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26 mars 2010

Rien ne va plus

Affiches du film The Shanghaï gesture

                 Il est des films lieux.Je n'avais jamais vu vraiment Shanghaï gesture (1941) et n'en conservais que l'image de cette gigantesque maison de jeux souvent en plongée avec cette galerie de portraits apatrides et baroques.J'avais raison car Shanghaï gesture n'est pratiquement que ça,mais "ça" à la perfection.Sternberg joue à fond la carte de l'exotisme en cette ville déjà souvent photographiée.Pourtant de Shanghaï on ne verra pas grand chose,quelques coolies dans les rues,guère plus.Malgré tout Shanghaï reste inoubliable à travers le prisme presque unique de ce casino  tenu par l'envoûtante et mystrérieuse Mother Gin-Sling.Dans cette atmosphère trouble,cosmopolite et interlope on retrouve toutes les conventions du roman à deux sous,type colonial extrême-oriental,fascinant dans sa désuétude.

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       Un diplomate anglais,quasi pléonasme en Chine portuaire,sa fille pas vraiment ingénue,un séduisant arabe qui se fait appeler Dr.Omar qui se dit lui-même" médecin en rien,mais ça sonne bien et ne fait de mal à personne",d'autres fantoches en smoking autour de la table de jeu,tous ces personnages valsent aux aléas de la fortune et aux lustres de la trahison. Somptueux de raffinement et grouillant de sordide Shanghaï gesture n'est pas si éloigné de L'Ange Bleu,catégorie perversion/perdition.Se damnerait-on pour l'opium de Gene Tierney?A l'évidence oui surtout si ce magnifique faussaire de Sternberg dirige l'orchestre,avec filles encagées et troublants métèques.

       A la poursuite du vent ...cet avis http://alapoursuiteduvent.blogspot.com/2009/11/shanghai-gesture-josef-von-sternberg.html

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28 février 2010

Metello vu par Mauro

                     Metello est l'un des films les plus connus de Mauro Bolognini,sorti en 1970.Film qui se veut social d'après l'écrivain Vasco Pratolini,Toscan résistant au Fascisme à qui l'on doit aussi trois autres oeuvres adaptées au cinéma:Les jeunes filles de San Frediano et Journal intime,par Valerio Zurlini,et Chronique des pauvres amants,par Carlo Lizzani.Mauro Bolognini engage pour le rôle titre le chanteur Massimo Ranieri qui s'avèrera très convaincant.Nous sommes à Florence au tournant du siècle.Metello Salani découvre la condition très difficile des ouvriers maçons.La Florence vue ici n'est guère Renaissance mais plutôt un foyer d'agitation qui ne pouvait que séduire Pratolini et Bolognini.Rappelons que cet écrivain très influencé par le Néoréalisme était déjà de l'aventure de Païsa avec Rossellini et de Rocco et ses frères avec Visconti.Il est vrai aussi que 99% des cinéastes et écrivains italiens de l'après-guerre étaient de cette mouvance avec toutefois souvent une pointe d'opportunisme dont l'on ne devisera pas davantage ici.

METELLO

                     Bolognini,styliste sérieux,soigne ses images sur les quais de l'Arno et les places florentines,ses costumes et ses décors.Reconstitution sage mais qui ne manque pas d'ampleur et atteint le coeur du public qui partage le sort des prisonniers et s'enflamme avec eux lors des rebellions.Le metteur en scène  a pris la précaution de ne pas trop charger les patrons,nombre de films ou de livres ayant tendance à cette surenchère misérabiliste assez écoeurante.N'ayant pas lu Metello je ne sais si la romance adultère est fidèle au livre ou si elle est plutôt rapportée par convention romanesque.Ceci n'empêche pas le film d'être très intéressant même s'il ne faut pas  s'attendre à ce que Bolognini fasse le cinéma de Francesco Rosi par exemple.Richesse du cinéma italien...mais là je me répète.

 

 

 

 

18 février 2010

Ma vie sans...Rainy day women # 12 and 35

http://www.youtube.com/watch?v=nHOfhMbTMWk Rainy day women # 12 and 35

  Tom Petty retrouve ses vieux amis de Mudcrutch pour cette très swinguante cover de Everybody mut get stoned,plus facile à retenir que le vrai titre.Il l'avait également interprétée lors du cinquantième anniversiare du Zim.L'un des morceaux les plus festifs de Dylan,à ne pas prendre forcément au pied de la lettre.Le côté fanfare dans la version originale de Dylan était très sympa aussi.

