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cinema
20 mars 2008

Tranche napolitaine

    Tranche de travaux bien sûr dans la Naples du début des années soixante.Lion d'Or à Venise en 1963 Main basse sur la ville est le film qui a révélé Francesco Rosi,spécialiste du pamphlet politique courageux que l'on s'évertue bien sûr à trouver obsolète.

      Film tourné sans grande vedette,l'américain Rod Steiger alors peu connu,Main basse sur la ville n'est qu'un constat,qui a la sécheresse d'un procès-verbal et le lyrisme d'un permis de construire.Cette oeuvre dont l'essentiel se passe en palabres et négociations ardus et un brin austères touche en fait à cette gangrène si marquée dans la Campanie des années soixante où la ville étend ses tentacules sans trop se soucier des gens qu'elle écrase moralement voire physiquement.Et cette ville c'est Naples,presque entière dans son affairisme et sa corruption,grands vainqueurs finalement de cette lutte à armes inégales.Un mot du Néoréalisme,mon péché mignon de toujours.Des films comme Le voleur de bicyclette ou,plus tard,Le toit(si méconnu) de De Sica,avaient ouvert la brèche d'un cinéma du courage et de la conscience, probablement décuplé par la digestion douloureuse des années noires.Mais en 1963 le NR est éteint depuis assez longtemps.Rosi saura prendre en quelque sorte une certaine relève avec entre autres Elio Petri et Gian Maria Volonte.Voir note du 04 novembre 2007.

    Mani sulla citta est un grand film auquel il manque peut-être un minimum de démagogie.Je m'explique,moi qui déteste la démagogie si présente partout,y compris sur le blog de La Comtesse à doses que j'espères infintésimales.Mais absolument personne n'y échappe totalement,souvent avec les meilleures intentions.Bref si Rosi et ses scénaristes avaient nanti Main basse sur la ville d'un peu plus de chair et de coeur ce film serait devenu pour l'Italie non seulement un beau film intelligent et fier,mais aussi une oeuvre populaire au sens le plus noble.Evidemment les coupeurs de cheveux en quatre,dont je fais parfois partie,lui auraient sûrement reproché.Jamais content celui-là.Après ce bel exercice non exempt de tartufferie je ne peux que vous engager à voir ce film et les autres de Rosi,quand le cinéma italien saura enfin de doter d'une véritable politique du DVD.Je pense à Lucky Luciano,Le Christ s'est arrêté à Eboli qui a ma préférence, Cadavres exquis,Trois frères,etc...

http://www.youtube.com/watch?v=79vVDpYn36I  (extrait)

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9 mars 2008

Un été 43

    C'est peut-être bientôt la fin de la guerre.Elle a dix ans de plus que lui...Non ce n'est pas Un été 42 mais un été 43.De Valerio Zurlini,peu prolifique mais si sensible cinéaste(voir Le douloureux cinéma de Zurlini ) voici Eté violent(1959).Le fascisme va s'effondrer.Sur les plages de Rimini une jeunesse dorée essaie de s'en moquer.Roberta,jeune veuve depuis peu,et mère d'une fille de quatre ans,rencontre Carlo,fils d'un dignitaire du régime,mais lui-même peu concerné,plutôt velléitaire.Cinéaste d'une immense pudeur Zurlini entraîne ses deux personnages dans un amour difficile,mais très vite sérieux,malgré la mère de Roberta et l'instabilité du pays.

    Au contact,pourtant délicat de Roberta Carlo se dirige vers un début de prise de conscience mais le propos de Zurlini n'est pas politique et ne cherche pas à démêler le juste de l'ignoble.La versatilité des hommes est universelle.C'est ainsi que les scènes de la victoire antifasciste semblent ambigües et loin d'être très dignes.Les immédiats lendemains de guerre sont si propices à d'autres horreurs.La violence de cet été 43 est aussi bien celle d'une Italie exsangue que celle d'un amour sur décombres,si émouvant,si prégnant et manifestement sans issue.Comme Bolognini Zurlini est impérativement à revoir pour les amoureux du cinéma italien que je sais nombreux.Jean-Louis Trintignant dans un de ses tout premiers rôles interprète Carlo avec une nonchalance puis une inquiétude remarquables.

9 mars 2008

Horizons verticaux

northbynorthwest04.jpg

          Rassurez-vous je n'ai pas l'intention de vous infliger le énième commentaire éclairé ou obscur sur ce film.Qu'on me permette seulement de m'enthousiasmer une fois de plus pour ce modèle de générique imaginé par le grand Saul Bass.Nord Nord-Ouest est le titre du film et en deux minutes ces génies que sont Hitchcock, Bass,Hermann ont tout dit.Voulez-vous qu'on y regarde ensemble d'un peu plus près?

