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21 février 2010

Idéalisme et chagrin

   Peu connu La corruption est un des films italiens du début des années soixante où Jacques Perrin à peine sorti  de l'adolescence jouait le jeune homme pur (La fille à la valise,Journal intime de Valerio Zurlini).Honnêtement le film de Mauro Bolognini me paraît un peu plus artificiel que les deux oeuvres de Zurlini.Pourtant La corruption conte habilement quelques jours de la vie de Stefano,fils d'un riche éditeur très bourgeois avec ce sens péjoratif un peu facile que les films de cette époque accolaient systématiquement à toute production ayant pour sujet la jeunesse.A la fin du lycée Stefano est tenté par les ordres,du moins il le croit,mais pas très longtemps.S'il entre rapidement en conflit avec son père,le toujours sévère Alain Cuny,c'est plus à cause de son allergie à cet univers frelaté d'argent et de faux semblants que de sa vocation peu étayée et qui ne résistera guère à la belle Rosanna Schiaffino.

   Peu de scène style familles je vous hais dans La corruption et c'est presque en douceur qu'on s'achemine vers une rupture entre père et fils.On a compris que vieillir c'était souvent s'accommoder.Et que faisons-nous d'autre en fait?C'est pourquoi je trouve ce film intéressant même s'il n'est ni le premier ni el dernier à aborder ce thème éternel.Bolognini fut un réalisateur discret,assez prolifique,qui gagnerait à être plus diffusé.Dans ma vaste entreprise qui consiste à aimer et découvrir le cinéma italien il n'y a pas de petits maîtres.Et Jacques Perrin n'a jamais été aussi sensible que dans ces film italiens et chez Schoendorffer.

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17 février 2010

Les trois rabbins font l'amer

  Vu l'image on a affaire manifestement à un homme sérieux.A serious man le dernier opus des frères Coen est à mon sens l'un de leurs meilleurs films.On connaît le rapport des frères à leur judéité,faite de non-dits,de routines et parfois d'accents plus graves.Woody Allen serait-il un cousin citadin des personnages coeniens de ces petites villes qu'évite signeusement Woody?Larry,prof de math non titularisé est juif,ce qui n'empêche pas s a famille d'aller à vau-l'eau.Son fils doit faire sa bar-mitzvah mais fume un peu,sa fille Sarah n'a que peu de temps pour ce qui n'est pas ses cheveux et sa femme veut parler divorce.Sexuellement c'est plus trop ça et sa voisine en transat l'émeut quand même un peu.

             Dans cette moche zone vaguement résidentielle son voisin plus costaud empiète sur sa pelouse.C'est un homme,un vrai,qui emmène son fils à la chasse et ramène un daim sur le 4x4.A la synagogue peu de vrai réconfort les rabbins n'étant plus ce qu'ils étaient.Ils sont occupés et connaissent mieux Jefferson Airplane que le Talmud semble-t-il.Ca ça ne serait pas pour me déplaire bien que Jeff soit un groupe très surestimé à mon avis.Heureusement le morceau choisi par Joel et Ethan est leur meilleur,Somebody to love.Fermeture de la parenthèse rock.Ce film c'est parfois un peu de l'hébreu pour le goy que je suis mais ça confère une once de mystère et d'étrangeté à cette comédie très grinçante.Je sais qu'Ed  et d'autres l'ont déjà signalé fort justement.Aucun acteur connu dans A serious man et c'est très bien ainsi tant ce monde nous est à la fois proche et très exotique.

  Le parti pris d'une certaine laideur traîne au long du film comme un parfum de médiocrité pour tous ces braves gens. Obésité,strabisme,calvitie,loin d'Hollywood.Une sorte de Coenland plutôt.Enfin je n'aurai garde d'oublier le beau prologue digne du Golem et autres contes ashkenazes.En fin de compte l'un des meilleurs films récents,qui me donne envie de lâcher un (tout petit) peu mes chers classiques.

4 février 2010

Mauro rare

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                   J'ai toujours beaucoup d'affection pour le Ciné-club de France 3 qui nous fait découvrir des films peu diffusés,pas forcément inoubliables mais qui témoignent d'une génération,d'une époque.Un cycle Mauro Bolognini nous a permis de voir La veine d'or (1955),l'un de ses premiers films,quasi inédit en France.C'est vrai que Bolognini n'est un peu connu ici que par Le bel Antonio déjà chroniqué ici et quelques oeuvres tardives ayant bénéficié de coproduction française avec Deneuve ou Huppert.La veine d'or reprend un thème archi-classique,celui de l'amour exclusif et de la jalousie d'un grand adolescent pour sa mère veuve.L'action se passe dans le milieu aristocratique souvent,mais pas toujours choisi par Bolognini au long de  sa carrière.Pour l'anecdote le jeune homme est interprété par Mario Girotti qui devait tourner tant de chefs-d'oeuvre (?)sous le nom de Terence Hill.

      La musique de Carlo Rustichelli est un peu parasite,les scènes sont très attendues et nulle fantaisie ne vient alléger ce film somme toute usuel et d'inspiration vaguement bourgeoise un peu éclairée,ce qui n'est absolument pas péjoratif et constitue d'ailleurs une caractéristique de nombre de films italiens des années cinquante,après le Néoréalisme.Pourtant j'ai vu La veine d'or pour la première fois avec plaisir,témoignage d'un cinéma certes passé mais bien fait et prônant une certaine liberté féminine pas si évidente en cette Italie qui n'avait balayé le fascisme  que depuis dix ans.Richard Baseheart,acteur américain qui joua deux fois pour Fellini incarne avec conviction le Pr.Manfredi,deuxième chance de la mère de Corrado.