27 novembre 2009

Les carillons de minuit

                  Sous ce titre j'aborde un film dont j'ai déjà un peu devisé mais j'ai eu le plaisir de le présenter en ma bonne ville picarde pour l'Université du Temps Libre et c'est avec beaucoup de joie que j'ai pu le faire découvrir.L a richesse de Falstaff est telle que chaque vision en renforce la beauté.Si Macbeth en 48 trahissait encore une assez forte théâtralité,si Othello en 52 pouvait apparaître remativement décousu(mais là je chipote) Orson Welles réussit en 65 avec Falstaff,Chimes at midnight,la meilleure adaptation  de l'univers de Shakespeare,définitive et qui éclate à tout moment dans ce qui était au départ un bricolage hallucinant à partir de quatre pièces du grand Will.Falstaff,seul rôle comique de l'acteur Orson Welles transcende les genres pour aboutir à cette tragédie bouffonne où le héros,pleutre pitoyable et menteur mais surtout homme tout de bonté  échappe à Hamlet et Othello ces géniaux archétypes d'une totale noirceur.Falstaff c'est Rabelais,c''est la vie et la poésie qui veulent sauver encore l'Old Merry England,celle des Joyeuses commères de Windsor,celle de ripaille et de liberté, de truculence et de nostalgie.

  Pourtant Falstaff n'est qu'un personnage  secondaire dans Henry IV,Henry V,Richard II,les pièces de Shakespeare amalgamées par Orson Welles.Le gros homme,bouffon à la panse énorme et au verbe haut devient plus que l'alter ego de Welles.C'est maintenant un caractère magnifique et poétique à sa manière,loin des princes shakespeariens et plus enore des Quinlan ou Arkadin,autres démesurés wellesiens.Sous le corps obèse et aggravé par les cadrages,bouffi et plein d'alcool perce un esprit fin et ouvert,un philosophe dont la liberté nous émeut.

   Welles recrée en Andalousie l'Angleterre élisabéthaine pour cet adieu à l'enfance qui verra le joyeux Jack Falstaff mourir de chagrin lorsque le prince Hal devenu Henry V se détournera de son ami,son mentor ès freudaines de jeunesse.Le prologue hivernal où l'on entend le juge Shallow,crécelle,et Falstaff,bourdon est déjà un modèle d'utilisation du son au cinéma.Si la première partie de Falstaff est encore très farce et libertaire dans cette campagne anglaise riante et arrosée toutes les scènes où le pouvoir en place apparaît(John Gielgud,grande figure shakespearienne dans le rôle de Henry IV) nous ramènent à la dureté de la pierre des palais et à l'écrasante difficulté de régner.Scènes verticales,de murs et de lances,par opposition aux espaces pastoraux et végétaux où s'ébrouent Falstaff et ses amis.Mais je n'en finirais pas de décrire les enchantements des Carillons de minuit.

   Je ne dirai que quelques mots de plus sur la plus belle bataille du cinéma malgré la rude concurrence d'Alexandre Nevski.Cette bataille de Shrewsbury contre les rebelles est importante dans l'histoire de l'Angleterre.17 minutes de bruit et de fureur,presque sans paroles,un tiers de la totalité des plans du film et la silhouette ronde de Falstaff,trouillard et combattant de la dernière heure,courant de ci de là comme un personnage d'animation.Extraordinaire.On pense à Eisenstein déjà cité,à Griffith,à Ford.La bataille,épuisée,se ralentit.Les cavaliers sont devenus piétaille,la piétaille s'st couchée.Règne la boue.Le pouvoir légal a gagné.Le roi est mort.Vive le roi.Le jeune roi Henry V va renier le gros homme qui l'aimait,tout à sa tâche de maître du pays.Simplement, Falstaff le bouffon meurt d'aimer.

