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BLOGART(LA COMTESSE)

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27 avril 2007

Bien avant Eve,la Comtesse et le limier

      Belle découverte que  ce rare film de Joseph Mankiewicz Quelque part dans la nuit(1946),son deuxième long métrage.Bien qu'empruntant les codes du film noir,son décor,sa nuit,ses docks,ses boîtes de nuit,Quelque part dans la nuit est déjà très "touche Mankiewicz" par l'importance du dialogue.On sait que Mankiewicz est un grand scénariste et un cinéaste "bavard",bavard mais brillant.

   John Hodiak,convaincant acteur de séries B. incarne un blessé du Pacifique frappé d'amnésie et au visage refait,en quête de son passé,peut-être d'ailleurs un passé d'assassin. L'amnésique fait partie des figures du film policier, permettant facilement des variations sur l'identité et la mémoire et Mankiewicz ne s'en prive pas.Mais encore une fois les mots font mouche,caustiques,ambigus et assez souvent sous forme de proverbes et de dictons.S'il est un cinéste du parlant c'est bien Joseph Mankiewicz et la suite de  sa carrière devait s'avérer étourdissante de brio avec Eve,La Comtesse aux pieds nus,L'affaire Cicéron,On murmure dans la ville,Jules César,Le limier,L'aventure de Mrs.Muir,tous films d'une intelligence insolente experte en manipulation.

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25 avril 2007

Duvivier,deux belles prises

   Amusant comme à propos de Pépé le Moko l'on s'ingénie maintenant à trouver le film factice,pacotille et,le mot est lâché,colonialiste..Triomphe de l'aberrante pensée politiquement correcte.Factice le film l'a toujours été avec sa casbah aux studios de Joinville.Et colonialiste pardi,en 1936,comment croyez-vous que l'on se représentait l'Algérie?Et alors?

  Pépé le Moko n'est pas le meilleur Duvivier ni même impérissable mais reste un excellent film d'atmosphère que j'ai envie de décrypter un peu histoire de couper les cheveux(gominés) en quatre.Le film est adapté d'un roman de Henry la Barthe,dit Ashelbé.On connaît l'histoire qui a fait partie du mythe fondateur de Jean Gabin,mélange voyou,déserteur et prolo parigot.Pépé le Moko ne me surprend plus mais conserve pas mal de charme.

   La casbah recréée a des touches expressionnistes avec ses angles aigus et ses perspectives.Avec un peu d'imagination(beaucoup?) j'y ai trouvé une vague réminiscence du Dr.Caligari.La bande à Pépé est truculente à souhait avec les trognes classiques de l'avant-guerre:Saturnin Fabre,Gabriel Gabrio colosse peu avenant,Charpin en balance,Dalio en limace rampante.Mireille Balin vénéneuse aux bijoux,Fréhel et sa goualante à faire chialer Margot sur le métro de Paname,les femmes sont à leur poste.Tout le monde à bord on peut embarquer pour les îles de la Fatalité à travers les écueils de la Trahison et aucun salut à espérer.Gabin est condamné dès le début:dans le cinéma désespéré de Duvivier et malgré leur coeur tendre les mauvais garçons n'on pas d'avenir au delà de 90 minutes,mais des minutes dialoguées par Henri Jeanson.

 

   1938 Duvivier signe un film désespérant et finalement optimiste.La fin du jour confronte quelques vieux cabotins dans une maison de retraite pour comédiens.Numéro d'acteur pour Louis Jouvet,vieilli pour l'occasion et qui séduit la toute jeune Madeleine Ozeray,comme dans la vie.Duvivier le féroce sait alors se faire presque tendre en confiant à Michel Simon un rôle de comédien piteux et mythomane que l'oraison funèbre lue par Victor Francen,gloire oubliée du cinéma français,transfigure non en acteur prodigieux mais plus simplement en très brave type.Et si Duvivier aimait le genre humain tout compte fait.Son regard sur ces histrions pathétiques ne manque pas de grandeur,à mille lieues de choses sinistres genre Les vieux  de la vieille.Il y a des conventions,propres à l'époque mais cependant,un film sans jeune premier,dans ces années "qualité française",n'est pas si fréquent.