30 janvier 2010

Eloge de la folie

 

           Les films italiens ne sont pas légion sur nos écrans.Vincere (vaincre) de Marco Bellochio revient sur l'épouse morganatique(?) de Mussolini.Mais Vincere ne se veut pas politique à mon sens et le Duce n'est présent que dans la première partie.Ce n'est pas le énième film sur la montée des Chemises Noires.Ce qui intéresse plutôt Bellochio,très sensible dans sa filmo au thème de la folie,c'est cet opéra funèbre qu'a constitué la liaison de Mussolini jeune et d'Ida Dalser.c'est ce ballet nocturne dans Milan,une ville qui semble étouffer.C'est la théatralisation extrême de cette histoire d'amour somme toute assez brève au coeur d'une Italie qui veut jouer dans la cour des grands après la Grande Guerre et finira par se jeter dans les bras d'un histrion pathétique et qui,il faut bien le dire,fascina au moins un temps presque tout le pays.

               Alors évidemment ce parti pris n'est pas exempt d'emphase et la musique,si elle prend parfois des accents verdiens par son rapport à l'histoire,peut apparaître à certains outrageusement pléonastique.De même on peut s'irriter du procédé d'identification d'Ida, internée et séparée de  son fils,avec le Kid de Chaplin.C'est que ce pauvre Kid a déjà payé un lourd tribut au cinéma par son exemplarité (asile, prison, orphelinat).Bellochio aurait pu s'abstenir de  quelques artifices mais je crois qu'il les assume pour nous conduire où il le voulait vraiment,à ce relatif panégyrique de la mère abandonnée,la très prenante Giovanna Mezzogiorno.On en arrive à oublier trop vite Mussolini,pas particulièrement courageux ni élégant on l'aura compris.Cela peut décevoir certains mais le propos encore une fois n'était pas historique.On en voit guère la clarté du jour dans Vincere.Faut-il le prendre comme un symbole de plus sur la longue nuit transalpine?On assiste à cette sorte d'exil mental de la jeune femme qui paiera cher d'avoir aimé.

       Traversé d'archives que j'ai trouvées bien amenées,ce qui est loin d'être toujours le cas,Vincere,s'il nest pas sans défaut (la maladresse évoquée chez l"ami Nightswimming sur l'emploi du même acteur pour le père et le fils étant la plus criante) me semble assez bien témoigner de la vigueur des vétérans italiens,Bellochio n'étant plus vraiment un débutant.Je reviens une seconde sur Giovanna Mezzogiorno actrice chez laquelle on retrouve bien la fièvre de son père Vittorio.

12 janvier 2010

Marlene du Kremlin au Maroc

     Sixième film du tandem Josef von Sternberg/Marlene Dietrich L'impératrice rouge (34) jouit d'un certain prestige.On verra que je préfère Dietrich dans les sables de l'Atlas.Pourtant Catherine de Russie,légendaire impératrice est incarnée avec conviction par l'égérie de Sternberg,plus en manipulatrice et séductrice ambitiues qu'en toute jeune princesse allemande presque digne de la Sissi d'Ernst Marischka.Josef von Sternberg a su parfaitement évoquer le clinquant baroque de la cour et le gâtisme meurtrier du grand-duc Pierre,époux de Sophie devenue Catherine.C'est dans d'hallucinants décors souvent morbides(diables,squelettes) que Marlène fait son chemin qui la mènera au despotisme après avoir éliminé son idiot de mari,ce tsar qui jouait aux soldats de bois et assassinait volontiers ceux de chair et d'os.

   De lourdes portes de bois sculpté cachent mal les turpitudes et les embûches du pouvoir.Et c'est au son d'un festival de carillons qui accompagne le film constamment(même les différentes versions de Quasimodo n'ont pas autant fait vibrer l'art campanaire) que Marlene/Catherine se révèle éblouissante, enjôleuse, cavalière,(pro)créatrice de l'archétype de la souveraine éclairée et sans scrupules.Mais le propos de Sternberg est plus,tel Pygmalion,de magnifier Dietrich dans l'un de ses sept films en commun.L'histoire montrera que Marlene,telle une créature prométhéenne,lui échappera.Sternberg,l'un des nombreux Viennois américains,ne s'en relèvera jamais tout à fait.

    Les historiens considèrent que Coeurs brûlés,inénarrable titre français de Morocco (1930),est devenu kitschissime objet du culte de quelques cinéphiles attardés.Ils ont raison.Morocco,avec son esthétique un peu cheap,son improbable casbah et ce mythe de la Légion Etrangère avant que Gabin et Duvicier ne s'en emparent avec avidité et talent,Morocco ne devrait plus intéresser grand monde.Cette ouverture avec vague musique arabisante plongeant sur la carte n'a même pas la jolie voix off qui sera celle de Casablanca douze ans plus tard.Pourtant le miracle du sable fonctionne toujours pour moi.Ce grand légionnaire dégingandé et solitaire,Gary Cooper jeune,sait me toucher par sa maladresse et son fatalisme.Alors tant pis pour l'origine théâtrale criante d'un film par trop statique.

  Enfin je donnerais les 80 premières minutes du film pour ce plan du désert sous le vent,la compagnie de Cooper partant pour l'enfer de sable,et Dietrich,quittant un élégant protecteur,distingué et humain,pour rejoindre l'arrière-garde des filles à soldats,ces Marocaines énamourées avec âne et biquettes,qui balance  ses chaussures et rattrape pieds-nus ces femmes qui ne savent qu'aimer leurs hommes au képi blanc.Exotisme des années trente dont il est si facile aujourd'hui de pointer les outrances.Et s'il en fallait...

