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18 juillet 2014

Bye bye Johnny

 

                                            Bye bye Johnny! So long! Welcome to Blues Heaven! Je le savais très malade, le guitar heroe albinos, le Texan de Beaumont. Récemment il avait fallu l'aider à monter sur scène à Paris. Je l'ai vu il y a vingt ans à l'Olympia. Nanti d'une belle place assise, voilà que  Johnny entre sur scène, un riff de guitare et tout le monde s'est levé, moi aussi. Concert debout mais Johnny valait bien ça. Ce soir là le hasard m'avait placé juste à côté du bluesman français Patrick Verbeke qui avait plusieurs fois fait la première partie de Johnny. Et qui doit être bien triste lui aussi. S'il n'est plus Still alive and well Johnny Winter est au moins dans mon panthéon.

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14 avril 2014

In the name of rock/Guinnevere

                                                                       Guinnevere, y-a-t-il plus belle ballade que Guinnevere? Quintessence d'un folk-rock par des musiciens en état de grâce avant les perditions. Le temps où je rêvais d'une Guinnevere à moi, ma reine Guenièvre. Le temps des arabesques de David, Steven et Graham. Le temps où Guinnevere avait les yeux verts, comme toi, Milady, comme toi. Dessinant des pentacles, comme toi, Milady,comme toi. Cheveux or, comme toi, Milady, comme toi.  Les paons errent sans but sous les orangers. Pourquoi ne me voit-elle pas? Je répète,quoi de plus beau que Guinnevere?

                                                                                 

18 mai 2014

In the name of rock/Maudie

                                                                                       1969, les bluesmen américains qui s'étiolaient, souvent privés de royalties par des aigrefins et sonnés par des années de galère, ont été récupérés (fort heureusement) par le Swingin' London, et John Lee Hooker est un de ceux-là. Un prénom de femme, Maudie, un blues en noir et blanc, ce rythme de shuffle absolument hors d'âge, et par là hors du temps, quelques bribes de souvenirs des  Maudie de ma vie, qui elles aussi "have been gone so long". Maudite Maudie, yeah!

31 juillet 2013

Le discret départ de J.J.

                                         Don' wait for J.J.Cale no more! Parti le 26 juillet sur les terres promises où toutes les formes de blues ont droit de cité.Entre autres, Cocaine, ou After midnight, c'était lui.Des titres en pagaille,repris par Eric Clapton, Carlos Santana, Tony Joe White, Johnny Cash, and so on...
5 novembre 2006

Comme la fin d'un voyage

Comme la fin d’un voyage

 

Comme un aboutissement

La Porte Dorée nargue l’océanique

Au tendre nom de paix

Frisco,lovée au sein de sa baie,va voir naître

Ultime avatar,une Amérique de l’Amérique.

C’est le Sud,l’Eldorado et les rumeurs

Prétendent que l’homme y danse sur un volcan

Fomentant sa propre perte

La planète Terre en ce bout du monde

Vit-elle un moratoire attendant

Les caprices de ses entrailles?

Des millions d’âmes au fonds de ces villes

Des dizaines de cités aux noms de saints d’Espagne

Californie,terminus de la longue piste

Dernière étape d’une ruée vers l’Ouest

La chute aussi pour Jack London

Au goût de paradis artificiel.

Il y a des années dans l’effervescence

J’ai écouté les chants qu’on appelait là-bas

Ceux du pouvoir des fleurs

Mais la voix de Janis ne fend plus les silences

Les campus ont renoué cravates et conventions

Et le parfum d’encens s’est dissipé

Au vent du soir.

Allons danser Barbra Ann

Tandis que surfent les enfants des Beach Boys

Dans l’écume des jours

La tête tournée vers Silicon Valley

 

Les peaux ont bruni maintenant

Et des accents de Sierra Madre

Flanqués de guitares crasseuses

Ont envahi la terre promise.

Des cars bondés jacassent en castillan

De faux totems vaguement aztèques

Veillent au long des routes

Où traînent les Miguel ou Adolfo

Transfuges des barracas

De Mexico.

Démesure

Il faut aller vite et le village des nantis

Grouille d’aréoplanes privés.

Il faut voir grand,ainsi

Les plus belles pierres d’Europe

Ont connu l’exil pour bâtir les folies

De ces “Citizen Kane” dédaigneux

Dont les palais défient la mer.

