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27 août 2022

Sylve

 arbre-monde-1000x750

               Hors-catégorie. Pourtant Richard Powers est immense. Ca, personne ne le contexte. Je l'ai lu à quatre reprises avant ce livre. Ce n'est pas un auteur toujours très facile. Mon favori reste Le temps où nous chantions, si émouvant. J'ai donc tenté d'escalader L'arbre-monde. Ca s'est avéré très riche, très stimulant et ça m'a pris pas mal de temps. Mais ce roman, d'une indéniable grandeur, complexe, lyrique, qui brasse et enchevêtre deux thèmes tellement actuels, le climat et les nouvelles technologies, m'a laissé pantois et sous le choc. N'hésitez pas à entrer dans la forêt Powers. On peut se munir d'un dictionnaire, mieux, d'une encyclopédie botanique car la richesse du vocabulaire se mérite.

                Pat Westerford, une botaniste dont les théories ne plaisent pas à tout le monde, surtout pas à ses pairs, croit avoir découvert le mystère de la communication entre les arbres. Neuf personnes, que Richard Powers nous a longuement présentés dans le chapitre Racines, vont chacun à sa manière s'impliquer dans un combat qui va bien au delà d'une écologie réductrice banale. La narration est multiple, vertigineuse. Je crois que la métaphore musicale est la seule qui permette d'appréhender en partie ce roman. Là où la littérature est souvent musique de chambre les mots de l'écrivain se font symphonie plutôt que concerto. 

                Pas de soliste effectivement dans L'arbre-monde. Le terme roman choral est trop galvaudé. D'une toute autre ampleur, d'un tout autre envol fait preuve ce livre. Et s'il y a concerto c'est non seulement pour les neuf personnages impliqués dans cette reconquête sylvestre mais aussi pour les milliers d'essences menacées sur tous les continents. Et là il me faut insister sur la fabuleuse richesse, inégalée, de la prose de Powers. Les infinies connections entre les arbres, les miracles qui s'accomplissent de la canopée aux racines, la puissance de la régénération des végétaux, et surtout ce quotidien ignoré, méprisé ou massacré,  de la main et de l'esprit de l'homme, nous prend au collet comme un uppercut. Changeons, au moins un peu, s'il en est encore temps.

               L'arbre-monde fera date, si ce n'est dans la littérature, au moins dans la mémoire de quelques humains réveillés. L'espoir, la vérité, le temps même, sont délaissés par les hommes. Si vous plongez dans ce beau roman, peut-être comme moi, vous faudra-t-il brasser rudement pour avancer, vous ravitailler en chemin, quelques précisions arboricoles peuvent être nécessaires. L'arbre-monde n'est pas un tranquille saule larmoyant, ni un chêne indomptable. L'arbre-monde est l'histoire de nos relations avec cet univers tant souterrain qu'aérien. C'est peu dire que l'on ne se relève pas indemne d'un tel voyage. Je n'ai extrait aucune ligne. Elles sont si nombreuses...et somptueuses. 

              Je m'aperçois que je ne suis pas revenu sur la technologie galopante et les tristement célèbres réseaux sociaux, forcément très présents. C'en est effrayant.

 

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Tags: Littérature,  Etats-Unis,  Nature,  Arbres

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5 mai 2021

Fraîcheur d'Islande

Lumière   

                Jon Kalman Stefansson m'avait enthousiasmé avec sa trilogie magique pour laquelle j'ai appris par coeur la phrase Entre cile et terre La tristesse des anges fond sur Le coeur de l'homme. Lumière d'été, puis vient la nuit est antérieur à ces merveilles, pubié en Islande en 2005. Dans un petit village des fjords occidentaux de l'île où la lumière n'est ni fréquente, ni durable, d'où l'admirable titre, huit chapitres ciselés comme un rocher de lave nordique nous installent dans une ambiance à la fois familière et fantasque. Oeuvre chorale s'il en est, une histoire de choeur qui nous immerge dans la vie de tous ces personnages en un village au coeur de ce pays pas comme les autres, seul au monde au grand large atlantique, Lumière d'été, puis vient la nuit nous fait vivre au plus près d'eux, un quotidien d'amitiés et de rivalités, de générosité et de mesquinerie, en un cercle quasi fermé, comme toute vie insulaire. 

                Petit conseil quand on aborde les rivages de la souvent très haute littérature islandaise, notamment pour ce type de portrait de groupe, avec nombre de protagonistes. Les prénoms islandais sont souventparfpois faciles, Elisabeth, Kristin, mais encore plus souvent on a un peu de mal à identifier prénoms masculins et féminins. Notez-les au début. Revenons à nos moutons islandais. Au long de ces huit textes, on ne peut parler de nouvelles, il y a interaction entre certains personnages. Et il émane de ce livre magique une fantaisie drolatique, une poésie surréaliste, des images comme des nuages suspendus dans l'incertain. Je vais donner quelques extraits, je le fais rarement mais c'est si beau. D'autant plus que Stefansson sait faire preuve d'humour.

               Le temps passe et nous traverse, voilà pourquoi nous vieillissons. Dans cent ans nous reposerons au creux de la terre, il ne restera plus que des ossements et peut-être une vis en titane que le dentiste aura mise dans une dent de notre mâchoire supérieure pour que le plombage reste en place. 

                Parlant de l'humanité, Nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis. Nous sommes à la fois le juge, le peloton d'exécution et le prisonnier attaché au poteau. Pourtant nous vivons comme s'il n'y avait rien de plus naturel. En toute absurdité. Nous nous contentons simplement de réfléchir de temps en temps aux évènements irrationnels, aux informations extravagantes, à l'absurdité des circonstances, à la déraison de la vie. Kafka aurait-il pris un vol pour Reikjavik? 

                Et puis je citerai deux titres de chapitres, qui à eux seuls valent qu'on lise ce très bon bouquin. Je suis de ceux qui se pâmeraient pour moins que ça. Les larmes ont la forme d'une barque à rames et On pense à tellement de choses dans une forêt, surtout lorsqu'un fleuve majestueux la traverse. Faire avec JKS le voyage c'est s'imprégner d'une ambiance originale qui permet de ce sortir de de cet été et de ces nuits avec l'impression d'avoir traversé un poème généreux flirtant avec un fantstique léger, un conte où les nombreux personnages ne s'en laissent pas conter et vivent au mieux amours, amitiés, rêves et déceptions. Aidés de musique et d'alcool, personne n'est parfait. 

               Petit vade mecum suite au petit conseil susdit: Kjartan, Kiddi, Aki, Brandur, Gaui, masculins, Sigriour, Asdis, Solrun, Eyglo, Puriour, Gerour, féminins. Mais peut-être suis-je à la limite de la discrimination avec ces références outrageusement genrées. Lisez Jon Kalman Stefansson, magique comme une aurore boréale.

             

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Tags: Nord,  Iles,  Islande,  Stefansson

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13 février 2021

Bleu pâle

Masse  

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                   Le Vallon des Lucioles ne m'a guère passionné. J'ai lu ce livre dans le cadre de Masse Critique de Babelio. Cette opération permet de découvrir des auteurs souvent ignorés. Cette fois la pioche est assez moyenne. D'après une histoire vraie le roman d'Isla Morley  nous emmène au coeur des Appalaches, au Kentucky, à la rencontre d'une étrange famille à la peau teintée de bleu. Un journaliste et un photographe, dans le cadre du New Deal du président Roosevelt, sont en reportage en pleine forêt. Pleins de bonne volonté les deux hommes en arrivent à se quereller sur la façon de rapporter le sujet. C'est qu'entre temps le photographe est tombé amoureux de Jubilee, séduisante fille bleue.

                 Présentée comme un long flash-back qui nous ramène de 1972 à 1937 l'action est concentrée qur les quelques semaines que Havens et Massey passent au sein de la famille tenue à l'écart de la bourgade de Chance, un bled peu suspect de sympathie avec tout étranger ou tout "pas comme nous". L'histoire d'amour est évidemment presque impossible. Isla Morley évoque le rôle de la presse à double tranchant. Question: attirer l'attention sur ces gens ne risque-t-il pas de leur nuire davantage? 

                 Les méchants racistes sont méchants et racistes. C'est souvent le cas dans les romans de la bien-pensance. Si vous cherchez une once d'originalité en littérature, Le Vallon des Lucioles est dispensable. Pour une lecture confortable qui ne risque pas d'interroger, pourquoi pas? Quelques passages surnagent, les relations de Jubilee avec les oiseaux, et puis...et puis...The last blue, titre en V.O. , est assez terne. 

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Tags: Littérature,  Etats-Unis,  Sud,  Racisme

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5 mai 2019

Le palet des glaces

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                               La lecture commune avec Val La jument verte de Val  nous a cette fois entraînés dans l'Ouest Canadien avec l'auteur amérindien Richard Wagamese. J'avais déjà chroniqué très favorablement Les étoiles s'éteignent à l'aube. Saul Indian Horse est très inspiré de la propre vie de l'auteur. Et le livre est très fort, très émouvant, très solide aussi, témoignage de la si difficile existence des Indiens contemporains, en l'occurrence les Ojibwés,  au coeur du Canada moderne. Indian Horse a dès huit ans passé son enfance dans un internat tenu par les Blancs qui se sont efforcés d'effacer en lui toute indianité. Brimades, humiliations, sévices. Seule la découverte du hockey, plutôt réservé d'ailleurs aux non-amérindiens, lui fera entrevoir une issue. Sera-t-elle suffisante?