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22 décembre 2009

Séquences franciscaines

  En 1950 Rossellini réalise un film unique qui ne  se rattache dans son oeuvre ni au Néoréalisme historique,ni à l'existentialisme préantonionien,ni aux expériences télévisuelles tardives.Mais quelqu'un a déjà dit tant de bien de Onze fioretti de François d'Assise que je me contenterai de vous y renvoyer.On peut lui faire confiance.

http://nightswimming.hautetfort.com/tag/rossellini  L'avis d'Ed de Nightswimming

27 novembre 2009

Les carillons de minuit

                  Sous ce titre j'aborde un film dont j'ai déjà un peu devisé mais j'ai eu le plaisir de le présenter en ma bonne ville picarde pour l'Université du Temps Libre et c'est avec beaucoup de joie que j'ai pu le faire découvrir.L a richesse de Falstaff est telle que chaque vision en renforce la beauté.Si Macbeth en 48 trahissait encore une assez forte théâtralité,si Othello en 52 pouvait apparaître remativement décousu(mais là je chipote) Orson Welles réussit en 65 avec Falstaff,Chimes at midnight,la meilleure adaptation  de l'univers de Shakespeare,définitive et qui éclate à tout moment dans ce qui était au départ un bricolage hallucinant à partir de quatre pièces du grand Will.Falstaff,seul rôle comique de l'acteur Orson Welles transcende les genres pour aboutir à cette tragédie bouffonne où le héros,pleutre pitoyable et menteur mais surtout homme tout de bonté  échappe à Hamlet et Othello ces géniaux archétypes d'une totale noirceur.Falstaff c'est Rabelais,c''est la vie et la poésie qui veulent sauver encore l'Old Merry England,celle des Joyeuses commères de Windsor,celle de ripaille et de liberté, de truculence et de nostalgie.

  Pourtant Falstaff n'est qu'un personnage  secondaire dans Henry IV,Henry V,Richard II,les pièces de Shakespeare amalgamées par Orson Welles.Le gros homme,bouffon à la panse énorme et au verbe haut devient plus que l'alter ego de Welles.C'est maintenant un caractère magnifique et poétique à sa manière,loin des princes shakespeariens et plus enore des Quinlan ou Arkadin,autres démesurés wellesiens.Sous le corps obèse et aggravé par les cadrages,bouffi et plein d'alcool perce un esprit fin et ouvert,un philosophe dont la liberté nous émeut.

   Welles recrée en Andalousie l'Angleterre élisabéthaine pour cet adieu à l'enfance qui verra le joyeux Jack Falstaff mourir de chagrin lorsque le prince Hal devenu Henry V se détournera de son ami,son mentor ès freudaines de jeunesse.Le prologue hivernal où l'on entend le juge Shallow,crécelle,et Falstaff,bourdon est déjà un modèle d'utilisation du son au cinéma.Si la première partie de Falstaff est encore très farce et libertaire dans cette campagne anglaise riante et arrosée toutes les scènes où le pouvoir en place apparaît(John Gielgud,grande figure shakespearienne dans le rôle de Henry IV) nous ramènent à la dureté de la pierre des palais et à l'écrasante difficulté de régner.Scènes verticales,de murs et de lances,par opposition aux espaces pastoraux et végétaux où s'ébrouent Falstaff et ses amis.Mais je n'en finirais pas de décrire les enchantements des Carillons de minuit.

   Je ne dirai que quelques mots de plus sur la plus belle bataille du cinéma malgré la rude concurrence d'Alexandre Nevski.Cette bataille de Shrewsbury contre les rebelles est importante dans l'histoire de l'Angleterre.17 minutes de bruit et de fureur,presque sans paroles,un tiers de la totalité des plans du film et la silhouette ronde de Falstaff,trouillard et combattant de la dernière heure,courant de ci de là comme un personnage d'animation.Extraordinaire.On pense à Eisenstein déjà cité,à Griffith,à Ford.La bataille,épuisée,se ralentit.Les cavaliers sont devenus piétaille,la piétaille s'st couchée.Règne la boue.Le pouvoir légal a gagné.Le roi est mort.Vive le roi.Le jeune roi Henry V va renier le gros homme qui l'aimait,tout à sa tâche de maître du pays.Simplement, Falstaff le bouffon meurt d'aimer.

Images   http://www.youtube.com/watch?v=eii4_wbuPJY

14 novembre 2009

Veuf et pigeon

pigeon                  

    De l'âge d'or de la Comédie italienne j'ai extrait aujourd'hui le célèbre Pigeon de Monicelli et le moins célèbre mais cocasse Veuf de Risi.Même millésime à peu près,1959.Le pigeon n'a rien perdu de ses ailes qui paillonnent toujours au firmamentdes comédies drôles (pas si fréquent),défintivement drôles.On connaît l'argument que l'on doit un peu à Jules Dassin et à son Rififi chez les hommes,célèbre récit d'un hold up que Monicelli souhaitait parodier.On parle aussi d'une vague nouvelle d'Italo Calvino mais je n'en ai guère trouvé trace.De toute façon Le pigeon devait très vite creuser son propre sillon er devenir lui-même film référence du casse manqué (à ce niveau de ratage c'est du grand art) et surtout du renouveau de la Comédie italienne qui,si elle existait avant Le pigeon,n'avait pas cette fougue ni cette ironie.Le film de Monicelli,au titre italien I soliti ignoti,Les inconnus habituels,autrement plus fort et dérisoire,marche en fait sur les brisées du Néoréalisme maintenant défunt puisque ses cinq maîtres ont tous suivi d'autres voies.Mais un néoréalisme version optimiste,ce qui n'est guère le cas du Voleur de bicyclette ou de Sciuscia.

