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19 octobre 2008

Géographie:Chicago,Illinois

http://fr.youtube.com/watch?v=eaBwgsZhZJA Chicago (Graham Nash)

  Loin vers le Nord,une métropole,Chicago.Chicago,troisième ville américaine probablement.Chicago dont le nom viendrait d'un mot indien qui pourrait signifier marécage ou pestilence.Chicago,Illinois et le Lac Michigan si propice aux noires activités.Dont le nom est accolé à des gens bien peu recommandables mais dont les aventures ont bercé nos nuits de cinéma, alcool, Prohibition, Capone.Chicago à l'architecture osée et maintenant historique. Chicago,première patrie des gratte-ciel et dont le blues électrisa le Vieux Sud se nordifiant. Chicago,mis en musique soul,jazz,rock,etc...Ou naquirent Dos Passos,Minnelli et Frank Lloyd Wright.Chicago dont je vous propose la chanson de Graham Nash,cet Englishman in the U.S.A,ex-Hollies et quart de CSNY.

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7 septembre 2008

Géographie:Mendocino,Californie

   Etape en Californie.Nous y reviendrons pour les poids lourds, Frisco, L.A.Mais ce soir je vous convie à un plateau de fruits de mer à l'endroit le plus à l'ouest de Californie,le Cap Mendocino et non loin la ville balnéaire du même nom.A quelques dizaines de miles au nord de San Francisco le village de bûcherons est devenu très à la mode au cours des sixties.Beatniks puis hippies y firent flores.Et un certain Doug Sahm,l'un des grands oubliés du rock,maître d'oeuvre en tex-mex notamment,mais aussi co-listier parfois du Grateful Dead ou de Rick Danko(The Band) et Dylan,fit se trémousser la planète entière dont votre serviteur vers 68 au sein du Sir Douglas Quintet.Doug Sahm,que je vous engage à redécouvrir,cessa toute collaboration avec qui que ce soit en 99 pour cause de crise cardiaque.Peu réputé pour son goût de l'eau minérale il avait signé par contre une flopée de disques intéressants pendant des années.Son registre va du tex-mex déjà cité au cajun en passant par des harmonies plus "Stax", voire ellingtoniennes.Tequila pour tous!Voici ,le délicieusement désuet Mendocino.

Mendocino

        Pour les plus sérieux Willie Nelson a chanté une bien jolie ballade,Mendocino County Line.Jolie mais moins rigolo.

http://www.youtube.com/watch?v=4s1MSwRPlEc Mendocino

   

14 septembre 2008

Tout ne va pas si bien

     Arno Geiger fait partie de la jeune vague des auteurs autrichiens,né en 68.Tout va bien est un tour de force littéraire dans lequel je suis entré à pas comptés.J'ai d'ailleurs mis pas mal de temps pour le lire.C'est que la famille Erlach,au long de 70 ans d'Histoire de l'Autriche ne laisse pas si facilement apprivoiser son intimité.Sur un tempo d'allées et venues entre 1938 et 2001 nous assistons à la vie d'une famille qui aura tout connu de l'histoire, Anschluss, compromissions,Guerre Froide, désarmement , chute du Mur,dans ce curieux pays mort au moins deux fois en moins de quarante ans.Rien dans ce pays n'est tout à fait comme autre part.Il règne comme dans Le troisième homme une sorte d' "arrangement" permanent et d'amnésie compréhensible,d'où probablement des gens comme Michael Haneke ou Thomas Bernhard.

Mais Tout va bien évoque aussi les petits tracas,le manque de carburant,la maison familiale à liquider,les souvenirs de la Vienne impériale,et mille petite misères de quatre générations.Ce livre a eu un succès prodigieux en Germanophonie.Relativement déconcertant car on ne sait guère où il veut en venir,c'est une belle aventure de lecture dont les mots sont parfois assez près d'une désespérance belle à se damner.

Minuscule extrait sur le vieillissement:

Son ventre s'arrondit misérablement,des bourrelets gélatineux entourés de plis profonds et pas le moindre soupçon de bronzage bien que l'été vienne à peine de finir.Pas de muscles non plus,de la graisse,rien que de la graisse,des bouffissures,tout le gras des sept années grasses.Là-dessus des poils sombres et gris rassemblés autour d'un nombril blanchâtre,comme s'il en émanait un attrait magique...

Pas de doute,les Autrichiens de talent sont revenus sur les bords du Danube.Il a fallu bien des décennies.

2 septembre 2008

Colline avec vue sur l'Ouest

     Voici une rareté,un livre irlandais non chroniqué par l'ami Yvon Eireann de Lorient

   Walter Macken est très méconnu en France,pourtant gourmande de lettres irlandaises.Né en 1915 à Galway,portes du Connemara,il est mort en 67.Son recueil de nouvelles Et Dieu fit le dimanche est certainement le plus réputé de ses ouvrages,tout en restant assez confidentiel.Publié quelques mois avant sa mort en 67 Le Seigneur de la Montagne nous narre le réveil économique,encore balbutiant,de la verte Erin dans les années cinquante.Près de Galway,très à l'Ouest de cette terre,Donn est le précurseur de cet essor et ses méthodes ne plaisent pas à tous.Pourtant une relative unanimité le soutiendra un temps.Mais "Dès qu'il y a des hommes les sept péchés capitaux sont là aussi". et la vallée va se mettre à l'heure meurtrière.Que peuvent l'amour et l'amitié quand se dressent face à l'océan le soeurs hideuses,la haine et la vengeance?

   Macken à l'évidence aime sa terre d'Occident et ses habitants.Le pire n'est donc pas sûr et on se prend à rêver que les choses se passeront finalement pas trop mal.Je n'ai rien lui d'autre de Walter Macken mais il me semble plutôt un conteur optimiste et rien n'ébranle vraiment sa foi en son Irlande.Sans angélisme mais sans noirceur Le Seigneur de la Montagne se déguste comme un vieux whiskey,en chantant Molly Malone bien que Dublin soit assez loin.

31 août 2008

Géographie:Phoenix,Arizona

    En route pour l'Arizona au nord duquel plonge le Grand Canyon.Bien d'autres parcs nationaux et la célèbre Forêt pétrifiée dont le film homonyme révéla Bogart.Jimmy Webb (The highwayman, MacArthur Park) a écrit cette superbe chanson de rupture.C'est important dans la vie les chansons de rupture...By the time I get to Phoenix est devenu un standard enregistré par tous de Sinatra à Nick Cave,de Cash à Roger Miller,de Dean Martin à Isaac Hayes. Phoenix, Arizona,est une ville probablement sans charme particulier. Mais,pétri de ces influences muiscales et littéraires,tout ce qui fait route vers l'Ouest m'a construit,vaille que vaille.Alors,en partance pour ce voyage de repli,pas le plus gai,mais avoir un peu mal fait du bien.

