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7 mars 2009

Barrage contre l'identité

    Si le film Still life n'est pas vraiment le chef-d'oeuvre que certains y ont vu il reste très intéressant.Pour moi Still life sonne comme un tocsin,un glas qui retentirait pour nous montrer un monde qui oscille,puis bascule,entre hier et demain,à la faveur de ce chantier pharaonique et inhumain,an-humain même tant l'homme y semble comme écrasé et dépassé.Ces deux petits personnages l'homme et la femme,parallèles et dissemblables,errent là de façon presque antonionienne en une sorte d'incommunicabilité pas si éloignée du maître ce Ferrare.Avec le vrai risque que s'installe parfois le fort distingué mais plombant sentiment d'une froideur menant à l'ennui.Ca n'a pas été mon cas.Je conçois que ça puisse l'être.Dans Still life on détruit,on casse,à mains nues presque.On bâtit aussi bien sûr mais le néant guette.

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28 février 2009

Ma non troppo

         Bien sûr Stazione Termini est très loin des meilleurs films de De Sica,antérieurs.Bien sûr on n'est pas très loin dans ce film tout entier circonscrit dans la gare de Rome du roman de gare justement.Et du roman-photo,encore très florissant en 1954 notamment en Italie.Bien sûr cette storia d'amore,en fait une love story entre une Américaine et un Italo-américain,est originale comme une bluette.Bien sûr le film n'avait d'autre but que le marché américain avec deux stars comme Jennifer Jones et Montgomery Clift et fut d'ailleurs proposé aux Oscars(?)Bien sûr De Sica l'a plus ou moins renié.Bien sûr il a même été réduit à 63 minutes que d'aucuns trouveront encore trop longues.Bien sûr que ce n'est pas avec Stazione Termini que je vais redorer le blason de Vittorio de Sica et donner envie de le découvrir.Et bien sûr que je n'arrive pas à détester ce film,rencontre et rupture.Parce que je suis fou du cinéma italien.Et parce qu'il m'est arrivé de rencontrer.Et parce qu'il m'est arrivé de rompre.

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                  Ne l'ayant pas vu depuis 40 ans environ je me suis mis en quête de La Ciociara de Vittorio de Sica d'après le roman de Moravia.C'est tout de même une déception.Que de conventions dans cette adaptation toute entière au service de Sophia Loren!Récompensées par un Oscar d'ailleurs.Mais comme j'ai eu du mal à y croire à cette paysanne pulpeuse et lumineuse là où il aurait fallu sentir âpreté et fatigue.De plus,coprod. française oblige le film a été vu surtout en version française avec un résultat abracadabrant.On a donné à Sophia un accent italien qui fait qu'on a presque du mal à la comprendre.Quel gâchis.De ce film,on peut cependant sauver le rôle sobre d'un Belmondo encore juvénile et qui s'acquitte bien de sa tâche en instituteur pacifiste et binoclard,non encore contaminé par les tics de carrière qui deviendraient les siens quinze ans plus tard,dans ses rôles les plus insipides

17 février 2009

L'Inoxydable

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   Si Gomorra m'avait plutôt rasé Il Divo m'a,à quelques détails près,enthousiasmé.Eternelle renaissance de mon cher cinéma italien.Vous ne connaissez pas Giulio Andreotti?Moi,vu les années,j'ai toujours un peu vu la longue silhouette de l'un des plus inamovibles hommes politiques italiens.Paolo Sorrentino,metteur en scène de la nouvelle génération,nous propose un puzzle fascinant où le personnage d'Andreotti apparaît fantômatique,filmé marchant vraiment comme Nosferatu et rasant les murs dans une Italie vide d'Italiens,puisque Sorrentino a opté pour le parti pris,curieux mais très intéressant,de ne guère quitter les ministères ou les églises.Mais à l'intérieur des ors de la république se jouent des destins,se trament peut-être(le doute est permis) des morts violentes,se fomentent des trahisons dans cette Italie où la Comedia dell'Arte épouse l'Opéra tragique.

    Faut-il avoir une petite connaissance de l'histoire de l'Italie pour apprécier Il Divo?Honnêtement je trouve que ça peut aider mais au delà de la spécifité transalpine la réflexion sur le pouvoir,sa solitude,réelle,et l'ambiguité du jeu politique,est passionnante.De ce films ne sort pas la vérité sur l'assassinat d'Aldo Moro,sur la loge P2,sur l'implication de Giulio Andreotti.Cette vérité là existe-elle seulement?De ce film,par contre,on peut sortir,ravi et heureux comme un spectateur "né cinématographiquement" sous Rossellini dont Sorrentino serait le petit-fils spirituel,mais un petit-fils qui aurait eu comme parrain Fellini dont l'ombre plane un peu,beaucoup,sur la mise en scène.