    Sans refaire l'histoire du cinéma italien rappelons vite fait les origines multiples de la comédie italienne,le théâtre antique de Plaute,Goldoni,la farce napolitaine,les intermèdes comiques du cinéma muet,et une certaine littérature,par exemple Nouvelles romaines de Moravia .Beaucoup de choses passionnantes dans Le pigeon.Le parrainage du grand Toto qui en prof de casse joue presque son propre rôle de passeur de relais de la comédie à ces jeunes loups que sont Gassman et Mastroianni.Le melting pot à l'italienne qui inclut un Sicilien plus qu'ombrageux,un Nordiste(Gassman) hâbleur et un peu méprisant pour ceux du Sud,un orphelin romain qui cache pudiquement sa condition et ses trois "mamans" de l'institution.Le ratage permanent qui inonde le film dès les premières images de vol de voiture,l'humour désespéré,typiquement italien,italianissime dirai-je,de ces branquignols qui croient peut-être aux lendemains qui chantent(pas sûr).Toutes ces scènes  pour moi inoubliables,l'enterrementde Cosimo où ce grand flandrin de Gassman n'ose pas lui-même porter son bouquet,la visite de Mastroianni à sa femme en prison,scène ou Monicelli renverse habilement le cliché du mari incarcéré avec ce personnage féminin fort qui a fait bouillir la marmite devant l'infantilisme de son époux;ceci en trafiquant les cigarettes,l'ahurissant hold up,pas loin de vingt minutes avec le butin que l'on sait.

  Mais pour moi le plus beau du Pigeon c'est ce petit matin,nos héros attendant leur bus,pour une nouvelle journée qui,qui sait,sera peut-être moins galère.Je ne serai pas aussi affirmatif.Je le serai par contre sur la prodigieuse réussite de ce film et de son équipe car les scénaristes ont fait là un bien beau travail.Allez vous en étonner sachant qu'il s'agit d'Age-Scarpelli et de Suso Cecchi d'Amico.I soliti ignoti est aujourd'hui aussi drôle qu'à sa sortie.Comme Chaplin et comme,comme qui au fait?

  veuf

   Avec Le veuf de Dino Risi c'est toute la veulerie d'Alberto Sordi,prodigieux pleurnichard hypocrite de tant de comédies plutôt acerbes.Contrairement aux héros du Pigeon le personnage de Sordi,homme d'affaires milanais,mais surtout époux d'une dame fortunée,n'attire pas immédiatement notre sympathie.Mais comme souvent chez les "monstres" de Risi toute leur mauvaise foi,leur vénalité,leur misogynie,leur comédie face à la vie finissent par nous convaincre qu'avec tant de défauts un homme ne peut être complètement mauvais.Füt-il un Sordi assassin de sa femme ou qui tente de l'être.Pleutre et génial Sordi,moins exportable que Gassman ou Mastroianni,plus romain courtelino-combinard que vrai Matamore,apporte à la plupart de ses films ce délire à l'italienne,troppo troppo.

5 novembre 2009

Ce quinquagénaire respire encore

    J'ai donc eu l'occasion d'intervenir cette année entre autres sur ce célébrissime film qui annonce fièrement ses cinquante ans.J'ai pu constater que contrairement à bien des films plus jeunes il porte encore très beau.Ce fut un vrai plaisir de suivre à nouveau Michel Poiccard,ce petit voyou auquel Belmondo effarant de naturel prête sa voix,sa dégaine et sa présence.Ne revenons pas sur l'époque,les Cahiers du Cinéma,la déclaration de guerre de ces jeunes gens en colère.Tout cela est,je crois,bien connu.Du petit canevas de Truffaut Godard a su tirer le meilleur pour en faire ce film moins mal foutu qu'on ne l'a dit,mais plus libre encore et qui devait rester le seul succès populaire de son auteur.Je vais simplement notamment pour les plus jeunes évoquer dix bonnes raisons de voir et d'aimer A bout de souffle.

   Cette succession d'images rapides et expressives,images de rues et dialogues souvent couverts par les bruits urbains,chose révolutionnaire en ce temps de qualité française très "articulée".Ce tempo syncopé de Martial Solal,ces leitmotives musicaux qui évoluent comme des scooters dans un Paris 1959 où l'on roule et se gare.Hallucinant.

   Cettec réalité polyphonique saisie par JLG qui bouleverse le linéaire et capte l'intensité et la fugacité,fragrances d'une histoire ordinaire,comme au cinéma,de série B par exemple.Cette sensation d'improvisation pas si vraie et  d'éphémère qui oscille d'aparté en onomatopées,bulles de B.D. en quelque sorte.Ces allusions ciné;Il faut vivre dangereusement et pêle-mêle,très pêle-mêle, Melville, Preminger, Hiroshima mon amour,Cocteau,le Western,les Cahiers et "Vous n'avez rien contre la jeunesse".Et Bogart....

  Cet exotique accent de Seberg ,cette omniprésence de la presse,journaux parfois pour se planquer.Cette vitesse d'exécution où Belmondo allume cigarette au mégot précédent."Tout,terriblement",disait Apollinaire.Cette américanophilie en ce Paris tout fluide si pratique pour courir,si pratique pour mourir.Deux fermetures à l'iris,l'ombre de Griffith,la voix de Godard,plusieurs fois dont au moins une très hors sujet.Ces travelings de filatures,ces flics agités un peu Dupont et Dupond...Liste non exhaustive,A bout de souflle étant un film interactif ou vous trouverez ce que vous y apporterez à condition d'accepter ce beau voyage en cinéma,un cinéma que j'ai rarement vu aussi libre.Foutraque,parfois peu audible comme l'étonnant entretien avec l'écrivain Parvulesco-Melville,irritant,mais libre et... décisif.Décisif comme cet ultime traveling rue Campagne Première et son passage clouté où Michel Poiccard agonise depuis cinquante ans sous le regard des cinéphiles pélerins.

http://www.youtube.com/watch?v=XvHNdh1zkes Entretien avec le grand auteur

L'avis de Bastien  Godard Jean-Luc (1)

31 octobre 2009

Couchés les morts!