                              L'histoire, pourtant, ne remonte pas si loin, Richard Wagamese est né en 1955. On mesure l'immense détresse qui fut la sienne mais plus encore son énergie à résister. Peu à peu, alors que le hockey est un jeu de blancs qui exclut les indiens, Saul Indian Horse parvient, dans cet institut brutal et hostile, à trouver dans cet accomplissement sportif plus qu'un exutoire, comme une mission. Mais le pays est rude aux autochtones, plus que l'hiver. On est peu loquace dans Jeu blanc et le peu qu'on y parle concerne le hockey. On finit par trouver la poésie dans ce sport peu calin. C'est l'empreinte des grands (ce que j'appelle le syndrome Jours barbares de William Finnegan, ou Le meilleur de Bernard Malamud sur le surf et le base-ball).

                              Et puis le retour de John Barleycorn, l'ami qui vous veut du mal, l'alcool, symbole si fréquent et fléau universel auquel ont beaucoup sacrifié les habitants des réserves indiennes. Comme Richard Wagamese en parle bien. Sur les horreurs nocturnes de l'institut si bien pensant, l'auteur se fait discret, ce qui n'en atténue pas le traumatisme.

                              C'est drôle comme les serveurs vous invitent toujours à finir votre verre...On boit pour oublier les pensées, l'émotion. L'espoir. On boit pour oublier parce que après toutes les routes qu'on a prises c'est la seule direction qu'on connaisse par coeur. On boit afin de ne plus entendre les voix, ne plus voir les visages, ne plus toucher els choses, ne plus sentir.

                             Quand les Zhaunagush (les Blancs) vinrent, ils amenèrent le cheval avec eux. Notre peuple vit le Cheval comme un Être spécial. Il chercha à apprendre son pouvoir sacré. Monter ces êtres-esprits, pourchasser le vent avec eux, devinrent des signes d’honneur. Mais les Zhaunagush ne virent rien d’autre que du vol dans ce que nous avions fait, que l’attitude d’un peuple inférieur, alors ils nous appelèrent voleurs de chevaux. 

                             Il existe des centaines de livres sur l'infinie douleur amérindienne, et des dizaines d'auteurs. Certains ne sont pas même indiens. Mais souvent talentueux. A ce jour je ne connais pas l'avis de ma complice Val. Gageons qu'elle aura aimé. Avec le titre original Indian Horse je parierais bien que la Jument Verte en aura henni de plaisir.

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Tags: Littérature,  Canada,  Indiens,  Sport

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11 mars 2018

Quand le cinéma donne le la (1)

                              Comme l'an dernier (les couples historiques metteur en scène-actrice) j'ai animé cet hiver un séminaire de sept séances sur Musique et/au cinéma. Je me propose de vous en relater les très grandes lignes en trois épisodes.  Ce premier opus évoquera l'opéra filmé, les grandes scènes d'opéra dans les films, et quelques bio de grands compositeurs. Cela sera très succinct, un ordre d'idées, simplement.

                              Bien sûr les deux superstars de l'opéra au cinéma, Don Giovanni de Losey et La flûte enchantée de Bergman ont  fait partie des oeuvres évoquées. Le premier étant resté dans les mémoires, il connut même un certain succès commercial en France. Daniel Toscan du Plantier n'y fut pas étranger. Le second, moins célébré, nous montre un opéra ludique et parfois presque enfantin, délicieux. Plus rare, j'ai tenu à insister sur la splendide adaptation baroque des Contes d'Hoffmann d'après Offenbach, de Powell et Pressburger, et plus avant encore, le premier (presque) opéra porté au cinéma, pas cher, L'Opéra de quat'sous d'après Brecht et Weil, mis en scène encore assez expressionniste de Pabst.

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                          Un mot sur les "extrêmistes", je n'en ai guère dit plus; Straub et Huillet en 74 pour le Moïse et Aaron de Schoenberg (dodeca, dodeca) et le Parsifal dans le crâne de Wagner (si,si) de Syberberg en 82, d'une modeste durée  de 5h, devant lesquels je me suis prudemment défilé.

                          En deuxième semaine j'ai tenu à revenir au cinéma plus classique en rappelant quelques scènes d'opéra inoubliables dans des films non musicaux. Certains sont célèbres, Cavaleria Rusticana à l'opéra de Palerme dans Le Parrain 3, où les règlements de compte sanglants dans les loges et à la sortie font échos à ces violences familiales si présentes dans l'opéra italien. La très belle ouverture du Senso de Visconti, où Le Trouvère de Verdi à la Fenice de Venise est le théâtre des prémices de la révolte contre l'occupant autrichien. Citons encore Al Capone (De Niro) pleurant d'émotion devant Paillasse tandis que Sean Connery, l'un des Incorruptibles, se traîne sur le sol dans un rouge sang qui n'a plus rien de théâtral. On n'évite pas, vous l'avez remarqué, l'association mafia et bel canto, qui au moins a donné quelques beaux moments de cinéma.

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                         Je crois avoir surpris davantage avec le superbe et hyperbergmanien théâtre de marionnettes jouant La flûte enchantée, présenté à ses hôtes par l'aristo de L'heure du loup. Référence  absolue à l'égard de l'austère enfance de l'ombrageux maître suédois. Et enfin la fabuleuse aventure de Fitzcarraldo, qui commence à l'opéra de Manaus, avec Ernani de Verdi, Amazonie en plein boum caoutchouc, et qui se termine avec cette ahurissante représentation sur un rafiot innommable, près d'Iquitos, Pérou, bien en amont de Manaus, des Puritains de Bellini. Werner Herzog et Klaus Kinski étaient passé par là, ce qui explique bien des folies.

                       Troisième round, quelques biopics de compositeurs, parfois de drôles de trucs. Vous connaissiez, vous, le seul film réalisé par le déjà nommé Kaus Kinski, un parait-il, parce que quasi invisible, exercice d'auto célébration hypernarcissique, halluciné et hallucinant. Le film s'appelle en toute modestie Kinski-Paganini.  C'est le titre. Grandguignolesque. Je passe sur Tino Rossi Franz Schubert dans La belle meunière. Et même sur Mahler et Lisztomania du déraisonnable Ken Russell, qui fut un court temps la coqueluche de certains critiques. Et dont il reste au moins Music Lovers, à mon avis forte et belle histoire de la folie Tchaïkovski, brutale, sauvage et inspirée. Je vous recommande la scène du train où Glenda Jackson...

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                        Plus sage mais ne manquant pas de grandeur Harry Baur et Abel Gance font preuve de pas mal de souffle dans Un grand amour de Beethoven et le romantisme à la française passe (pas assez) dans La Symphonie Fantastique, où Jean-Louis Barrault compose un Berlioz un peu mécanique. Quant au grand Amadeus de Forman j'ai pensé qu'il n'avait pas besoin de moi, décevant quelques auditeurs qui auraient volontiers revu quelques images de ce film qui reste très étonnant.

 

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Tags: Cinéma,  Jazz,  Blues,  Musique classique

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14 mars 2018

In the name of rock/Deborah

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C'était un temps déraisonnable,

Préhistorique en diable

Glam rock était in et j'étais un peu out

Dix-neuf printemps et sans quartier, un mai latin

Une école, près du Luxembourg, fermée de grand matin

Fallait-il que je m'en foute.

Rien d'important

Je m'en moque tout autant

C'était un temps immémorial

T.Rex devint leur nom, éclatant

Et Marc Bolan brilla, impérial

Cela dura, dura...neuf ans

Lovin'you my Deborah

Wah!

   

 

                  

 

 

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Tags: Rock,  Poémiens,  Poésie,  Bolan

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1 avril 2018

Le marque-alpage

Paolo-Cognetti-a-reçu-le-prestigieux-Prix-Strega-léquivalent-de-notre-Goncourt-pour-son-premier-roman-«-Les-huit-montagnes-»

                       Il me semble que Val (8 montagnes – Paolo Cognetti) ne peut pas être d'un avis différent. Tant ce livre, Médicis étranger, du quadragénaire italien Paolo Cognetti est une merveille de finesse, d'émotion et de nature. J'avais déjà beaucoup aimé Le garçon sauvage. Retour dans les Alpes avec Pietro, d'abord enfant sur les traces de son père, fou de montagne (Dino et Mario, Buzzati et Rigoni Stern, sont passés par là, deux de mes plus belles références, mais là je radote), puis à l'âge adulte retrouvant son ami Bruno qui, lui, est resté sur le versant. C'est peu dire que les altitudes, les arbres, la faune, illuminent ce récit qui va au delà de l'initiatique. Cosmique et tellurique l'osmose de ces deux faux jumeaux avec la terre est d'une grande prégnance. Et, si l'histoire est racontée  du point de vue du citadin Pietro, le rebond dans l'univers du montagnard né Bruno est d'une grande force poétique.

