud-africain,désert et glacial parfois,torride souvent.Presque un manuel pour résister aux conditions extrêmes.Violent donc,car conserver la vie dans ces circonstances implique parfois d'égorger une jeune biche ou de massacrer une tortue.Comme un retour aux origines,Adam et Elisabeth vivront dans les grottes et mangeront parfois crû.Le pays est si extraordinaire mais si brutal.En cela l'Afrique du Sud s'est perpétuée. Bien sûr,combattant historique de l'apartheid, catégorie intellectuel blanc,André Brink a un peu tendance à prêcher, parfois dans le désert au sens propre. La faute est vénielle et la cause est juste.Parfois les causes justes me fatiguent un peu.Et puis je le confesse, si André Brink et J.M.Coetzee sont de grands écrivains, Karel Schoeman me touche plus. La rédemption par l'amour du couple Elizabeth et Adam qu'on aimerait saluer demeure pour moi comme théorique.

         Au rayon des certitudes celle que l'Afrique du Sud,tourmentée et plurielle, déchirée mais prometteuse peut-être, dispose d'une richesse littéraire qui a l'étendue de la savane et le goût brûlant du bush."Tu enfanteras dans la douleur" semble être sa devise. 

28 octobre 2012

Le diable,probablement

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                   Ne pas se laisser abuser par le titre bressonien de cet article.Une légende circule dans la petite ville côtière écossaise de Coldhaven, celle du diable qui l'aurait jadis traversée par une nuit d'hiver, laissant sur son sillage ses empreintes noires, dans la neige toute fraîche. Un jour, dans la presse locale, un fait divers horrible attire l'attention de Michael Gardiner, qui a toujours vécu dans cette bourgade de pêcheurs : voyant en son époux violent le diable en personne et en ses fils ses successeurs, Moira Birnie tente de le poignarder avant de mettre le feu à sa voiture en rase campagne, ses deux fils avec elle à l'intérieur, mais après avoir pris soin de déposer son aînée, Hazel. Or Moira était autrefois la petite amie de Michael, lequel commence à voir ressurgir les vieux démons du passé, s'interrogeant sur son éventuelle paternité, et surtout se remémorant un terrible secret, celui, enfant, d'avoir assassiné le frère de cette dernière...

                       John Burnside et moi,on ne se quitte plus,tant ses romans me parlent à l'oreille.Cette Ecosse pas tès engageante m'attire pourtant au plus haut point.Après Un mensonge sur mon père et Une vie nulle part Les empreintes du diable commence comme un conte maléfique puis explore ensuite très intensément les méandres de l'âme et les ombres de l'homme,en l'occurrence Michael Gardiner.Le couple Michael-Amanda n'en est plus un,l'a-t-il jamais été? Sans enfant,sans occupation bien définie ni besoin d'argent,sans le goût de son père pour la photographie ou les oiseaux,Michael vaque ainsi à ses souvenirs qui semblent rebondir un peu avec la rencontre de la jeune Hazel. Que lui arrive-t-il à propos d'elle.Ce soupçon de paternité est-il bien ce qu'il ressent?Ce qui est sûr c'est que pendant un moment relativement court Michael va être amené à se remettre en question.Mais tout ceci reste flou et ne s'explique guère.John Burnside ne nous précise pas beaucoup les choses.Et si tout cela n'avait été qu'un rêve,quelque chose comme ça,avec des traces bizarres d'une créature mal définie.

                  Décidément cet auteur est une vraie découverte de cette année en ce qui me concerne.Les secrets de l'enfance,les si difficiles relations familiales,les contextes sociaux tout sauf idylliques,les rédemptions fragiles trament un monde souvent très solitaire qui outrepasse et de loin la côte écossaise somme toute assez inhospitalière.Comme Burnside sait bien nous parler de tout cela avec ses personnages tout bancals,tout meurtris, souvent violents et qui ne nous lâchent pas comme ça.