      Leo de la MGM rugit...L'impressionnant score musical de Bernard Herrmann foudroie le silence et semble zébrer l'écran.Cet écran est traversé par les lignes horizontales et verticales,délimitant de petits carrés qui deviendront fenêtres de  ce grand immeuble newyorkais. Cette grille,oblique,imprime déjà au film son mouvement vers les deux directions.Implacablement,comme toujours chez Hitch,le générique se met en place et apparaissent les noms venant d'en haut ou d'en bas puis s'éloignant pour sortir du cadre,souvent accompagnés de petits parallélogrammes au même destin.Remarquez les flèches orientées de North et de Northwest.Puis la descente commence et les voitures dans la rue strient les cases-fenêtres, toujours en cette opposition horizontale et verticale.En bas de l'immeuble la ruche de la vie bourdonne.Un escalier qui mène en sous-sol puis un bus fend l'image,vertical donc suivi d'horizontal.Un autre escalier de balcon et des gens s'engouffrant dans un taxi. Symphonie hyperactive du déplacement La mort aux trousses clot son ouverture par un gros monsieur frappé d'immobilisme en ratant son autobus.Un gros monsieur de connaissance me semble-t-il.

    On a compris que dans North by Northwest ça bougera,mais méthodiquement,presque arithmétiquement. Ca bougera sur la carte des Etats-Unis de New York au Dakota du Sud.En long en large et en travers.En ascenseur inquiétant et hilarant,en voiture ivre sur corniche,en avion et couché dans le maïs sous un autre avion,en train trépidant et plein d'ardeurs.Jusqu'au comble de la verticalité des Monts Rushmore.Tout cela finit par nous donner des sueurs froides.N'allons pas jusqu'à verser dans la psychose.

http://www.youtube.com/watch?v=jIlqatMQSgI Aouh!(ça c'est Leo qui rugit)

8 mars 2008

Terrence Malick,l'aube

        Voici déjà l'avis de Bagheera Badlands, de terrence Mallick ainsi que celui de Jade .Je ne rajouterai finalement pas grand'chose tant je me reconnais dans leurs mots.Les deux jeunes comédiens, Martin Sheen plus âgé  quand même que Sissy Spacek,sont confondants de naturel.Comme le dit Jade on ne peut pas ne pas penser à James Dean,rien que dans la façon de se mouvoir.Comme quoi le cinéma n'a pas besoin d'être plèthorique,la rareté fait parfois le prix des choses(quatre films en 35 ans).La balade sauvage ce n'est ni De sang froid,ni Les tueurs de la lune de miel,ni Bonnie and Clyde.Mais Jade l'a si bien dit...

3 mars 2008

Entêtement à l'extrême ouest

    Avec un peu d'irritation...

         Ce film a bien des qualités,les grands espaces libres,les eaux,les oiseaux et la nature,rude parfois et que le jeune étudiant décide de toucher au plus près.Sean Penn jouit en France d'un énorme capital de confiance.En effet,féroce opposant à George Bush,il ne saurait se tromper.J'avais bien aimé les précédents The Indian runner,The crossing guard et The pledge,ancrés plus solidement dans une réalité de violence et d'enfance meurtrie.Ici la fable ne fonctionne pas pour moi simplement parce que ce jeune homme ne m'intéresse guère.Et c'est bien mon droit de ne pas cautionner le jusqu'auboutisme du héros,suicidaire au fil des jours,ce qui à tout prendre ne me paraît pas la meilleure façon d'en finir.Mis ainsi un peu de mauvaise humeur je reconnais que ce film peut plaire,pas forcément pour de bonnes raisons.Et s'il s'exhalait de ce récit initiatique en quelque sorte un parfum d'une démagogie,mais d'une démagogie branchée qui ne dirait pas son son vrai visage et ses principes.A savoir que seul l'égoïsme transcende la médiocrité ambiante,que les parents sont sinon à tuer,mais au moins à radier,et que "hors de moi-même point de salut".Voilà pour le passif.

     Into the wild reste un grand spectacle malgré la relative animosité qui m'oppose à lui.Au crédit de Penn le souffle de sa mise en scène,les ballades à la guitare,de vieux potes morts ou éparpillés(Roger Miller, Canned Heat),la nostalgie des seventies et ce couple hippie quinqua comme il en est beaucoup,sympa mais pour tout dire un peu vain et artificiel,ressemblant à une attraction touristique.Plus forte me semble être la relation paternelle,voire grand-paternelle entre Emile Hirsch et Hal Holbrook,ce grand comédien peu connu et âgé maintenant.Lourdement symbolique qaund même parfois,avec sa montagne à gravir ou cette chasse à l'élan nauséeuse.N'est pas Jeremiah Johnson qui veut.Ces mots dépassent un peu mon propos et Into the wild mérite un accessit pour qui s'enflamme assez vite dès que s'élève l'altitude.On me permettra d'y voir un brin de jeunisme exacerbé.

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28 février 2008

Les trois hommes des deux frères

               On sait que Cormac McCarthy est en passe de devenir très à la mode en France où son dernier livre La route se vend bien,déjà d'aileurs en cours d'adaptation.Personnellement j'avais aimé De si jolis chevaux(film aussi,que je n'ai pas vu) et moins Le gardien du verger,roman déjà ancien.Le grand passage et Des villes dans la plaine forment avec De si jolis chevaux La trilogie des confins,titre sublime qui suffit à faire comprendre que McCarthy écrit sur l'espace américain,revisitant son histoire dans une tradition quasi-faulknérienne mais faut-il rappeler la malchance de ce dernier au cinéma malgré quelques réussites mineures?Les deux frères Coen,peintres pointus et iconoclastes de cette société américaine trop policée,jouissent aussi en France d'un énorme crédit.Je partage mais Non,ce pays n'est pas pour le vieil homme m'a quelque peu décu.A propos du titre je voudrais dire que,baignant danc une culture rock,cinéma et littérature anglo-saxonne depuis toujours,j'ai pourtant l'habitude de citer les titres en français quand la traduction ne dénature pas.