   

      Les morts à leur place.Journal d'un tournage écrit il ya 44 ans est un témoignage fort intéressant sur le cinéma.Viva Maria ne m'avait pas laissé un grand souvenir.Rezzori dont peu de gens connaissent le talent,sorte d'apatride voyageur alternativement branché et has been,a une plume assez vitriolée our évoquer les deux stars et plus encore Louis Malle.Plus ou moins acteur par hasard sur Viva Maria Gregor von Rezzori nous raconte les coulisses mais pas du tout comme un diariste des people(quel mot!).Non,il met dans son éphéméride toute la finesse d'écriture que lui savent ses rares lecteurs.Peu importe Bardot,peu importe Moreau,ce qui m'a ravi c'est le regard de Rezzori sur le Mexique des années soixante,cet étonnant pays où règne le culte de la mort comme nulle part ailleurs,entre le grand voisin du Nord et le grand baroque de l'Amérique Latine."Les morts à leur place" c'est l'injonction du metteur en scène aux figurants.Pas forcément très à la sienne au cinéma Gregor von Rezzori a su mettre dans ces articles très sixties une ironie très intemporelle,beaucoup d'humour et plus encore bien de la lucidité sur lui-même,Européen errant et légataire de tout un siècle d'histoire austro-roumano-hungaro-germano-etc...

19 septembre 2009

Un autre film du patron

   Parmi les rares films de Bogart que je n'avais jamais vus figurait Le violent de Nicholas Ray,1950.Si Dixon Steele,scénariste à Hollywood,est effectivement violent le titre original In a lonely place résume mieux le désespoir et l'ambiance de ce film régulièrement oublié quand on parle autoportraits de Hollywood.Pour mémoire citons La Comtesse...,Les ensorcelés,Boulevard...,Le grand couteau,etc...Le patron est excellent dans ce film où il retrouve un an après Les ruelles du malheur Nicholas Ray.Soupçonné de meurtre Dixon Steele cherche à se disculper et ce n'est pas le plus intéressant du propos.Ce que j'ai aimé dans Le violent c'est le mélange très bogartien de cynisme et de tendresse parfois presque infantile du personnage duquel il n'est pas interdit de penser que le caractère de Bogart lui est étrangement voisin.On sait que Bogey était un homme assez susceptible que l'alcool accompagna tout au long d'une vie agitée,c'est le moins que l'on puisse dire.

  Gloria Grahame est une partenaire qui est  à la hauteur du mythe et qui n'a rien à envier à Gardner,Bacall,Hepburn ou Bergman bien que ces quatre symboles soient à peu près insurpassables.Excusez du peu.Et puis je suis toujours hypersensible à la voix du patron,à nulle autre pareille.Enfin les personnages que joue Bogart ont tous en commun un humour,une dérision,un recul,on dirait aujourd'hui une sorte de second degré qui les empêche à tout jamais de dater.Dans sa nuit solitaire et bien qu'innocenté reste un douloureux leitmotiv "I was born when she kissed me,I died when she left me,I lived a few weeks when she was with me."

16 août 2009

Compagnons

             Abusivement présenté sur la jaquette comme un grand film néoréaliste alors que c'est plutôt un gros budget nanti d'acteurs connus et de techniciens hors-pair Les camarades de Mario Monicelli,unique survivant de l'après-guerre italienne section cinéma,reste un film diablement intéressant,soigné et terriblement italien.Le cinéma italien n'a jamais eu peur d'aller à l'usine,lui.La trame raconte l'une des premières grandes grèves au Piémont à la fin du XIX ème Siècle.Dans cette usine de tissage proche de Turin les conditions de travail sont proches de Zola.I compagni (plus joli que camarades à mon sens) présente d'un côté les ouvriers,de l'autre les patrons.Dire que le film échappe totalement au manichéisme serait mentir bien que je l'aie lu sur certains sites plus proches du brûlot daté que de la critique ciné.Revenons à nos camarades.S'il choisit son camp comme tous les cinéastes italiens Monicelli,pas manchot et si bien accompagné du tandem doré des scénaristes Age-Scarpelli,le fait avec assez de recul et plus encore cet alliage tendresse-humour qui caractérise même les petits maîtres italiens.Monicelli n'étant pas d'ailleurs un cinéaste à mésestimer.

      Co-prod. française oblige nous retrouvons Bernard Blier,François Périer et Annie Girardot dans un rôle qu'elle a souvent endossé dans sa jeunesse. Mastroianni est délicieux en professeur venu conter la bonne parole socialiste aux ouvriers. Intellectuel,enfin relativement,mais aussi un peu Pierrot de Comedia dell'arte jamais très loin dans ce cinéma italien qui n'a jamais fini de m'enchanter.Parfois franchement drôle:je pense à la scène où le Sicilien encore plus miséreux que les autres,n'arrive pas à ouvrir son couteau pour venger la gifle patronale.Patrons et ouvriers restent sur leurs positions.Et le professeur n'est finalement pas tellement plus proche de la base.C'est ce que l'on ressent lorsqu'il cherche ses lunettes près du corps de la victime des carabiniers.Les camarades (63) avec les antérieurs Le pigeon et La grande guerre me semble être du très bon Monicelli.

   Mario,94 ans, était l'an dernier invité de la Cinémathèque française .Je ne l'ai pas vu et c'est un grand regret.Il était cette année à Lausanne et témoignait fort bien de l'incroyable activité de 70 personnes environ,les réalisateurs et scénaristes des années d'après-guerre,qui se voyaient tous les jours dans les cantines de Rome,s'écoutaient et s'envoyaient promener vertement jusqu'à demain.Ce qui donna les associations que l'on sait.Grazie Mario.