25 octobre 2012

Des mots,une histoire: Deep South Delta Blouse

     Floraison hebdo d'Olivia pour Des mots,une histoire 79:alchimie-blouse-histrion-carrosse-amélioration-sécurité-évidemment-poésie-don-chaste-convenance(s)-antienne-alternance-champion-romain-robe-poil-sphinx.

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Oh yeah!

Je vois bien que rien ne va plus

Finie la douce alchimie

Je vois bien que rien ne va plus

Plus la moindre poésie

Il me faut rester chaste

Ne plus faire glisser ta robe

Je vois bien que rien ne va plus

D'amélioration?Non,plus question...

Oh yeah!

 

Oh yeah baby

Toi et moi,faut pas rêver

Au lit on était champion

Toi et moi,faut pas rêver

J'suis plus qu'un pauvre histrion

C'est foutu d'rouler carrosse

Et les bains à poil dans le delta

Toi et moi,faut pas rêver

On est sonné,évidemment

Oh yeah

 

Reste qu'une antienne,et c'est le blues

Et du sérieux pro de la santé

Faut pas rêver,j'ai plus qu'la blouse.

Oh yeah

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Oh yeah baby!

Pourtant si on s'y remettait

J'boirais moins,juste à ta convenance

Hey baby,si on s'y remettait

On pratiquerait l'alternance

On va s'la jouer sécurité

Net et glabre comme un romain

Yeah,mama,on s'y remettrait

J'aurai la patience d'un sphinx

Dam di dam don

Oh yeah!

(Reprendre la troisième partie,ad libitum,tant qu'on ne vous pas resservi en bourbon)

       A ceux qui ne goûteraient guère ce texte je dirais qu'ils ont échappé au pire car j'aurais pu le jouer,ce qui eût été cruel,et le chanter,ce qui eût été barbare.Oh Yeah!

Posted from Biloxi,Mississippi, by Picardy White Eeguab

http://youtu.be/1sEfLlVgG2w Hideaway blues

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

  

 

22 octobre 2012

67 minutes,et c'est plié mais...

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                 ...ça vaut le Détour.Du domaine public,c'est à dire accessible correctement sur le Net,ce série B de l'insaisissable Edgar G.Ulmer est vraiment une belle pièce.Rappelons que ces films courts étaient souvent en complément de programme.Edgar G.Ulmer,né en Tchécoslovaquie, enfance viennoise, collabora avec Max Reinhardt au théâtre puis avec Murnau, participa au magnifique Les hommes le dimanche Un dimanche au bord de l'eau, film allemand choral de 1929.Comme beaucoup d'autres il s'exila aux Etats-Unis et tourna un peu de tout,parfois n'importe quoi.Mais il faut insister sur la remarquable efficacité de Détour,film certes de deuxième division, mais qui en une heure bien troussée sait nous offrir suspense et mystère sans la moindre scorie,ce qui nous change de notre cinéma ultra-bavard et boursouflé.Il y a souvent dans ces films une quasi unité de lieu,ce qui donne un maximum de cohérence et pour le budget,de deuxième ordre lui aussi,un minimum de frais.

           Nous sommes presque dans le road-movie.Rajoutez un hôtel et un garage.Il n'en faut pas plus pour que le voyage en stop du pianiste fauché se transforme en cauchemar.Catégorie poisse notre héros en tient une sacrée dans ce polar sans meurtre ni vol qui traverse vers la Californie une grosse partie du pays.Le type qui l'emmène à L.A. meurt subitement et naturellement.S'enchaînent ainsi la fatalité et la malchance pour Al Roberts joué par Tom Neal,acteur inconnu (qui le restera) qui va tomber sur Vera,jouée par Ann Savage, inconnue tout autant,un sacré numéro de garce comme le film noir les affectionne.Car parmi les critères de la série B l'absence de vedettes est une règle rarement transgressée,toujours pour les mêmes raisons économiques.J'aime bien ça,cela donne un aspect plus authentique qui évite une idéalisation exagérée des personnages.Qu'on se le dise, la série B s'interdit toute romance.Et ne traîne pas en chemin.