10 février 2009

Rude Ruhr

          Lait et charbon de Ralf Rothmann,né en 53 dans une Allemagne industrielle,raconte une période de l'adolescence de Simon,fils de mineur de la Ruhr,époque mobylette et Rubber soul l'album des Beatles,classiques premiers émois,peu romantiques.C'est souvent comme ça,non?Lait et charbon est ainsi un portrait de jeunesse prolétarienne dans une Allemagne plutôt grise et laborieuse où bières et cigarettes marquent la fin de l'enfance.Rien de très folklorique ici,une jeunesse française ouvrière devait être très semblable.
       

       Dans cette histoire en famille où chacun mésestime l'autre la mère Liesel danse le twist avec les immigrés italiens plus gais que son mineur de mari.Simon et son frère Traska,adolescent difficile, se disputent journellement.Et l'amour dans tout ça.Le pire,si j'ose dire,c'est qu'il existe,certes bien caché,qu'il soit conjugal ou fraternel ou filial. Manifestement très proche de sa propre expérience,le roman de Ralf Rothmann évoluerait vaguement entre un univers à la Keith Loach,moins prêcheur,et l'éloignement de toute scorie romanesque. L'épilogue questionne plus qu'il ne résout.C'est un beau livre,qui rend... pas très optimiste.

21 janvier 2009

Deux enfants chinois

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Une famille chinoise,un très beau film de Wang Xiaoshuai,déjà auteur du remarquable Beijing bicycle.On s'attend à un mélo avec enfant malade,sujet risqué.Effectivement c'en est un mais tout en sobriété et retenue.Avec quatre personnages littéralement saouls de malheur qui luttent dans cette rude société chinoise moderne.Et les drames que la politique de l'enfant unique a pu induire,sacrifiant si souvent l'individu à la nation.Juste et émouvant.Ces deux enfants chinois sont la petite fille malade et l'éventuel deuxième enfant qui pourrait lui sauver la vie par un don  de moelle osseuse.Mais c'est bien compliqué car les parents sont divorcés et remariés chacun de  son côté.

     Le Pékin qui nous est montré n'est pas bien sûr la ville historique.Mais n'y pas non plus l'impression d'une métropole surpeuplée  où grouillent les fourmis industrieuses.C'est que le milieu est relativement favorisé même si la vie ne leur est guère plus facile.Ainsi se dégage d'Une famille chinoise un charme à l'européenne très plaisant mais il ne faut pas demander à ce beau film,comme je l'ai entendu lors du débat qui suivait la projection, d'être en quelque sorte représentatif du monde chinois,si vaste et si difficile à étiqueter.

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13 janvier 2009

Hitchcock,période anglaise,suite

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    En français Quatre de l'espionnage que Hitchcock réalise en 36 d'après les histoires de Mr.Ashenden de Somerset Maugham.Comédie d'espionnage très réussie.Comme cette série de noir et blanc,Les 39 marches,Une femme disparaît,Sabotage.Nous traversons une partie de l'Europe en guerre mais n'aurons pas d'images du conflit.Ce qui intéresse Hitch c'est le jeu du qui est qui,une constante dans son oeuvre où chacun se dissimule à souhait.Hitchcock a en fait mêlé deux histoires d'Ashenden:Le traître et Le Mexicain chauve.Ce dernier ni chauve ni mexicain est joué par Peter Lorre,l'extraordinaire acteur de M.Et l'élégant Robert Young joue le méchant,séduisant comme il se doit.Une grande partie de l'action se passant en Suisse Hitchcock a imaginé une des scènes clés dans une chocolaterie.A propos de l'utilisation de la géographie Hitchcok a déclaré "A quoi servent les Alpes si ce n'est à noyer des traîtres et à ouvrir des crevasses sous les pieds des gens?"