A peine un siècle d’une vie foudroyante

Dernière née de la conquête,enfant gâtée

L’amnésique Californie

S’exhibe comme une adolescence délurée

Rameau extrême d’un continent hors d’haleine

Après une course insensée.

Californie!Même la nature

A ses vertiges et sa fureur

La pourpre et le violet

De la Vallée de la Mort

Chaos des surplombs,teints lunaires au couchant

Forêts de colosses

Séquoias millénaires

Cataractes coupant les dômes de granit

L’univers paraît évadé

Du cinémascope

La création a tourné son propre film

Difficile d’aller plus loin

Quelques pas et vient le désert

C’est comme la fin d’un voyage

Au delà du carnaval permanent

Maquillages,outrances,perversions

Au coeur des cités presque androïdes.

C’est comme la fin d’un voyage

Au bout du luxe et de la dérision

Où s’achètent mille fantasmes

Palette finale d’humanités

Quand se croisent au matin les regards

De la star et du chicano.

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10 août 2006

Italia

Italia

 

La pluie tiède mouille Parme

L’oiseau sur le dôme gothique

Tord le corps et soudain plonge

Sur la place là-bas

L’enfant chemise ouverte a séché ses larmes

Il joue de l’ocarina

Déjà la faim le ronge

Le blé,poussière de piazza

Voltige sous les becs laborieux

Les ailes bruissent de fureur à vivre

L’enfant plisse les yeux

La liberté et la douleur l’enivrent

En cet exil presque toscan.

20 août 2011

Paul,ce vieil ami

Paul Simon ; So Beautiful or So What @ SNL 2011

         Le tandem Simon & Garfunkel est bien loin dans le temps bien que pour moi ils fassent toujours partie de mon panthéon,certes assez vaste.Paul Simon,discret depuis quelques années nous revient avec un disque ciselé et bien agréable,plutôt tonique et rythmé avec place pour quelques ballades.Ce recueil, s'il n'est pas absolument bouleversant,s'avère plaisant et somme toute assez classique de la carrière solo de Paul Simon.Survolons quelques plages si vous le voulez.

      Paul sans Art,c'est quand même assez différent des chansons du duo magnifique et de nos vertes années.Le guitariste camerounais Vincent Nguini,collaborateur régulier de Paul Simon depuis 1990,donne la touche africaine notamment sur Getting ready for Christmas Day et The afterlife.Une centaine de secondes suffit à l'instrumental Amulet pour comprendre si besoin était la finesse du jeu de guitare de Paul.Musicalement très travaillée,la harpe notamment, Questions for the angels est une parabole biblique à l'américaine sur un pélerin sur le Brooklyn Bridge.Mais peut-être ai-je plus de tendresse encore pour Dazzling blue dont les harmonies rappellent Darling Lorraine,la plus belle chanson de mes 45 années à suivre Paul Simon.C'était sur l'album You're the one.En voici une version sur scène (j'ai abandonné le mot "live").La plupart des albums solo de Paul Simon viennent d'être réédités.Vous ne lui trouvez pas un air de famille avec Fabrice Luchini?

http://youtu.be/j26GODPWYTM   Dazzling blue  Paul Simon

24 octobre 2006

Ophélie

Ophélie

 

Quatre rameurs vêtus de jaune

De leur geste modèle tracent la Meuse froide

Je remonte mon col, là, sur la passerelle

Le Mont Olympe, vert novembre

Semble se regarder

Narcisse en ces eaux noires

Trois cygnes s'y pavanent

J'aime leur arrogance

Près du moulin aux arches empierrées de neuf

Cet homme là, dit-on, chaussait des semelles de vent

L'homme de plusieurs vies

Des périssoires longent le corps si blanc

Ophélie la douce, sur le fleuve, plus qu'alanguie

Parmi lys et saulaies

Les coureurs que je croise,au tempo haletant

Me font un gentil signe

Je marche seul et les yeux secs

Le coeur presque calme              

               

6 octobre 2006

Le couple sur le pont

Vois là-haut sur le vieux pont arts-déco 

Qui enjambe mollement le vieux canal

On est loin de Venise et le ciel est ferreux

Les mouettes gueulent comme en enfer

Il n’y a que deux silhouettes

Un couple sur le pont

Dont je n’entends les paroles

Trop de bruit,de voitures

Est-ce un jeune couple,un couple de jeunes?