       Bien des bloggers ont déjà écrit sur ce film,des choses souvent intéressantes.Le cinéma des Coen est toujours riches d'idées et d'images fortes.Mes préférés restent Miller's Crossing et Barton Fink.La danse, assez compliquée,des trois personnages du film le sheriff,le tueur et le chasseur,s'apparente presque au cartoon,tant la violence y semble presque hasardeuse mais réelle.La frontière du Mexique,lieu terriblement lié à toute une imagerie western,semble propice à un subtil équilibre pour des héros plus que border line.Hallucinante c'est vrai,comme tous les critiques l'ont dit,la silhouette improbable,lourdaude et cheveux de jais de Javier Bardem et son arme d'un nouveau genre.Ambigu le chasseur car bien des zones sont obscures dans No country.Plus convenu mais crédible Tommy Lee Jones prête son visage las au sheriff,peu loquace.Cette sarabande macabre est un bon moment de cinéma mais j'y croyais trouver une géographie plus abrupte et un désert plus engagé dans la chorégraphie des acteurs.

       En clair je trouve que les Coen ont utilisé l'espace western d'une façon originale qui m'a un peu déstabilisé.De grands espaces,à mon avis,pas tant que cela.Mais par contre l'architecture très Nouveau Monde de ces motels où l'on assassine ne manque pas de piquant.Et ça c'est particulièrement réussi.Les deux loustics savent toujours conjuguer spectacle et "auteurisme".Reste le "problème" de la fin du film, comme l'a bien saisi Dasola.La question reste ouverte?

16 février 2008

Honte à l'italienne

Le bel antonio

     Mauro Bolognini est un cinéaste qu'il faut revoir impérativement pour sa finesse et l'élégance de son propos.Sur le thème délicat, surtout en 1961,de la virilité,qui plus est en Sicile,et avec la complicité à l'écriture de Pasolini il adapte le roman de Vitaliano Brancati,auteur sicilien lui aussi(1907-1954).A Catane le jeune Antonio(Mastroianni prototype du latin lover) épouse Barbara. Bourgeoisie,belles demeures,aisance financière et un avenir radieux.Mais la fêlure s'insinue et les parents s'inquiètent puis se heurtent.Et surtout l'honneur est en jeu.Ha l'honneur!L'honneur en ces années se situe parfois sous la ceinture et Barbara(Cardinale très jeune) ne sera qu'un pion dans le jeu du patriarcat et de la résignation des femmes,filles ou mères.

  Ce film ne prête ni aux plaisanteries grasses ni au marivaudage et Mastroianni campe avec conviction et douleur ce prétendu Don Juan dont on mesure peu à peu la solitude et la culpabilité.Film d'une grande pudeur,Le bel Antonio reprend le meilleur de Pasolini qui n'aura pas toujours cette réserve que Mauro Bolognini,doux ciseleur du cinéma italien,saura,lui,garder jusqu'à sa mort.Probable que cette discrétion lui a valu en partie le purgatoire.Dans l'infinie richesse du cinéma transalpin j'aime à attirer l'attention sur les réservistes (Zurlini,De Santis ont déjà fait l'objet de chroniques).Autres très beaux films de Bolognini:Les garçons,Metello,L'héritage,Ce merveilleux automne.Le titre de ce billet est un clin d'oeil à la vogue "à l'italienne" des films des années 55-60.En effet eûmes droit à Caprice, Scandale, Divorce, Mariage, Meurtre, tout ça à l'italienne.

15 février 2008

Quelques films de Nicholas Ray

      1949,mon maître Humphrey Bogart tourne le deuxième film de Nicholas Ray,Les ruelles du malheur.Le jeune délinquant joué par John Derek,en rupture de société,annonce évidemment La fureur de vivre.Mais le film presque tout en flashbacks est d'une construction que je trouve un peu pesante,ce qui à mon avis l'empêche d'être un grad film-prétoire proche d'Anatomie d'un meurtre,Douze hommes en colère,Le génie du mal.Bogart incarne l'avocat Morton avec ses faiblesses et ses doutes,lui-même issu d'un milieu modeste.Je dirais qu'il est finalement un avatar assez classique de Bogie,l'homme mûr qui s'était "accomodé" du monde dans lequel il vivait et qui retrouve le goût de la lutte.Mais n'st-ce pas le cas de Key Largo,Plus dure sera la chute,et même Casablanca?

     Les ruelles du malheur est aussi un peu l'héritier des Rue sans issue ou Les anges aux figures sales,avec Bogart aussi d'ailleurs mais en gangster d'avant-guerre.Ces films sociaux étaient certes un brin naïfs mais très efficaces,menés par d'excellents Curtiz ou Wyler.La fin des Ruelles du malheur est à cet égard très émouvante encore aujourd'hui.A noter la "finesse" du titre français destiné à faire pleurer dans les chaumières.