Images   http://www.youtube.com/watch?v=eii4_wbuPJY

5 novembre 2009

Ce quinquagénaire respire encore

    J'ai donc eu l'occasion d'intervenir cette année entre autres sur ce célébrissime film qui annonce fièrement ses cinquante ans.J'ai pu constater que contrairement à bien des films plus jeunes il porte encore très beau.Ce fut un vrai plaisir de suivre à nouveau Michel Poiccard,ce petit voyou auquel Belmondo effarant de naturel prête sa voix,sa dégaine et sa présence.Ne revenons pas sur l'époque,les Cahiers du Cinéma,la déclaration de guerre de ces jeunes gens en colère.Tout cela est,je crois,bien connu.Du petit canevas de Truffaut Godard a su tirer le meilleur pour en faire ce film moins mal foutu qu'on ne l'a dit,mais plus libre encore et qui devait rester le seul succès populaire de son auteur.Je vais simplement notamment pour les plus jeunes évoquer dix bonnes raisons de voir et d'aimer A bout de souffle.

   Cette succession d'images rapides et expressives,images de rues et dialogues souvent couverts par les bruits urbains,chose révolutionnaire en ce temps de qualité française très "articulée".Ce tempo syncopé de Martial Solal,ces leitmotives musicaux qui évoluent comme des scooters dans un Paris 1959 où l'on roule et se gare.Hallucinant.

   Cettec réalité polyphonique saisie par JLG qui bouleverse le linéaire et capte l'intensité et la fugacité,fragrances d'une histoire ordinaire,comme au cinéma,de série B par exemple.Cette sensation d'improvisation pas si vraie et  d'éphémère qui oscille d'aparté en onomatopées,bulles de B.D. en quelque sorte.Ces allusions ciné;Il faut vivre dangereusement et pêle-mêle,très pêle-mêle, Melville, Preminger, Hiroshima mon amour,Cocteau,le Western,les Cahiers et "Vous n'avez rien contre la jeunesse".Et Bogart....

  Cet exotique accent de Seberg ,cette omniprésence de la presse,journaux parfois pour se planquer.Cette vitesse d'exécution où Belmondo allume cigarette au mégot précédent."Tout,terriblement",disait Apollinaire.Cette américanophilie en ce Paris tout fluide si pratique pour courir,si pratique pour mourir.Deux fermetures à l'iris,l'ombre de Griffith,la voix de Godard,plusieurs fois dont au moins une très hors sujet.Ces travelings de filatures,ces flics agités un peu Dupont et Dupond...Liste non exhaustive,A bout de souflle étant un film interactif ou vous trouverez ce que vous y apporterez à condition d'accepter ce beau voyage en cinéma,un cinéma que j'ai rarement vu aussi libre.Foutraque,parfois peu audible comme l'étonnant entretien avec l'écrivain Parvulesco-Melville,irritant,mais libre et... décisif.Décisif comme cet ultime traveling rue Campagne Première et son passage clouté où Michel Poiccard agonise depuis cinquante ans sous le regard des cinéphiles pélerins.

http://www.youtube.com/watch?v=XvHNdh1zkes Entretien avec le grand auteur

L'avis de Bastien  Godard Jean-Luc (1)

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22 décembre 2009

Séquences franciscaines

  En 1950 Rossellini réalise un film unique qui ne  se rattache dans son oeuvre ni au Néoréalisme historique,ni à l'existentialisme préantonionien,ni aux expériences télévisuelles tardives.Mais quelqu'un a déjà dit tant de bien de Onze fioretti de François d'Assise que je me contenterai de vous y renvoyer.On peut lui faire confiance.

http://nightswimming.hautetfort.com/tag/rossellini  L'avis d'Ed de Nightswimming

21 août 2009

Ma vie sans...Ballad of a thin man

http://www.youtube.com/watch?v=pG-uyuuEXGU

Elliott Smith a lui aussi chanté Dylan en sa courte vie.Comme tout le monde Elliott Smith,très doué et très fragile, a sombré dans le conformisme le plus consternant,celui qui consiste à foutre sa vie en l'air sous prétexte d'être un rebelle.En a-t-on chroniqué de ces musiciens décapités.Ca explique peut-être son choix de l'une des chansons les plus énigmatiques de Bob Dylan.Quand j'ai écouté Ballad of a thin man je n'ai pas compris.Puis j'ai lu les paroles et je n'ai pas compris.Mais qu'est-ce que j'aime ce titre extrait de Highway 61 revisited.