Un couple mûr,et mûr pourquoi?

D’ailleurs ou bien d’ici,il est surtout d’amour.

Il semble s’énerver,elle regarde l’eau

Je crois qu’elle ne nage pas

Voilà qu’il s’éloigne,lourdement

On le dirait cérémonieux

Cet homme-là n’est pas facile

Mais ses pas ne le conduisent guère loin

Il revient bras ouverts

On dirait un sémaphore au large

D’une île d’Irlande.

Elle se retourne,dos au courant

Elle a,je crois,hurlé “oui”

Je ne distingue plus qu’un

Enserrés dans ungrand manteau

Elle a des cheveux jais

Fredonnent-ils?Ou est-ce leur prière

Pour un monde qui leur soit meilleur?

Triste canal tu l’ignores

Avec ton vieux complice et ses arches vétustes

Comme tu sais mettre en scène

Les seuls amants.

   

11 octobre 2006

Rêverie verte

Rêverie verte

 

Ce doux pays sûrement n'existe guère

La pluie y est de prose et le vent fait ses gammes

Improbable terre d'ocre et pourtant de vert

Mes doigts le pétrissent,argile et vent d'atlante

La couleur de la bière y invite à se prendre pour Yeats

Le tropisme de l'ouest y cueille ma main tendue

En deça de la lumière des lacs aux miroirs châtelains

Cette lande a des poings et frappe allégrément

Légendaire,habitée et je voudrais y rêver

D'Italie dans le soir gaélique

Quand percute le bodhran et que violon s'envole

Les nuits de Galway chantent et carillonnent

Vers les îles le regard a enfin quitté son Amérique

L'alcool,la tourbe et la danse scintillent

Au coeur de la nuit d'Occident

Qu'elle est loin ma Toscane et pourtant le parfum des cyprès

M'enivre jusqu'ici  mêlant Renaissance et souffle d'archipel

Confusément

28 octobre 2006

L'or des limbes

L'or des limbes

 

Lorsque je chevauchais fatigué des vallées

Aux souvenirs de terre brûlée

De hasardeuses retrouvailles

En peines disséminées

Que les marais aux fétides haleines

Ne me quittaient déjà plus guère

Rendant mon souffle austère

Pareil à ces vieillards d’Occident

Dont le visage à lire rêvait de Thanatos

Il m’arriva une pâle matinée

Une sorcière probablement

A l’orée d’une noire forêt de tsugas à frémir

Percée des croassements des freux.

Sur un signe de la vieille les oiseaux

Ont soudain fait silence.

Il m’a semblé mais de cela je ne suis sûr

Qu’un tocsin a crevé l’écho

Du dernier village traversé

“Serait-ce l’heure de la grande rencontre?”

Songeai-je quand,hideuse et mortifère,

Son long bras s’est tendu

L’index vers le nord

D’un idiome inconnu à peine borborygme

Une voix sépulcrale m’intima le chemin

Des vêpres extrêmes de mes ans

Page de fin peut-être

De mon combat lassé

Impossible quête d’une lumière à partager

Il me fallait accomplir

Le dénouement et retrouver

Le marquisat des ombres.

L’autre versant des Monts Noirs

M’attendait ardu,et désolé de pierres

Etait-ce ainsi qu’il me fallait voguer

Vers le Styx qui nous guide tous

La grande solitude?

L’espoir m’était un bel étranger

Mes compagnons les mots que j’avais aimés

Jusqu’à les faire danser

Allaient donc me quitter

Pour valser à jamais

En outre-poésie

Je n’aurais donc rien été

Qu’une feuille dans la longue tempête

Aux nervures déjà presque effacées.

Mais la destinée s’avère parfois fugueuse

La camarde absente,

C’est une apparition céleste qui m’irradia

Inattendue dans ce pays fini

Mes yeux n’ont pas saisi

D’abord sa beauté rare

Il me sembla que son regard ne s’adressait

A rien ni personne,mais au delà

Aux personnages que l’on devine

En une étrange et interne vibration.

Puis comme le crépuscule devenait améthyste

Sa voix m’a touché,ferme et femme

Louve et reine,elle m’a aimé déjà

Bien avant mon rude réveil.