By the time I get to Phoenix she'll be rising
She'll find the note I left hangin' on her door
She'll laugh when she reads the part that says I'm leavin'
'Cause I've left that girl so many times before

By the time I make Albuquerque she'll be working
She'll prob'ly stop at lunch and give me a call
But she'll just hear that phone keep on ringin'
Off the wall that's all

By the time I make Oklahoma she'll be sleepin'
She'll turn softly and call my name out loud
And she'll cry just to think I'd really leave her
Tho' time and time I try to tell her so
She just didn't know I would really go
.

http://www.youtube.com/watch?v=sJoi2QpbiF4 By the time I get to Phoenix

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27 juillet 2008

Une chanson:Rhythm of the rain

   

 

 

http://www.deezer.com/listen-3991594 Rhythm of the rain(The Cascades,1963)

 

          Le gamin a une douzaine d'années.Depuis peu son frère aîné souffre d'onomatopées et s'écrie parfois "Wap doo wap".Lui,le gamin,ça ne l'intéresse pas trop d'écouter le transistor ni même ce curieux appareil qu'un copain parisien interne à Saint-Joseph lui a montré fièrement,un truc qui mange des disques.Mais le gamin,il connaît Sylvie Vartan, une blondinette qui chante En écoutant la pluie.Cependant il préfère encore jouer aux billes.Pourtant ce soir là à la radio il a entendu cette même chanson mais par des inconnus et en anglais.Son frère lui a dit que c'était un groupe vocal qui s'appelait les Cascades.On appelle ça une version originale.Le gamin,il a trouvé ça mieux que la chanson en français,il aime mieux le machin original.Le gamin,il ne sait pas encore que toute sa vie a changé.Il voudrait dire maintenant que le rock est comme le tourisme,composé de quatre étoiles  en front de mer genre Hôtel Beau Rivage et de campings Les flots bleus sur la route départementale.Le gamin il croit se souvenir que Rhythm of the rain a été son premier camping sans les parents.

 

23 juillet 2008

L'odyssée du Retour

     Livre déroutant que Le retour du berlinois Bernhard Schlink,tenant du roman d'apprentissage et de la quête du père,et surtout du thème de L'Odyssée,du retour à la maison.Nous savons tous maintenant que si Ulysse a mis dix ans pour retrouver Ithaque c'est qu'il a musardé, peu pressé semble-t-il de retrouver cette chère Pénélope et ses soucis quotidiens.Le jeune Peter a retrouvé les traces de celui qu'il pense être son père.Mais il y eu la Guerre et dans cette Allemagne bientôt divisée en deux il lui est bien ardu de savoir la vérité sur ce père absent,lointain,irréel et ce n'est pas sa mère, étrangement aphasique à ce sujet qui peut le renseigner. La tendresse il l'aura trouvée chez ses grands-parents maternels, relecteurs de romans populaires qui vont orienter les recherches du jeune Peter.Sous influence littéraire certes Peter va remonter un fil d'Ariane qui s'avèrera une via dolorosa dont sa rencontre avec Barbara souffrira,entre remises en question et abandons.

   Point par point,pierre par pierre,il reconstituera le puzzle de ses origines et tout au long du roman nous assistons aux recherches entreprises par Peter,devenu spécialiste des questions de loi et de justice(comme Schlink lui-même professeur de  droit et magistrat), pour connaître la vérité.Mais au bout d'une enquête en chausse-trapes la rencontre s'avèrera rude et très surprenante.On ne sera pas étonné de voir dans Le retour une réflexion très serrée sur la notion de culpabilité ,inhérente à tout romancier allemand depuis soixante ans.Et si à force de déconstruire l'Histoire se pointait quelque chose qui ressemblerait au révisionnisme.Je m'empresse de préciser  que ceci concerne le roman,absolument pas le grand écrivain qu'est Bernhard Schlink dont on n'a pas oublié Le liseur ni les nouvelles d'Amours en fuite.

19 juillet 2008

Méditation et désenchantement

    J'ai opté pour ce titre à la Bergman parce que j'ai trouvé dans ce livre d'un auteur peu lu en France et inconnu pour moi des résonances qui font penser au maître suédois.A commencer par ces quelques lignes sur l'âge:

      "Le sentiment d'être remisés derrière le garage,au milieu des herbes folles,avec les quatre pneus à plat et la moitiè des pièces qui manquent.Et puis aussi le courrier qu'on reçoit.Telle semaine c'est Kenneth qui entre à l'hospice dans le Queens, pratiquement aussi mort que si on venait de l'enterrer.La semaine suivante c'est Roy qui casse sa pipe à Savannah.Deux jours plus tard on apprend qu'à Princeton Dick est atteint de la maladie de Parkinson.Et maintenant c'est Tom qui vient d'entrer dans le quartier des condamnés à mort.Et jusqu'à ces carnets que je suis en train de te lire,qui nous rappellent à quel point nous sommes vieux et diminués.A nos âges chaque nouvelle est une mauvaise  nouvelle.Je n'aime pas faire la queue devant la guillotine.Je n'aime pas être convié à l'exécution de mes amis".

                   The spectator bird,très beau titre original,se présente en effet comme une réflexion amère sur le temps et la peine de vivre,de vivre cette vie finalement brève,réflexion qui me touche profondément et je crois que là encore les années ne sont pas étrangères à cela.De même que nos lectures prennent un sens différent au fil des décennies Joe se surprend à rouvrir un journal intime tenu 25 ans plus tôt lors d'un voyage au Danemark. Et,retrouvant ces lignes jetées sur ces cahiers puis oubliées, l'amertume,la tristesse, le découragement se mettent à le tenailler d'abord presque gentiment puis plus durement. Septuagénaire il a vécu avec Ruth une vie plutôt pas mal,dans un milieu intellectuel newyorkais,nanti d'amis brillants et de dîners en ville.Mais la fêlure est là comme pour nous tous,non seulement la mort de leur fils unique mais aussi les élancements d'un coeur vieillissant à l'évocation de ces souvenirs parfois d'une certaine complaisance.