7 janvier 2009

Au chien enragé ne reste que la ligne droite

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  A ceux qui connaissent surtout les fresques d'Akira Kurosawa...Il n'y a aucun paradoxe à aimer chez Kurosawa les sagas historico-shakespeariennes(pour faire court) et les polars secs et noirs des années cinquante.En 49 il met en scène Chien enragé,excellent western du bitume d'un Japon qui se relève lentement des ruines post-apocalyptiques.Il y a bien un duo de flics,une initiation,un rapport père-fils,schémas classiques. Mais il y a aussi un remarquable travail sur la musique et sur les bruits de la ville,avec une approche documentaire dont à mon avis s'inspirera Dassin dans sa trilogie urbaine à venir.Chien enragé est un film noir bien sûr avec boîtes de nuit,fumée,trafics d'armes et de très belles poursuites dans ce Japon hyper-urbain où le manque de place et la promiscuité,la misère et la violence cohabitent dans l'éternelle lumière bleue de l'essence du beau monde du polar.

    Kurosawa est donc un grand du cinéma noir.Est-il exagéré de trouver les films de A.K presque occidentalisés comme les plus rétifs des critiques l'ont souvent écrit?Je dois dire que ce n'est pas tout à fait faux,ses maîtres étant tout autant Ford et Griffith que les ancêtres nippons.C'est surtout une formidable leçon,une grande plongée dans l'histoire du cinéma que de voir,de lire,dirais-je,les films de Kurosawa.L'un des très rares à "supporter" une intégrale car l'intégrale est une démarche illogique et dangereuse dans bien des cas.

a suivre...

5 janvier 2009

Fondation de la maison Hitchcock

   1929.Je crois que l'on peut considérer Chantage comme la première pépite du prospecteur Hitchcock.Il y en aura bien d'autres.N'y manque même pas le morceau de bravoure,ici la poursuite d'un maître-chanteur dans le British Museum.Un meurtre,une victime,une coupable,un inspecteur lié de près à la suspecte et un témoin qui compte en tirer profit,voilà les quatre piliers de cette histoire qui nous permet de visiter le Londres de 1929,à grand renfort de montages avec roues de voitures (influence plus que patente d'Eisenstein,vénéré par Hitchcock).N'y manque pas non plus l'apparition d'Hitchcock,sa deuxième je crois.La ville est fort bien reconstituée.Son agitation sied tout à fait à cette histoire assez moderne et qui s"affranchit de la trilogie policère londonienne victorienne(Jekyll/Hyde,Holmes,Jack the Ripper) pour une pesrpective plus directement cinéma et moins littéraire.

   Hitchcock aime les couteaux,ciseaux,belles armes bien effilées(Les 39 marches,Agent secret,Le crime était...,Psychose,Le rideau...). Il aime aussi les chutes(Cinquième colonne,Vertigo,La mort...).On trouve déjà tout ça dans Chantage ainsi qu'une charge sexuelle assez peu équivoque mais on sait que l'oncle Hitch se méfiait de ces femmes comme des régimes alimentaires.Comme il avait raison...

3 janvier 2009

Scorpion mortel,ennui de même

Sous le signe du scorpion

   Quelques mots suffiront car,une fois n'est pas coutume,voici un film des Taviani qui ne m'a guère captivé.Datant de 1969 il s'agit d'une fable très pesante sur la société à travers la lutte de deux tribus sur une île volcanique.Passent,enfin j'ai cru comprendre,les ombres de Caïn et Abel,d'Ulysse,voire de Romulus et Rémus.Parabole sur le pouvoir,lecture marxisante très déshumanisée,c'est ce que j'appelle un pensum.Passe aussi mais je ne le sais que parce que j'ai lu un bouquin sur le cinéma des Taviani,le conflit entre Utopie et Conservation dont le vainqueur serait l'Histoire.Ce qui ne passe guère par contre c'est le temps,90 minutes qui m'ont paru plombées par le pire défaut du cinéma d'auteur,à savoir se croire obligé d'asséner le spectateur d'une très lourde dose de prétention philosophique.Moi qui suis un zélateur des frères je regrette cette aventure dans les îles,réalisée juste avant Saint Michel avait un coq dont je vous ai dit grand bien il y a peu.