29 juillet 2009

Le général est mort au soir

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    Cent jours à Palerme,film de Giuseppe Ferrara,arrive  plus de vingt ans après  les constats politiques et sociaux de son maître Francesco Rosi dont j'ai déjà parlé.Et deux ans après  l'exécution du général Dalla Chiesa,préfet en mission à Palerme(poste peu enviable).La présence de Lino Ventura,minéral et solide,fait encore penser à Rosi et à Cadavres exquis.Bie sûr le récit,terriblement linéaire et circonstancié,très proche de la réalité,ne nous incite guère à l'imagination et apparaît comme moins réfléchi que les films d'Elio Petri avec Gian Maria Volonte par exemple.

   Cependant Cent jours à Palerme,film postérieur aux Brigade Rosse,n'est pas sans valeur.Sa sobriété plaide pour un bon film fourni avec un peu de bonne conscience mais surtout beaucoup de modestie.L'état des lieux en 82 n'est guère reluisant en Sicile et ailleurs en Italie et Giuseppe Ferrara ne fait pas de Dalla Chiesa un bravache,seulement un fonctionnaire décidé,un type plutôt tout de froideur et de tension vers son objectif.Si l'on ne ressent pas d'empathie avec lui c'est tant mieux et les émotions sont peu mises en relief,ce qui évite un parasitage du film comme il en est tant.Même ses relations avec sa jeune femme,morte elle aussi,sont exemptes de pathos.Film tout de discrétion Cent jours à Palerme n'a pas démérité du cinéma italien.Dont par ailleurs il faudrait perdre l'habitude de trop référer aux immenses créateurs du passé.Réflexion particulièrement valable pour moi,j'en suis bien sûr.Il y a des ombres encombrantes à Cinécitta,encombrantes et magnifiques.Ma é un' altra storia.

25 juillet 2009

Woody Allen cinéphile

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               Je n'avais jamais vu La terre mais çela me donnait envie depuis que j'ai vu Woody aller au cinéma dans Manhattan et une affiche du film de Dovjenko.La copie Bach Films est assez innommable mais le film possède un souffle rare qui déjoue les pièges de la propagande autant que les grands films d'Eisenstein. Bien sûr les simples paysans vont se convertir à la politique kolkhozienne de Jo.Mais au delà de ça La terre,longtemps classé,dans les vieilles archives à égalité avec L'aurore,Kane et Potemkine dans les tout meilleurs films,est un véritable choc visuel.
                   

        Les plans sur les nuages,admirables.Le montage du travail du tracteur-messie,saccadé,révolutionnaire et inoubliable. L'assassinat nocturne de Vassili dansant,sublime.Et l'un des plus beaux enterrements du cinéma.Il y a tout ça dans La terre.Il y a aussi le reste mais vous saurez faire le tri.Exact contemporain de La ligne générale de S.M.E le film de Dovjenko est peut-être plus fort encore.Il est vrai que chez Eisenstein je préfère Octobre.On est là dans le dessus du panier.Même Oncle Jo n'aura pas perverti le génie de Dovjenko ou d'Eisenstein.

13 juillet 2009

Le sel de la mer

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  John Ford et John Wayne ont été associés des dizaines de fois et pas seulement pour des westerns.Cependant en 1940,dans Les hommes de la mer (The long voyage home) Wayne,très juvénile,n'est qu'un acteur parmi d'autres de ce film qu'on pourrait qualifier de choral car aucun rôle dans ce film ne se détache vraiment.John Ford a adapté avec Dudley Nichols quatre pièces sur la mer d'u grand dramaturge américain Eugene O'Neill.Rien de ce qui concerne la marine n'aura échappé à John Ford,passionné des hommes et des navires.Très intéressant techniquement par sa photo et ses éclairages (Gregg Toland) Les hommes de la mer est un poème épique sur la condition de ces drôles de gens ,les marins.Pourtant tourné en studio la mer est d'une rare présence dans ce film qui suit  ces hommes en mer lors d'une visite de prostituées,puis à l'ouvrage,puis à l'escale.

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Pour la première partie Ford nous offre quelques plans d'Antillaises que je trouve d'un superbe érotisme.Les hommes de la mer nous fait partager le quotidien claustrophobique et la promiscuité de ces hommes embarqués souvent malgré eux et l'amitié comme la méfiance ont embarqué avec eux.Il n'y a pas de héros dansThe long voyage home,des hommes simplement.Et s'il y a un voyage il n'ya pas forcément de home au bout.Comme en témoigne la dernière partie du film,consacrée à l'escale et au retour difficile pour tous ces oiseaux de mer incapables de fouler la terre ferme sans que la taverne ne reprenne ses droits.

  Crédits photos:Shahn       

C'est cette partie que j'ai préférée en ce film peu spectaculaire qui nous emporte malgré tout et malgré l'artifice théâtral assez marqué de la présence d'O'Neill,auteur de quatre pièces habilement agencées par le grand scénariste fordien Dudley Nichols.Les scènes de rue traduisent admirablement l'influence de l'expressionnisme allemand de la grande époque pour lequel Ford a toujours confessé son admiration.A ceux qui pensent que Ford n'est que l'auteur de quelques magnifiques westerns je suggère de prendre la mer avec lui sur le Glencairn.

7 juillet 2009

Un enfant pour un autre

     Dans ce beau coffret DVD Kurosawa Films noirs après Chien enragé de 49 voici Entre le ciel et l'enfer de 63.C'est une histoire de rapt d'enfant avec rançon.Vaguement inspiré d'Ed McBain (87th precinct) Kurosawa découpe son film,long de 140 minutes en deux parties bien tranchées.La première,très précise et presque huis clos montre les tractations de Gondo,riche industriel rude en affaires,avec ses collaborateurs et son féroce appétit de puissance.Cela nous vaut des affrontements verbaux très efficaces que la caméra épouse au plus près.Une sorte de conseil d'administration comme si on était là,derrière un rideau,à observer la dureté des échanges d'un Japon économiquement en plein boum et moralement toujours convalescent.Puis le téléphone...et l'enlèvement du fils de Gondo.Tout bascule,et le film aussi qui va dorénavant laisser libre l'enquête policière et les réactions de l'industriel qui va apprendre que ce n'est "que" le fils de son chauffeur qui a disparu.Cela nous vaut une très belle scène intimiste entre Gondo et sa femme..