      Comment ne pas être bouleversé par ce roman,très secret et sensible,qui,je crois,est en parfaite cohérence avec ses autres livres?Au moment où les jeux sont faits,quel peut être le presque ultime sursaut de l'homme,quand à travers le miroir on ne lui renvoie que l'image de cette liberté captive qui laisse chacun seul?Et comme je ne peux m'empêcher de truffer mes mots de références, mais on peut en avoir bien d'autres,je citerai une fois encore les incontournables Gens de Dublin ou Mort à Venise.La compagnie de Joyce et de Mann ne me semble pas trop déshonorante.Phébus a publié plusieurs livres de cet écrivain mort en 93.Je vous convie par ailleurs à visiter Sybilline qui a lu Wallace Stegner ce qui n'est pas si fréquent. (Stegner Wallace ).

5 juillet 2008

O pleure mon pays si douloureux

   Karel Schoeman sera-t-il un  jour reconnu comme l'égal de Coetzee,Brink,Gordimer?Je n'hésite pas à qualifier La saison des adieux de chef-d'oeuvre,meilleur que le déjà très bon Retour au pays bien-aimé (voir Pleure encore pays bien aimé).L'Afrique du Sud a été prodigue de génies littéraires,ce qui donne à penser que c'est dans les convulsions que s'épanouit le talent.N'allons pas trop loin dans ce syllogisme.Ecrit en 89 La saison des adieux se situe au début des années soixante-dix,en quasi guerre civile,où le délabrement s'accélère dans un contexte d'insécurité et de répression.Nous allons vivre quelques mois avec Adriaan, poète de langue afrikaans,dont la vie perd chaque jour de sa substance puisque est venue la saison des adieux,le temps de partir pour beaucoup d'intellectuels de progrès.Karel Schoeman écrit lui-même dans cette vieille langue d'origine hollandaise et dans une traduction que je pense de qualité on découvre un auteur très riche qui sait à merveille décrire un espace vert au Cap,rare endroit préservé,ou la violence des banlieues envahies quand le moindre incident dégénère.

      Adriaan a longtemps fait partie d'un petit cénacle d'esprits éclairés qui ont cru possible que l'Afrique du Sud  change sans trop de douleur.Mais à l'impossible nul n'est tenu et ce pays magique se devait de pleurer longuement.C'était déjà le titre du grand livre précurseur d'Alan Paton Pleure ô pays bien-aimé qui date pourtant de 1946.L'ami d'Adriaan est djà en Amérique,Marisa a regagné les Pays-Bas,ceux qui sont encore là font semblant de ne rien voir de cette société en pleine déréliction,comme l'insignifiant Dewald qui cherche encore à monter une revue de poésie afrikaans.Nico,acteur imbu et plus très jeune multiplie les furtives étreintes pour s'empêcher de vieillir.Le musée où travaille Adriaan s'effondre lui aussi, témoignage de la vieile Europe dans la ville du Cap,cet extrême sud,qui,un temps relativement épargné, s'apprête à rejoindre Johannesburg dans la ruine.

    Il y a dans La saison des adieux des pages merveilleuses sur la marge si étroite entre le courage et les lâchetés,les petitesses et les sursauts.Et plus encore sur la solitude du poète,cet albatros empêtré,dont les mots demeurent impuissants à enrayer l'inéluctable et sur la tragédie d'Adriaan,qui rentre chez lui au crépuscule,pour travailler,travailler toujours,témoigner et encore ce n'est pas sûr... Schoeman a fait de son personnage un homme malgré tout équilibré,presque sage et composant avec sa solitude.C'est très beau.C'est chez Phébus et 10/18.

22 juin 2008

Crocodile dandy

Le Caïman

             Très intéressé par les films de Nanni Moretti je n'avais pas vu  Le caïman à sa sortie il y a deux ans,craignant que Moretti n'aie donné dans le pamphlet un peu démago contre un super démago.Je considère que Le caïman,loin d'être sans intérêt,est pourtant infiniment moins personnel que la plupart des films du cinéaste.Et surtout ce film,à force d'osciller entre la charge anti Berlusconi et la crise du couple chez Bruno Bonomo,finit par se prendre les pieds dans le tapis.Si l'on comprend bien les difficultés du cinéaste de fiction(très bon Silvio Orlando) à relancer sa carrière on s'intéresse assez peu à son divorce qui nous vaut des scènes avec ses enfants assez convenues.Dans la mise en abyme(?) du film dans le film,ou de la difficulté à faire un film où un metteur en scène aurait bien du mal à faire un film critique sur l'homme au pouvoir,il s'avère que j'ai fini par me perdre un peu.Reste toujours avec Moretti un amour du cinéma et d'excellents morceaux choisis comme le débat dans la salle de cinéma ou la dérobade de l'acteur joué par Michele Placido avec cette inénarrable 'italian attitude" qui consiste à se retirer du projet "dans l'intérêt même du projet.

  Demeure la question Berlusconi,infiniment difficile à résoudre,tant le personnage charrie son mélange reptilien d'écoeurement et de fascination.Car rien n'est si simple en Italie et même Il Cavaliere peut nous surprendre.De cela Nanni Moretti,qui reste un modéré comme je les aime,parle très bien.Et curieusement,là je crois que vous serez d'accord avec moi,la fin de son film tourne presque à la tragédie bouffonne, rappelant volontairement les grands films politiques des Rosi,Petri et consorts.C'est particulièrement vrai lors de la sortie du tribunal où les défenseurs de Berlusconi finiraient par attirer la sympathie.Comme quoi le manichéisme n'est pas vraiment le défaut de Nanni Moretti.C'est aussi toute la force du cinéma italien même si chez Moretti je préfère la veine encore plus autobiographique, c'est à dire à peu près toute son oeuvre, pas encore très bien distribuée en DVD à propos.

8 novembre 2008

Très au Nord,très mystique

   Ce film était présenté dans le cadre de Ciné-philo,dans ma bonne ville de Picardie.D'une grande austérité en même temps que d'une certaine beauté plastique L'île est en fait une île monastère orthodoxe où  le Père Anatoli expie depuis trente ans une grave faute commise lors de la guerre contre les Nazis.Dans le huis clos de cete terre désolée post-stalinienne ou post brejnevienne,peu importe, Anatoli est  marginal parmi les marginaux,chargé de la chaufferie, travail infernal au sens propre.Mais c'est aussi un farceur vis-à-vis de ses frères les moines de la communauté.Se contentant de très peu,prônant le dénuement,il semble avoir acquis une certaine sagesse et des dons de guérisseur.On vient le consulter en brise-glaces et en barque.Cette allégorie du renoncement est traitée avec une sobriété à laquelle Lounguine ne nous avait pas habitués.