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      Détour est doucement devenu un film référence du genre.L'ambiance fin forties y est excellente et la musique jazz remarquable, collante et cafardeuse.Quelques photos me semblent à ce sujet très explicites.Pour le tournage les historiens parlent de six jours et 20 000 dollars.Une misère.A la rubrique faits divers et à propos de détour Tom Neal l'acteur principal en fit un long de six années en prison pour le meurtre de sa compagne.Le reste de sa carrière,visiblement,ne vaut pas le détour.

19 octobre 2012

Géographie: Boston, Massachussetts

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http://youtu.be/WTDySkLlmI8   Boston   Mick Flannery

            Mick Flannery est irlandais.Boston est l'une de ses plus belles chansons. Très sobre,surtout dans cette chanson,Mick nous conte un drame familial.Les folkeux quittent parfois leur guitare pour s'asseoir au piano.Quant à Boston c'est une ville qu'on ne présente plus,l'une des fondatrices des tous jeunes Etats-Unis.La Tasse de thé de Boston,1773, est considérée comme l'une des étincelles qui mit le feu aux poudres et aboutit à la Révolution Américaine et à l'indépendance des treize colonies britanniques.Mais Boston,ville de Nouvelle Angleterre,longtemps vue comme très patricienne et européenne,n'est pas souvent citée dans la musique populaire américaine qui privilégie New York ainsi que le Sud et l'Ouest avec des centaines de chansons sur Memphis, Nashville,New Orleans, San Francisco qui, il est vrai, sont aussi des métropoles musicales.Boston est par contre un centre universitaire planétaire.

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     Rendons donc un peu justice à Boston qui,si elle n'est pas dans le peloton de tête dans cette rubrique American Music,est une capitale littéraire de toujours. Nathaniel Hawthorne, Henry James (Les Bostoniennes bien sûr), Edith Wharton y ont vécu et écrit sur la ville.Plusieurs très bons polars de Dennis Lehane s'y déroulent et bien sûr les films qui en dérivent.

16 octobre 2012

Alors la mer se calma

              Jean Epstein fut un cinéaste très novateur d'une approche qui annonçait le Néoréalisme.Le tempestaire, court métrage de 23 minutes est son dernier film,en 1947.Les plus connues de ses oeuvres sont plus anciennes et muettes,La chute de la maison Usher et Finis terrae datent toutes deux de 1928. Voir Onirique qui mal y pense.Une référence:l'un des salles de la Cinémathèque de Bercy a été nommée salle Jean Epstein.Il m'a semblé que ce film avait sa place dans le challenge plein d'entrain et plein d'embruns de Claudia.

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                  Près de vingt ans après Finis terrae Epstein, qui n'a guère été reconnu, revient à la Bretagne qui le passionne.Sur la côte bretonne, dans une chaumière, une jeune fille,au rouet avec sa grand-mère, est dans l'angoisse en entendant le vent. Son fiancé n'est-il pas au large, pour la pêche à la sardine? N'y tenant plus elle obtient de la vieille dame un conseil.Le tempestaire est une sorte de sorcier qui domine les éléments.Pourquoi pas? C'est une Bretagne rude de noir et de blanc,les grand-mères sont en deuil et les jeunes filles bien crédules.Belle-Ile en Mer n'est pas encore une annexe du RER avec son NGV. L'homme, Le père Floch, refuse car il ne veut pas d'histoire. Il finit toutefois par sortir une boule de cristal et calme la tempête. La bourrasque décline, le fiancé rentre au port.

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          Peu de personnages dans Le tempestaire.Et,on s'en doute,du côté des taiseux.Pas loquace,le fiancé,pas démonstratif.Le tempestaire en personne est plus proche du mur de pierres bretonnes que du sauveur.Et les gardiens de phare, quoique plus modernes dans leur tour de guet,n'ont guère de solution.Bien sûr tout finira bien,enfin pour cette fois.Mon antique cinéphilie maladive lorgne,et ça va de soi,vers le Visconti de La terra trema et le Flaherty de L'homme d'Aran.Flaherty Visconti,même combat.