     Deux ans avant Nick Ray avait adapté le beau roman d'Edward Anderson Tous des voleurs sous le titre They live by night(Les amants de la nuit).Voir Redécouvrir Anderson .Une histoire de cavale bien sûr,de fuite en avant pour le jeune couple à peine sorti de l'adolescence.Mais Bowie et Keechie ne sont pas Bonnie et Clyde,ni Les tueurs de la lune de miel,plus proches de Romeo et Juliette sur les routes poussiéreuses des années trente dans l'Amérique dépressive.Echec total aus U.S.A. Les amants de la nuit sera repêché par la critique européenne.Annonçant lui aussi une certaine fureur de vivre le héros joué par Farley Granger,est,dès le début étincelant du film,promis au tragique.Contagieux de ce tragique et malgré un très beau mariage de parias,l'une des plus belles scènes de noces que j'aie vues,il contaminera si j'ose dire la toute fraîche Cathy O'Donnell,faisant d'elle une veuve bien précoce.Film noir dont les héros ont presque un visage d'enfant Les amants de la nuit c'est une histoire d'amour que gangsters et policiers sublimeront bien involontairement.

8 février 2008

Bible cinéphilique

A la recherche de John Ford

   

      

             

   

                 Prochainement cet ouvrage extraordinaire qui est aussi un grand bouquin sur l'histoire irlando-américaine, l'exil,la guerre,la famille,etc...Enfin pas si prochainement que ça car A la recherche de John Ford du grand Joseph McBride a autant de pages que la Bible, justement.Me voilà presque au bout de ce pavé passionnant qui ne rend pas Ford plus sympathique mais plus humain peut-être,plus humain c'est à dire plus homme.Ce livre aura déjà eu pour effet de m'empêcher de lire autre chose pendant un mois,mes loisirs étant limités.Le temps est venu maintenant d'évaluer sereinement la filmo de Ford.Pas sûr que ça lui aurait plu tant cet homme s'est évertué à jouer au mauvais coucheur et à l'interviewé désagréable et dédaigneux.A travers la bio de Joseph McBride,très fouillée,il apparaît que derrière le masque hautain et bougon pouvait apparaître(parfois) le créateur,le poète.Car John Ford a su entre les crises et les brimades,réelles,infligées à ses acteurs,et non des moindres,instiller en quelques plans des îlots de lyrisme,de poésie élégiaque et familiale.

     John Ford  reprend à son compte le célèbre adage du poète Walt Whitman "Je me contredis?Très bien,alors,je me contredis.Je suis vaste,je contiens des multitudes".Car rarement créateur aura autant divisé que Ford,adulé,vénéré,vilipendé,humilié selon les films et les époques,et parfoispar les mêmes.Il faut avoir l'honnêteté de dire que ce livre s'adresse aux lecteurs qui ont déjà vu pas mal de films de Ford, s'attardant longuement sur la genèse et les querelles qui ont accompagné beaucoup de tournages.Et,même ainsi,bien des précisions nous échappent.En fait on devrait lire ce livre lors d'un symposium de quinze jours conscré à une rétrospective du maître.Alors,bien vaines nous apparaîtraient les gloses sur le côté réactionnaire voire raciste de certains films,car les mêmes films peuvent la plupart du temps être lus à travers un prisme progressiste.Joseph McBride vous expliquera ça mieux que moi.Je vous recommande aussi chaleureusement un détour chez Inisfree grand fordien de la blogosphère.

    Il faut se rappeler que Ford c'est 55 ans de cinéma du muet aux Cheyennes et à Frontière chinoise,en passant par les films,très nombreux,produits ou réalisés par Ford pour l'Office of Strategic Services,pendant la guerre.Le vice-amiral John Ford tenait énormément à ses deux casquettes,Hollywood et la Navy.Ces deux jobs ne faisaient pas toujours bon ménage et Ford lui-même était tyrannique sur un plateau,sachant parfois larmoyer comme toutes les brutes.A la recherche de John Ford est une somme sur ce cinéaste avec ses rapports de famille,très douloureux,père pas terrible le patron,ses liens avec l'Irlande,pas simples non plus,ses attaches poilitiques curieuses alternant de la gauche à l'ultra- conservatisme. Contrairement à ce que l'on a pu croire longtemps,ce diable d'homme apparaît souvent assez antipathique mais surtout terriblement complexe.Faites-vous une idée!Il faut pour cela un peu de temps,1000 pages bien serrées.En ce moment je regarde Les sacrifiés(48).Mais il y en a tant d'autres.Et beaucoup d'humour.Terminons ainsi en souriant:lors du tournage des Deux cavaliers,en fin de carrière,dirigeant James Stewart et Richard Widmark,tous deux durs d'oreille et portant perruque cause calvitie,Ford déclara "Cinquante ans de putain de métier et j'en arrive à quoi?Diriger deux moumoutes sourdingues".So long.