Et moi,buriné et perdant

Quand elle a pris ma main

J’ai compris qu’elle ne m’avait jamais laissé

Que la foudre nous avait pétrifiés

En une oeuvre à nous seuls

Qu’il nous restait à ériger

Au coeur des jungles et des déserts

Au miroir de notre passé

Chacun lié à l’autre

Au travers des chagrins réciproques

Elle,mon essence admirable,âpre et chaude

Et moi,en son sein,renaissant

Déjà à l’écriture

Une inspiration emplie d’elle...

Adieu les affres et les torpeurs

Son souffle maintenant

Caresse mon dos tendu qui s’apaise

Sous ses ongles,ses phalanges langoureuses

Et ses bras m’irradient

Quand nos intimes brûlures

Se findent dans la nuit torturée

Par nos jeux parfois striés de rires.

Son amplitude me dévore

Fasciné par ses rêves je sanglote

Déjà je ne suis digne d’elle

Déjà je l’ai blessée

Ma face noire se rebelle

Elle saura me guérir

Dieu,qu’elle m’inonde d’elle

A m’effrayer parfois!

Avant qu’elle ne s’envole

Sur un cheval magique

Libre et admirable

Je veux lui dire

"Deviens moi”

                 

30 avril 2018

Cendre et fumée

            En deux mots, Cinder and smoke, c'est une sublime chanson du folkeux Samuel Beam (connu sous le pseudo Iron and Wine). C'est aussi, Cendre et fumée, deux mots qui m'accompagnent ces temps-ci. Comme un drôle de goût. Par ailleurs je considère que la moindre des élégances est de proposer la version du créateur.

 

 

 

25 janvier 2016

In the name of rock/Marianne

                                          Aujourd'hui un prénom très souvent invoqué. Leonard n'a pas chanté que Suzanne. Sur son premier album sobrement nommé The songs of Leonard Cohen figurait aussi So long Marianne, une chanson dédiée à Marianne, Norvégienne rencontrée en Grèce, où Cohen vécut souvent et longtemps. Son fils Adam a lui aussi repris ce titre. "Debout sur la corniche, ta belle toile d'araignée attache ma cheville à une pierre. A bientôt Marianne. Il est grand temps qu'on apprenne à en rire et à en pleurer".

26 octobre 2017

In the name of rock/Elizabeth (version crooner)

                                                        Extrait de l'album Watertown, l'un des plus beaux de Sinatra, j'ai choisi Elizabeth, un prénom qui ne se donne plus, mais quand il chante Elizabeth, les frissons me parcourent, la chanson est pourtant anodine, les paroles simplistes, je n'ai pas connu d'Elizabeth, et ne suis guère apparenté à Buckingham Palace. Et depuis quand faudrait-il une raison pour aimer? Suis-je le seul à aimer la chanson et l'album entier, écrit par Bob Gaudio, un ancien des Four Seasons (Jersey Boys), album qui fut la plus mauvaise vente de Frankie The Voice? La raison probable? Très élaboré, magnifiquement orchestré, Watertown est en fait un concept-album sur la solitude d'un homme ordinaire, dans une bourgade très ordinaire elle aussi, que sa femme a laissé avec deux enfants. Les Américains de 1969 n'étaient pas prêts à faire un triomphe à ce Sinatra là. Les choses ont changé et les croonerologues considèrent que ce pourrait être l'un des plus beaux disques de Francis Albert. J'ai déjà évoqué cet album dans mon carnet de voyage musical.

6 avril 2014

Le réveil du dimanche matin après le pub...

                          ....plutôt en douceur fraîcheur avec Van Morrison, avec Liam Neeson, de solides gaillards de là-bas, un grand chanteur, un grand diseur,au choix, c'est comme vous voulez, c'est à Coney Island, Irlande du Nord. A propos d'Irlande Val, sa jument verte et moi nous sommes aventurés Du côté de Canaan, roman de Sebastian Barry. Si ça vous dit de nous rejoindre en lecture commune. C'est vers le 15 mai. Un bon dimanche à toutes et à tous.

 

 

 

18 septembre 2013

Citation m'était contée (2)

                                        Jenny a vécu un drôle de drame sur le quai des brumes.Mais le jour se lève,les visiteurs du soir et le enfants du paradis ont fermé les portes de la nuit.               

                                      En fait ce n'est pas une citation mais un moyen mnémotechnique dont j'ai eu l'occasion de me servir et que je trouve plutôt joli. Nul doute que ça vous dira quelque chose. C'est tout pour aujourd'hui. Etonnant,non?