   Et bien sûr des noms nous viennent,la rigueur bressonnienne,dont il faut vous dire que je suis très loin d'être connaisseur.Tarkowski et sa spiritualité.La spiritualité était d'ailleurs l'objet du débat organisé par les amis de Ciné-philo,en présence de représentants des communautés catholiques et protestantes.Dostoievski et L'Idiot et même certains héros de Bunuel pourtant peu suspect d'empathie avec toute religion, quoique...Anatoli est ainsi une sorte d'héritier spirituel (?) de Nazarin et de Simon du désert(voir notes anciennes). Le public,nombreux,a apprécié ce film éloigné de toute mode.On n'est pas obligé de partager la foi d'Anatoli ou de Pavel Lounguine,en proie au doute assurément.On est obligé de reconnaître à L'île une grande dignité et le mérite d'oser poser les questions essentielles.Ca ne me paraît pas si fréquent dans le cinéma contemporain,c'est le moins que l'on puisse dire.

11 juin 2008

Prague vue par Fritz Lang et Bertolt Brecht

   

            Prochainement l'un des meilleurs films américains de Fritz Lang ou quand même la propagande peut avoir du talent.1942:depuis quelques années Fritz Lang se consacre à la lutte antinazie depuis Hollywood. Ce tryptique comprend Chasse à l'homme,Les bourreaux meurent aussi et Espions sur la Tamise.Pour ce dernier film voir Les miettes du Ministère ou Londres,nid d'espions - BLOGART(LA ....Les éditions Carlotta proposent un très bon double DVD comprenant les deux versions de Hangmen also die.Bernard Eisenschitz, spécialiste du cinéma allemand nous donne quelques clés,essentiellement sur la collaboration entre les deux exilés,très différents,Lang et Brecht.C'est d'aileurs à peu près la seule intrusion directe du grand dramaturge allemand dans le cinéma..L'ami Oggy qui a déjà dégainé,n'aime pas le film et je le trouve bien sévère.

   Il est vrai que Lang a voulu en quelque sorte "polariser" le sujet(au sens film noir,pas au sens obsession) et je pense que cela peut effectivement choquer un peu.Il ne prétend pas faire oeuvre historique car Les bourreaux meurent aussi a été conçu dès le début comme un thriller,par Lang plus que par Brecht cela va de soi.D'une construction relativement éclatée avec plusieurs lignes directrices le film a décontenancé ses rares spectateurs à sa sortie aux Etas-Unis. Présenté en France en 47 avec nombre de films retardés il n'obtint guère plus de succès malgré un timing diminué de 25 minutes(reste encore 1h55).On connaît le sujet ,l'assassinat de Heydrich, "protecteur" de la Tchécoslovaquie. On ne voit pas l'évènement mais l'idée de Fritz Lang est bien ailleurs.Il a déclaré avoir voulu par le biais du canevas policier faire un film informatif sur l'idée même de résistance,méconnue forcément des Américains.Alors Oggy y a vu quelques grosses ficelles probablement et il n'a pas tort.Néanmoins je considère Hangmen... comme un film important,pas  si éloigné de Mabuse... et de M...,non seulement par la mise en scène qui retrouve quelques touches expressionnistes,ombre et lumière,menaces,scènes de rue et importance du "monumental" (façades, brasserie, immeuble), mais aussi par l'épineuse question des méthodes qui conduisent la Résistance et la Cause(bonne) à utiliser des moyens guère plus reluisants que ceux de l'oppresseur.Thème éminemment langien,voir les films précités mais aussi Fury,premier film américain,déjà chroniqué ici.

    La dispersion du film nuit certainement à la clarté,passant du rôle du collabo à la fuite du héros traqué et au sort des otages.Mais tout de même,quelques images frappantes demeurent,certaines ellipses foudroyantes, le chapeau de l'inspecteur gestapiste par exemple, roulant sur lui-même pendant que meurt le tortionnaire.Pour conclure je pense que ce film,peu diffusé je crois,est partie prenante de la cohérence langienne,dont je prétends à chaque article le concernant, qu'elle est totale depuis Les Araignées jusqu'au tout dernier,en 60,Le diabolique Dr.Mabuse.Enfin je ne peux que conseiller l'excellent film de Douglas Sirk Hitler's madman,de 1943,qui raconte la même histoire,plus centrée cependant sur l'évènement en soi, l'attentat contre Heydrich.Oggy s'il l'a vu,me donnera certainement son avis.

30 mai 2008

L'homme court mais ne marche pas.

    Bien avant la canonisation de Ken Loach,l'homme que l'on ne peut même discuter tant le politiquement correct interdit le moindre recul sur ses films,existait en Angleterre le cinéma des Angry Young Men.Ceci pour rappeler que le cinéma anglais a une histoire et qu'au début des sixties quelques films ont marqué ce renouveau.A la base de ce mouvement l'écrivain Alan Sillitoe et quelques autres,relayés par les cinéastes Tony Richardson,Karel Reisz,Lindsay Anderson. Comme la plupart des courants peu de films s'inscrivent véritablement dans ce cinéma du constat social âpre et sans concession de l'Angleterre qui n'avait pas encore enclenché la révolution pop avec les Beatles et le Swinging London.Les rares films des Jeunes Hommes en Colère s'inscrivent donc dans cette sorte de no identity's land entre l'Angleterre de Graham Greene et David Lean,par exemple et la déferlante Liverpool.

  Sillitoe,né en 28 d'une famille ouvrière,a écrit Samedi soir,dimanche matin et La solitude du coureur de fond,un roman et une nouvelle dont les titres à eux seuls me paraissent très explicites.Soit la noirceur d'une routine sans âme et le sentiment d'isolement extrême dans la parabole du sportif dont la société cherche à récupérer l'effort et la personnalité,avec les meilleurs sentiments du monde souvent. Karel Reisz réalise Samedi soir,dimanche matin en 60 et Tony Richardson La solitude du coureur de fond en 62.Loin de n'être que le cinéma grisaille parfois moqué ce mouvement fait au contraire preuve de vitalité au delà des apparences car ses antihéros ne manquent pas forcément d'envergure.C'est le cas de Colin,interprété par le grand et si méconnu Tom Courtenay.Dans sa maison de correction l'on croit un moment à une sorte de rédemption par le gôut du sport,air connu mais pas toujours efficace.Le visage relativement anodin de Courtenay,joues minces et laconisme,est de ceux, qu'on n'oublie pas et je ne  crains pas de le comparer, dans le genre inadapté,à Peter Lorre ou Jean-Pierre Léaud.Comme dans bien des films début 60 la musique est excellente et ne souligne pas lourdement comme ce sera le cas si souvent plus tard,l'action du film.