25 janvier 2008

Un si joli village

      Sobre,fauché,épuré,sec et gris Le village des damnés reste un bijou de science-fiction.Six ou septième vision.Et toujours cette sourde inquiétude me prend.Cette campagne anglaise calme et un peu ennuyeuse. La léthargie qui fauche quelques heures de la vie de paisibles citoyens.Et neuf mois plus tard ces enfants...L'ami Fantasio vous dira ce qu'il faut penser du roman que je n'ai jamais lu.Il existe une tradition du film de science-fiction à l'anglaise,moins connue que celle du film dit d'horreur de la Hammer,chère à Terence Fisher et à Dracula.Le cinéma anglais est en verve en cette année 1960.Le voyeur de Powell,obsessionnel et obsédant.Les Jeunes gens en colère,Karel Reisz,Tony Richardson signent respectivement Samedi,soir,dimanche matin et Le cabotin.Losey bien qu'américain est toujours en Angleterre(Les criminels).Comme toute S.F. des années concernées la Guerre Froide plane sur Le villlage des damnés.Qui sont ces enfants aux yeux d'or et au calme inquiétant de surdoué.

     Wolf Rilla,d'origine allemande,réalise un modèle du genre,un film qui n'infantilise pas le spectateur,où un regard,ou quelques pas dans la rue suffisent à nous figer.Le style n'est pas très loin du documentaire et c'est avec peu de moyens mais une force de suggestion rare qu'on se prend à craindre pour l'avenir.Très beau personnage du professeur martyre sous les traits de l'aristocratique et distant George Sanders,ce qui donne encore plus de force au récit.Très fort symbole aussi de la paternité tardive du professeur, mais à quel prix?Quant à réconcilier Fantasio et Oggy sur le remake de Carpenter il vous faudra attendre la semaine prochaine.Encore un mot:je donnerai une conférence sur Children of the damned d'Iron Maiden,prochainement au Collège de France,étant comme chacun sait l'un des meilleurs spécialistes français du hard rock gothique.

18 janvier 2008

La Havane vu par Huston

Les Insurgés - Pedro Armendariz, Jennifer Jones et John Garfield

         Les insurgés de John Huston(1949) est massacré par Tavernier et Coursodon dans leur bible Trente ans (puis cinquante ans de cinéma américain).J'ai rencontré deux fois le grand Bertrand et on sait qu'il aime bien avoir raison.C'est vrai que Les insurgés(We were strangers) n'est pas un film passionnant,certaines séquences sont assez plates et la thématique hustonienne de l'échec,célèbre,n'est pas bien illustrée par le simili happy end.Je n'avais jamais vu ce film peu diffusé.Si vous n'avez qu'une dizaine de Huston à voir, manifestement oubliez-le. Mais je sauverai de cette oeuvre moyenne quelques éléments.

         Le plaisir de retrouver Jennifer Jones,passionaria presque malgré elle de la lutte contre la dictature cubaine, celle des années trente car il y en a eu d'autres.Le visage si intéressant du grand John Garfield, moins pourtant que dans ses deux meilleurs films Sang et or et L'enfer de la corruption.La lutte de ces conjurés est certes assez académique et la photo de La Havane peine à rendre l'oppression totalitaire.Ce pendant j'aime assez voir les oeuvres mineures des grands car une oeuvre cinématographique se nourrit aussi de ces imperfections.Et le grand acteur mexicain Pedro Armendariz en chef de la police secrète ne laisse pas d'inquiéter.

P.S.Un grand merci à la sollicitude de mes amis Duclock et Oggy qui s'inquiétaient déjà pour moi.Sympa!

29 décembre 2007

Palabres à la romaine

     Pas le meilleur Scola,loin de là,mais quelques dialogues à méditer et quelques émotions bien réelles parsèment La terrazza que je viens de revoir 27 ans après sa sortie.L'extrême longueur du film, 2h40, est,il est vrai assez rhédibitoire et favorise bien des baisses de régime.Cependant la richesse et la finesse des interprètes et plus encore les échanges verbaux où le fiel le dispute à l'amitié donnent à La terrasse un regain d'intérêt.A égale distance du film choral où les protagonistes font un bilan de leur vie(La bilanomanie ayant été un des dadas du cinéma,Les copains d'abord,Le déclin de l'empire américain et son rejeton Les invasions barbares,les films de Sautet.Je n'ai rien contre ayant moi-même tendance à la bilanomanie, maladie de l'âge que l'on dit mûr.),et le film à sketches(spécialité très transalpine) La terrasse,romaine et huppée comme il se doit car l'on n'est plus au temps du Voleur de bicyclette,en tout cas pas chez ces gens-là,nous présente Sergio,Mario,Luigi,Enrico et Amedeo,tous quinquas et tous plus ou moins intellectuels, scénariste, député de gauche évidemment,journaliste,etc... aux prises avec leur conscience(un petit peu élastique, c'est bien les consciences un peu élastiques,j'en ai une) et le décalage entre maturité et jeunesse.Le thème du film est l'arrangement,qui nous guette tous et que Scola avait déjà fort bien illustré avec Nous nous sommes tant aimés,plus picaresque,plus cinématograhique et moins bavard.