                     D'innombrables phrases sont à citer des Huit montagnes, bestaire ou herbier, et les multiples taches d'une vie d'éleveur de montagne.  Là, dans la province presque autonome du Val d'Aoste assez francophone, forêts et glaciers, torrents et bouquetins n'ont bientôt pas plus de secrets pour Pietro le Milanais que pour Bruno le rural. La vie les séparera et Pietro verra bien d'autres montagnes, deux fois plus hautes. Pourtant l'amitié se rit des obstacles et franchit les cols, fussent-ils himalayens. Les deux hommes, à distance de temps et d'espace , ne se quitteront jamais vraiment.

                    Récit à mille lieues de tout bien que la très affairée Milan soit à portée de fusil, Les huit montagnes est une invitation au voyage, de haute volée bien que les altitudes visitées soient relativement modestes. Mais peu de choses vous seront aussi dépaysantes que les travaux de maçonnerie des deux amis et l'élaboration des fromages. Et puis dans ce livre on parle peu de la nature, on la vit. De Bruno à Pietro: "C'est bien un mot de la ville, ça, la nature. Vous en avez une idée si abstraite que même son nom l'est. Nous, ici, on parle de bois, de pré, de torrent, de roche. Autant de choses qu'on peut montrer du doigt. Qu'on peut utiliser. Les choses qu'on ne peut pas utiliser, nous, on ne s'embête pas à leur trouver un nom, parce qu'elles ne servent à rien." La précision peut être imagée, elle n'en reste pas moins efficace. D'autres ont aimé tout autant que nous (tiens, j'ai déjà inclu Val alors que j'ignore sa réaction aux si belles Huit montagnes).

Dominique d' A sauts et gambades   

Krol

Le Bison Le Silence des Cimes 

Big Sur  Les huit montagnes - Paolo Cognetti

 

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Tags: Littérature,  Italie,  Montagne

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21 avril 2018

Le vaisseau des morts

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                            Somme-livre, livre-somme que ce chef d'oeuvre qui nous vient de Serbie. Lourd de 650 pages, A la guerre comme à la guerre est un prodige d'intelligence conté d'une manière chorale qui embrasse le conflit européen puis planétaire depuis le geste du médecin légiste Mehmed Graho constatant la mort de l'archiduc François Ferdinand le lendemain du 28 juin 1914. Sarajevo. Pas moins de soixante-dix-huit personnages, certains fictifs inspirés par des récits d'archives, d'autres réels comme le roi de Serbie, le tsar Nicolas II, Fritz Haber, l'inventeur du gaz moutarde, Hans Dieter Uis, chanteur d'opéra ou encore Mata-Hari,  Cocteau et  Apollinaire. Aleksandar Gatalica qui se fait tour à tour historien et maître de chœur enchaîne morceaux de vie et faits historiques. Nous assistons à la fin de la Belle Epoque et à la naissance d'un monde scientifique et planificateur. Roman choral d'un genre inédit qui mêle chroniques, anecdotes, témoignages, ce livre restitue les quatre ans de la Grande Guerre par une multitude de points de vue et de vécus. On craint le fourre-tout un peu indigeste, l'éparpillement de surface. On a affaire à un récit rigoureux dans sa pluralité. Que j'ai trouvé prodigieux et passionnant comme un film d'aventures réussi.

                             Le destin de chacun nous apparait dans toute sa violence, souvent grotesque, parfois grandiose. Un officier serbe, un ténor allemand, un épicier turc, un typographe français, tous comptent autant, pour beaucoup dans cette fresque, et très peu sur le plan de l'Histoire. Silhouettes balayées par les tourments-tournants, chamarrées de grand-croix de ceci ou de cela, ou vêtues d'un tablier de bistrotier. Un égale un dans cette extraordinaire mêlée. A la guerre comme à la guerre fera date dans mes lectures, un peu plus à même de saisir Ce conflit dont on a déjà tant discouru.

                             Comme un metteur en scène d'opéra Aleksandar Gatalica place ses banderilles et ses pépites très astucieusement, comme dans un art feuilletonnesque, grand compliment. Paris, Istamboul, Belgrade, Petrograd. Quelques cailloux fantastiques agrémentent si j'ose dire ces quatre années et demi de feu et d'acier. Un miroir soi-disant protecteur, des poches qui se décousent et d'où la vie s'échappe., des montres à gousset qui s'arrêtent, condamnant les quatre lieutenants qui les portaient. Et d'autres surprises constellent cet objet littéraire de toute beauté, qui doit à Dumas et à Borges, et qui nous entraîne dans une euro-sarabande, nous laissant un peu exténués mais comblés. Mon personnage préféré? La grippe espagnole qui finit par mettre tout le monde d'accord... Mais mention spéciale à Raspoutine que Gatalica fait assassiner à quatre reprises. En réalité je crois qu'il n'a été tué que trois fois. Ces écrivains hors du commun, faut toujours qu'il en rajoutent.

  

 

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Tags: Guerre,  Histoire,  Yougoslavie,  Serbie

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3 janvier 2018

Boulette

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                            Animant en janvier et février un séminaire (ça fait sérieux) sur différents aspects de la musique au cinéma j'ai en bon béotien voulu me documenter sur le sujet. En clair j'ai essayé comme tout un chacun de pomper consciencieusement les travaux d'autrui, autrui qui lui-même avait puisé etc... Du moins je m'imagine autrui ainsi. Revenons à nos moutons. Il ne m'a pas coûté cher. Il m'a coûté trop cher. Pardon à Madame Cristina Cano, universitaire dans la prestigieuse Bologne que j'ai fréquentée l'an dernier. C'est Bologne que j'ai fréquentée, pas Madame Cristina. Signora, scusami. Nanti de ce précieux viatique je m'apprêtai (moi, je suis pro-passé simple)  à proposer une session d'anthologie qui ferait se pâmer d'admiration mes auditrices, car j'ai surtout des auditrices, si. Je dus déchanter car j'avais oublié l'essentiel.

                           Coming out. Voilà, j'avoue. Je ne sais pas lire l'universitaire. Le chapitre Les structures discursives: la modalité symbolique dans les processus de signification en musique a déjà calmé mon ardeur. Le chapitre La macro-fonction motrice affective m'a presque anéanti bien que son sous-chapitre Le fonctionnement  pragmatique, la fonction d'induction sensori-motrice, le corps et l'inconscient personnel ait été d'un lyrisme à couper le souffle.

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                           Deux chapitres particuliers allaient me permettre de me refaire. Dans celui sur Woody Allen me fut confirmé que Si l'isotopie est un ensemble de catégories sémantiques qui permet la lecture uniforme du texte musical, la narration de la rencontre et du souvenir amoureux peut être décrite, sur le plan du contenu, grâce à l'isotopie sémantique tristesse/ crescendo/ tristesse, à partir de l'observation de configurations de caractère syntagmatique. Quel farceur ce Woody. Dans celui sur  Fantasia de Disney je n'appris rien, sachant depuis belle lurette La séduction synesthésique, où s'accomplit le processus objectif d'une mutation radicale du langage musical et pictural, et qui s'étend avec une froide synchronie de Vienne à Moscou.

                         Si vous avez lu mon billet entier sachez que déjà vous avez fait un bel effort, et que je n'en ai pas lu davantage. Enfin si un lecteur adepte de Sacher-Masoch en version littéraire désirait ardemment cet ouvrage je me ferais un plaisir de lui envoyer bien vite. J'avais d'abord pensé l'abandonner dans un jardin public comme je le fais parfois mais aucun banc ni aucun promeneur ne méritent une telle punition. Pourtant la photo de couverture est tirée d'un des plus beaux films de l'histoire du cinéma.

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Tags: Cinéma,  Jazz,  Musique classique,  Humour

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20 décembre 2017

Voyage ultime

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                                Dans la bien belle vague des écrivains indiens il en est qui ne sont pas étatsuniens. Richard Wagamese, disparu au printemps dernier, originaire de l'Ontario, est donc un Canadien de la nation Ojibwé. J'ai beaucoup lu les  textes de ces auteurs amérindiens, Welch, Owens, Treuer, Alexie. Medicine Walk, titre original du présent ouvrage est vraisemblablement l'un des meilleurs. Non que la trame en soit tout à fait originale, tournant toujours autour de l'identité de ces déracinés dans leur propre pays. Franklin Starlight, seize ans, est appelé au chevet de on père Eldon qu'il connait à peine. Ce père est très malade, les années d'alcoolisme, de violence et de dépression. Tous  deux vont alors entreprender un dernier voyage, préfunéraire en quelques sorte, un grand classique des la tradition indienne. Les étoiles s'éteignent à l'aube, je n'aime pas trop le titre français grandiloquent, conte ce  dernier périple au coeur de la Colombie Britannique. Plusieurs retours sur le passé d'Eldon, sa mère, la Corée, le si difficile retour au civil. En finira-t-on jamais avec l'héritage de la conquête?

                              Voilà un magnifique roman, très fouilllé, qui interroge aussi bien la prodigieuse nature ouest-américaine que la douloureuse histoire de la nation Ojibwé. Eldon et Franklin vont très lentement, pourtant ils disposent de peu de temps, s'apprivoiser ou plus modestement faire un peu connaissance. "Je viens pour avoir un peu de paix ici, Frank. Ici c'est le seul endroit où j'ai l'impression d'être chez moi, comme s'il était fait pour moi, où j'ai jamais fait de conneries. J'ai pas pu penser à un meilleur endroit pour mourir." C'est magnifique et l'on partage les tourments du père comme du fils, tous deux victimes tardives de l'histoire. J'ai aimé la partie de pêche à la truite, une des rares rencontres père fils avant la dernière. Aimé aussi l'importance des herbes, des plantes médicinales, les gestes du travail à la ferme de Franklin chez le vieil homme qui l'a recueilli.