    Je suis un peu moins enthousiaste sur le montage qui alterne passé et présent,vie de famille et pension.Pourtant la peinture de l'Angleterre industrielle,tangente,est très réussie.Et comme j'aime cet art de la discrétion,de la suggestion où une chambre d'hôtel suffit à nous faire comprendre le charnel d'une rencontre qui ne manque pas d'émotion.Ce film,passionnant,n'a pas besoin du très encombrant parrainage de mai 68,dans toute sa somptueuse démagogie(Ciné Classics).Il se défend très bien tout seul.C'est toute la philosophie de Colin qui court à perdre haleine parce qu'il aime ça,mais ne marche pas dans le système.

10 avril 2008

Heures désespérées(un film du patron)

              Prochainement car par contrat je suis obligé de chroniquer tous les films visibles d'Humphrey Bogart, mon icône...La maison des otages(55) est donc un des derniers films de Bogie,dirigé par William Wyler.Ce n'est plus tout à fait le meilleur de Bogart bien sûr mais sa composition de gangster en cavale vaut le coup,ainsi que son affrontement avec Fredric March,ex vedette d'Hollywood,déjà passablement oublié en ces années cinquante.Je précise que March fut deux fois lauréat des Oscars pour Dr.Jekyll et Mr.Hyde en 31 et Les plus belles années de notre vie en 46,deux très bons films.

      Adapté d'une pièce de théâtre le film manque un peu d'espace et le paysage banlieue américaine fleure la naphtaline des fifties.Bogart et March, rétrospectivement, paraissent assez âgés pour leur rôle.Et la famille américaine baigne dans la convention la plus classique. Cependant dans le rôle du père Fredric March se durcit peu à peu jusqu'à ressembler au gangster.Ceci est assez bien amené et alors que l'on aurait pu croire que le criminel Glen Griffin,sobrement interprété par Bogart,allait finir par s'humaniser (dans mes lointains souvenirs je voyais d'ailleurs le film comme ça),c'est tout le contraire et justice sera faite.Dans un de ses rares rôles,du moins en vedette,totalement antipathiques le patron est une fois de plus inoubliable à voir et à entendre.Ce timbre de voix si unique,nasillant un peu,persiflant souvent,inquiétant toujours.Un blogueur cinéphile me donnera-t-il son sentiment sur le remake de Cimino,Rourke et Hopkins?Je ne l'ai jamais vu.

14 mars 2008

O'Thentique

   A suivre ce très beau document conseillé par l'ami Eireann O'CRIOMHTHAIN Tomas / L'homme des îles et digne des plus belles collections ethnologiques.Le récit de Tomas O'Crohan(1856-1937) nous transporte au point le plus occidental d'Europe,l'archipel des Blasket,dernière paroisse avant l'Amérique.Ces îlots moins connus que les Aran(voir le cinéma de Robert Flaherty) ont vu leur population quasiment disparaître.Les 22 derniers habitants de Grand Blasket furent évacués en 1953,Dublin considérant que la vie y était impossible.

  Tomas O'Crohan raconte par le menu et sans bravades le quotidien des îliens.Modestes parmi les modestes les gens des Blasket chassent le lapin,heureusement fort prolifique en ces climats.Ils chassent aussi le phoque qu'ils assomment allégrément en prenant bien des risques.De très belles pages nous décrivent les grottes marines et la pêche aux homards,les rivalités avec les "continentaux" de la péninsule de Dingle,les morts prématurées et l'absence de soins de ce bout du monde.O'Crohan lui-même aura dix enfants dont deux survivront,c'était à peu près normal.Ne manquent pas bien sûr les jours de marché à Dunquin ou Dingles,les chansons arrosées et cette fraternité rude qui n'exclut pas les bourrades,du classique en Irlande,plus marqué encore en ces contrées inhospitalières.On parle aussi assez souvent de l'autre côté,l'Amérique,chimérique et souvent pourvoyeuse de retours piteux.

     J'ai eu l'occasion de visiter il ya quelques années le Centre du Grand Blasket à Dunquin qui tente avec un certain succès de faire revivre la mémoire de cet archipel de l'extrême,nanti de photos superbes et des écrits des poètes de Blasket,plus nombreux que partout ailleurs en Irlande où ils sont déjà plus nombreux que partout ailleurs en ce monde.Tout cela fait un peu cliché.Mais tout cliché recèle une bonne part de vérité.

9 avril 2008

La fille du commissaire

      Pour cette enquête Wallander cède la place à sa fille Linda qui a décidé de suivre ses traces...Les polars de Mankell sont maintenant bien balisés en France avec ce corollaire inévitable qu'on se sent en pays de connaissance et que la surprise venue du Nord s'est pas mal volatilisée.Mon préféré est Les chiens de Riga.Il me semble avoir presque déjà lu ce livre et ceci n'est pas très bon signe.Serait-ce la lassitude de l'univers de la police de Scanie avec,comme ailleurs,ses pervers,ses gourous,ses dérives et ses rituels?De plus je trouve que les rapports difficiles entre Kurt et sa fille Linda alourdissent une intrigue qu'on aimerait resserrée,ce qui permettrait d'ôter une centaine de pages.Il me semble que les auteurs de polars ont actuellement tendance comme les cinéastes à faire long,ce qui est pour moi aveu de faiblesse.Le rythme,les gars,le rythme!

   Non que Avant le gel soit à dédaigner pour qui ne connaît pas encore Mankell mais je suis d'accord avec Dasola.Tout cela me paraît assez normal et je crois que je vais gentiment congédier Henning Mankell de ma liste d'attente.Il aura droit à de confortables indemnités pour services rendus à la Scandinavie et à mon patrimoine littéraire.La chair est triste hélas mais heureusement je n'ai pas lu tous les livres.Un beau personnage,très épisodique,aura marqué cette enquête pour moi,l'orfèvre qui fabrique les clés d'église,quel beau métier.Et les mots de Mankell parfois touchent très juste: "Même si l'issue est écrite à l'avance on peut fatiguer la mort pour qu'elle ait juste la force de porter le coup fatal",écrit-il à propos de la fin d'un ami de Wallander.