      Tour à tour les héros nous intriguent et nous content leur mal d'être.Je n'insisterai pas sur le côté artificiel et un peu irritant du défilé que guettent les clichés.Tout cela est dangereusement statique et l'ennui point chez certains spectateurs.Pourtant La terrasse vaut qu'on y prenne un verre entre amis car Scola et ses complices les éternels Age et Scarpelli de la comédie italienne ont de bonnes idées,la mort de Reggiani dans la neige synthétique d'un tournage télé par exemple,mort de dénutrition à ne pas vouloir grossir.Certes le film parle trop,comme ces soirées entre amis qui refont le monde et qui,finissent par s'engueuler avant de s'embrasser car ces gens-là s'aiment,critiques envers les autres,très tolérants quant à leurs propres accommodements.

   Deux citations pour terminer.De Scola lui-même présentant les héros de Nous nous sommes tant aimés:"Nous voulions changer le monde et c'est le monde qui nous a changés".Et de je ne sais pas qui mais que j'assume à fond:"S'il fallait accepter des autres ce que l'on accepte de soi-même la vie serait tout bonnement invivable".Rien de novateur sur cette riche Terrasse de Rome,mais des hommes,tout simplement,vous et moi peut-être.Et si La terrasse s'appelait Le miroir...

http://www.youtube.com/watch?v=l--3SCgJsUg  La terrazza

28 décembre 2007

Pâles étoiles de la Grande Ourse

Vaghe stelle dell'Orsa

      Très viscontophile je n'avais jamais vu Sandra(65) et ne m'en portais pas plus mal.Je n'ai guère prisé ce film et trouve que le parti-pris vénéneux qu'instille Visconti ne m'entraîne pas loin dans cette quête d'un passé trouble de Sandra et Gianni,frères et soeur qui ne m'ont inspiré ni osmose,ni même la moindre sympathie.Il y a bien la grande maison de Volterra et un peu deToscane nocturne,pays que j'aime pourtant profondément.Mais il y a surtout le jeu fraternel faussé et aucun personnage à aimer.De Sandra me resteront deux choses qui heureusement se passent très bien de cinéma.Les variations pour piano de César Franck qui couvrent parfois le texte et c'est presque mieux ainsi.Et le magnifique titre original dû au grand poète du romantisme italien,Léopardi.Ni César Franck ni Giacomo Léopardi n'ont besoin de Visconti.Visconti qui reste bien sûr dans mon panthéon pour bien d'autres films.

28 décembre 2007

Le blues de la vallée du Pô

      Cherchant un angle pour présenter le très beau Il grido de Michelangelo Antonioni(1957) j'ai eu l'idée d'une sorte de blues accompagnant un road-movie au long de la vallée du Pô,symbole d'une Italie du Nord industrielle,grise et pluvieuse...Années cinquante c'est l'adieu au Néoréalisme dont Antonioni était un compagnon de route plus qu'un véritable adhérent.Mais il y a dans ce très beau Cri de très belles réminiscences du grand mouvement de liberté et les décors réels de cette vallée du Pô qu'Antonioni avait déjà filmées dans Gente del Pô donnent une très forte authenticité à cette oeuvre.Le cri,bien que linéaire et décrivant le monde ouvrier,assez étranger au bourgeois de Ferrare qu'était M.A.,préfigure aussi les grandes oeuvres des années soixante.J'ai déjà évoqué L'Avventura et L'éclipse,ces films perpétuelllement à revoir comme les plus grandes oeuvres du cinéma,celles qu'on n'explore pas comme ça,un peu vite.

     Si l'on n'est pas encore dans les méandres existentiels de l'incommunicabilité le drame d'Aldo que sa compagne quitte après sept ans illustre bien le mal de vivre.Non mariée avec lui,ce qui est déjà dans l'Italie de 57 un choix courageux des auteurs,elle prend les devants et ça c'est carrément révolutionnaire.Mais le film est surtout le voyage de cet homme,d'abord avec sa fille de sept ans,qu'il aime malgré ses maladresses,puis seul,au gré de quelques femmes de rencontre,ployant souvent sous le faix de leur propre solitude.Le cri n'est pas un cri de désespoir total,du moins au début et l'on se prend à croire un peu aux lendemains.Mais l'homme(Wayne Cochran,très bon acteur américain tout à fait à sa place) est fatigué,trop fatigué.Le blues d'Aldo,qui traîne sa peine au long du fleuve,finira mal.Jean Gili,remarquable historien du cinéma italien,parle clairement et simplement de ces films qu'il aime,autant que moi et ce n'est pas si fréquent.

20 décembre 2007

Woody et ses frères

   Prochainement Le Rêve de Cassandre,something completely different.Très différent le dernier Allen,tous l'ont souligné,certains lui reprochant un peu d'avoir quitté Manhattan et son microcosme où il nage si bien et d'autres lui reprochant au contraire de ne pas l'avoir fait plus tôt(avant Matchpoint et Scoop).J'ai vaguement lu qu'il pourrait s'agir du dernier opus d'une trilogie londonienne avec les deux films précités. Aucun intérêt à mon avis de répertorier ainsi les trois films.Grand intérêt par contre de voir Le Rêve de Cassandre que j'écris avec une majuscule car,je l'ignorais,c'est le nom du bateau restauré par les deux frères,Ewan McGregor et Colin Farrell,nouveaux venus chez Woody Allen.Ils sont remarquables et plus encore Farrell dont je trouve que c'est le meilleur rôle,en modeste ouvrier mécanicien.