       Quelques vieux marins scrutent l'horizon.D'autres tirent ou ravaudent leurs filets.Et la mer,toujours recommencée.Les rochers de Belle-Ile et les gerbes d'écume font un casting étincelant.Et encore une fois...un film de silence.Pas de verbiage,pas de leçon,la vie là-bas,à l'Ouest.

 

                                        

14 octobre 2012

Une couverture pour le Bison,cuir bien tanné

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                            Torrentiel et nourricier comme une rivière de l'Ouest, ce roman du Canadien Guy Vanderhaeghe, déjà visité ici avec Comme des loups (Le magnat, le scénariste et le vieux chasseur), La dernière traversée est un voyage vers l'Ouest assez proche de l'itinéraire d'Audubon,mais situé une vingtaine d'années plus tard, en 1871. Autant vous dire que c'est un bol d'oxygène littéraire après le pensum susdit.Deux frères anglais s'enfoncent dans l'Ouest à la recherche d'un troisième, disparu. L'un est un officier plein de morgue, l'autre un peintre qui peine à trouver sa voie. Simon,dont on est sans nouvelles,s'est fait embobiner par un prêcheur fanatique.D'autres personnages,une jeune femme dont la soeur a été tuée,un métis coureur des bois,des brutes dégénérées. Je ne prétends pas que La dernière traversée soit terriblement original.Mais c'est un très bon roman qui vous emporte sur sa  selle en territoire indien,avec un souffle et des caractères bien trempés et ce rêve de l'Ouest qui sommeille en chacun de nous.

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                    Conscient d'avoir déçu l'ami Le Bison avec Journal du Missouri je ne peux que l'inciter à chausser ses éperons pour ce roman dont l'illustration le ravira certainement.Annie "Brokeback Mountain" Proulx signe la préface,enthousiaste.Au long de 460 pages bien des sentiments parcourent cette aventure pleine de pauvres types prêts à se ruiner pour un filon inexistant et qui de la fortune ne connaîtront que le whisky de contrebande à vous tordre les boyaux et à abrutir les Indiens.Mais Guy Vanderhaeghe reste un romancier de facture classique et avec juste ce qu'il faut d'opposition fraternelle nous concocte une bonne histoire très bien imagée. Je retiendrai notamment les pages souvenirs de la Guerre de Sécession racontée par l'un des protagonistes.Digne de Stephen Crane ou Ambrose Bierce qui savaient ce dont ils parlaient.Tou cela est dans la bien belle collection Terres d'Amérique chez Albin Michel.Comme Welch, Owens, Treuer, une foule d'autres qui régalent bien des lecteurs de mes connaissances.

11 octobre 2012

Des mots,une histoire: Ca s'castagne à Saskatoon

         Infatigable,Olivia a glané pour cette édition 77 les mots qui suivent:nuitée-zouk-cadenasser-blues-ventiler-vitreux-bigre-communauté-épice-s'abandonner-pénombre-antichoc-téton-escargot-érable-rancune-massage-détonation-rouler-évanoui.

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               Paumé.Paumé,rien à rajouter.Là,dans ce bled du fin fond canadien,à l'Ouest,doublement si j'ose dire.Sa Ford Mustang ressemblait à la guimbarde d'un détective hard-boiled vieillissant et les protections antichocs ne relevaient plus que du pieux souvenir d'une nuitée dans un motel tristounet,agitée et imbibée.Une de ces nuits d'amertume relayées par des matins de vertige,qui depuis tant d'années avaient l'avantage de lui laver les neurones,pour trop peu de temps,lui laissant le regard vitreux d'un quinquagénaire aux futurs évanouis et au passé se floutant derrière les bruines alcoolisées.

              Savait-il seulement s'il était encore au Saskatchewan?Nulle feuille d'érable sur nul pavillon dans ce village hors du temps, comme figé,qui avait l'air d'attendre quelque éclaireur sang-mêlé précédant une brigade de chercheurs d'or ou une communauté de disciples de Joseph Smith dont les chariots au rythme d'escargot bringuebalant n'arriveraient jamais à destination.La matinée balbutiait encore mais la pénombre frisquette avait insensiblement laissé le champ libre à un soleil hésitant.Voûté sur son volant il anhélait quelque peu,c'était toujours comme ça les lendemains difficiles,presque tous les lendemains.De sa main gauche un massage de sa nuque contracturée, de sa main droite une cigarette virtuelle.Il était brillant comme c'est pas permis.