25 avril 2007

Chat rade lit terre air

       

Sans_titre 

Mario Vargas Llosa

   Quel est le point commun entre ces six grands écrivains?Attention c'est sérieux et vérifiable,vous me connaissez.Par exemple peut-être sont-ils ou étaient-ils tous fous de la blanquette de veau.Possible mais ce n'est pas le point commun qui est un poil plus littéraire.

22 avril 2007

Au temps des pochettes chouettes

 

   

 

 

 

   Le plaisir des yeux passe aussi par http://eeguab.canalblog.com/archives/2006/08/19/3057178.html

22 avril 2007

Ailleurs

Un peintre s’est perdu loin de ses canaux

Et de ses chapelles favorites

Il ne voit plus des arbres les rameaux

Et ses yeux loin de ses rites

Ont égaré sa lumière

Qu’est-il sans ses chers étangs

Sans les amicaux repères

Que sa tendre palette frôle comme un doux vent?

L’artiste erre espérant l’éclaircie

Qui lui rendrait sa flamme abandonnée

Mais la ville est si triste et noircie

Qu’il lui vient de sombres pensées

Loin de son royaume-couleur

La cécité le guette,cette peste

Assassine de l’orfèvre,du sculpteur.

Pourtant il va revivre et son geste

Déjà s’affirme,ses doigts s’affranchissent

Tendres habiles retrouvent les traits

D’une femme dont il ourle la cuisse

La nimbant d’or et de jais

De même à la pointe d’un cil il trace

De sa candeur,de sa noblesse

Le regard de l’aimée,sa grâce

Et l’amour qui tous deux les caresse.

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21 avril 2007

Une chanson:Truganini

     Attention chanson récente.En effet Truganini date de 1992,extrait de l'album Earth and sun and moon.J'aimais bien Peter Garrett et sa bande de kangourous qui certes n'étaient pas un groupe d'une grande délicatesse mais qui savaient faire preuve d'efficacité dans le registre écolo-rock cher au leader.Je n'irai pas jusqu'à dire que toute démagogie était absente de leur musique mais bof...Garrett fait maintenant plus ou moins carrière politique.Qu'est vraiment devenu Midnigh Oil?Pourquoi Truganini?J'aime l'histoire de cet aborigène et les chansons de Midnight Oil,à défaut d'être inoubliables,sont de bons souvenirs.

http://www.youtube.com/watch?v=2m3oYeVYdvg Truganini story

21 avril 2007

Pelé,galeux,mal élevé,génial

Le polar américain     Je lis assez peu d'essais mais celui-ci m'a tenté et je ne regrette pas car au delà du côté savant et universitaire de la thèse j'ai senti le bitume sous mes chaussures,respiré les effluves des blondes fatales,et coiffé le feutre pour me fondre dans la jungle urbaine. Benoît Tadié,par ailleurs traducteur de Gens de Dublin dont on vient de parler,est maître de conférences en littérature anglaise et américaine.Il y a comme ça de bien beaux métiers...

    L'auteur replace dans leur contexte les différentes moutures du polar américain.N'étant pas un exégète je ne me risquerai pas à gloser là-dessus.Mais ce livre se lit bien.Tadié n'oublie rien.Il marque d'abord comment ce roman noir s'est rapidement affranchi des énigmes type Sherlock Holmes de la vieille Angleterre,souvent passionnantes mais loin du terrain.C'est alors l'invention de l'américain,une nouvelle langue qui a brisé les chaînes jusque là imposées par Shakespeare et Daniel de Foe.Plus près du peuple,voire de la lie,cette nouvelle approche sera celle des grands,des durs à cuire, Hammett, McCoy, Chandler,Cain,Burnett et beaucoup d'autres que Tadié nous encourage à découvrir.