   Plein d'idées Entre le ciel et l'enfer va nous entraîner dans la tourmentée recherche du ravisseur qui a la particularité géographique de voir la maison de Gondo.Cet extraordinaire artifice de contre-plongée imprime au film un va et vient des plus oppressants.D'autant plus que la vitesse sera un élément majeur de l'évolution de l'histoire.Il fait très chaud dans les bas-fonds de Yokohama que surplombe la splendide villa de Gondo.Parmi les morceaux d'anthologie qu'il ne faut pas trop dévoiler,les scènes dans le train à grande vitesse ont plu à Scorsese et De Palma,à l'évidence.Mais je vous laisse dans cette fournaise urbaine et nippone,dans ces rues encrassées et ces boîtes douteuses.Vous n'oublierez pas ce magistral coup de poing que le maître,décidément à l'aise dans tous les cinémas,nous assène avec génie dans ce noir et blanc éloquent,sans détective héros,sans femme fatale,mais pas sans l'émotion conjuguée du film d'action qui n'oublie pas d'être intelligent.Prochainement le troisième bijou Les salauds dorment en paix.

5 juillet 2009

Garfield boxeur

theymademeacriminla1939

        John Garfield (1913--1952) avant d'être boxeur dans l'excellent Sang et or de Robert Rossen en 47 le fut déjà dans le très bon Je suis un criminel de Busby Berkeley en 1939.C'est d'ailleurs l'un des premiers rôles de Garfield,étonnant acteur mort jeune et qui eut maille à partir avec les foudres du mccarthysme.A ce propos je remarque qu'il est bien difficile de s'y retrouver dans cette période troublée et très contradictoire.Busby Berkeley,spécialiste de la comédie musicale,dirige le jeune Garfield dans un rôle de chien fou,espoir du ring poursuivi par une sorte de Javert version flic américain un peu raté et qui veut se refaire(le toujours impeccable Claude Rains).On y retrouve aussi les Dead End Kids,groupe d'adolescents à problèmes déjà présents dans Rue sans issue et Les anges aux figures sales.Ce côté rédemption des films noirs avait alors la côte à Hollywood.

Ce film nous confirme que la boxe est bien l'un des rares sports à passer la rampe au cinéma.On compte au moins quinze films de grande qualité tournant autour du Noble Art.Voir Archives mai 2008.John Garfield paraît encore un peu tendre et sera plus marquant  dans L'enfer de la corruption ou Le facteur sonne toujours deux fois.

11 avril 2009

Possible conclusion

   Bientôt...Le plus beau livre du monde... ne fera jamais un très grand film.Je sais pourtant quelques exceptions dont on ne devisera pas ici.Ceux qui me suivent un peu connaissent ma passion pour Dino Buzzati et Le désert des Tartares et aussi le reste de son oeuvre,inoubliable et à mon avis encore très sous-estimée. L'extraordinaire roman du Fort Bastiani,parabole de très haut vol sur la vacuité de vivre,la vanité des choses,l'impermanence,était inadaptable à l'évidence.Comment rendre la poussière qui coule du sablier,l'attente à peine fébrile,le regard sur la plaine déserte,la sourde inquiétude que l'on gravit comme les galons d'officier?Ce livre qui,j'aime à le dire avec force coquetterie,peut dispenser de toute autre lecture,est totalement acinématographique.C'est tant mieux.

   Jacques Perrin,fou du roman depuis toujours et le remarquable et très fin cinéaste italien Valerio Zurlini dont j'ai déjà dit tant de bien,se sont assurés la collaboration d'excellents acteurs européens,tous ayant collaboré avec les plus grands,de Bergman à Bunuel.Ce type de casting alourdit en général le climat d'un film,perdant en profondeur ce qu'il gagne en brillance. Et c'est bien le cas pour Le désert des Tartares.Il fallait s'y attendre.Mais personne ici n'a démérité,l'adaptateur André Brunelin pas plus que les autres.Peut-être sont-ils fiers,quelque part,d'avoir peu ou prou été associés à ce film,donc à ce livre à nul autre pareil.Il ya des orgueils plus déplacés.J'aurais volontiers joué une sentinelle,silhouette nocturne, dans Le désert des Tartares.Alors je vais attendre encore un peu.Je vais attendre encore un petit peu également pour fermer Le blog de la Comtesse.Mais il se fait tard.Ce tard qui rime parfaitement avec Le désert des Tartares.

28 mars 2009

Le coupable faux

 

   Quan d j'avais vu pour la première fois L'invraisemblable vérité(Beyond a reasonable doubt),film de la période américaine de Fritz Lang (1956) j'avais été estomaqué.Sur le thème très cher à Lang de la culpabilité,des apparences,de la manipulation,le Viennois brode un artifice diabolique  sur l'erreur judicaire et l'exécution capitale.Pas de grand discours moral sur l'horreur de la chaise.Le propos de Fritz Lang est une profonde réflexion,hors de toute psychologie logorrhéique,sur la vraisemblance,la fragilité des témoignages, ce dans un climat très américain fifties(procureur candidat politique,liberté de la presse,aisance fiancière).Frappé de plein fouet lors de la première vision j'ai été un peu désappointé car ce film m'avait vraiment stupéfié par ses rebondissements.