             Combien de temps avait-il roulé depuis sa fuite du motel?La musique antillaise,ce zouk qu'il détestait,cognait encore à ses tempes.Fort à propos son autoradio antédiluvien diffusait Smokestack lightnin',fabuleux blues version Howlin' Wolf et il se surprit à rythmer les basses.Au comble de la mouise il s'abandonnait toujours à ce bon vieux binaire douze mesures qui avait tant compté pour lui.Les types viendraient bien assez tôt.Car c'est sûr,ils viendraient,la rancune tenace,ces mecs-là.Il n'aurait peut-être pas le temps de voir leur mâchoire cadenassée,style Warner Bros. forties.Alors adieu le doux téton de Shirley et son parfum d'épice. C'était pas un début de délire,sa poésie à deux nickels?Comme au bord du malaise il entreprit de ventiler un peu sa tire.Bigre!Il saignait,ça faisait un peu mal.Il n'avait pas entendu de détonation,mais même sans,ça pourrait bien ressembler à la fin.

smokestack lightnin' - HOWLIN WOLF

9 octobre 2012

Mon ami Bruno

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                1977,Werner Herzog reprend Bruno S. après L'énigme de Kaspar Hauser.C'est pour La ballade de Bruno, aux confins de la folie,ce n'est pas une surprise chez Herzog,qui nous expédie de Berlin en Amérique sur les brisées d'un "trio Wanderer" composé de Bruno,un peu paumé et alcoolique,juste sorti de prison, musicien chanteur,et de deux "amis", l'une prostituée et un voisin plus âgé. Tous trois, sans boulot, trouvent la vie allemande cruelle et leurs relations externes déplorables. Dans plusieurs catalogues, la vie américaine est considérée comme unique et bien-faisante. Bruno, alcoolique, pauvre, mendiant avec son accordéon n'a rien à perdre. Il décide de partir avec ses deux acolytes pour tenter leur chance et accomplir ce rêve américain dont on parle tant. Bien sûr, à leur arrivée sur place, le rêve prend une tout autre tournure.

          On sait l'ego pour le moins difficile de Werner Herzog.N'ayant pas ici son ennemi associé Klaus Kinski et quoique tournant avec Bruno S. acteur non professionnel mais vrai patient de psychiatrie,Herzog signe un film plus paisible en apparence, moins marqué de la démesure herzogo-kinskio-aguirro-fitzcarraldienne. On semble parfois assez proche du documentaire et si c'est bien une œuvre de fiction,il y a comme souvent chez le cinéaste allemand des éléments qui sont issus de la réalité.A commencer,cela va de soi,par l'étonnante personnalité de Bruno S.Cet homme a séjourné plusieurs fois en prison et c'est à la fois lui-même et un héros de fiction qui dit lors de sa sortie:"Le Bruno,il rentre en liberté".C'est cette phrase magnifique, contradictoire,inversée qui montre bien le côté décalé,j'oserais cette métaphore hardie,le côté un peu chaplinesque de la figure errante centrale du film.

         L'ellipse nous mène assez vite d'Allemagne au lointain Wisconsin pour un "atterrissage" assez rude où le mobil-home devient symbole d'une Amérique assez ouverte pour les accueillir mais assez étrangère pour ne rien faciliter.Bruno,qui avait trouvé avec ses deux colocataires un embryon de foyer,a comme des ailes de géant qui l'empêchent de marcher.Le départ de son amie fera de lui un albatros superbe de solitude et d'inadaptation,qu'il fut d'ailleurs toute sa vie.

        La ballade de Bruno devient alors une tragédie américaine individuelle. Revisitant le démon des armes,le hold-up et une hallucinante et carcérale scène d'animaux addicts de jeux qui donne une franche envie d'emboîter le pas à Bruno,Werner Herzog touche le fond de la détresse dans ce paysage de montagne, une station de sports d'hiver sans neige,ce qui en soi est déjà une forme d'absurdité.