   C'est évidemment un regard sur l'histoire de l'Amérique avec le rôle très important des deux guerres avec leur lot de déracinés,blessés,alcoolique,etc...Crucial s'avère aussi le mythe de l'Ouest et de la frontière avec l'idéalisation du passé et de la campagne vierge qui s'oppose à la ville corruptrice,refrain bien connu des polars et des films adaptés.Benoît Tadié inclut dans cette somme des auteurs dits nobles comme Faulkner,Hemingway et même de plus anciens comme Melville ou Hawthorne.Il sait bien nous faire comprendre que la différence est très ténue,disparue maintenant entre certains auteurs de séries noires et les classiques.Et le polar américain est en fait une aventure continue depuis les pélerins du Mayflower jusqu'à nos jours.Il insiste également sur la Bible,toujours de mise en Amérique,et nous rappelle que s'il y a de la Bible dans le Polar,il y a aussi du Polar dans la Bible:adultères, fratricides, trahisons,ivresses,fils indignes et la première femme fatale,Eve.

  Le polar américain,la modernité et le mal se lit presque comme un thriller et sa grande qualité est de donner envie de lire,de lire encore et toujours.Le polar,tempo de jazz, couleur whisky,découpage ciné,c'est vraiment pas ce que les Américains ont fait de pire.

  De haut en bas les méconnus Davis Grubb et Armitage Trail,auteurs de La nuit du chasseur et de Scarface dont on oublie volontiers l'origine littéraire.Et David Goodis,lui aussi bien servi par le cinéma(Tirez sur le pianiste,La lune dans le caniveau).

21 avril 2007

La dame venue de Baltimore

    J'ai fait un tour au pays de mes vinyls.Je ne m'y étais pas rendu depuis un bail et y ai retrouvé au verso de la pochette ci-dessus l'un de mes amours de jeunesse,la Susan Moore à laquelle Tim Hardin a consacré ce concept-album en 1969.Oui on appelait ça comme ça.Ce disque je l'ai acheté pour trois raisons.D'abord Rock et Folk l'aimait bien et moi j'aimais bien Rock et Folk.Je sais c'est loin.Deuxième raison:la voix de Tim Hardin me plaisait depuis ses jolies chansons comme Hang on to a dream,If I were a carpenter,Lady came from Baltimore(Lady's name was Susan Moore,déjà).Troisième raison,imparable,la photo,en robe longue et dans les sous-bois de Susan Moore.A tomber.Mes amours de l'époque cahotant allégrément d'échec en défaite,nanti d'une timidité qui devait durer dix ans encore,cette image était devenue en moi l'archétype de la femme,belle,inaccessible pour qui je me devais d'écrire.Il me semble que quelque part j'écris encore pour elle.

   Le titre complet de l'album est Suite for Susan Moore and Damion-we are-one,one,all in one et ce disque eut très peu de succès.La pochette s'ouvre et apparaissent à gauche la divine Susan,en noir et blanc et en légère plongée et sur l'autre page Damion le fils de Tim et de Susan.Car Susan Moore a eu un fils mais pas avec moi.Moi qui dans ces années peinais beaucoup à être one,one,all in one avec qui que ce soit.Allez retour à la musique.

   Suite for Susan Moore est divisé en trois implications et ue fin d'implication dont voici les titres.Vous aurez compris que rien ne dure et surtout pas l'amour.Et que depuis la première chanson d'amour jusqu'à la naissance,la flamme de jadis,la solitude il ne reste bientôt plus qu'un prénom.

1. First Love Song
2. Everything Good Become More True
3. Question of Birth
4. Once-Touched By Flame
5. Last Sweet Moments
6. Magician
7. Loneliness She Knows
8. Country, I'm Living In
9. One, One, the Perfect Sum

10. Susan

      Sur le plan musical cet album est sobre,teinté d'influences jazz,réalisé en petit comité parfois réhaussé d'une trompette ou d'un sax. Trois des morceaux sont simplement lus par Tim Hardin.Encore deux détails.Cette Susan allait être vite concurrencée dans mon coeur par une autre Suzanne qui        devait me prendre la main pour m'entraîner au bord de la       rivière.

http://eeguab.canalblog.com/archives/2006/08/20/3057242.html

        Et Tim Hardin mourut évidemment d'une overdose       idiote en 80. Je n'ai guère à vous proposer que cette bêtise heureusement agrémentée du talent de Tim  dans Hang on to a dream.