16 mars 2008

La colline inspirée

        Cette rubrique a déjà rendu hommage à Gary Cooper,Ceux de Cordura,Une aventure de Buffalo Bill,Le jardin du diable,L'homme de l'Ouest.Dans La colline des potences,titre français d'après le livre de Dorothy Johnson,Gary Cooper trouve l'un de ses derniers rôles,dirigé par Delmer Daves  par ailleurs auteur de classiques comme La flèche brisée,La dernière caravane,3h10 pour Yuma.C'est un beau rôle,assez complexe,de médecin pas désintéressé,psychologiquement désarçonné.Maria Schell,la grande vedette allemande de l'époque apporte une touche de fraîcheur dans ce rude pays de chercheurs d'or où l'on trouve aussi George C.Scott,déjà délirant dans son personnage de prophète intégriste.La justice expéditive est aussi l'un des thèmes de La colline des potences même si la pendaison y est finalement évitée de justesse.

        Voulant expier une faute originelle Cooper se comporte comme un tyran domestique vis à vis de la femme et du jeune voleur qu'il a sauvé.Ses principes de rigueur morale n'empêcheront pas la haine et la violence qu'il aura en partie déclenchées.Curieusement le rôle secondaire de l'évangéliste fou renvoie comme un miroir déformant l'image d'un héros fatigué,Gary Cooper lui-même,symbole d'une Amérique jadis forte mais empêtrée dans ses multiples contradictions.Le happy end traditionnel affaiblit cependant considérablement ce beau western de fin de règne.

   

20 mars 2008

Le magnat,le scénariste et le vieux chasseur

               Sous le titre français bien commercial,enfin tant pis,de Comme des loups Vanderhaeghe,écrivain canadien, nous entraîne dans une double aventure qui mêle les débuts de Hollywood et le fin de l'Ouest des pionniers. Attention ce livre n'est pas que cela,ce qui ne serait d'ailleurs déjà pas mal.Le commentaire de Richard Ford est totalement justifié. Harry,scénariste en mal de reconnaissance,ce qui est courant dans ces années vingt du cinéma,est chargé par le tycoon Damon T.Chance de recueillir les souvenirs d'un vieux chasseur.C'est l'occasion pour Harry d'essayer d'apprivoiser le vieux loup des plaines,Shorty,qui a tout connu de la grande douceur de l'Ouest et des amitiés avec les Indiens.Mais Comme des loups n'est pas un roman de plus, culpabilisant sur le massacre des bisons,des Indiens et de la nation.Cela va infiniment plus loin.Shorty finira par raconter son histoire,rude,douloureuse,presque à son corps défendant. Semblable en cela à bien des combattants il s'est longtemps muré dans le silence.Mais cinquante ans ont passé,le vieux Shorty a vivoté de ses figurations dans cette nouvelle industrie qui s'envole,le cinéma.

    Menant son récit sur deux époques Guy Vanderhaeghe,conteur fabuleux,prolixe et poète,laisse planer un court moment l'ombre de l'immense Griffith.Courbez-vous encore cinéphiles devant ce géant,frère de Hugo, Shakespeare ou Cervantes!Sans lui le cinéma serait encore au berceau et je pèse mes mots.Mais les vrais héros de ce roman restent le vieux chasseur qui se sentira trahi par l'adaptation de ses souvenirs,très vieux débat dont j'ai maintes fois parlé,Harry,Harry le modeste et l'honnête,presque broyé par Hollywood,et le nabab Chance,extraordinaire figure,brutale mais ambigüe,non pas l'archétype du producteur quasi-illettré, mais d'une rare intelligence hélas vouée à une idéologie parfois plus que douteuse qui le conduit plus près de Leni Riefenstahl que d'Upton Sinclair(pour prendre un exemple qu'on redécouvre).Chance a sa vision de l'histoire de l'Ouest,fouillée,en scope si j'ose dire, intéressante mais terriblement inhumaine,puisque qu'il finit par trouver des qualités,pas uniquement cinématographiques,aux rassemblements musclés des nouveaux empires européens,du côté de Rome en attendant mieux.Encore une fois Chance n'est pas un imbécile.Il a énormément lu les journaux intimes des conquérants du Nouveau Monde et retenu une citation essentielle dans sa concision."Aujourd'hui,déterré des pommes de terre.Tué un Indien".Impressionnant,non?

Comme des loups

    Ce livre est l'un des meilleurs que j'aie lus récemment.Ecrit en 96 ,il paraît ou reparaît,me semble-t-il,dans la fertile collection Terres d'Amérique,d'Albin Michel.A lire aussi et je vais me précipiter,La grande traversée.

7 mars 2008

Bon,une biographie

Photo François Bon © F.K.

   Très vite... C'est un vrai livre d'écrivain que nous propose François Bon,livre traversé par Woody Guthrie, Allen Ginsberg ou Arthur Rimbaud,livre qui ne prétend certes pas à l'exhaustivité et heureusement,quoi de plus casse-pieds que l'exhaustivité sur un artiste.Mais Dylan n'est pas homme à se couler dans la première biographie venue,sentencieuse ou académique.Farnçois Bon nous situe son  enfance et son adolescence à Duluth,Minnesota et la musique qui deviendra vite indispensable.Quelquefois l'auteur s'attarde sur une chanson peu connue mais excellente,par exemple Stuck inside of Mobile que je ne connais que depuis relativement peu de temps.Les rencontres qui ont compté pour Dylan,Bon les met en lumière très intelligemment.Même Dylan fut au début une sorte de disciple.Est-il devenu le maître,un peu trop parfois?

   Evidemment je pense qu'un tel ouvrage sera reçu différemment par un trentenaire ou un quinquagénaire. Largement dans la seconde catégorie j'ai été très intéressé par le récit de la fameuse "électrification" de la musique folk et par l'ostracisme dont Dylan fut victime un temps.Tout cela n'a plus cours mais je me souviens bien de l'arrivée de Subterranean homesick blues,succès et de la tornade Like a rolling stone.Mon premier souvenir de Zimmerman est la chanson  N'y pense plus tout est bien,adaptation tout à fait correcte d'Hugues Aufray,qui peu de temps après enregistra tout un album.C'est ainsi que j'ai découvert en français Cauchemar psychomoteur,Hollis Brown,Hattie Carrol.Mr.Tambourine man fut par contre défiguré.Puis pour moi les Byrds allaient faire le reste,Dylan envahir ma vie avec des périodes d'éloignement mais plus rien ne serait comme avant.Artiste que je redécouvre en permanence avec les jeunots du blog(Thom,Duclock et bien d'autres) Bob Dylan est plus qu'une figure majeure de Tin Pan Alley et est rentré en littérature depuis plus de quarante ans.