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           Voici une affiche américaine,très différente,mais que finalement j'aime bien,avec le sens du raccourci mais aussi une belle efficacité.

6 octobre 2012

Un quotidien platounet

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           Ce Journal du Missouri peut se lire comme un document,un témoignage.En aucun cas comme un roman et encore moins comme une oeuvre littéraire.J'ai déjà évoqué Audubon et ses célébrissimes planches ornithologiques,somptueuses et rêveuses.1843, Audubon et ses collaborateurs remontent le Missouri sur un bateau de trappeur,s'enfonçant vers l'Ouest en territoire indien.Audubon rapporte des faits,des descriptions,des chiffres surtout.Et,honnêtement,l'on s'ennuie assez vite,tout en replaçant ce récit dans son contexte historique qui considérait les animaux comme de la viande et les Indiens à peine mieux.Après ses Oiseaux d'Amérique le naturaliste dessinateur veut créer un équivalent qui s'appellerait Les quadrupèdes vivipares d'Amérique et pour cela il faut, toujours plus avant,pénétrer le "Wilderness".

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              Depuis toujours passionné par l'histoire de l'Ouest j'eusse aimé écrire un billet enthousiaste et ébloui mais,et Michel Le Bris l'indique dans sa préface,les hommes ne sont que ce qu'ils sont.Et Audubon et ses hommes ne sont pas particulièrement fréquentables du moins à l'aune de notre  XXIème Siècle.Il décrit certes assez bien le fleuve,les bancs de  sable,le périple jusqu'à la Yellowstone River en un voyage laborieux et cahotique.Une obsession,dessiner comme on dégaine,vite et beaucoup et comme on ne connaît pas la photo,dessiner c'est tuer.Je devrais dire c'est massacrer.A chaque page,je n'exagère pas,l'un ou l'autre tire et tue,et tout y passe.Du bison qu'ils disent pourtant déjà en voie de diminution au chien de prairie,du canard au bighorn,sorte de mouflon,de l'écureuil au wapiti.C'est lassant et l'intérêt s'émousse assez vite.N'étant pas un auteur Audubon est très répétitif et on se doute que l'écologie n'est guère la préoccupation de ces voyageurs.Les loups sont par exemple une quinzaine de fois appelés brigands, gredins ,scélérats. Allégrément décimés pour leur peau que souvent d'ailleurs on laisse sur place quand l'animal est maigre.Bien connus ils n'ont pourtant nul besoin d'être croqués par un crayon quelconque.Des centaines de bisons abattus dont on ne prélève que les meilleurs morceaux,on n'a pas attendu Buffalo Bill.

            Bien que rattaché au beau challenge Challenge Red Power de Folfaerie et ses lectures au coin du feu il me faut bien convenir que les Red n'ont ici plus beaucoup de power.Concernant les Indiens un western classique sera encore un plaidoyer par rapport aux termes dont les affuble Audubon. Crasseux et mendigots sont les épithètes les plus courants pour les définir.Vous ne trouverez dans Journal du Missouri aucun chef charismatique,aucun guerrier de noble allure,aucun grand chasseur de surcroît.La plupart,tels des charognards,se contenteraient même des restes de gibier laissés sur place par les conquérants.Avouez que c'est un comble.Ce n'est malgré tout pas le plus grave car il faut toujours resituer.Non,le plus grave c'est que je n'ai senti ni souffle, ni lyre, ni poésie des grands espaces.Ce voyage ne fera pas partie de mes grands souvenirs d'aventures aux livres.Le contraire des ouvrages dont parle Dominique dans sa trilogie Equipée sauvage Une confidence:je n'ai lu Journal du Missouri que parce qu'aucun des récits de sa sélection n'était disponible.

    Pour Audubon,si peu écrivain, revenons-en aux fondamentaux,ceux de l'impérial peintre des oiseaux.J'peux vraiment pas les voir en peinture(8)

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