                             On respire les senteurs du Grand Ouest, harassé de courbatures suite au travail de flottage des troncs. Sellez votre vieille mule et suivez discrètement Franklin cheminant près de la vieille jument sur laquelle est attaché son père Eldon, vacillant, en sursis. Il doit tenir bon jusque là-haut.

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Tags: Littérature,  Canada,  Guerre,  Indiens

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8 novembre 2017

Une île

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                                 Vent du large au CinéQuai le lundi 6 novembre à 20h. Mais vent contrarié avec le très beau document de Loïc Jourdain Des lois et des hommes, couronné de plusieurs prix dans les nombreux festivals du réel. Loïc Jourdain vit la moitié de l'année dans le nord de l'Irlande et a tourné une dizaine de documents sur la vie là-bas, ou plutôt là-haut. Le travail sur Des lois et des hommes a duré près de huit ans. Tout cela pour ramener à 1h40 près de 500 heures de tournage. Résultat, le portrait de John O'Brien, pêcheur du Donegal, enraciné comme le whiskey dans la tourbe, irlandissime comme son nom l'indique et comme c'est pas permis, combattant sans trêve pour maintenir l'activité artisanale dans cette zone d'extrême Europe. Mais le film va bien au delà de la lutte de la minuscule île d'Inishbofin contre les lobbys industriels.

                            Car voilà, l'autre vedette de ce film est le Parlement Européen et Loïc Jourdain nous le présente bien loin des clichés habituels de bureaucratie et d'opacité. Il faut voir John O'Brien faire valoir ses arguments jusque dans les couloirs bruxellois et y trouver certaines oreilles attentives. Salutaire, non?

                            Ce que vous venez de lire est l'appel lancé aux spectateurs de venir un lundi soir, le premier soir de cette saison où il fallut la raclette sur le pare-brise, pour voir un très discret document sur un îlot perdu au nord-ouest du nord-ouest européen. Pas de quoi quitter son home, sweet home (pas toujours si sweet que ça) pour se coltiner 1h40 d'un doc en gaélique sur le rocher d'Inishbofin où les marins pêcheurs ont fait la gueule et se  sont battus huit ans, de 2006 à 2014, sous le futile prétexte qu'on les empêchait de pêcher. Sont susceptibles ces Irlandais.

                            Trèfle (Irish oblige) de plaisanterie, ils sont venus les spectateurs. Pas autant qu'à l'Aviva Stadium, Lansdowne Road, Dublin pour Irlande-France, mais ils sont venus. Et même, ça leur a plu, ce cinéma  à hauteur d'homme où le principal protagoniste n'a pas eu besoin des maquilleurs pour le vieillir de huit ans, ce qui nous change un peu des fictions. Oui, Des lois et des hommes a été apprécié et les échanges, terme que je préfère à débat, ont été très enrichissants. J'avais choisi ce film, vous connaissez mon erinesque passion, mais j'avais un tout petit peu planché sur le fonctionnement de l'Europe, que l'on connait si mal. Europe, not so bad. En gaélique je m'abstiendrai. Mais je remercie les fidèles de notre CinéQuai et sa directrice pour avoir permis de faire connaître un peu un tel film.

                            Retour à la fiction internationale prochainement avec deux films, hongrois et algérien. Côté partie de pêche dramatique, deux chefs d'oeuvre historiques oscillant entre le document et le fictionnel demeurent inoubliables, La terre tremble de Visconti et L'homme d'Aran de Flaherty. J'oubliais, ils sont en noir et blanc.

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Tags: Cinéma,  Irlande,  Iles,  Europe

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7 septembre 2017

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab

Poésie du jeudi

                                Belle semaine puisque je retrouve la Poésie, Asphodèle et tous les rimailleurs qui bien souvent m'enchantent. Comme vous le savez , muses m'ont boudé. Alors j'ai essayé, comme un enfant sans nurse. J'ai bien un peu triché, mais suis resté dans le rythme du haïku 5-7-5. Merci Isabelle, d'un merci qui restera toujours en deça de ce que je voudrais dire. J'ai appelé ça...

Dérober

Ca brasse du vide

Ca veut pas vraiment fuser

Trouver quelque chose?

Quelque chose à dire

Tenant vaguement debout

Si possible drôle

Romanesque, presque

A la rigueur, du burlesque

Qui prête à sourire

Bannir l'incurie

Qui m'occulte les neurones,

Inapte au défi,

Comme à la bonace,

Pire encore, à la ramasse

Plume racornie

Lac inanimé

Inconsolé, morne oiseau

Vallon sans dormeur

Albatros pataud

Pathos d'un loup moribond

Feuilles au tournis

Tous l'ont déjà dit

Soyez maudits vils poètes

Que suis-je sans vous?

Pillard ça et là

N'ai-je  fait que dérober

Vous, Prométhéens?

 

 

 

 

 

 

 

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Tags: Poémiens,  Poésie,  Humour,  Ecriture

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2 juin 2017

West Coast Promotion

Un verre

                               Roman posthume de Don Carpenter, écrivain que l'on redécouvre ici, 10-18 en soit remerciée, Un dernier verre au bar sans nom est mon quatrième livre de cet auteur. J'ai chroniqué ces trois autres romans. Avec beaucoup d'enthousiasme La promo 49, avec ennui Deux comédiens, avec intérêt mitigé Sale temps pour les braves. Mais ce dernier verre m'a régalé. Je pense au Bison qui devrait apprécier ce tableau de groupe de la Côte Ouest, une douzaine d'années fin fifties début sixties. Don Carpenter arrive après la génération beat, Kerouac, Burroughs, Ginsberg. Il n'est pas un écrivain de la route, plus proche de Richard Brautigan. Comme beaucoup Carpenter a cafouillé un peu du côté d'Hollywood sans laisser beaucoup de traces.

                              Dans Fridays at Enrico's (en V.O.) il nous immerge dans la vie littéraire et libertaire de cette bohème californienne des années soixante juste avant l'explosion flower. Un couple, Jaime et Charlie, tous deux écrivains, Jaime plus douée que Charlie, entre succès d'édition et impuissance créatrice.  Tout ce bobo monde est remarquablement bien campé par Carpenter qui connait le sujet. Et puis il y les autres, les amis, souvent rivaux, Dick, Stan, parfois passés par la case prison, toujours par l'inévitable et si conformiste case paradis artificiels, ça  me fatigue ça. Certains feront même fortune, piscine et "parties", en quête de ce qui pourrait ressembler au bonheur. Cette "pursuit of happiness" se révèle la plupart du temps "so vain". Je sais, j'ai truffé de mots anglais mais honnêtement ce livre est tellement  West Coast... (tiens, je recommence).

                            C'est donc une formidable balade dans cet univers de marginaux parfaitement snobs, n'ayant pas peur des contradictions, mal à l'aise dans le milieu mais crachant rarement sur les royalties. C'est aussi un roman écrit par un Carpenter malade et déprimé qui, on le sait, rejoindra son vieux pote Brautigan dans l'ultime nuit volontaire. Le plus difficile dans ce beau roman est de ne pas s'effondrer de nostalgie, de ne pas céder aux sirènes du Pacifique et du c'était mieux avant. Et puis après tout on s'en fout. Ce texte est souvent très fort et on les aime ces semi-losers qui ont été là, sur Laurel Canyon, finalement au bon endroit au bon moment. Je vous conseille d'y faire un tour. Moi, j'ai aimé, bien que ma West Coast à moi soit plutôt seventies et se réfère surtout aux musiciens. 

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Tags: Littérature,  Etats-Unis,  Ouest,  Californie

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7 mars 2017

Jackie and Chet

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                               C'est Jackie qui ouvrait le bal ce lundi 27 février, le film du Chilien Pablo Larrain (Neruda il y a peu) présenté par l'ami Philippe. Consacré uniquement à quelques jours de la vie de Jacqueline Kennedy après l'attentat de Dallas (1963) le film s'ouvre sur l'entretien d'un journaliste de Life avec la Première Dame. Qu'on ne s'y trompe pas, on ne sera pas dans la chronique d'un deuil en très haut lieu, à lire dans la salle d'attente du gynécologue. J'ai volontairement cité cette spécialité tant le propos aurait pu être typique d'un magazine féminin de ces années là. Bien sûr la garde-robe est réussie et la Maison-Blanche... blanche. Mais Jackie est un film vraiment intéressant, traquant au plus près l'après drame, cathodique pour la première fois.