27 décembre 2008

Curiosité,Sir Alfred en jeune homme

      Un des tout premiers parlants d'Alfred Hitchcock,bavard même,adapté de la pièce de Sean O'Casey Junon et le Paon,date de 1929.Hitch a dit à plusieurs reprises qu'il ne s'était pas impliqué dans ce film et effectivement ce film ne relève pas du cinéma,mais du théâtre engagé des auteurs irlandais de ces années vingt, statique,absolument pas mis en perspective d'image mouvante.Ce qui ne veut pas dire que la pièce est médiocre.Mais Hitch s'est contenté de filmer platement la troupe qui l'avait joué à Dublin.Le résultat en est une pièce évidemment contemporaine de ces luttes de la République d'Irlande,qui n'a pas peur de présenter les autochtones comme des sacs à bière ou des fainéants.La verte Erin n'a pas connu que des héros au coeur pur.Junon et le Paon flirte un peu avec le mélo et le brûlot politique.Cela semble un peu exotique mais j'aime tant l'Irlande que je ne suis pas mécontent d'avoir vu ce vieux film qui ne doit pas grand-chose à Hitchcock.

Portrait Sean O'Casey

    L'autre pièce célèbre de Sean O'Casey,La charrue et les étoiles,devint en 36 sous la direction de John Ford Révolte à Dublin.A noter que O'Casey était protestant et qu'il quitta assez vite son île pour l'Angleterre.Tout ceci nous éloigne pas mal de Sir Alfred mais en 29 également il avait tourné Chantage,autrement intéressant.C'est notre prochain spectacle.

25 décembre 2008

New York-Palerme,aller simple

   Francesco Rosi adapte en 90 une petite partie du Goncourt d'Edmonde Charles-Roux Oublier Palerme que je n'ai pas lu.Le film,co-produit,ce qui est souvent synonyme d'alourdissement,n'est pas un très grand opus de Rosi mais n'est pas du tout indifférent. Encore un film sur la Mafia,diront certains.Cela me paraÎt normal que tant de films traitent de ce thème,de Scarface à Gomorra,la lutte entre le bien et le mal ne datant pas d'hier. Un politicien italo-américain brigue la mairie de New York (James Belushi très crédible).Avec l'idée d'éradiquer,vaste programme,la Pieuvre.Une jeune journaliste italienne l'incite à un voyage en Sicile sur la trace de ses aïeux.Si la partie campagne électorale est très classique le retour à Palerme ,très bien orchestré,nous fait passer subrepticement d'une Sicile plutôt touristique,très couleur locale à une île au versant bien sombre,archaïque et ancestrale,avec tout ce qu'il fait d'un obscurantisme misérable contre lequel l'Institution semble être le rempart.Question éternelle.

   Un moment déstabilisé sur le crucial sujet d'une certaine légalisation de la drogue Carmine Bonavia assumera-t-il? Dans ce beau coffret dont j'ai déjà évoqué les deux autres film Le Christ s'est arrêté à Eboli et Trois frères Francesco Rosi répond au critique Michel Ciment et c'est clair, concis, passionnant.Vous avez peut-être remarqué l'omniprésence du cinéma italien en cet endroit.On ne se refait pas.Au fait il y a dans Oublier Palerme un personnage inoubliable,le Prince,le grand Gassman,qui a la permission de vivre à condition, qu'il ne sorte pas du palace où il est assigné par l'Organisation,suite à un très vieux litige.Filiation avec Visconti,un peu,car Rosi utilise aussi la valse de Verdi et l'immense salle de bal du Guépard.

18 décembre 2008

Fascisme et gauchisme en grotesque

Domani,domani et Le porteur de serviette,les deux seuls films de Daniele Luchetti sont bien loin,vingt ans à peu près.J'avais autant aimé le premier,conte voltairien,que le second,fable politique.Mon frère est fils unique,sorti l'an dernier,me semble un film un peu moins personnel mais fort intéressant cependant.Si la première partie,très volubile,traite de l'opposition entre les deux frères querelleurs l'un comme l'autre,et ce avec pas mal de verve pour un film qui ressort assez classiquement de la comédie à l'italienne des années soixante,la seconde partie tourne à l'amer et au grave.Accio,le plus jeune est membre du parti néo-fasciste et Manrico l'aîné très engagé à l'extrême-gauche.Peut-on considérer que Luchetti les renvoie dos à dos?A peu près et c'est très bien ainsi à mon avis.Mais derrière la truculence de ces deux jeunes hommes perce la difficulté d'une Italie en proie à ces mouvements qui finiront par les Brigades Rouges,sans pour cela ôter la gangue d'affairisme d'une bonne partie de la classe dirigeante.