   La vérité n'était donc plus tout à fait invraisemblable pour moi et c'est ainsi que j'ai pu apprécier l'ambiance film noir et l'aptitude de Lang à se couler dans la société américaine,et ce dès ses premiers film,Fury notamment qui n'est pas sans lien avec L'invraisemblable vérité.Sobrement traité,hors de toute digression et de tout bavardage Beyond a reasonable doubt  scotche le spectateur,lui aussi fragilisé,manipulé,pantelant.Et reparaît alors un certain Dr.Mabuse,expert en marionnettes humaines.Et le fait que ce soit plutôt pour la bonne cause ne nous rassure guère plus.

21 mars 2009

Perfection pirandello-tavianienne

     Au plus beau du cinéma...L'après-guerre,Pise,Toscane.Deux gamins de 15 et 16 ans découvrent au ciné-club universitaire Païsa de Roberto Rossellini.Paolo et Vittorio,inséparables frères,fils d'avocat,ne s'en remettront jamais,pour le plus grand plaisir des cinéphiles.En 54 premier court métrage San Miniato juillet 44,San Miniato,leur ville natale près de Florence,le plus bel endroit du monde.On comprend l'influence de la Renaissance,et aussi celle de la Résistance,la Toscane ayant été très en pointe contre le fascisme, dans l'oeuvre des Taviani.Puis rencontre à Rome avec le grand Joris Ivens qui influencera l'autre versant des Taviani.

  1984.Après avoir été un peu médiatisé,Palme d'Or à Cannes pour Padre Padrone,lesTaviani mettent cap au Sud,vers la Sicile,leur deuxième terre d'élection.Ils veulent adapter l'univers du grand Pirandello à travers quelques-unes de ses Nouvelles pour un an,écrites en fait tout au long de sa vie.Attention,amateurs de cartes postales s'abstenir.La Sicile de Pirandello,transcendée par les frères,est une terre primordiale et solaire,apparition de forces ancestrales,théâtre d'une lutte pour la survie,manifestation violente de passions primaires,castes,classes,le tout avec déchaînement de forces telluriques et surnaturelles.Le très rude pays porte d'ailleurs le nom dialectal de Cavusu,le Chaos.Pirandello:"Je suis un fils du Chaos,non pas allégoriquement,  mais réellement,car je suis né dans une de nos campagnes située dans un bois touffu,que les habitants de Girgenti(Agrigente) appellent Cavusu."

  Le prologue qui sera le fil rouge entre les quatre récits(cinq pour la version télé) est adapté du Corbeau de Mizzaro.L'oiseau,attrappé et tourmenté pas les bergers,est équipé d'une clochette et devient comme l'albatros baudelairien une source d'enchantement.Eternelle dualité de l'homme,du pire et dun meilleur.Symbole de la hauteur lais aussi du Chaos qu'il domine le corbeau,soutenu par la magistrale partition de Nicola Piovani,nous emmène vers L'autre fils.

   Dans cette nouvelle les Taviani ont voulu la Sicile comme une sorte d'héritière corrompue de la Grèce antique,parcourue d'une ethnie sicilienne travesée par la tragédie.Mariagrazia é crit à ses deux fils en Amérique ou fait écrire plutôt.Aucune lettre en retour depuis 14 ans.Et non loin de la vieille femme,superbe de douleur,l'autre fils,le troisième,doux et gentil mais hélas,issu d'un viol de la soldatesques libére par Garibaldi(effets collatéraux d'une révolution,ça arrive),et pour son malheur portrait craché de son père.La violence tient en quelques plans,écrasée de chaleur dans la ville en barbarie, inoubliable.

  Mal de lune est ue sombre histoire de lycanthropie,thème plutôt gothique,mais que les Taviani ancrent dans une Sicile mythologique et assez misogyne.La jeune épouse que la pleine lune semble libérer sexuellement,est incapable de venir en aide à son mari,brave garçon victime d'une malédiction d'enfance lors des moissons sous la lune.Il faut voir Sidora s'activer à son ménage en jouant des cuisses.Comme ce cinéma de la suggestion sait se faire haletant.

        Requiem met en scène des villageois qui veulent obtenir un cimetière car ils n'ont que le droit de trimer sur un arpent de terre mais pas celui d'y reposer en paix.Traité de façon presque burlesque avec un patriarche qui ressuscite puis attend placidement assis devant sa fosse bien gagnée,Requiem oppose le baron et sa famille,urbains,pas forcément antipathiques,mais d'un autre âge et les paysans hirsutes, dyonisiaques et finalement vainqueurs.Les frères Taviani ont un engagement classique en Italie,celui d'intellectuels influencés par le Néoréalisme et la Guerre.On aura compris leurs sympathies mais rien en Italie n'est si manichéen...

    Enfin j'ai unepassion particulière pour l'épilogue Entretien avec la mère,cinématographiquement à couper le souffle.Omero Antonutti,acteur rare et fétiche des frères,Padre,Good morning Babilonia,La nuit de San Lorenzo.y incarne Luigi Pirandello lui-même,vieilissant, de retour sur les terrs du Chaos après des décennies,et qui retrouve la maison natale et le fantôme de sa mère.C'est de toute beauté,une réflexion sur la création littéraire,la mémoire et la maladie.Les Taviani ont retenu de Pirandello,tout au long du film et plus encore dans l'épilogue,la mélancolie et la sénescence,des maux précoces et structurels,inhérents peut-être à ce XXème Siècle en crise,avec des personnages proches d'une symbolique du tombeau,que les très grands Européens, Svevo, Joyce,Mann ont abordée à leur manière.Kaos,contes siciliens est un miroir,notre miroir,fait de solitude irréductible, d'éloignement dans le temps et l'espace,d'agonie d'une société médiévale. Kaos est une entrevue avec les ombres,mais les plus belles.

    Je ne fais jamais d'article aussi long.Souffrez l'exception car j'en considère le titre comme tout à fait justifié.

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