   Cette étude de François Bon,par ailleurs auteur d'une bio des Stones,donne furieusement envie d'écouter ce que de Dylan on ignorerait encore,c'est à dire dans mon cas pas mal de disques plus tardifs.Et puis m'assaillent les noms d'Al Kooper,Mike Bloomfield, Richard Farina,Robbie Robertson et the Band.Alors des images de galettes noires d'un diamètre d'environ 30 cm tournent en sarabande,étoiles d'une constellation de très haute sphère,nanties de pochettes qu'on voyait de loin même si le visage rude et peu amène de Dylan sur The times they are a changin' ne disait encore trop rien aux amis un peu englués dans la fadeur de Salut les copains.Mais les temps allaient changer,effectivement.Pour l'illustration musicale j'avoue ne pas m'être foulé,vous la connaissez tous.

http://www.youtube.com/watch?v=2-xIulyVsG8

     Crédit photo Francis Kochert auquel je présente à nouveau mes excuses.J'ai trop de respect pour le travail d'autrui..

15 février 2008

Quelques films de Nicholas Ray

      1949,mon maître Humphrey Bogart tourne le deuxième film de Nicholas Ray,Les ruelles du malheur.Le jeune délinquant joué par John Derek,en rupture de société,annonce évidemment La fureur de vivre.Mais le film presque tout en flashbacks est d'une construction que je trouve un peu pesante,ce qui à mon avis l'empêche d'être un grad film-prétoire proche d'Anatomie d'un meurtre,Douze hommes en colère,Le génie du mal.Bogart incarne l'avocat Morton avec ses faiblesses et ses doutes,lui-même issu d'un milieu modeste.Je dirais qu'il est finalement un avatar assez classique de Bogie,l'homme mûr qui s'était "accomodé" du monde dans lequel il vivait et qui retrouve le goût de la lutte.Mais n'st-ce pas le cas de Key Largo,Plus dure sera la chute,et même Casablanca?

     Les ruelles du malheur est aussi un peu l'héritier des Rue sans issue ou Les anges aux figures sales,avec Bogart aussi d'ailleurs mais en gangster d'avant-guerre.Ces films sociaux étaient certes un brin naïfs mais très efficaces,menés par d'excellents Curtiz ou Wyler.La fin des Ruelles du malheur est à cet égard très émouvante encore aujourd'hui.A noter la "finesse" du titre français destiné à faire pleurer dans les chaumières.

     Deux ans avant Nick Ray avait adapté le beau roman d'Edward Anderson Tous des voleurs sous le titre They live by night(Les amants de la nuit).Voir Redécouvrir Anderson .Une histoire de cavale bien sûr,de fuite en avant pour le jeune couple à peine sorti de l'adolescence.Mais Bowie et Keechie ne sont pas Bonnie et Clyde,ni Les tueurs de la lune de miel,plus proches de Romeo et Juliette sur les routes poussiéreuses des années trente dans l'Amérique dépressive.Echec total aus U.S.A. Les amants de la nuit sera repêché par la critique européenne.Annonçant lui aussi une certaine fureur de vivre le héros joué par Farley Granger,est,dès le début étincelant du film,promis au tragique.Contagieux de ce tragique et malgré un très beau mariage de parias,l'une des plus belles scènes de noces que j'aie vues,il contaminera si j'ose dire la toute fraîche Cathy O'Donnell,faisant d'elle une veuve bien précoce.Film noir dont les héros ont presque un visage d'enfant Les amants de la nuit c'est une histoire d'amour que gangsters et policiers sublimeront bien involontairement.

25 janvier 2008

Un si joli village

      Sobre,fauché,épuré,sec et gris Le village des damnés reste un bijou de science-fiction.Six ou septième vision.Et toujours cette sourde inquiétude me prend.Cette campagne anglaise calme et un peu ennuyeuse. La léthargie qui fauche quelques heures de la vie de paisibles citoyens.Et neuf mois plus tard ces enfants...L'ami Fantasio vous dira ce qu'il faut penser du roman que je n'ai jamais lu.Il existe une tradition du film de science-fiction à l'anglaise,moins connue que celle du film dit d'horreur de la Hammer,chère à Terence Fisher et à Dracula.Le cinéma anglais est en verve en cette année 1960.Le voyeur de Powell,obsessionnel et obsédant.Les Jeunes gens en colère,Karel Reisz,Tony Richardson signent respectivement Samedi,soir,dimanche matin et Le cabotin.Losey bien qu'américain est toujours en Angleterre(Les criminels).Comme toute S.F. des années concernées la Guerre Froide plane sur Le villlage des damnés.Qui sont ces enfants aux yeux d'or et au calme inquiétant de surdoué.

     Wolf Rilla,d'origine allemande,réalise un modèle du genre,un film qui n'infantilise pas le spectateur,où un regard,ou quelques pas dans la rue suffisent à nous figer.Le style n'est pas très loin du documentaire et c'est avec peu de moyens mais une force de suggestion rare qu'on se prend à craindre pour l'avenir.Très beau personnage du professeur martyre sous les traits de l'aristocratique et distant George Sanders,ce qui donne encore plus de force au récit.Très fort symbole aussi de la paternité tardive du professeur, mais à quel prix?Quant à réconcilier Fantasio et Oggy sur le remake de Carpenter il vous faudra attendre la semaine prochaine.Encore un mot:je donnerai une conférence sur Children of the damned d'Iron Maiden,prochainement au Collège de France,étant comme chacun sait l'un des meilleurs spécialistes français du hard rock gothique.

18 janvier 2008

La Havane vu par Huston

Les Insurgés - Pedro Armendariz, Jennifer Jones et John Garfield

         Les insurgés de John Huston(1949) est massacré par Tavernier et Coursodon dans leur bible Trente ans (puis cinquante ans de cinéma américain).J'ai rencontré deux fois le grand Bertrand et on sait qu'il aime bien avoir raison.C'est vrai que Les insurgés(We were strangers) n'est pas un film passionnant,certaines séquences sont assez plates et la thématique hustonienne de l'échec,célèbre,n'est pas bien illustrée par le simili happy end.Je n'avais jamais vu ce film peu diffusé.Si vous n'avez qu'une dizaine de Huston à voir, manifestement oubliez-le. Mais je sauverai de cette oeuvre moyenne quelques éléments.

         Le plaisir de retrouver Jennifer Jones,passionaria presque malgré elle de la lutte contre la dictature cubaine, celle des années trente car il y en a eu d'autres.Le visage si intéressant du grand John Garfield, moins pourtant que dans ses deux meilleurs films Sang et or et L'enfer de la corruption.La lutte de ces conjurés est certes assez académique et la photo de La Havane peine à rendre l'oppression totalitaire.Ce pendant j'aime assez voir les oeuvres mineures des grands car une oeuvre cinématographique se nourrit aussi de ces imperfections.Et le grand acteur mexicain Pedro Armendariz en chef de la police secrète ne laisse pas d'inquiéter.