http://www.youtube.com/watch?v=NO0_ON267GM

18 avril 2007

Les enfants au Vietnam

      Préjugé favorable,la collection Terres d'Amérique ne m'ayant jamais déçu.En cours,le préjugé favorable se confirme.David Bergen,écrivain canadien,nous donne avec Un passé envahi d'ombres un très grand roman sur le Vietnam,se déroulant trente ans après la fin de la guerre.Livre dans le livre Un passé envahi d'ombres est en fait le titre d'un récit écrit par un déserteur nord-vietnamien que Charles Boatman découvrira par hasard dans sa solitude de Colombie Britannique.Boatman tente depuis trente ans d'oublier ou au moins de calmer son cauchemar d'Indochine et son geste ignoble.Mais au Vietnam comme ailleurs l'ignoble touche souvent au sublime et la vie d'après n'a rien de facile.Rien de facile en Amérique mais rien de facile non plus dans ce Vietnam en proie à la pauvreté qui suit la guerre et à la perte d'identité de tout un peuple.

   Les enfants au Vietnam ce sont Jon et Ada,partis à la recherche de leur père de retour au Vietnam pour replonger dans ce passé,s'y confronter,l'exorciser ou peut-être l'expier.Dans Da-Nang méconnaissable aux yeux de Charles dont l'image s'évanouit Jon s'enfonce dans la nuit vietnamienne baroque et incompréhensible alors qu'Ada frôle la vérité,douloureuse mais qu'un artiste sensible l'aidera à appréhender. C'est toujours la guerre quelque part,au moins dans les âmes tourmentées des enfants du G.I. meurtri.

   Ce bouquin est passionnant de bout en bout.Et Bergen rejoint l'impressionnante cohorte d'écrivains nord-américains dont je vous parle si souvent.J'ai très envie de lire les deux premiers romans de David Bergen,Une année dans la vie de Johnny Fehr et Juste avant l'aube.L'ami Eireann les a chroniqués déjà et je vous conseille de passer le voir. http://eireann561.canalblog.com/archives/2006/05/18/1904946.html

16 avril 2007

Une chanson:Night of the long grass

 

      Avec les Troggs nous sommes dans le rudimentaire. Mais moi j'aime assez le rudimentaire.Moins rigolards que Slade(un peu plus tardif) et vaguement considérés comme pre-punks selon certaines sources Reg Presley,ci-devant joueur d'ocarina dans le simplissimissime Wild thing,tube stratosphérien que même Tulsa Train savait jouer( http://eeguab.canalblog.com/archives/2006/10/18/3044872.html), et ses potes ont égrené quelques riffs bien carrés,du gros qui tache,dans les annnées 66-67.J'ai un faible pour cette nuit des hautes herbes.Voulez-vous jeter une oreille distraite?

http://www.youtube.com/watch?v=WyyD5MtW1Zc

12 avril 2007

Fratrie nordique

  Petite déception pour ce court roman suédois.Pas inintéressant mais terriblement convenu à mon avis.Ce roman fait entendre une petite musique intime sur les troubles de l'adolescence et les incertitudes sexuelles.C'est assez bien écrit,sans prétention mais aussi sans véritable élan.La famille comprend mal mais sans heurt véritable et le drame raconté par un jeune homme qui n'a pas connu son frère,mort avant sa naissance,et qui enquête sur le passé,ne m'a pas vraiment ému.De plus j'avoue que la question du coming out m'a semblé assez politiquement correcte,pour ne pas dire pleine de clichés.Pas désagréable mais loin de la passion d'autres auteurs scandinaves.

8 avril 2007

Bon allez,une charade littéraire

               

    Me permettrez-vous cette charade?

8 avril 2007

Mes aveux sur les aveux

eireann561.canalblog.com/archives/2006/05/18/1905186.html

Le livre des aveux

   John Banville,Irlandais comme il se doit,m'a été proposé par Eireann(références ci-dessus),Docteur ès littérature gaélique.Ce n'est pas la première fois que l'ami du Morbihan m'embarque ainsi.Soyons clairs,avec Banville ça ne rigole pas tous les jours dans Le livre des adieux.Et s'il y a bien un pub on n'y chante guère La ballade de Molly Malone.Le livre entier n'est qu'un monologue,une confession mais ce mot à mon avis ne convient guère car il recèle une part de culpabilisation qui ne semble guère émouvoir Frederick St John Vanderveld Mongomery.Qu'est ce que j'aimerais avoir un tel patronyme,qui à lui seul tient lieu de CV.