                                Au fil de ces quelques heures le statut de Jackie pourrait très vite changer tant la Roche Tarpéienne est près du Capitole. Cette fragilité se juge à l'aune du pouvoir médiatique américain, omniprésent comme jamais avant ces années soixante. On sait maintenant ce qu'il peut en être, non bien sûr de l'assassinat de JFK, mais des risques induits par la spectacularisation de la politique. Le débat fut de bonne tenue à mon avis, entre les anciens, dont hélas je suis, qui ont connu l'évènement et savent tous précisément comment ils l'ont appris, et les plus jeunes qui n'ont jamais eu l'occasion de pratiquer le culte Kennedy, dont on sait maintenant qu'il était pour le moins excessif. Les icônes ont en effet tombées, après les hommes de chair et de sang. Et l'on sait tous le côté moins éclairé de cette monarchie à l'américaine, cette famille royale made in USA. Moins éclairé constituant une litote.

                               Une  excellente soirée où le public évoqua tour à tour le rôle assez odieux du père, Joseph Kennedy, les troubles relations de la famille, les addictions du président, l'incontournable J. Edgar Hoover, et la mort l'année précédente de Marilyn. Nous n'avons pas tout résolu. Mais Princeecrannoir et Sentinelle ont vu Jackie avant moi et vous en parlent fort bien ici  et  là.

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                               Pour Chet Baker, que je présentais avec un jazzeux du coin qui à l'habitude de conter l'histoire du jazz, le public était un peu différent de nos lundis usuels. Les fans de jazz, qui ne sont pas tous cinémanes, avaient grossi les troupes. Là,il me faut faire très attention. Je sais que notre ami Le Bison veille et qu'il ne plaisante pas avec le Chet. Born to be blue, premier film du Canadien Robert Budreau évoque quelques années de la vie du célébrissime trompettiste et chanteur, au moment de l'agression qui devait le briser pour pas mal de temps. Bon, y avait d'autres choses pour le briser tant Baker est l'archétype du surdoué, ange déchu, ravagé, flambeur, génial bien sûr mais irresponsable et naïf en même temps. Et, osons le dire, pas très futé le gars. On s'en balance d'ailleurs, l'intérêt de cet homme étant de l'entendre, ce qui devrait aller de soi s'agissant d'un musicien.

                               Born to be blue souffre comme tout biopic, ou biopic partiel, dirais-je, d'approximations avec la vérité ou la chronologie. Le cinéma suppose ses artifices et un sens du condensé inévitable. Notre ami spécialiste l'a clairement expliqué sans tomber dans l'intransigeance. Bien sûr Born to be blue n'est pas un document musical mais ne se présente d'ailleurs pas comme tel. Les flashbacks en noir et blanc, plastiquement réussis, ne s'intègrent pas très naturellement et je trouve que les inévitables scènes intimes entre Chet et Jane alourdissent le rythme du film mais le cinéma ne sait plus s'alléger de ces conventions. L'opposition musicale et culturelle Côte Ouest et Côte Est est bien ressentie mais Budreau abuse plusieurs fois de couchants sur Pacifique bien anodins. L'arrogance d'un Miles Davis par exemple, sa morgue nous paraissent exagérés. Pas tellement nous a confirmé notre interlocuteur, les musiciens ne s'étant pas  si souvent croisés.

                               Au crédit du film un retour de Chet dans sa famille et une belle scène de difficiles retrouvailles avec son père, modeste paysan de l'Oklahoma, effaré de la vie de son fils, et de sa dépendance ultime particulièrement gratinée. Parlons-en un peu, de la drogue, compagne fidèle et encombrante, moi, je dirais insupportable. Hello fear! Hello death! La vraie muse? On n'ose pas tant que ça dans un débat aborder le sujet. Le public a été très actif et les questions intéressantes, certains très familiers de l'univers de Chet Baker. Tout ne m'a pas plu dans les réactions et c'est bien ainsi. J'eusse aimé qu'on nous fasse grace de l'enfance difficile de l'artiste (sans plus je crois) et de la souffrance , mais alors "rien que de la souffrance" (je cite) du toxico. Un peu court, un peu facile. Mais il reste un film de qualité, encore trop peu en musique à mon sens, une porte ouverte pour en écouter davantage. Ethan Hawke plutôt bon, il chante lui-même, plutôt bien. Ecoutez le Chet, sa musique étant infiniment plus belle et plus passionnante que l'homme. Tiens pour la peine voir ci dessous. Ou plus exactement entendre ci dessous.

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Tags: Etats-Unis,  Jazz,  Canada,  Histoire

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11 décembre 2016

La machine infernale

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                                 C'est Dermot Bolger qui parle de machine infernale à propos des années du Tigre Celtique, où les Irlandais se sont crus les maîtres du monde. Ensemble séparés ce n'est pas l'Irlande des pubs et des banjos et du rugby même si l'on y boit pas mal. L'auteur y démontre les mécanismes du profit de ces quelques mois où Erin s'est prise pour Wall Street et Las Vegas en même temps. Soit deux couples à Dublin, des voisins, Chris et Alice, remise mentement d'un grave accident, Ronan et Kim, sa seconde épouse jeune et philippine. 2007, selon un processus que je n'ai pas très bien compris, étant une buse en économie, les deux hommes tentent de s'enrichir dans l'immobilier. En ce temps là en quelques semaines se bâtissaient des fortunes sur les rives de ma chère Liffey. Voisins, amis, rivaux, ennemis, Chris et Ronan sont tout cela à la fois. C'est l'un des atouts de ce très bon roman de suivre ce rapport entre deux hommes qui ne se sont jamais vraiment quittés.

                               Tanglewood (titre original) est passionnant bien  qu'un peu laborieux dans le premier tiers, avec ses précisions sur la situation financière de l'ancienne lanterne rouge de l'Europe, promue du jour au lendemain tête d'affiche. Mais après quel régal. Dermot Bolger brasse avec bonheur les intimités des deux couples, et les brutalités sociales qui voient s'opposer winners et losers, les winners d'un soir ruinables dès la semaine suivante. Et le romancier dépeint aussi sans démagogie ni misérabilisme cette population ex-yougoslave qui trime sur les chantiers de la nouvelle Irlande, et notamment dans le jardin commun de Chris et Ronan. Vers la fin du livre Bolger revient sur la Yougoslavie post-Tito et les guerres fratricides qui jetèrent sur les routes de l'exil tant d'amis ayant choisi des camps différents, emportant à l'Ouest, par exemple à Dublin, rudes souvenirs et lourdes rancoeurs.

                             Je suis admiratif de tant de livres irlandais que je vais me répéter. Quatre millions d'Irlandais et de si beaux textes. A croire que famine, omniprésence d'un catholicisme longtemps terrible, encombrant voisinage britannique, violences civiles un siècle durant, et pubs embierrés forment pour la littérature un coktail idéal. Je pense souvent ça aussi pour Israel et l'Afrique du Sud. Les deux titres, c'est assez exceptionnel, sont très beaux. Tanglewood insistant sur le côté embrouillé, tangle, de cette spéculation immobilière. Et Ensemble séparés pour la complexité et l'imbroglio qui enrichirent certains et ruinèrent d'autres, ou parfois les mêmes. Bref je vous invite, mitoyens que vous serez chez Chris et Ronan pendant 366 pages, à partager ce très beau roman qui en dit long sur l'Irlande, sur quelques Irlandais, sur les hommes en général et sur notre siècle compliqué où éclatent parfois des bulles meurtrières à leur façon.

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Tags: Littérature,  Irlande,  Dublin,  Yougoslavie

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17 janvier 2017

Ma BD de l'année, roots and blues

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                               Le Bison m'a coûté 17 euros avec sa chronique. Je ne lui en veux pas car ce road-movie dans le Sud américain années trente m'a presque comblé. Deux auteurs espagnols, Angux et Tamarit, brodent une belle variation sur la fameuse légende du bluesman Robert Johnson (1911-1938, 29 titres gravés en tout et pour tout) qui aurait vendu son âme au diable. Ce mythe, célébrissime chez les blues addicts, est si beau qu'on l'imprime (je vous refais pas le coup de John Ford, Liberty Valance, célébrissime chez les western addicts) dans sa mémoire comme un grand moment de l'histoire de la musique et de l'Amérique. Mais les deux auteurs démultiplient habilement ce fameux pacte avec le diable. Attention à n'en pas trop dire.

                              Avery et sa guitare, quelque part dans le Mississippi, après une curieuse rencontre que vous imaginez, se trouvent sur les routes avec Johnny, gamin qui lui a emprunté sa guitare. Sur ces mêmes routes couleur poussière et whisky (citation Le Bison) on essaie de sauter dans un train de marchandises, on croise des cavaliers avec un drap sur la tête et qui n'ont pas l'air de nous vouloir du bien, on voit aux branches des Strange Fruits comme le chantera Billie, on apprend l'alcool et la promiscuité. Mais surtout on apprend le Blues, majuscules s'il vous plait. Des surprises attendent le lecteur dans cette aventure on the road again que je vous laisse découvrir.

                             Et comme tout bon blues se doit de se fendre d'une note un peu plus criarde, voire fausse, surtout d'ailleurs quand c'est moi qui joue (là on parle de canards), je me fendrai aussi d'une légère frustration. Pas assez à mon gré de scènes musicales proprement dites. A propos de canards, dans Avery's Blues, les corbeaux sont très nombreux et très bien et très noirs, surtout sur Crossroad. Allez Le Bison, courage, voir plus bas si vraiment tu y tiens pour un massacre en règle, celui de Love in vain.

.

