Un rêveur américain
Dans la formidable inventivité de la littérature américaine dont je parle souvent la musique de Steven Millhauser apporte une touche fluide et poétique. Nuit enchantée est une suite de petits tableaux à la lisière du surnaturel, une nuit d'été en ville où les jouets et les petites filles restent éveillés tandis qu'un gang de gamines boit de l'orangeade dans les maisons qu'elles visitent.
L'écriture de Milhauser pétille doucement, distillant une sourde inquiétude, injustifiée cependant. Bien sûr il s'en faut de peu qu'on ne dérive dans La nuit du chasseur mais ces morceaux de contes à veiller debout, dans la torpeur estivale d'une Amérique un peu rêvée, lorgnent plus vers un surréalisme sans ogre ni vraie violence. J'oubliais le personnage principal:c'est la Lune,plutôt bienveillante dans son étrangeté.Je crois me souvenir qu'elle tenait aussi un rôle important dans La nuit du chasseur, mais plutôt versant obscur.







Extrait de l'album Hell's Ditch Summer in Siam délaisse pour une fois les harmonies et les boissons celtiques et nous entraîne dans les bas-fonds de l'Orient comme dans un film des années trente avec fumeries d'opium,prostituées et arts martiaux. Les cinéphiles penseront peut-être à Sternberg et à Shanghaï bien que ce soit un été en Thaïlande que chante McGowan auprès de qui Gainsbourg à l'air d'un premier communiant.La chanson est laconique et feutrée,le saxo plaintif et le piano égrènent les états d'âme d'un personnage en déshérence et en exil au pays des paradis artificiels.Cet univers là n'est pas si loin de Joseph Kessel ou Lucien Bodart qui furent comme chacun sait des voyageurs "très sages".Qui a dit que Rien qu'une chanson n'évoquait que des vieilleries.Summer in Siam n'a que ...16ans.

(Portrait d'Alphonse Allais)



Legend of a mind est l'un des grands succès des Moody Blues,ce groupe à deux existences bien séparées sous un même nom.Les puristes préfèrent en général les premiers Moody Blues,très blues effectivement avec Go now,Bye bye bird,And my baby's gone.Et puis à l'occasion de changement de personnel le groupe devint subitement "le plus petit orchestre symphonique du monde".Il y eut en effet la révolution du mélotron,sorte d'ancêtre du synthé dont les Moodies furent parmi les premiers à se servir.Suivirent alors plusieurs albums de rock symphonique très agréables à défaut d'être très originaux dont le multimillionnaire Days of future passed avec son tube universel Nights in white satin,tout plein de flûtes et d'accords un peu lourds mais encore une fois bien plaisants quand même.Les disques qui vinrent alors furent plutôt de moins en moins inspirés sans être vraiment ratés.Et diminua le succès,dure loi du rock.J'ai choisi l'excellent Legend of a mind,extrait de In search of the lost chord.Musique planante puisque évoquant Timothy Leary dont l'influence sur la vie(et la mort)de nombre de légendes du rock n'est plus à démontrer.