Amoureux de la même femme,rivaux en politique,les frères s'aiment pourtant profondément.Je les ai aimés aussi bien que ce cinéma reste un peu palôt par rapport aux grandes oeuvres du passé.Pourtant Daniele Luchetti est loin d'avoir démérité sur cette adaptation d'un livre nommé,je crois,Il Fasciocommunista,dont j'ai oublié l'auteur.Il faut un certain courage pour présenter un jeune néo-fasciste plutôt positif par ailleurs.il n'y a là-dedans rien de démagogique,c'est assez rare pour le souligner.Et puis ces bagarres entre ces extrêmistes plus benets que vraiment concernés sont souvent péchés de jeunesse.A noter une scène hilarante et qui en dit long:la version de L'hymne à la joie de Ludwig aux paroles modifiées ainsi "Trotsky,Lénine,Staline,Karl Marx",tout ça sur la Neuvième.Je connais des images actuelles tout aussi ridicules mais moins drôles.

30 novembre 2008

Si c'est ça la paix,je crois que je préfère la guerre


ALLEMAGNE ANNÉE ZÉRO / ROSSELLINI - SUICIDE D'EDMUND

    Rigueur.C'est le maître mot à propos de Allemagne année zéro qui clot la trilogie fin de guerre de Roberto Rossellini.Après la douleur de Rome et la remontée de la botte italienne en ses cinq épisodes de Païsa Rossellini ausculte l'ancien allié en sa capitale historique.74 minutes composent Allemagne année zéro et cela suffit à ce diable d'homme pour nous faire toucher du doigt la si grande détresse de la paix et la sinstrose des après-guerres et des réglements de compte.Un jeune Allemand de treize ans tente de survivre dans ls éboulements et la déréliction de l'ancienne ville phare du Reich qui en perdra même son titre de capitale avant d'être tranchée en quatre.Maintenant ce sont les familles elles-mêmes qui sont dévatées et décimées.Entre un père mourant,un frère qui n'a pas su changer de camp assez vite,chose fortement déconseillée en ces temps de basculement,une soeur qui hésite sur les extrêmités classiques qui guettent une jeune femme en ces moments,le jeune Edmund vit de rapines et d'expédients,en attendant pire.

  Le Néoréalisme,en s'exportant si peu de temps après la Guerre dans les décombres encore fumants de Berlin,tourne l'une de ses plus belles pages.Ce constat,sans la moindre facilité ou fioriture, absolument vierge de tout tic d'acteur,de tout ego de metteur en scène,de toute couleur locale en l'occurence,est à voir impérativement tous les cinq ans environ.J'ai vu le film pour la première fois à quinze ans et je viens de le revoir avec la même émotion,une émotion qui n'a rien d'un sentiment un peu racolé ou flatté,une émotion que je qualifierai d'"intellectuelle" tant ce film comme les deux autres de la trilogie mais avec cette différence qu'il parle des vaincus,distille longtemps et pour toujours l'intelligence du cinéma.Ce n'est pas si fréquent.Les cinq dernières minutes sont parmi les plus impressionnantes du cinéma(vidéo).Allemagne année zéro c'est aussi Beyrouth,Gaza,Kaboul,etc...

 

 

24 novembre 2008

Des gens ordinaires

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        Gente di Roma avait été filmé par Ettore Scola il y a quelques années.En 1950 Luciano Emmer,cinéaste élevé au Néoréalisme invente en quelque sort le film choral,presque ethnologique,décrivant non pas la vie des Papous de Nouvelle-Guinée,mais celle des Romains un dimanche d'été,en route pour Ostie,la plage  de Rome.Cette Ostia n'est pas celle de Pasolini mais se donne pour quelques heures à toute une faune de gens modestes qui se précipitent à la première heure en vélo,scooter,train de banlieue ou voiture.Laborieuse la voiture...Je n'ai pas peur de dire que Dimanche d'août est un enchantement qui réussit la gageure d'échapper à toute démagogie,ce que même le grand Renoir n'a pas toujours su.

   Car tous ces gens sont vrais,mioches,adolescents émoustillés, matrones affectueusement collantes,pères ou mères seuls avec leur fille.Ne manque même pas une équipe de bras cassés genre Le pigeon qui profitent de l'exode dominical pour fomenter un audacieux casse dans un abattoir.Pas de héros ou plutôt que des héros quotidiens ou hebdomadaires en l'occurence.Bien sûr chacun ment,gentiment,juste ce qu'il faut pour avoir l'air un peu plus riche,un peu plus malin,pour séduire,quoi.Mais il y a tant de fraternité,tant de justesse dans ces petits pointillés de la vie de la grande cité en cette après-guerre où le miracle italien commence à peine.Rejeton tardif,presque ultime du grand mouvement cinématographique italien,Dimanche d'août est une perle rare.Luciano Emmer a signé par la suite surtout des documents et La fille dans la vitrine,belle fiction sur l'immigration italienne en Belgique.Né en 18 il n'est pas mort à ma connaissance.On continuera donc de l'ignorer.