   Mais voilà Freddie est un assassin,pas vraiment volontaire mais pas vraiment occasionnel non plus.Aucun dialogue dans Le livre des adieux,seulement des mots,des phrases,beaucoup de mots et de phrases,dans la bouche du seul personnage à part entière.L'homme parle,ne cherche ni excuse ni compréhension,pas plus qu'il ne s'incorpore vraiment à la vie des autres.Mr.FSJVM est une sorte d'outcast,d'étranger.Est-il seulement vraiment vivant?Il y dans ce livre intéressant mais assez déconcertant quelque chose des grands romans russes,me semble-t-il.Une indéfinissable impression d'une conscience bafouée victime de sa propre barbarie.Le livre des adieux est écrit dans un style très littéraire et nanti d'un vocabulaire recherché,ce qui oblige à quelque remise en question du bagage du lecteur.Les grandes oeuvres sont parfois hérissées d'aspérités qu'il nous faut abraser un peu pour mieux les franchir.John Banville n'est pas forcément à lire toutes les semaines et la confession de Frederick s'avère souvent poisseuse et nous met mal à l'aise mais Le livre des adieux s'inscrit dans la tradition littéraire irlandaise,richissime et variée..

8 avril 2007

Une chanson:Conquistador

   

      Parmi les merveilles de Procol Harum j'ai choisi une perle extraite du premier album,éponyme de 1967.La version Live with the Edmonton Symphony Orchestra de 72 est plus connue et marque la totale osmose du rock de Procol Harum et du monde philarmonique.Voir chronique ancienne:Le protocole de Procol.P.H. est à ma connaissance l'un des rares groupes qui,déclinant les noms de ses membres,mentionnait toujours le parolier Keith Red.A juste titre car les paroles de Procol Harum sont parmi les plus belles,étonnantes et souvent surréalistes de la Grande Histoire du Rock.

Conquistador a vulture sits
upon your silver shield
                    http://www.youtube.com/watch?v=qtpAw_FpIAY

7 avril 2007

L'immense acteur qu'aurait pu être...

     Parmi les destins brisés du cinéma bien peu de gens connaissent Laird Cregar dont l'impressionnante présence plane sur deux films passionnants du tout aussi méconnu John Brahm,réalisateur allemand faisant partie de la très fournie diaspora d'artistes germaniques ayant émigré aux Etats-Unis pour les raisons que l'on sait.Ces deux films sont assez proches l'un de l'autre,sortis la même année 1944 avec tous deux,en face de Laird Cregar,le flegmatique et lui-même inquiétant George Sanders.Il s'agit de Jack l'Eventreur que j'avais injustement oublié dans un précédent billet finement intitulé Fiche le camp, Jack, excellente version du mythe moralisateur d'un Jack the Ripper pourfendeur de prostituées ou d'actrices (synonyme?), et du meilleur encore Hangover Square.Avant d'aller plus loin je vous laisse en tête à tête avec les yeux de Cregar dans Hangover Square.Peu d'acteurs,Peter Lorre peut-être ou Mitchum dans M. et dans La nuit du chasseur sont aussi marquants dans la catégorie assassins.

     Jack l'Eventreur arrive à nous surprendre non par le décor bien balisé depuis longtemps du Londres victorien et embrumé mais par quelques idées peu exploitées dans cette histoire archiconnue:les bobbies sont à cheval,ce qui donne de jolies teintes expressionnistes qui trahissent bien l'origine de John Brahm,né  Hans Brahm à Hambourg dans les années 1890.L'ami Jack a des activités au fourneau comme un certain Landru et c'est dans les coulisses du théâtre,source de toutes les perversions,qu'il scellera son destin de monstre émouvant que la carrure de Laird Cregar rapproche d'un autre grand sentimental,King Kong.Là encore le mythe de La Belle et la Bête s'avère très cinégénique.Ce The lodger est une réussite mais Hangover Square me paraît plus original.