P.S.Un grand merci à la sollicitude de mes amis Duclock et Oggy qui s'inquiétaient déjà pour moi.Sympa!

20 décembre 2007

Woody et ses frères

   Prochainement Le Rêve de Cassandre,something completely different.Très différent le dernier Allen,tous l'ont souligné,certains lui reprochant un peu d'avoir quitté Manhattan et son microcosme où il nage si bien et d'autres lui reprochant au contraire de ne pas l'avoir fait plus tôt(avant Matchpoint et Scoop).J'ai vaguement lu qu'il pourrait s'agir du dernier opus d'une trilogie londonienne avec les deux films précités. Aucun intérêt à mon avis de répertorier ainsi les trois films.Grand intérêt par contre de voir Le Rêve de Cassandre que j'écris avec une majuscule car,je l'ignorais,c'est le nom du bateau restauré par les deux frères,Ewan McGregor et Colin Farrell,nouveaux venus chez Woody Allen.Ils sont remarquables et plus encore Farrell dont je trouve que c'est le meilleur rôle,en modeste ouvrier mécanicien.

   Il me semble que Cassandra's Dream est un film sur la culpabilité,mais aussi sur la poisse,le manque de pot qui colle au destin des deux frangins.Pas mauvais bougres mais entrainés par leur oncle autrement moins hésitant,et par la déchéance et la misère pointant son nez,Ian et Terry vont commettre l'irréparable.Et alors?Alors c'est toute la dernière partie de ce rêve de Californie et de fortune qui tourne au cauchemar.Nous assistons  au trouble qui saisit les frères,puis au remords intenable.Dostoïevski n'est pas si loin et l'on pense un peu à Crime et châtiment.Pour ma part j'ai davantage songé au Prince Michkine, L'Idiot,à travers les affres de Terry(Colin Farrell) et ses "offres" de rachat.Très beau film à mon avis,un peu trop linéaire à mon goût,voire un peu trop littéraire mais je ne vais pas vraiment m'en plaindre.Et belle histoire d'amour fraternel et pourtant...

1 décembre 2007

24 heures de la vie d'une ville

berlin-symphonie

                   Berlin,symphonie d'une grande ville(1927) est un film à part,documentaire avec une star,Berlin, magnifiquement mise en valeur du petit matin laborieux à la nuit dévolue aux théâtres et aux dancings.Maître d'oeuvre,Walther Ruttmann a su imposer un montage d'anthologie,un modèle d'efficacité qui fait encore référence.En vedette principalement les transports en commun,les trains sont filmés de façon sublime et certains plans font songer aux contemporains Metropolis ou  L'Aurore.C'est la curieuse et courte époque,très cinégénique où,dans les grandes capitales,limousines pour nantis voisinent avec les voitures à cheval encore très présentes.Et le télescopage est souvent très réjouissant.

   Symphonie du labeur aussi que ce Berlin e 1927,tant pour les commerçants et les petits métiers des rues que pour les financiers de la Bourse ou les peintres en bâtiment. Engrenages, pelleteuses, taxis, écoliers, policiers.Casse-croûte sur le pouce où déjeûners Unter den Linden pour les plus favorisés,quand l'appétit va tout va.Et passe ainsi la journée d'une grande ville,égrenée de plans sur la grande horloge,,vers la sortie des usines et des bureaux,alors que ne cessent de cracher les chemnées des usines et que le ballet des voitures sous la pluie du crépuscule emmène les noctambules vers les cinémas(plan des pieds de Charlot),les bals d'élégantes et les lendemains qui ne chanteront peut-être pas toujours.Mais ceci est une autre histoire.

    Walther Ruttmann va vite et ses cadrages donnent parfois une impression de vertige.Quand il filme les rails c'est presque une attraction foraine.La suractivité des Berlinois donne-t-elle déjà le sentiment de danser sur un volcan?On peut y penser.Je crois plutôt,qu'à cete mi-distance entre 1918 et 1939 l'homme semblait encore en mesure ce choisir son destin.Berlin,symphonie d'une grande ville est un splendide poème,une très grande oeuvre du muet,guère connue que des cinéphiles,qu'il faut voir pour la richesse du cinéma allemand.Les choix ultérieurs de Walther Ruttmann,il est vrai,seront pour le moins douteux.

21 juin 2007

Un inédit de Fritz Lang

      Comme de coutume la firme Wild Side a bien fait les choses pour la sortie DVD de House by the river(1950) film de Fritz Lang jamais sorti en France.Le disque de compléments nous propose un entretien William Friedkin-Fritz Lang et l'éclairage sur le film de Patrick Brion et Pierre Rissient qui argumentent fort bien de la carrière alors cahotique de Lang en Amérique.Ils insistent aussi sur le rapport freudien de la plupart des films de Lang,allemands ou américains.J'ai déjà eu l'occasion de donner mon sentiment sur cet aspect du cinéma langien dans l'article sur J'ai le droit de vivre il y a quelques mois.Quant à l'entretien avec Friedkin je le trouve peu intéressant même s'il revient très longuement sur le fameux et désormais douteux épisode de son entrevue avec Goebbels et sa fuite le soir même de Berlin.

   House by the river,bâti pour la petite maison Republic est adapté d'un roman de A.P.Herbert.Un écrivain besogneux commet un crime sans vraiment le vouloir.Thème favori de Fritz Lang la culpabilité et le basculement possible à tout moment d'une vie vers le côté obscur(Dark Vador n'est-il pas un des ultimes avatars de Mabuse?).Le meurtrier n'a de cesse de tenter de transférer cette faute sur son frère et entame une déchéance morale qui ne peut conduire qu'à sa perte.On pense à Hitchcock et à ses rideaux ou ses escaliers.On a parfois comme quelques flashes de l'expressionnisme historique disparu depuis 20 ans,surtout la belle façon de filmer l'élément liquide,décidément difficile à apprivoiser comme complice obéissant pour une tâche criminelle(autres exemples Verdoux,L'aurore,Une place au soleil).

   Chez les immenses on sait qu'il n'y a pas de films vraiment mineurs.House by the river commence seulement sa carrière et il y a gros à parier que les les légions de passionnés de Fritz Lang sauront lui faire place en leur cinémathèque.Perversion,innocence bafouée, manipulation, psychanalyse et rapports ténus entre la culpabilié et la créativité,tout y est.

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