18 novembre 2008

La nostalgie,cette assassine blessure

Nostalghia

        Tarkovski est un cinéaste que je découvre seulement maintenant.Après Andreï Roublev La passion selon Andreï et Andreï j'ai donc vu Nostalghia.On sait le cinéma de Tarkovski exigeant,parfois frôlant l'ascèse en sa beauté plastique unique.Il me semble assez difficile de parler de Nostalghia tant la hauteur de vue de Tarkovski n'est pas notre quotidien.Le voyage dans l'Italie du Nord du poète russe,sur les traces d'un musicien,russe lui aussi,deux siècles plus tôt,se passe dans une Toscane qui n'a pas la luminosité des Taviani.C'est que le cinéma des frères se veut ancré dans une réalité très italienne alors que la parabole de Tarkovski est davantage universelle dans son questionnement.Tonino Guerra,le grand scénariste de plusieurs films importants des Taviani,Rosi,etc.. est d'ailleurs aussi celui de Nostalghia.

    Le poète et sa traductrice  rencontrent non loin de la chapelle de Piero della Francesca Domenico,sorte d'ermite accompagné de son chien et qui tient d'étranges propos.Cherchant à lutter contre le matérialisme du monde il se confie à Gortchakov le poète...Les pistes abondent dans Nostalghia,peut-être fausses.Et qu'est-ce que cette nostalgie où le thème de l'intraduisible semble vouloir scléroser tout art?Et Domenico dans sa folie n'est-il qu'un dément ou l'ultime sage dans cette Italie devenu un théâtre de malédiction.Mais Nostalghia sera ce que vous en ferez tant ce film sidérant de baroque somptueux et d'obscurs exils refuse de vous prendre par la main.La presse a parlé à propos de Nostalghia de poème métaphysique aux images inoubliables.Je parlerai de tremblante alchimie entre l'âme russe comme transportée,déportée et mystique et la Toscane qui aurait comme avorté sa Renaissance pour n'en retenir que la lumière noire.La présence si sensible du grand comédien suédois Erland Josephson évoquera certainement pour plus d'un spectateur un autre grand homme du Nord,à l'austérité si douloureuse et que vous aurez reconnu.

14 novembre 2008

Compartiment tu meurs

   On connaît Tourneur pour sa trilogie fantastique déjà évoquée ici.Pour quelques noirs aussi dont La griffe du passé ou Angoisse.Je vous propose Berlin Express,tourné en 49,l'année du Troisème homme.Car nous sommes dans une ambiance immédiate après-guerre et l'occasion de voir l'Allemagne en ruines est saisissante.Bien sûr ce n'est pas Allemagne année zéro du grand Rossellini mais sous les apparences d'un thriller en grande partie ferroviaire Jacques Tourneur montre bien la déliquescence des villes et des âmes,de Francfort mais aussi le doute qui germe dans l'esprit de ces représentants alliés sensés oeuvrer dans une mission humanitaire.

  Donc dans ce train à destination de Francfort prennent place quelques personnes,un Français,un Russe,un Anglais,un Américain et même un Allemand.Mais très vite devant cette femme qui répond en russe à l'Américain et en français à l'Anglais on se doute que le voyage pour la bonne cause se révélera une machination avec traître et complices à l'appui.Sur ce plan c'est assez classique mais l'intérêt encore une fois est ailleurs.Si les nationalités des protagonistes sont assez carrées et telles qu'on se les imagine en ce qui n'est pas encore la Guerre Froide,et si Tourneur laisse une lueur d'espoir dans les derniers regards de ces amis de quelques jours embarqués dans la même enquête-galère,les plans de Francfort défiguré,sans atteindre évidemment la splendide décadence de la Vienne de Reed,Greene et Welles du Troisième homme,n'en sont pas moins un très beau témoignage sur l'Europe et le monde en ces lendemains qui déchanteront vite.