27 janvier 2007

La goutte d'eau

La goutte d'eau

 

Il a plu sur les pentes du Velay

De l’ondée ou des trombes une perle isolée

Dégringolant du ciel,clair joyau

Verticale et bénie

Devient gouttelette promise à l’homme

Pour son mieux-être

La tendre goutte d’eau au seuil de l’horizon

Semble hésiter certes peu de temps

Mais j’aime son indécision

J’ai goût à m’en bercer car mon coeur

A pu quelquefois ressembler

A ce hasard humide,à ce roseau balançant

Au gré des moindres brises.

La goutte d’eau vacille

Le sol ouvre les bras et la petite dame

Va-t-elle au sud-est choisir de cheminer

En Rhône et chanter les gitans

L’accent qui traîne et le delta

Puis se conduire esquif en Méditerranée

En ce milieu du monde

Pour y rejoindre les ports antiques

Le sillage d’Ulysse

Le Phare des Sanguinaires

Vaillante elle trace,sirène

L’abordage barbaresque,les princes siciliens

Elle devient Vieux Monde

Et se nimbe de notre histoire

D’île en île,des verres vénitiens

Jusques Alexandrie.

A moins que,caprice de femme

Elle n’en vienne à choisir l’autre versant

Mon Occident

Elle jardine,Renaissance en Val de Loire

Une corne de brume attise sa fringale

Des envies de Cap Horn ou de conquistadors

Brigantines ou misaines

Le noir parfum s’exhalant des steamers

L’accompagne,oiseau du grand ouest

Vers ces pays que l’on a dit nouveaux

De Nouvelle France ou Orleans

La goutte d’eau choisit-elle

D’être océane ou phénicienne?

Partage des eaux..

Comme elle,dis-moi

Qu’as-tu fait de ton talent?

 

 

16 décembre 2006

La cruauté

La cruauté

 

Comme c’est simple une affiche

Un enfant loin au Cambodge

Au Liberia,un champ de mines

La cruauté c’est quand un gosse

Ne bondit plus qu’avec les yeux

La cruauté c’est un jardin,son monument

Dans un village,le vôtre

Quelques dizaines de noms

Parfois le même plusieurs fois

C’est Verdun et c’est l’oubli

La cruauté parfois il y a longtemps

La cruauté c’est ce poète

Au froid de sa mansarde,oiseau d’hiver

Qui a compris qu’il ne serait

Ni Baudelaire ni Nerval

Et dont le sang s’épuise

C’est Vincent dans sa déraison

Qui dans ce champ d’Ile de France

Cesse enfin d’être l’incompris

Le fusil dans les tournesols

La cruauté c’est ce banc public

Et cette vieille que les pigeons

Entourent seuls au février des villes

La cruauté c’est quand l’alcool tient lieu de frère

Et qu’il n’y a plus de fils aimant

Enfant flétrie,au corps objet

Que l’indicible a rendue mutique

La cruauté parfois est à la porte

Les silences des années tendres

Amnésiées,comme presque mortes

La cruauté c’est ce courrier

Ce messager qui nous confirme

La cruauté c’est un appel

Peut-être à l’aube d’un dimanche

D’une jeunesse aux fossés

La cruauté vit dans les camps

Qui se jouent de géographie

On meurt en tous points cardinaux

Et partout l’homme se découvre

La cruauté est sibérienne ou andine

La cruauté parfois peut être mienne

La cruauté c’est tout petit

Quand tes pas dans le soir s’éloignent

La nuit encore qui nous échappe

La cruauté c’est toi et moi

A l’âpre instant des séparés

 .

3 décembre 2006

Ici

Ici

 

Ici,chez les amis

C’est comme une presqu’île

L’hôte vous l’a décrit

Ce capitaine au long cours

Carguant les voiles fraternelles

Ici c’est l’eau

Pas vraiment les eaux dormantes

Un peu traîtres

Méphitiques,méfions-nous de ces eaux trop honnêtes

On murmure qu’elles se chargent à la Toussaint venue

De tous les mal-pensants,de vous,de moi.