   Il me semble que Cassandra's Dream est un film sur la culpabilité,mais aussi sur la poisse,le manque de pot qui colle au destin des deux frangins.Pas mauvais bougres mais entrainés par leur oncle autrement moins hésitant,et par la déchéance et la misère pointant son nez,Ian et Terry vont commettre l'irréparable.Et alors?Alors c'est toute la dernière partie de ce rêve de Californie et de fortune qui tourne au cauchemar.Nous assistons  au trouble qui saisit les frères,puis au remords intenable.Dostoïevski n'est pas si loin et l'on pense un peu à Crime et châtiment.Pour ma part j'ai davantage songé au Prince Michkine, L'Idiot,à travers les affres de Terry(Colin Farrell) et ses "offres" de rachat.Très beau film à mon avis,un peu trop linéaire à mon goût,voire un peu trop littéraire mais je ne vais pas vraiment m'en plaindre.Et belle histoire d'amour fraternel et pourtant...

7 décembre 2007

La rue des Roses

       Le cinéma de Margarethe von Trotta n'est jamais léger ni très original.Il a pu parfois prendre des allures de pensum.Mais en ces temps d'effets spéciaux et de surenchère il est intéressant de suivre un film,très classique dans sa forme,sur un sujet fort et peu connu,les mariages mixtes entre aryens et juifs dans l'Allemgne du Reich,plutôt en fin de règne.Rosenstrasse à Berlin,des dizaines de femmes allemandes guettent sur le trottoir la libération de leurs maris jufs,qu"elles obtiendront d'ailleurs pour la plupart.On pense évidemment aux Folles de Mai du régime argentin.On pense surtout à toutes les femmes de ces régimes bien actuels qui n'ont même pas la possibilité de se réunir.

    Jouant un peu lourdement des aller-retour dans le temps pour nous faire mieux comprendre ce pan de l'histoire Margarethe von Trotta ne signe en aucun cas un film poiltique.Rosenstrasse ne s'intéresse pas vraiment à la logique de l'horreur du régime hitlérien mais au désarroi et au désepoir de ces femmes,pas inquiétées personnellement,mais qui ont commis l'irréparable,leur mariage.Ce faisant,et un peu laborieusement, elle parvient à évoquer une tragédie universelle que des volontés particulières ont parfois pu mettre en échec,sans pour cela empêcher,ni peut-être vouloir vraiment le faire,la honte et la lâcheté érigées en dogme.

26 novembre 2007

Quand le politique se fond dans l'esthétique

   

       La Califfa est un film que j'ignorais.Je le classais vaguement du côté du Francesco Rosi des années 70,le film est d'ailleurs de 70,mais son metteur en scène,Alberto Bevilacqua,est plutôt un écrivain.Et sa mise en scène,si elle épouse la crise sociale en Italie à travers la liaison d'une passionaria ouvrière et  du patron de l'usine,délaisse assez vite le terrain de la lutte sociale pour une baroque initiation au délire qui s'empare des deux protagonistes.Ce film est une curiosité,pas vraiment convaincante mais qui peut par instants séduire.Il y a en effet quelques fulgurances de couleurs qui l'éloignent tout à fait du cinéma politique de Rosi ou Petri.Cet amour est par essence promis au néant et le nihilisme s'empare alors de l'oeuvre que je qualifierai de poème du no future.

   Mais ce film assez unique recèle quelques perles visuelles,placées sous le signe de la mort qui baigne à mon sens l'ambiance crépuscule,le cercueil,l'incendie,le vieux père de Tognazzi.Reste Romy Schneider que je peine quand même à imaginer en ouvrière.Reste la musique d'Ennio Morricone qui parvient à être magnifique, sentencieuse et parfois parfaitement parasite.

21 novembre 2007

All that jazz

book cover of
Somebody in Boots
by
Nelson Algren

      Nelson Algren(1909-1981),écrivain plutôt délaissé,est l'auteur d'au moins deux romans passionnants. Dans Un fils de l'Amérique (Somebody in boots)publié en 36 sans aucun succès Algren nous entraîne dans la dérive américaine de la Grande Dépression à travers l'univers des hobos,proche des livres d'Edward Anderson ,Redécouvrir Anderson avec davantage de punch,ce qui est normal de la part d'un ancien boxeur.D'Algren Hemingway qui s'y connaissait en livres et en boxe disait "Pour le lire il faut savoir encaisser.Algren frappe des deux mains,il a un bon jeu de jambes et si vpus n'êtes pas vigilant il va vous démolir".Après la guerre Nelson Algren rencontra Simone de Beauvoir et devint pendant quelques années la coqueluche des existentialistes, comme Richard Wright,pratiquement le premier écrivain afro-américain, auteur de Black Boy et Un enfant du pays.Puis le petit monde germanopratin se hâta de les oublier.Mais le plus célèbre roman de Nelson Algren est surtout connu depuis la remarquable adaptation au cinéma d'Otto Preminger.Il s'agit de L'homme au bras d'or où Frank Sinatra donne sa pleine mesure.