   On peut voir aussi The good German de Soderbergh d'après l'excellent roman L'ami allemand de Joseph Kanon. Images de ruines

12 novembre 2008

L'artiste en exil,perplexe puis serein

   Je conservais un magnifique souvenir du Christ s'est arrêté à Eboli,film de Francesco Rosi d'après le récit autobiographique de Carlo Levi,film sorti en 80.J'avais un peu idéalisé ce film qui reste néanmoins un beau film,à défaut d'être un très grand film.Passé un petit sentiment de déception Le Christ s'est arrêté à Eboli se voit presque comme un document ethnologique.C'est ainsi que Rosi en parle dans son entretien en français avec Michel Ciment,passionnant et d'une totale clairvoyance malgré le grand âge du metteur en scène.

   Carlo Levi,année 1935,est assigné à résidence en Lucanie,ce Mezzogiorno sinistre où règnent ignorance, corruption et malaria.Dans ce bout du monde au milieu de nulle part cet homme du Nord,cultivé et ouvert,va trouver une vérité qu'il ne soupçonnait pas.Francesco Rosi a ausculté l'histoire de son pays depuis cinquante ans.Il est un de ceux qui m'ont donné le gôut de ce cinéma,hérité du Néoréalisme cette merveille.L'authenticité du film n'est pas discutable,tourné en grande partie avec les paysans de 1980,pas très différents de ceux de 1935.Le jeu intériorisé du grand Gian Maria Volonte nous remue et l'âme et le coeur.Bien reçu et Rosi évite habilement tout manichéisme,sauf peut-être sur la fin et j'y reviendrai,Carlo Levi,peintre et médecin,se lie d'amitié avec les bergers et les villageois.Même le podestat représentant de Mussolini ne semble pas si méchant.Certes il y a la censure de son courrier et les limites du cimetière à ne pas franchir.Mais il y a surtout une humanité que le grand bourgeois nordiste éclairé ne s'attendait pas découvrir dasn cette grisaille pierreuse  dont on dit que même le Christ l'a évitée.

      

      Parmi ces gens simples et rudes l'homme va toucher du doigt la pauvreté et la tristesse,celle des enfants,celle des vieux dont les fils ont tenté l'Amérique.Car dans ce bled presque infâme les yeux se brûlent à rêver de l'autre côté de la mer,dont pourtant pas mal d'hommes sont revenus,pas tous bien riches.A moins que ces mêmes yeux ne dévorent l'illusion africaine que la propagande fasciste prétend mettre à leur portée,là-bas,à Addis-Abbeba.Levi va vivre là plusieurs années.Et le danger guette alors l'homme,et guette aussi le film,de tomber dans une sorte d'exotisme de l'austérité.La fin du film n'évite pas tout à fait ce piège qui voit le bon Dr.Levi devenir mi Robin des Bois,mi Dr.Schweitzer.J'en ai été un peu gêné lors de cette seconde vision,28 ans après la première et ceci explique sûrement cela.Pas assez gêné pourtant pour ne pas recommander Le Christ s'est arrêté à Eboli,film marquant et modeste,sans thèse mais pas sans émotion.

9 novembre 2008

Paolo et Vittorio vont en bateau

   Film d'avant leur célébrité,d'ailleurs plutôt furtive eu égard à une certaine versatilité me semble-t-il de la critique,prompte à brûler ce qu'elle a adoré,Saint Michel avait un coq (71) annonce ce qui sera pour moi le meilleur des frères toscans,Allonsanfan.Proches d'un marxisme qui serait intelligent et là les frangins sont plutôt seuls,ils nous racontent leur Italie,rêvée mais réelle.Une Italie du XIXè Siècle,avec ses mouvements insurrectionnels précoces et que l'on idéalise facilement en France peut-être.J'ai déjà écrit sur Allonsanfan et San Michele aveva un gallo en est en quelque sorte le prologue.Le héros en est Giulio Manieri,leader de la révolte.Mais cette révolte est un peu en avance et arrêté mais surtout incompris Manieri croupit dans sa gêole. 

   Toute la deuxième part de ce film se passe en prison,à l'isolement et cela nous vaut des scènes très fortes.Il décide en effet de lutter contre cet internement et la folie qui le guette de vivre "normalement".Il tient des réunions politiques avec ses anciens amis,tenant leur rôle à chacun et les plaçant dans la cellule.Avec plaisanteries et querelles de compagnons de lutte.Il "déguste " son horrible soupe en la nommant de termes culinaires fins,champignons à l'émincé,petits légumes de saison,etc...J'ai trouvé cette séquence fascinante et Giulio Brogi,acteur peu connu mais habitué des Taviani,y est remarquable.