Non,ici,c’est comme un havre

Un peu gardien de phare

Un peu berger de l’onde

Long John Silver est doué d’ubiquité

Au four et au moulin

A la cambuse et sur la scène

On dit qu’on l’a vu marcher sur les eaux

Eaux printanières,eaux de vie,eaux de feu

Si d’autres naviguent en eau trouble

Ici la peinture est à l’eau-forte

Et les rencontres au fil de l’eau

Valent bien le fil de l’épée

Ici l’île au trésor

Nous accueille hardiment

Pour un bien doux naufrage

En amitié,en fantaisie

Souquez donc,Frères de la Côte,aimez

Comme le fleuve aime la mer.

 

 

12 novembre 2006

Si

Si

 

Si j’étais tahïtien

Je plongerais bien au delà du lagon

Pour y cueillir au plus profond

L’or des conques et l’argent des poissons

Perles et nacres pour ton ventre fécond.

Si j’étais italien

A Florence ou à Orvieto

Dans l’atelier de Léonardo

Je te peindrais,Madone au tondo

Bellissima del mondo.

Si j’étais inuit

Dans la déchirante nuit arctique

Tu serais du Nord la princesse unique

Ce glacier idyllique

Serait havre d’un fol amour tellurique.

Lama tibétain

Je renierais les livres sacrés

Quitterais le monastère où j’étais ancré

Et ne prierais plus que l’être aimé

Au bonheur ensoleillé.

Guérillero

J’aurais fait seul la révolution

Pour que la passion

Enflamme de notre déraison

Un monde à notre diapason.

Si j’étais un marin

Le sel des quarantièmes rugissants

Du goût de mes lèvres irait cernant

Ton front,tes iris bienfaisants

Alizé aux épices,plaisir déferlant.

Si j’étais écrivain

Mon écriture,métamorphose

Lisserait les épines des roses

Pour que plus jamais n’éclosent

La vacuité et la fadeur des choses.

Si j’étais Ludwig ou Wolfgang

Mon immortalité baignerait l’avenir

De ton prénom et de tes rires

De l’infini de nos délires

De cette musique qui nous chavire.

Si après demain je mourais

Demain aurait ton regard et ton nom

De ma vie la vraie floraison

N’aurait connu que nos chansons

Nos étreintes et notre unisson.

10 août 2006

En la forêt de Toi

En la forêt de Toi

                               

En  la forêt de Toi

La vie transperce les hautes futaies

On y fait d’étranges rencontres

Des paladins traversent les allées

En chemin vers ces tournois

Pour défendre leur belle.

Leurs chevaux semblent ailés

Rien ne leur est impossible.

En la forêt de Toi quelque chose est magique

J’y ai vu de très doux bardes écossais

Ils chantent des ballades de mon ami Donovan

Dans lesquelles les princesses

S’appellent Guinevere ou Llana

Que j’aime ces harmonies un peu nordiques

Nimbées de mystère,oppressantes parfois

Quand les cordes se pincent comme nos coeurs.

Dans la forêt de Toi

Les chansons sonnent parfois triste

Mais le plus souvent nous y dansons

Toi et moi hardiment

Alors je me sens preux,je me sens fier

Et comme Lancelot je deviebdrai guerrier

Pour que tu demeures reine à jamais

De mes jours en la forêt de longue attente.

Et si je m’en éloigne

Viennent les pleurs

Mais tu sais si bien les épancher

Ils ne sont que fugacité.

Tu m’es si précieuse et je veux bien mourir

Au profond de la forêt de Toi.

Dans la forêt de Toi,parfois

Bruissent des oiseaux-lyres aux rameaux

Des espèces inconnues que tu apprivoises

De ton coeur grand ouvert

Leur vol m’émerveille et je n’en crois pas mes yeux

Pourtant c’est la forêt des couleurs

Et du bonheur coule en diamants

Entre les étangs où murmurent

Des nymphes,des créatures étranges

Qui nagent comme Ondine,souviens-toi.

Comme elle aime l’espace et la nature.

Dieu,que tu leur ressembles

Toi qui chaque jour m’étonnes davantage.

Dans la forêt de Toi il me paraît

Que j’ai toujoursvécu

Tant mon rêve y prend corps

Au bout de ma si longue quête.

Enfin se dessinent parmi tes arabesques

Ces bonheurs inoüis dans ton Amazonie.

Mais quelle est cette voix qui évoque la mort?

Tu es Vie et ma vie ne respire

Qu’en la forêt de Toi.

Seule désaltérance

Que les fruits sucrés que m’offre ta chaleur.