       Il y a d'abord le formidable générique animé de Saul Bass et la musique d'Elmer Berstein.Et l'on sait tout de suite qu'on a affaire à une histoire américaine,très,où le personnage qui sort de cure de désintox, mais il pourrait sortir de taule,ou de la guerre,n'aura pas de deuxième chance.Carré,aux riffs inoubliables,cet air de jazz résonne en nous longtemps après le film.Frankie Machine,dit Deal,parce qu'il distribuait les cartes dans un tripot,de son bras habile,de son bras d'or qui lui permettra peut-être de devenir batteur de jazz,de son bras d'or que la caresse de l'aiguille ne tarde pas à courtiser de nouveau,espère pourtant se refaire une existence.Mais Frankie n'est pas un gagnant à la loterie de la vie et les vieux démons lui sautent dessus(old monkey,la vieille guenon,le surnom de la drogue).Si le traitement du sujet fleure bon les années cinquante(on n'est pas dans Panique à Needle Park) l'addiction de Frankie n'en demeure pas moins impressionnante.Il faut voir Sinatra, nerveux, saccadé, profondément ancré dans un quotidien de la déception et de l'incertitude, terriblement humain.Kim Novak dans un joli rôle d'entraîneuse de bon conseil,et Eleanor Parker, parfaite en femme délaissée et prête au pire,complètent la distribution de ce beau film d'Otto Preminger,ce metteur en scène d'origine viennoise et qui débuta près de Lubitsch.

http://www.youtube.com/watch?v=eGnpJ_KdqZE Générique

16 novembre 2007

Grosse Bruder te regarde

        La vie des autres me réjouit pour plusieurs raisons.La première étant que le succès de ce film signe enfin le retour d'une meilleure distribution des films allemands,amorcée depuis quelque temps. Espérons le retour du cinéma italien sur nos écrans.Des oeuvres comme La vie des autres,qui se penchent sur un passé récent, douloureux et contrasté,m'intéressent,voyez-vous,davantage que certaines comédies françaises balourdes qui encombrent nos écrans.Heroïne du film,la sympathique STAatSIcherheit de la République Démocratique Allemande,notamment lors de ses dernières années.On connaît la trame,classique prise de conscience, tardive,d'un officier de la Stasi,amené à commencer de penser autrement,et à faire les frais des ultimes manipulations de ce terrorisme d'état,qui n'est pas le monopole de l'ancien régime de Berlin.

        Peut-être La vie des autres souffre-t-il d'un excès de théâtralisation, insistant sur le côté un peu caricatural des intellectuels mis en cause, dramaturge,actrice,suicide.C'est cependant péché véniel car le film n'est pas si loin des oeuvres maintenant très anciennes d'un Costa-Gavras par exemple.Celui-ci avait su conjuguer la critique et la narration thriller pour des films efficaces et carrés.Il me semble que Florian Henckel von Donnersmarck a eu le mérite d'éclairer cette période avec des acteurs convaincants et une ambiance fin de règne à Berlin tout à la fois si loin,si proche.Je vous renvoie A la poursuite du vent pour l'avis de Karamzin et son impressionnante analyse,fouillée et argumentée.La vie des autres est un film à voir à peu près impérativement,ce qui n'est pas si fréquent.A quand les versions bulgares,roumaines,etc...A quand les versions cubaines,nord-coréennes,etc...Moloch qui dévore ses propres  créatures,nous n'en aurons jamais vraiment fini avec le totalitarisme.

9 novembre 2007

Le joueur

   Hollywood adapte Dostoievski et ...c'est pas si mal...Robert Siodmak à qui France 3 consacre un cycle au Cinéma de minuit,enfin de 1h30,met en scène en 49 d'après Le joueur une sorte de mélo assez flamboyant avec deux stars naissantes,Gregory Peck et Ava Gardner,Passion fatale dont le titre original me paraît plus explicite(The great sinner) sur la notion de faute et de rédemption,chères à Dostoievski.Certes il n'est pas question que le cinéma puisse un jour égaler les tourments du Prince Michkine,des Karamazov,cela va de soi.Faut-il donc laisser l'âme russe en guerre et paix chez les géants Fedor,Leon,Ivan?Je ne le pense pas.Ils sont solides et se remettront y compris des ratages totaux,nombreux,je l'accorde à Thom.Robert Siodmak a fort bien recréé le Wiesbaden du siècle dernier,cette ville de cure cosmopolite.Et le héros,écrivain prénommé Fedor,s'il possède le côté un peu lisse de Gregory Peck,apparaît pourtant assez ambigu dans sa déchéance annoncée.Siodmak,qui quitta l'Amérique pour l'Allemagne à deux ans avant de quitter l'Allemagne pour l'Amérique via la France a tout de la Mitteleuropa et saura dans ses films noirs conjuguer les affres existentiels du Vieux Monde et l'efficacité du polar à l'américaine.L'ami Thom sait qu'on lui doit l'une des rares bonnes adaptations d'Hemingway(Les tueurs).

    Au moins quelques scènes me paraissent assez réussies dans The great sinner.La mort à la table de jeu de la grand-mère Ethel Barrymore,et les scènes chez l'usurière,immanquablement dostoievskiennes,ainsi que le retour rêvé du professeur français après son suicide.C'est un bon film,pas si formaté(un peu quand même).Pas réellement enthousiasmant,intéressant.Ce n'est déjà pas si mal.

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