La nuit melvillienne

La nuit est parisienne.Couleur Paris ascenseur nocturne,avec boîte de nuit,pianiste et voitures se garant facilement.La nuit est melvillienne et sait écouter en faisant peu de bruit.La nuit et l'aube suivante sont reptiliennes quand l'homme à l'imperméable se fond dans le décor métropolitain dans un film bleuté, improbable et magique mariage entre Bresson,le film noir américain et la rigueur japonaise.
Le samouraï,particulièrement peu bavard,est d'une extraordinaire maîtrise,flagrante démonstration d'une caméra qui épouse la chorégraphie de Delon,qui évolue dans le film comme une sorte de Noureev du banditisme.Froideur et décision,mutisme et comme une espèce de sensualité féline et insolente font du personnage de Jeff Costello le sobre et sombre héros d'un chef-d'oeuvre noir et glacial qui m'évoque presque l'art martial.
Il est des films hableurs et beaux parleurs.Le samouraï est un film silencieux,à,l'écoute de la ville et de ses pièges.Le chasseur sait qu'il est aussi la proie.C'est fascinant.Melvile et Delon feront ensuite Le cercle rouge et Un flic.Deux très bons films.Qui n'auront pas tout à fait la grâce du Samouraï.








Dino Risi est le maître de la comédie italienne florissante.Il n'est pas le seul et Monicelli, Comencini,encore de ce monde également lui ont donné ses titres de gloire.La marche sur Rome(1962) reprend le thème de la "débrouillardise" en temps de guerre ou de révolution.Je vois dans ce registre une trilogie formidable.La grande guerre de Monicelli(59) nous emmène dans le sillage d'un duo d'enfer Gassman-Sordi,ces extraordinaires histrions capables de vendre des cotillons le jour des obsèques.Fainéants de première,Pieds Nickelés à la transalpine,les deux hurluberlus se verront magnifiés et comble d'ironie pour ces profiteurs,mourront héros de la Résistance.On sait que l'irruption du tragique dans le burlesque est l'essentiel de ces comédies féroces et que le destin d'Oreste et Giovanni se conjuguera par le petit bout de la lorgnette dans la grande histoire italienne.
La grande pagaille de Comencini(60) avec un Sordi ébouriffant nous installe dans le climat de déréliction qui suit la destitution du sympathique Mussolini.Officiers, sous-officiers,soldats,civils cherchent à rentrer à la maison(titre original Tutti a casa),éventuellement à retourner leur veste et surtout à sauver leur peau.Ce film remarquable suscite le rire mais aussi l'émotion et pas mal de réflexion sur la condition humaine et la limite très étroite entre la lâcheté et le courage qui sont parfois frères d'armes.







Ne pas se fier à ce titre digne d'une collection fleur bleue.J'en profite pour dire que je n'ai aucun mépris pour ces lectures car je pense que le seul fait de se plonger dans les pages d'un roman fût-il dit de gare est déjà un voyage.Sandro Veronesi m'était inconnu mais le Domaine étranger de 10/18 m'a déjà donné tant de bonnes surprises que je n'hésite guère à me lancer dans une nouvelle rencontre littéraire.Bien m'en a pris car La force du passé est un roman étonnant et interrogatif.Un auteur à succès de livres pour la jeunesse voit soudain l'irruption curieuse dans sa vie d'un personnage bizarre qui prétend avoir bien connu son père qui vient de mourir.Et cet homme lui livre un secret.Le père de Sandro,ultra-conservateur notoire était en fait un espion russe.A partir de là Sandro va vivre quelques jours difficiles dans l'attente d'une vérité.Mais quelle vérité?