   Laird Cregar y joue le rôle d'un compositeur frappé d'amnésies et de pulsions meurtrières.J'avoue n'avoir pas revu récemment ce film mais conserve un souvenir d'une vision noir et blanc d'une sorte de colosse fragile amené au pire à son corps défendant.Hangover Square culmine dans un hallucinant bûcher final.Ma mémoire y mélange,peut-être un peu infidèle,des sensations de pogroms et de chasse aux sorcières.John Brahm tourna peu d'autres films intéressants sauf Le médaillon avec justement un autre halluciné,Mitchum. Quant à Laird Cregar sa morphologie à la Falstaff qui lui valut d'interpréter à 25 ans des personnages de 45 lui valut aussi deux attaques cardiaques qui l'emportèrent à 28 ou 30 ans selon les biographes.

6 avril 2007

Ciao Luigi

  E morto il vecchio signore.Le vieux monsieur est mort.Il y a peu j'avais cité La grande pagaille.Il y eut aussi le délicieux Pain,amour et fantaisie,le corrosif Argent de la vieille,et bien d'autres.Si on ne devait retenir qu'une facette du talent de Luigi Comencini et si on pense que l'enfance au cinéma n'a pas toujours été bien traitée,rappelez-vous que cet homme a signé pas moins de cinq chefs-d'oeuvre sur ce monde inconnu des jeunes années:Pinocchio, L'incompris, Eugenio, Un enfant de Calabre et Cuore.Au revoir Monsieur.Rarement réalisateurs auront fait preuve d'autant de tendresse dans leur trait.

1 avril 2007

A literary charade

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  L'auteur et ses cinq livres?

31 mars 2007

Le médecin et le yakuza

    L'ange ivre(1948) est l'un des premiers films d'Akira Kurosawa.Cinéaste des bas-fonds de l'après-guerre japonaise l'attirance pour cette frange du peuple nippon ne le quittera jamais.Dans L'ange ivre la caméra revient souvent sur une sorte de marécage faisant office de déchetterie.Les personnages y passent tour à tour.On dirait que c'est le pays tout entier qui crache le sang comme le gangster soigné par le médecin alcoolique.Les rapports entre ce bandit qui ambitionne de devenir le parrain local et ce médecin qui fait de l'humanisme bourru sans le savoir sont parmi les plus beaux du si riche cinéma de Kurosawa.

  Dans l'Empire du Soleil Levant de 1948,post-apocalyptique comme presque tout le cinéma japonais les dancings ressemblent à ceux de Chicago et les voyous pourraient sortir d'un film de Scorsese,par ailleurs grand admirateur de Kurosawa.Les personnages féminins ne sont pas sacrifiés,surout la jeune fille en voie de guérison,très fraîche et enjouée.C'est bien sûr l'affrontement des deux hommes:le yakuza qui finit par douter et le toubib plein de bonne volonté faillible qui crée la tension et les scansions de L'ange ivre.C'est aussi le premier rôle de Toshiro Mifune chez Kurosawa.Les deux hommes ne se quitteront plus et Mifune deviendra le seul acteur nippon connu en Europe.Son jeu,assez occidentalisé,me fait penser à Brando pour le côté chien fou et à Gassman pour le côté hableur.Pardon pour ce raccourci.

   Le marécage,symbole d'un Japon perdant et perdu, permet à Kurosawa des plans splendides aux accords d'un guitariste dans l'ombre.Je n'en citerai qu'un:le bandit, très affaibli par la tuberculose, est adossé contre l'un des rares arbres du cloaque.L'arbre est rachitique et l'homme,voûté de douleur,ressemble à un chômeur italien culpabilisant.Quel compliment!

