Un peu d'Intolérance
Enfin j'ai vu Intolérance,sommet du cinéma,qui porte allégrément ses 90 ans.David Wark Griffith avait tout compris au montage,cet art dans l'art.Mixant sans vergogne,et c'est tant mieux,quatre époques différentes,le grand cinéaste offre là l'équivalent filmique des chefs d'oeuvre littéraires du XIX° Siècle,comme si Flaubert,Hugo et Balzac s'étainet unis pour écrire un fleuve.Car c'est un fleuve qu'Intolérance:scènes d'anthologie comme l'idée du berceau-transition que la mère bouge doucement, hallucinants décors auxquels les Taviani ont rendu hommage dans Good morning Babilonia,foules en furie,gros plans démentiels.
Ce film demande au spectateur une attention particulière car chacun y trouve ce qu'il veut.Les roues des chars des Perses finissent par se confondre avec ceux du train ou des automobiles.Les fanatismes finissent aussi par se joindre,que ce soit celui des Pharisiens qui condamnent Jésus,celui de la Saint Barthélémy,ou celui des ligues puritaines américaines.
On a beaucoup critiqué Griffith sur Naissance d'une nation(voir note ancienne de ce blog).C'est vrai que ce film,de nos jours,peut indisposer.Mais de grâce,quand l'homme comprendra-t-il qu'une oeuvre est toujours le produit de son époque?Et que le génie ne se partage pas?Mal reçu à sa sortie,Intolérance est maintenant à sa place,au Panthéon.Eisenstein, lui,l'aura assimilé plus vite que les autres.





Je n'avais jamais vu Un violon sur le toit de Norman Jewison,adapté d'un succès de Broadway(71) et craignais des longueurs et des mièvreries de cette histoire du folklore yiddish d'Europe Centrale.Malgré trois heures le film tient ses promesses et Jewison a réussi un bon spectacle assez familial où tous les numéros musicaux sont excellents.Toutes les danses,le mariage,les traditions sont bien rendues au son d'une musique entraînante et le comédien israëlien Topol est confondant de truculence et d'humanité ayant fort à faire avec cinq filles à marier.Le destin des Juifs d'Ukraine vire au grave,sans excès de mise en scène,avec les pogroms et l'exil et de modestes valises sur les chariots.Bravo,pour cette silhouette d'un violon sur le toit,comme une cigale parmi toutes ces fourmis laborieuses.






"Vous reprendrez bien un peu d'arsenic,et quelques vieilles comédies américaines,toujours à même d'égayer octobre moribond"