                              

 

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Tags: Etats-Unis,  Blues,  Guitare,  B.D.

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21 janvier 2017

L'Ecrivraquier/10/ La lecture de trop*

L'Ecrivraquier 

                                Giovanni est assis sur le lit dans cette chambre d'auberge, là dans la vallée qui s'ouvre vers les villes. Les oliviers renaissent de leur hiver semi-montagnard. Son prénom lui pèse, au lieutenant, à l'ancien lieutenant. Que reste-t-il de Giovanni rejoignant à cheval la citadelle? Plusieurs barettes tapissent maintenant les épaulettes de son ultime uniforme. C'est le dernier et Giovanni sait qu'il devra le remiser dans l'armoire de la maison de famille qui l'attend près de Parme, froide et vierge de cris d'enfants et comme dévitalisée. Il la rejoindra, officier désormais comme en disponibilité. C'est d'ailleurs le terme officiel sur les documents d'identité, pour solde de tout compte. Le voyage cahotant de la diligence l'a fatigué et le miroir tacheté dans cette pièce sans âme lui rejette un visage aux traits prononcés, et des filets entiers de cheveux jonchent son écharpe marron. Il repense aux chevaux qu'il a tant aimés, les siens et les autres, les sauvages en lisière du désert, dont la blancheur dans l'aube dolomitique irradiait les hivers tout de rigueurs, climatique et disciplinaire. Linaria, pour qui battait alors son sang, a quitté depuis longtemps la province. Vit-elle seulement quelque part? Ou a-t-elle rejoint d'autres cortèges, qui ne sont ni d'escadrons triomphants, ni d'oriflammes claquant? Giovanni n'a pas envie de  descendre dîner. Son oeil droit ne cesse guère de sautiller et le voile de ces derniers mois n'a fait que s'épaissir. Il lui arrive rarement désormais de songer à ses supérieurs, morts pour la plupart, et allongés du sud au nord de ce long pays douloureux. Vieillards souffreteux et acerbes, il doit bien en rester quelques-uns. Comme tout cela s'est éloigné aujourd'hui. Giovanni n'a plus ni ordre à exécuter ni décision à prendre. Giovanni craint le moindre bruit dans cette bâtisse sinistre où il paraît bien seul. Assez vite il comprend qu'il n'est pas si seul. Il ne lui reste qu'à attendre. Et Giovanni songe, mieux, Giovanni souhaite ne pas attendre longtemps.

* Chemin faisant je mesure ma gratitude à D.B. Et un peu de rancune aussi pour l'influence de Giovanni sur le fil de mes jours.

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Tags: Littérature,  Italie,  Buzzati,  Ecriture

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17 novembre 2016

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab, vraiment pas tout seul

Poésie du jeudi

Ecriture

Quitter la table

L'avalanche nous l'a brisé

Il était notre homme

Plus noir, plus noir, disait-il hier encore

Pas une façon de dire au revoir

A elles toutes,les Dames de Minuit,

De l'Hiver, de la Solitude 

Nous demeurons nombreux

Mais chacun, seul, un oiseau sur le fil

A qui le tour, par l'eau, par le feu?

Nous l'avons tant chanté

La chanson de l'étranger

La chanson du maître

Boogie Street, les soeurs de la Miséricorde

Il fut l'homme de l'an dernier

Il y a si longtemps de ça, Nancy

Chelsea Hotel tremble sous les ombres

Eternal Ladies, Janis, Nico, Patti

J'y étais un peu

J'y reviens, d'abord, reprendre Manhattan

Tout le monde le sait

L'amour nous appelle par notre nom

Commençons de rire et de pleurer

L'adieu à Marianne

Et à l'inoubliable dont un soleil miel

Ruisselait sur Notre Dame du Port

Parmi les ordures et les fleurs

Nous avons vu le futur

Il est meurtre.

                   Vous aurez compris que bien peu de choses dans ce texte sont vraiment de moi.

 

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Tags: Poémiens,  Poésie,  Ecriture,  Cohen

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30 septembre 2016

Les mimosas de la discorde

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                                 Mimosas, la voie de l'Atlas, il me faut l'avouer, n'a guère convaincu les spectateurs assez nombreux, de ce lundi cinéma. Un peu sévères, la plupart ont pointé du doigt un certain ennui qui accompagne ce road-movie sans road à travers la montagne du Haut-Atlas marocain. Récit autour de trois personnages qui convoient le corps d'un vieux cheik vers Sijilmassa, lieu souhaité de sa sépulture. Cette cité existe-t-elle vraiment? On se prend très vite à en douter. La question alors m'a a fait penser à ces immenses romans de l'attente, Le rivage ou Le désert, des Syrtes ou des Tartares. J'ai évoqué ce cousinage en début de discussion mais il semble que peu de gens y aient été sensibles. Soyons clairs, le film n'a ce soir pas trouvé beaucoup d'échos favorables. J'arguerai quelques mots pour sa défense en conclusion mais je me suis senti un peu seul.

                                On a trouvé le film mal fichu, et la dualité du voyage entre l'épique et le mystique a paru artificielle.  Deux petits voyous qui n'ont de cesse de détrousser les voyageurs, et une sorte de feu follet, un peu simple, un peu lutin, entre Quichotte et Mychkine et une certaine évolution lors du périple. Les deux voleurs, pourtant attachants, dans ce qui m'apparait être aussi un conte oriental, ont peiné à rendre le côté picaresque de l'aventure, revendiqué par le metteur en scène franco-espagnol Oliver Laxe dans ses entretiens.  Quant à Shakib, simple d'esprit, sage, innocent, il n'a pas davantage trouvé grace. Un univers parallèle, celui des taxis orange, au début et à la fin, et que j'ai aimé, a l'air un peu surréaliste, fantasmatique, fantômatique, et surtout interprétable à l'envi, mais aussi pour certains à l'ennui.

                               Il fallait laisser rationnalité et raisonnable au départ de la caravane et accepter l'inconfort du voyage. Je l'ai fait en partie, peut-être aidé par nombre de références, Shakib m'évoquant par instants les Onze fioretti de François d'Assise de Rossellini, la montagne-matière m'évoquant les vertiges de Werner Herzog, la quête d'un groupe qui se délite m'évoquant parfois certains plans de John Ford. Tout cela en un peu mineur quand même. Pourquoi pas, oui? Ce soir là ce fut plutôt non. Le titre Mimosas, à lui seul, est incompréhensible, c'est vrai. Les distributeurs l'ont donc complété par La voie de l'Atlas, ce qui permet de savoir, au moins où l'on est. 

                                 

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Tags: Cinéma,  Maroc,  Route,  Religion

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3 novembre 2016

La poésie du jeudi, Alfred de Musset

Poésie du jeudi

                                C'est une délicieuse quête de s'en aller à la recherche d'un poème bimensuel. Bien souvent Maître Hasard guide mes pas. Ainsi vagabondais-je, encore un peu italien, sur les traces de quelque transalpin taquinant la muse. Tiens l'Alfred, que je n'avais guère fréquenté depuis des lustres passait par là, causant d'Italie avec son frangin. Hop là! Je leur emboîtai le pas. Mais le poème était un peu long et je décidai de trier un peu, d'élaguer quelques branches. Finalmente je n'eus pas le cran d'éliminer Ferrare ni Florence (ça on s'en serait douté), mais pas plus Milan, Ravenne, Padoue, Gênes, Venise, Syracuse... C'est ainsi que, mais c'est comme toujours la faute de notre si chère Asphodèle, vous serez amenés, enfin si vous le voulez, à lire dans l'intégralité A mon frère revenant d'Italie, sublime poème d'amour pour un pays, d'un des célèbres Enfants du Siècle avant-dernier. J'en aime les mots et j'en aime le rythme.

 

A mon frère revenant d'Italie

 

Ainsi mon cher tu t'en reviens

Du pays dont je me souviens

Comme d'un rêve 

De ces beaux lieux où l’oranger

Naquit pour nous dédommager

Du péché d’Ève.

 

Tu l’as vu, ce ciel enchanté

Qui montre avec tant de clarté

Le grand mystère ;

Si pur, qu’un soupir monte à Dieu

Plus librement qu’en aucun lieu

Qui soit sur terre.

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Tu les as vus, les vieux manoirs

De cette ville aux palais noirs

Qui fut Florence,

Plus ennuyeuse que Milan

Où, du moins, quatre ou cinq fois l’an,

Cerrito danse.

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Tu l’as vue, assise dans l’eau,

Portant gaiement son mezzaro,

La belle Gênes,

Le visage peint, l’oeil brillant,

Qui babille et joue en riant

Avec ses chaînes.

 

Tu l’as vu, cet antique port,

Où, dans son grand langage mort,

Le flot murmure,

Où Stendhal, cet esprit charmant,

Remplissait si dévotement

Sa sinécure.

 

Tu l’as vu, ce fantôme altier

Qui jadis eut le monde entier

Sous son empire.

César dans sa pourpre est tombé :

Dans un petit manteau d’abbé

Sa veuve expire.

 

Tu t’es bercé sur ce flot pur

Où Naples enchâsse dans l’azur

Sa mosaique,

Oreiller des lazzaroni

Où sont nés le macaroni

Et la musique.