   

31 mars 2007

Incunable

    

    A mes amis blogueurs je voudrais dire que là on change de catégorie.Oubliez tout ce que j'ai pu lire, voir, écouter, écrire ou chroniquer ici même.Nous atteignons avec cette rareté littéraire des rivages insoupçonnés où le génie le dispute à la grâce.Ce pavé de 40 pages est un recueil de poésies d'une telle qualité que Baudelaire est renvoyé à ses traductions d'Edgar Poe,Rimbaud à la pêche en Meuse,et Verlaine à sa chère fée verte.Même mon cher Nerval se serait pendu Rue de la Vieille Poterne parce que,féru de fantastamagorie et d'occultisme,il aurait eu la primeur du Spectateur triste et n'aurait pu supporter de n'avoir écrit que Les filles du feu,Chimères,Aurélia et autres billevesées.

   Ce livre à nul autre semblable nous emmène sur les rives du Septième Art en évitant les écueils de la banalité et les brisants du cliché.Une oeuvre dantesque que l'on ne risque pas d'oublier tant la richesse en est multiple.Composée d'au moins... quatorze ou peut-être même quinze odes au rêve,à la beauté et à la nostalgie cette perle méconnue est ce que j'ai lu de plus mémorable et j'aimerais contribuer modestement à faire connaître un si grand écrivain.

   Bien sûr toute médaille a son revers et vous vous doutez que ce panthéon n'est par sa rareté incandescente pas accessible à tous.Les quelques exemplaires subsistant se négocient aux environs de 1250 euros bien que l'auteur ait,sous toutes réserves,déclaré préférer être payé en dollars de Brunéi. Excentricité d'un génie certainement, caprice de celui qui fut un jeune auteur ignoré.A propos que sait on de cet écrivain?Peu de choses en vérité.Discret comme J.D.Salinger on pense qu'il vouerait un culte à un acteur américain tabacomane et alcoolique ayant notamment interprété deux célèbres privés.Mais peut-être tout cela n'est-il que pures supputations et rumeurs infondées.Il semble cependant acquis qu'il n'est plus très jeune,mais toujours ignoré et qu'on n'est pas forcé d'être sûr qu'il entre dans la catégorie des auteurs.

   Vous ayant probablement mis l'eau(ou le gin)à la bouche je vous engage à rogner sur vos achats de livres, disques, etc... pour être en mesure de vous procurer cet incunable. Le capital étant énorme je peux essayer,ayant une idée du personnage,de vous faire parvenir ce superbe ouvrage,futur fleuron de votre bibliothèque,pour la modique somme de ... trois timbres-poste  ordinaires.Il vous suffit de m'écrire un courriel et de me donner votre adresse.L'illustre et cher Maître acceptera éventuellement de les dédicacer.Je crois qu'il a un peu d'humour.

31 mars 2007

Tourbillon dans le Sud

     Moins connu et plus tardif que ses deux plus grands succès Les fous du roi et L'esclave libre tous deux portés à l'écran Un endroit où aller virevolte dans le Sud américain,cette terre qui colle à l'oeuvre de Robert Penn Warren(1905-1989).Mais le Sud de Warren ne suffit pas à son héros en tant que pays natal.Il agit au long de la vie de Jed Tewksbury comme un personnage récurrent à part entière.Parti d'une misérable bourgade d'Alabama il deviendra un brillant universitaire cotoyant le beau monde et Rozelle,l'amour de sa vie,qu'il retrouvera à plusieurs reprises.

   Il ya de très beaux passages dans Un endroit où aller,parfois drôlatiques quand Jed se remémore la mort rocambolesque et grotesque de son père.Parfois émouvants:les lettres laborieuses de sa mère qui lui avait ordonné de quitter ce bled de Dugton,au risque de ne jamais le revoir.La guerre en Italie,l'université de Chicago,les amours compulsives avec Rozelle,la naissance de son fils parsèment la progression de Jed dans cette "vita americana" que le lecteur peine quelquefois à bien pénétrer.C'est que la Terre d'Amérique cèle toujours une part d'elle-même à des yeux européens.

   C'est l'un des derniers livres de Robert Penn Warren et il aurait gagné,me semble-t-il,à être un peu resserré.Une grande plume américaine parmi tant d'autres.C'est aussi ça l'Amérique,foisonnante et,quand il s'agit d'auteurs de cette trempe,pas loin d'être au meilleur de sa forme.Penn Warren est aussi un très grand poète deux fois Prix Pullitzer.

   

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