Et mon rare appétit n’a qu’une satiété

Tonneau des Danaïdes,gouffre qui se veut tien

L’âme ouverte au sang bleu

Que je veux infiltrer

Dans ton intime jardin vital

Pour que de nos cris résonne,immense

La forêt de Toi

Réceptacle superbe des pluies bienfaisantes

Celles qui embellissent l’enfant qui grandit

A la folie,passionnément

Qui de toi et moi émane

En une source vivifiante

Trace superbe de nous

Amour sylvestre et panthéiste.

En la forêt de Toi

J’existe enfin et les mots qui dormaient

En le tréfonds de moi

Planent en toute liberté

Discrets astéroïdes à toi destinés

En la forêt de Toi

Chêne ou modeste jonc

Je veux vivre là,simplement

En la forêt de Toi

En Toi.

 

20 juin 2008

Mario

       Ceci est une réédition d'un article de 2006.Maintenant qu'il vient de mourir peut-être attirera-t-on un peu l'attention sur ce très grand écrivain.

      J'adore parler des écrivains que j'aime et souvent je les appelle par leur prénom.Certains me sont si familiers.Voici Mario.

      Mario Rigoni Stern,octogénaire italien du nord du pays est un conteur fabuleux qui a publié de nombreux livres surtout sur la Guerre et  son pays.Le sergent dans la neige,son oeuvre la plus connue retrace la retraite de Russie en 1943 vécue par quelque soldats italiens.Le travail de Rigoni Stern est une affaire d'artisan et c'est ainsi qu'il se revendique,montagnard de culture et de tradition.Il a écrit des souvenirs de la guerre,sous formes de récits s'apparentant à des nouvelles,la plupart du temps entremêlés d'épisodes d'enfance,de nature,de chasse dans ce Haut Pays d'Asiago qu'il habite encore le plus souvent.

     Sa jeunesse passée dans les troupes fascistes l'a conduit à se questionner et à nous donner des écrits d'une humanité rare,homme de paix devenu sage que sa longue expérience des conflits a amené à rencontrer Primo Levi(très bel hommage lors du suicide de ce dernier en 87,dans Le poète secret),Italo Calvino,Mario Soldati,Elio Vittorini,les plus nobles des intellectuels italiens,tous poètes et romanciers universels.

     Souvent cité pour le Nobel,Mario Rigoni Stern n'a pas besoin de cela pour être l'immense écrivain qui appartient à tous.D'autre titres:Histoire de Tönle,La chasse aux coqs de bruyère,La dernière partie de cartes,Le vin de la vie,Les saisons de Giacomo.Presque tous ses livres existent en français(Ed.10/18 et La Fosse aux Ours).

4 octobre 2006

Les grands corbeaux

Les grands corbeaux

 

Les grands corbeaux de la montagne noire

Tragiques,étendent leurs ailes d’envergure

Par delà les rives des fleuves enchantés

Où glissent de gentils pêcheurs

Aux enfants minces et mutins.

Les noirs messagers ont pris leur envol

Il ya longtemps de ça

Quittant ces nids profonds et troubles

Au coeur de la forêt d’effroi.

Je les vois planer sur ces villages roses

Aux toits frémissants au doux vent de saison.

Ils hantent les colombiers

Persécutent les calmes oiseaux des clochers.

C’est de là-haut qu’ils nous épient

Les grands corbeaux fondent sur les fruits pleins

D’un dernier messidor.

Ils ont la couleur des diables d’avant

Dont parlaient aux veillées

Chemineaux et passants

Quand sur la route et dans la lande

On rencontrait chemin faisant

L’amitié,le pain,la candeur.

C’était il y a bien des hivers

Au temps où dans le ciel et les cimes

Ne régnaient pas en maîtres

Les grands corbeaux dont l’oeil perce

Les hommes qui bientôt

Leur ressembleront.

 

12 octobre 2006

Les falaises

Les falaises

 

Quand le vent crie au loup,si âpre

Que les fous et les goélands eux-mêmes

S’accrochent aux cavités granitiques

Les ailes affolées près des lames acérées

Et que des courants sans relâche

Giflent encore et encore de fragiles terrasses

Quand les gerbes d’écume,geysers recommencés

S’évaporent en violence dans ces vêpres bretonnes,

Quand les chapelles tintent

Et que les femmes prient la mer

Que veillent les enfants troublés

Que frappent les chevaux aux écuries nerveuses,

Quand les arbrisseaux s’humilient au chaos

Que les barques au quai dansent la sarabande,

Que les sirènes océanes séduisent

Les derniers imprudents,

Quand les calvaires déchirent la lande

Quand même les grottes marines

Referment leurs auvents

Quand la péninsule craint Dieu

Une femme apparaît.