 

Qu’il soit rusé, simple ou moqueur,

N’est-ce pas qu’il nous laisse au coeur

Un charme étrange,

Ce peuple ami de la gaieté

Qui donnerait gloire et beauté

Pour une orange ?

 Catane

Catane et Palerme t’ont plu.

Je n’en dis rien ; nous t’avons lu ;

Mais on t’accuse

D’avoir parlé bien tendrement,

Moins en voyageur qu’en amant,

De Syracuse.

oreille-de-denys

Ils sont beaux, quand il fait beau temps,

Ces yeux presque mahométans

De la Sicile ;

Leur regard tranquille est ardent,

Et bien dire en y répondant

N’est pas facile.

 

Ils sont doux surtout quand, le soir,

Passe dans son domino noir

La toppatelle.

On peut l’aborder sans danger,

Et dire :  » Je suis étranger,

Vous êtes belle.  »

 

Ischia ! C’est là, qu’on a des yeux,

C’est là qu’un corsage amoureux

Serre la hanche.

Sur un bas rouge bien tiré

Brille, sous le jupon doré,

La mule blanche.

Ischia-Welness-4

Pauvre Ischia ! bien des gens n’ont vu

Tes jeunes filles que pied nu

Dans la poussière.

On les endimanche à prix d’or ;

Mais ton pur soleil brille encor

Sur leur misère.

 

Quoi qu’il en soit, il est certain

Que l’on ne parle pas latin

Dans les Abruzzes,

Et que jamais un postillon

N’y sera l’enfant d’Apollon

Ni des neuf Muses.

 

Il est bizarre, assurément,

Que Minturnes soit justement

Près de Capoue.

Là tombèrent deux demi-dieux,

Tout barbouillés, l’un de vin vieux,

L’autre de boue.

 

Les brigands t’ont-ils arrêté

Sur le chemin tant redouté

De Terracine ?

Les as-tu vus dans les roseaux

Où le buffle aux larges naseaux

Dort et rumine ?

 

Hélas ! hélas ! tu n’as rien vu.

Ô (comme on dit) temps dépourvu

De poésie !

Ces grands chemins, sûrs nuit et jour,

Sont ennuyeux comme un amour

Sans jalousie.

 

Si tu t’es un peu détourné,

Tu t’es à coup sûr promené

Près de Ravenne,

Dans ce triste et charmant séjour

Où Byron noya dans l’amour

Toute sa haine.

Theodora_mosaik_ravenna

 C’est un pauvre petit cocher

Qui m’a mené sans accrocher

Jusqu’à Ferrare.

Je désire qu’il t’ait conduit.

Il n’eut pas peur, bien qu’il fît nuit ;

Le cas est rare.

cathédrale-de-Ferrare

Padoue est un fort bel endroit,

Où de très grands docteurs en droit

Ont fait merveille ;

Mais j’aime mieux la polenta

Qu’on mange aux bords de la Brenta

Sous une treille.

 

Sans doute tu l’as vue aussi,

Vivante encore, Dieu merci !

Malgré nos armes,

La pauvre vieille du Lido,

Nageant dans une goutte d’eau

Pleine de larmes.

 280px-Venezia_veduta_aerea

Toits superbes ! froids monuments !

Linceul d’or sur des ossements !

Ci-gît Venise.

Là mon pauvre coeur est resté.

S’il doit m’en être rapporté,

Dieu le conduise !

 

Mon pauvre coeur, l’as-tu trouvé

Sur le chemin, sous un pavé,

Au fond d’un verre ?

Ou dans ce grand palais Nani ;

Dont tant de soleils ont jauni

La noble pierre ?

 

L’as-tu vu sur les fleurs des prés,

Ou sur les raisins empourprés

D’une tonnelle ?

Ou dans quelque frêle bateau.

Glissant à l’ombre et fendant l’eau

À tire-d’aile ?

 

L’as-tu trouvé tout en lambeaux

Sur la rive où sont les tombeaux ? I

l y doit être.

Je ne sais qui l’y cherchera,

Mais je crois bien qu’on ne pourra

L’y reconnaître.

 

Il était gai, jeune et hardi ;

Il se jetait en étourdi

À l’aventure.

Librement il respirait l’air,

Et parfois il se montrait fier

D’une blessure.

 

Il fut crédule, étant loyal,

Se défendant de croire au mal

Comme d’un crime.

Puis tout à coup il s’est fondu

Ainsi qu’un glacier suspendu

Sur un abîme…

 

Mais de quoi vais-je ici parler ?

Que ferais-je à me désoler,

Quand toi, cher frère,

Ces lieux où j’ai failli mourir,

Tu t’en viens de les parcourir

Pour te distraire ?

 

Tu rentres tranquille et content ;

Tu tailles ta plume en chantant

Une romance.

Tu rapportes dans notre nid

Cet espoir qui toujours finit

Et recommence.

 

Le retour fait aimer l’adieu ;

Nous nous asseyons près du feu,

Et tu nous contes

Tout ce que ton esprit a vu,

Plaisirs, dangers, et l’imprévu,

Et les mécomptes.

 

Et tout cela sans te fâcher,

Sans te plaindre, sans y toucher

Que pour en rire ;

Tu sais rendre grâce au bonheur,

Et tu te railles du malheur

Sans en médire.

 

Ami, ne t’en va plus si loin.

D’un peu d’aide j’ai grand besoin,

Quoi qu’il m’advienne.

Je ne sais où va mon chemin,

Mais je marche mieux quand ma main

Serre la tienne.

Alfred de Musset (1810-1857)

220px-Paul_et_Alfred_de_Musset_par_Fortune_Dufau_1815

                                Si ces vers sont bien d'Alfred de Musset les voyages, eux, étaient bien ceux de Paul (1804-1880), son frère ainé qui fit de nombreux voyages en Italie et les relata en plusieurs volumes dans les années 1860.

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Tags: Italie,  Voyage,  Romantisme,  Musset

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12 juin 2016

Six cordes, vingt-quatre images/8/Crazy heart

                                                               Catégorie chanteur country vieillissant peu porté sur l'eau claire j'en connais au moins trois, Robert Duvall dans Tender mercies, Clint Eastwood dans HonkyTonk  man et Jeff Bridges dans Crazy heart. Avouez qu'ils ont de la gueule. A noter que tous trois chantent eux-mêmes dans ces road-movies un peu rudes, un peu tannés, et très fatigués. D'ailleurs je vous propose la chanson The weary kind (Du genre usé) du film Crazy heart que Jeff Bridges interprète avec beaucoup de conviction. Oscar cette année là pour le grand Jeff.

tender-mercies-16-x-21-ancienne-affiche-originale-francaise

Honkytonk_Man

affiche-crazy-heart

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Tags: Etats-Unis,  Cinéma,  Country,  Guitare

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8 février 2016

L'encombrant retour

1507-1

                               Adolph Hitler se réveille dans un terrain vague en 2011. Pris pour un comédien plis vrai que nature et habité par son personnage, le show business s'empare de lui. Programmé dans un show télé, il fait un malheur avec ses sketchs-discours et amuse ses spectateurs. Comment cela finira-t-il? Timur Vermes, père hongrois et mère allemande, nous entraîne dans un quiproquo tragi-comique, grand succès outre-Rhin et bientôt au cinéma. Et c'est très très drôle. Et assez troublant.

                              Recueilli par un kiosquier curieux A.H. est d'abord surpris par la ville. C'est une blanchisserie turque qui prend en charge son uniforme. Une femme est au pouvoir, pas tout à fait aux canons de la beauté aryenne. Aucune trace de ses amis Hermann, Josef, Heinrich. Et tous ces journaux en vente dans le kiosque. Un pluralisme de mauvais aloi. Benoitement A.H. se met au goût du jour et finit par devenir la coqueluche des médias, radio, interviews, puis émissions régulières. Vite il vole la vedette aux animateurs patentés. Lui au moins sort des stéréotypes. Souvent désopilant Il est de retour doit être pris comme un exercice humoristique qui n'exclut pas un rire un peu jaune. C'est que, allez, disons-le, A.H. apparait plutôt sympathique et c'est bien l'effet qu'il fait sur la plupart des Berlinois. Ses maladresses avec les nouvelles technologies amusent et il ne se décourage pas, plein d'idées pour l'avenir. Des idées sur lesquelles ni l'auteur ni moi ne nous attarderons.

                              C'est donc un très bon roman, tout en légèreté et fantaisie, ce qui est un exploit vu le thème. On y passe un très bon moment bien que certaines références soient un peu étrangères aux non-germaniques. Je viens de découvrir la bande-annonce car Il est de retour est sorti la semaine dernière en Allemagne. Et j'ai très peur qu'un excellent livre, intelligent et drôle, passe très mal de l'écrit à l'écran. De plus le film a été en partie réalisé comme un reportage en caméra cachée, ce qui met mal à l'aise...