   Ce film,carrément scindé en trois,se clôt par un long voyage en bateau car Giullio change de prison et part pour Venise.Sa barque y croise celle d'un groupe de prisonniers avec lesquels il échange des propos sans les convaincre de la justesse de ses thèses car Giulio n'a guère changé.Très belle scène avec le père d'une prisonnière qui suit sa fille en barque le plus longtemps possible,quand elle-même le supplie de partir.Déchirant dans la sécheresse du traitement,les Taviani n'étant pas des sangloteurs.Cette longue croisière scelle surtout l'incompréhension totale et en fait l'enfermement moral dans lequel va finir par sombrer Giulio.A cette fable désespérée,très belle,je préfère cependant la douloureuse remise en question de Mastroianni dans Allonsanfan.

8 novembre 2008

Très au Nord,très mystique

   Ce film était présenté dans le cadre de Ciné-philo,dans ma bonne ville de Picardie.D'une grande austérité en même temps que d'une certaine beauté plastique L'île est en fait une île monastère orthodoxe où  le Père Anatoli expie depuis trente ans une grave faute commise lors de la guerre contre les Nazis.Dans le huis clos de cete terre désolée post-stalinienne ou post brejnevienne,peu importe, Anatoli est  marginal parmi les marginaux,chargé de la chaufferie, travail infernal au sens propre.Mais c'est aussi un farceur vis-à-vis de ses frères les moines de la communauté.Se contentant de très peu,prônant le dénuement,il semble avoir acquis une certaine sagesse et des dons de guérisseur.On vient le consulter en brise-glaces et en barque.Cette allégorie du renoncement est traitée avec une sobriété à laquelle Lounguine ne nous avait pas habitués.

   Et bien sûr des noms nous viennent,la rigueur bressonnienne,dont il faut vous dire que je suis très loin d'être connaisseur.Tarkowski et sa spiritualité.La spiritualité était d'ailleurs l'objet du débat organisé par les amis de Ciné-philo,en présence de représentants des communautés catholiques et protestantes.Dostoievski et L'Idiot et même certains héros de Bunuel pourtant peu suspect d'empathie avec toute religion, quoique...Anatoli est ainsi une sorte d'héritier spirituel (?) de Nazarin et de Simon du désert(voir notes anciennes). Le public,nombreux,a apprécié ce film éloigné de toute mode.On n'est pas obligé de partager la foi d'Anatoli ou de Pavel Lounguine,en proie au doute assurément.On est obligé de reconnaître à L'île une grande dignité et le mérite d'oser poser les questions essentielles.Ca ne me paraît pas si fréquent dans le cinéma contemporain,c'est le moins que l'on puisse dire.

1 novembre 2008

Face à l'ogre

   Face à l'ogre Picasso au Grand Palais prenez 20 minutes pour Monsieur Kurosawa au Petit Palais.Une petite centaine de dessins du grand maître japonais nous invite au voyage dans la dernière partie de son oeuvre,Kagemusha,Ran Rêves,Madadayo.Plus que de simples croquis de storyboard de véritables bijoux sont accrochés dans ce hall du Petit Palais.Si cous connaissez les films vous apprécierez la précision et l'anticipation graphique parfaite de ces dessins.Les guerriers bien sûr,mais aussi les femmes,les fleurs, les bannières flottant,tout nous éblouit et nous immerge dans l'univers de Kurosawa à la fin de sa vie,entre médiévisme et mondialisation,lui qui fut le continuateur de la tradition nipponne et aussi le symbole de l'ouverture du Pays du Soleil Levant vers l'Occident.Le lui-a-t-on assez reproché d'ailleurs.

   Mais si vous n'êtes guère cinéphile et ignorez tout de A.K. vous découvrirez un monde qui se suffit à lui-même et n'a pas besoin de Coppola et Scorsese (ils ont beaucoup fait pour Kurosawa sur ses derniers films).On sait Kurosawa proche des grands Russes,Tolstoï et Dostoïevski,et aussi grand shakespearien et cette exposition en est une preuve supplémentaire.Goüt de la fresque qu'il saisit bien sur quelques centimètres carrés,puissance des allures princières,couleur des costumes,douleur des vaincus.J'ai aimé cette parenthèse japonaise,moi qui suis très éloigné probablement définitivement de l'univers manga.Héritier de Ford et Griffith,devenu une icône,Akira Kurosawa est le pont idéal entre deux cinémas plus proches qu'on ne veut bien le penser.

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