Elle est noire de cheveux

Comme une veuve du Sud

Elle défie la cité et le ciel coléreux

Face aux dieux irrités elle a gravi les marches

Qui mènent au vieux sentier

De la falaise d’Aval toute de craie

Et d’embruns.

Elle est belle,elle est femme,elle est forte

Elle joue de ses mains,mime prodigieuse

Apparition,suis-je le seul à la voir?

Tragédienne,son amphithéâtre c’est le grand Ouest

Eole,tempêtueux

Lui donne la réplique,mieux

Transporte sa voix

Elle n’est pas Mater Dolorosa

Ses éclats de rire sont tout aussi sincères

Vigie face au destin elle entonne

Comme un chant amoureux

Mélange de ballade celtique

Et de blues fendant le soir.

Puis les mots que sa bouche libère

S’évadent et fraternisent dans le ciel

Avec nuages et oiseaux blancs

Elle se donne avec tant de rage,

Cette force d’aimer qui transcende le temps.

Les mots coulent en phrases voyageuses

Musicales,un peu versatiles

Elle les offre avec cette ardeur

De celles qui se savent aimées

Et jette à l’horizon dément sa propre folie

Une folie toute gothique,démesure et passion

La prose s’insinue et la mer pétrifiée

Accueille dans son ventre un hymne à l’amour.

J’entends,j’entends symphonie irradiante

Douces sonates un peu tristes

Fanfares et clairons,harpes de mes regrets

Ce sont mes mots prononcés par son coeur

Et ses lèvres les amplifient

Spirale à l’unisson du rire et de l’écrire

Le bonheur me happe:il existe

Autour d’elle...

Alors l’océan à l’écoute

S’emplit de rythmes,de routes d’Amérique

De verte Erin et Toscane bleutée

De prénoms,de héros,de nos frères poètes

De jardins russes,de soeurs éloignées

D’enfances révélées

De meurtrissures guéries

Elle vibre et son corps m’émeut,toujours recommencé.

Qu’elle chante notre vie,

Mutuelle incarnation d’un délire à nous seuls!

Je crains de perdre le fil de mes pages

La tourmente est si forte

La volupté si troublante

Je ne sais plus qu’écrire...des ailes

Qui s’envoleront,oies sauvages au pays lumineux

Libres dans les courants et les zéphyrs

Deux pour l’immense voyage

A quatre mains nouées

Au coeur de la Lovelande.

 

17 octobre 2006

Prévert le Cinoche

Prévert le Cinoche

L'homme au mégot serré,humide

Poésie de Méliès,vérisme des Lumière

Il sait de quoi qu'il cause

Et tournent le Gabin,le Brasseur

Les autos tamponneuses.

Sur la plage meurt un peintre

Celui-même qui voyait

"Les choses derrière les choses et le nageur noyé".

Un archevêque pouah

Anglais de surcroît,quelle insulaire horreur

Et son cousin à table

Et son couteau à table

"Des amis qui ont la rougeole"

Comme c'est curieux...

Curieux n'est pas le mot

Qu'avez-vous dit?Bizarre?

Drôlatique dramatique.

Au château les trouvères ont trouvé

Table garnie,disette germanique

Et Jules,le diable très vert de Prévert

Tend l'oreille aux statues

"Mais c'est leur coeur qui ne cesse de battre"

Sortilèges de l'amour

"Démons et merveilles,vents et marées".

Théâtre des Funambules

L'amour fou pour la Garance

Des quatre hommes de sa vie

Pas tranquille comme Baptiste

Et pas maître,Frédéric Lemaître

"Un Paris tout petit pour un si grand amour"

Un Jacquot,papa parigot

Des seuls enfants d'Arletty,

Les Enfants du Paradis.

Amour libre,humour fou

Ou bien est-ce l'inverse?

Anar du pavé,il n'est pas loin,Villon

Depuis toi nous on aime

Clochards et colporteurs

Seconds rôles et vrais destins

Et les fausses soutanes murmurant

Une ultime oraison

"Je regrette les femmmes".

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