                              

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Tags: Allemagne,  Guerre,  Humour,  Histoire

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3 avril 2016

Ballade exi(r)landaise

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                                Plaisir à peu près trimestriel avec Valentyne d'une lecture commune La couleur des ombres – Colm Toibin et retour aux lettres irlandaises dont je ne m'éloigne jamais très longtemps. Colm Toibin, la soixantaine, est l'un des plus connus parmi les contemporains d'Erin. Je l'ai beaucoup lu, romans et nouvelles confondus. Je suis très porté sur les nouvelles, difficiles à chroniquer toutefois. Le recueil La couleur des ombres m'a semblé moins riche que L'épaisseur des âmes. Voir Mères et fils. Au passage qu'on m'explique pourquoi le titre original est celui de la nouvelle La famille vide alors qu'en France on a choisi la nouvelle La couleur des ombres. Neuf textes donc dans ce livre mais où je n'ai pas retrouvé l'émotion du précédent recueil. Loin de là.

                               S'il est souvent question de départ, de retour, de transit, de deuil dans ces textes, Colm Toibin explore aussi beaucoup les liens familiaux, notamment entre fils et mère. Les deux premières nouvelles sont très belles. Un moins un raconte un courrier d'un homme à un ancien amant, courrier où il revient sur la mort de sa mère, et comment il a ressenti ce voyage in extremis de New York à Dublin. "Il était trop tard désormais pour expliquer quoi que ce soit. Nous avions épuisé notre réserve de temps" Dans Silence l'auteur met en scène, autour de la poésie, le secret de Lady Gregory, d’après une histoire rapportée par l'écrivain Henry James, l'un des auteurs favoris de Toibin auquel il a d'ailleurs consacré Le Maître. Bien des points leur sont communs.

                              Colm Toibin qui a vécu longtemps en Espagne consacre trois nouvelles à ce qui reste comme son pays de coeur. La première, nommé Barcelone 75, ne m'a pas intéressé, entièrement vouée aux vingt ans de l'auteur dans cette ville et à ses aventures homosexuelles (Toibin est un militant) sur fond de mort du Caudillo, une sorte d'Almodovar mais sans ses magnifiques portraits de femmes. La nouvelle Espagne, plus sensible, c'est le retour à Minorque, après la mort de Franco, d'une jeune Espagnole après un exil londonien. Avec son lot de déceptions. Colm Toibin marque parfois un peu fort son territoire social et culturel mais cette nouvelle est forte, on ne revient jamais tout à fait de son exil. La rue conjugue immigration et homosexualité et le relatif anticonformisme de Toibin pâlit un peu.

                              Mais les choses s'arrangent avec la nouvelle-titre La couleur des ombres. Tante Josie est une vieille dame en fin de vie. Paul son neveu s'en occupe le mieux possible, plus proche d'elle que de l'"autre", sa propre mère, soeur de Josie à qui il jure qu'il ne la reverra pas. Bouleversant, on ne saura pas vraiment pourquoi Paul a rejeté sa mère, l'alcoolisme, ou est-ce l'inverse. Une nouvelle, j'aime bien qu'elle reste posée là, sans réponse à tout. Colm Toibin, là, est magnifique, et tellement plus intéressant. Vous le savez, les militants m'emmerdent vite. Je préfère de loin les silences familiaux.

                             Attention l'Irlandais Colm Toibin n'est pas un grand irlandophile. "Je ne crois pas à l’Irlande. Pourtant, il arrive que l’Irlande vienne à moi" lance le narrateur de Un moins Un. Toibin parle surtout de Toibin. Un sujet qu'il connait bien. Et parfois l'Irlande le reprend dans sa main et le meurtrit sans ménagement. Je crois qu'il n'arrivera pas à détester ça.

P.S. Je viens de voir au cinéma Brooklyn, assez jolie et classique adaptation du roman éponyme de Colm Toibin. Désormais son exil

                        

 

 

 

 

 

 

 

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Tags: Littérature,  Irlande,  Toibin,  Homosexualité

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17 février 2016

La neige en deuil

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                                  Ce roman date d'une vingtaine d'années mais se passe en 1974. C'est la première fois que je lis Stewart O'Nan que je ne connaissais pas. Snow Angels, c'est une petite ville de Pennsylvanie, ordinaire, très ordinaire, très comme ailleurs.  Annie élève seule sa fillette et essaie tant bien que mal de se refaire une vie après une difficile séparation. Glenn, son ex-conjoint, n'a pas renoncé à sa famille et tente de vaincre ses démons en s'abandonnant à l'alcool et à la religion. En parallèle, Arthur, un adolescent timide dont Annie fut jadis la gardienne et qui aujourd'hui travaille dans le même restaurant qu'elle, découvre l'exaltation et les tourments d'un premier amour. Alors quand claque un coup de feu... Retour vers le passé, un passé assez récent dans la vie des protagonistes. Rien de bien exaltant, mais un roman attachant et qui pourrait être un peu nôtre.

                                Personne ici n'est bien dans sa peau, et ça ressemble terriblement à la vie parfois. Le jeune Arthur doit lui-même affronter la séparation de ses parents, des modestes eux aussi dont l'existence s'effiloche. Triste enfance au destin tragique. Triste lycée où la fanfare cache bien mal les désarrois et le début de ces putains d'addictions qu'il est de bon ton de ne jamais stigmatiser (j'en ai marre, de ne jamais stigmatiser personne). Jobs pas marrants pour les adultes au fast-food, en maisons de retraite, télé base-ball et canettes. Rassurez-vous c'est aux Etats-Unis et la belle, noble et vieille Europe, cultivée et tolérante, est bien sûr à l'abri de tout ça.

                               Des anges dans la neige est-il un roman désespérant? On n'en est pas très loin et la banalité même du décor et du quotidien donne à ce livre une grande force. Est-ce un bon roman? Oui, malgré un début un peu hasardeux qui peina à me harponner, il y a dans cette histoire tant de vie, de vie qui, encore une fois, s'effiloche, et tant d'humanité qu'il faudrait être anhumain pour ne pas s'y reconnaître, au moins un petit peu. La glace des étangs de Pennsylvanie reflète parfois nos propres doutes. Evidemment, on sort de cette lecture un peu...effiloché.

                                 Un film est sorti en 2007, adapté de Des anges dans la neige. Estampillé Sundance Festival, on n'a pourtant pas cru bon de le distribuer en France. J'aime mieux me taire.

 

 

 

 

 

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Tags: Littérature,  Etats-Unis,  Cinéma

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3 décembre 2015

Mon été avec le grand Will, scène 9 et rideau

S Lear Ran

                                      Je termine mes interventions sur le cinéma de Shakespeare par l'une des plus belles oeuvres qu'il ait inspirées. Ran (1985), plus ou moins une adaptation du Roi Lear. Kurosawa mit dix ans à concrétiser ce projet et c'est en partie avec les capitaux français de Serge Silberman (les derniers Bunuel notamment) que Ran vit le jour en 1985. Oeuvre totale, mêlant l'histoire traditionnelle du Japon médiéval et l'intrigue principale du Roi Lear, le film est fresque, drame Nô, violence, trahisons, soif de pouvoir, parfois surnommé Apocalypse Nô, eu égard aussi à ses conditions de tournage difficiles. Tout en ayant bien conscience que découper un film pour en analyser quelques séquences est le contraire du cinéma, qui doit rester un spectacle, ce qu'avait parfaitement compris Kurosawa, j'ai tenté de donner envie à mes élèves de voir ce chef-d'oeuvre, parfaitement dans l'esprit de Shakespeare, l'homme qui avait tout compris de l'âme humaine, de son bruit et de sa fureur.

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                                       Hidetora (Lear) partage son royaume entre ses trois fils juste après une chasse au sanglier, version ludique du chaos qui n'allait pas tarder à se développer suite à l'abdication du seigneur. Ran peut d'ailleurs, à peu près, se traduire par chaos. Commencé dans un  restant de sérénité et le vert luxuriant des coteaux japonais le film devient très rapidement un premier réglement de comptes, avec la parabole des flèches brisées et la désunion évidente des trois fils d'Hidetora. Le Roi Lear, lui, avait trois filles, inacceptable pour un Japon post-médiéval dans une lutte pour le pouvoir. Ce sera donc trois frères ennemis  pour la version de Kurosawa, seule façon d'être crédible, les femmes étant la plupart du temps cantonnées à la sphère de la famille ou du plaisir.

rAN

                                     Trois fils rivaux, trois châteaux, trois désastres entrevus pour la dynastie. Dans un film de 2h35 alternent ainsi les scènes plus intimes souvent traitées avec un minimum d'effets dans le style du Nô, si étranger à notre approche occidentale, et les combats meurtriers, fratricides en une orgie de couleurs et de bannières aux teintes primaires identifiant les armées en compétition. Je crois que l'attaque de la forteresse, douze minutes sans bruit mais zébrées de la musique de Toru Takemitsu, est la plus belle scène de guerre à l'ancienne qu'il m'ait été donné de voir. Mais en dire plus sur ce film évènement est sans intérêt. Je ne peux qu'encourager à le voir.

rAN2

                                     En conclusion à ces quelques mois passées dans l'ombre de Shakespeare à travers le Septième Art je ne peux que modestement me demander qu'aurait été ma vie sans lui tant ses mots résonnent comme jamais dans la longue errance humaine. Je ne lui vois qu'un alter ego en cette olympe du génie de l'homme, Mozart. Je n'ai pas l'impresssion d'en faire trop, mais trop peu. Dieu merci l'un comme l'autre n'ont guère besoin de moi.

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Tags: Shakespeare,  Cinéma,  Japon,  Kurosawa

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