28 mars 2009

Le coupable faux

 

   Quan d j'avais vu pour la première fois L'invraisemblable vérité(Beyond a reasonable doubt),film de la période américaine de Fritz Lang (1956) j'avais été estomaqué.Sur le thème très cher à Lang de la culpabilité,des apparences,de la manipulation,le Viennois brode un artifice diabolique  sur l'erreur judicaire et l'exécution capitale.Pas de grand discours moral sur l'horreur de la chaise.Le propos de Fritz Lang est une profonde réflexion,hors de toute psychologie logorrhéique,sur la vraisemblance,la fragilité des témoignages, ce dans un climat très américain fifties(procureur candidat politique,liberté de la presse,aisance fiancière).Frappé de plein fouet lors de la première vision j'ai été un peu désappointé car ce film m'avait vraiment stupéfié par ses rebondissements.

   La vérité n'était donc plus tout à fait invraisemblable pour moi et c'est ainsi que j'ai pu apprécier l'ambiance film noir et l'aptitude de Lang à se couler dans la société américaine,et ce dès ses premiers film,Fury notamment qui n'est pas sans lien avec L'invraisemblable vérité.Sobrement traité,hors de toute digression et de tout bavardage Beyond a reasonable doubt  scotche le spectateur,lui aussi fragilisé,manipulé,pantelant.Et reparaît alors un certain Dr.Mabuse,expert en marionnettes humaines.Et le fait que ce soit plutôt pour la bonne cause ne nous rassure guère plus.

21 mars 2009

Perfection pirandello-tavianienne

     Au plus beau du cinéma...L'après-guerre,Pise,Toscane.Deux gamins de 15 et 16 ans découvrent au ciné-club universitaire Païsa de Roberto Rossellini.Paolo et Vittorio,inséparables frères,fils d'avocat,ne s'en remettront jamais,pour le plus grand plaisir des cinéphiles.En 54 premier court métrage San Miniato juillet 44,San Miniato,leur ville natale près de Florence,le plus bel endroit du monde.On comprend l'influence de la Renaissance,et aussi celle de la Résistance,la Toscane ayant été très en pointe contre le fascisme, dans l'oeuvre des Taviani.Puis rencontre à Rome avec le grand Joris Ivens qui influencera l'autre versant des Taviani.

  1984.Après avoir été un peu médiatisé,Palme d'Or à Cannes pour Padre Padrone,lesTaviani mettent cap au Sud,vers la Sicile,leur deuxième terre d'élection.Ils veulent adapter l'univers du grand Pirandello à travers quelques-unes de ses Nouvelles pour un an,écrites en fait tout au long de sa vie.Attention,amateurs de cartes postales s'abstenir.La Sicile de Pirandello,transcendée par les frères,est une terre primordiale et solaire,apparition de forces ancestrales,théâtre d'une lutte pour la survie,manifestation violente de passions primaires,castes,classes,le tout avec déchaînement de forces telluriques et surnaturelles.Le très rude pays porte d'ailleurs le nom dialectal de Cavusu,le Chaos.Pirandello:"Je suis un fils du Chaos,non pas allégoriquement,  mais réellement,car je suis né dans une de nos campagnes située dans un bois touffu,que les habitants de Girgenti(Agrigente) appellent Cavusu."

  Le prologue qui sera le fil rouge entre les quatre récits(cinq pour la version télé) est adapté du Corbeau de Mizzaro.L'oiseau,attrappé et tourmenté pas les bergers,est équipé d'une clochette et devient comme l'albatros baudelairien une source d'enchantement.Eternelle dualité de l'homme,du pire et dun meilleur.Symbole de la hauteur lais aussi du Chaos qu'il domine le corbeau,soutenu par la magistrale partition de Nicola Piovani,nous emmène vers L'autre fils.

   Dans cette nouvelle les Taviani ont voulu la Sicile comme une sorte d'héritière corrompue de la Grèce antique,parcourue d'une ethnie sicilienne travesée par la tragédie.Mariagrazia é crit à ses deux fils en Amérique ou fait écrire plutôt.Aucune lettre en retour depuis 14 ans.Et non loin de la vieille femme,superbe de douleur,l'autre fils,le troisième,doux et gentil mais hélas,issu d'un viol de la soldatesques libére par Garibaldi(effets collatéraux d'une révolution,ça arrive),et pour son malheur portrait craché de son père.La violence tient en quelques plans,écrasée de chaleur dans la ville en barbarie, inoubliable.

  Mal de lune est ue sombre histoire de lycanthropie,thème plutôt gothique,mais que les Taviani ancrent dans une Sicile mythologique et assez misogyne.La jeune épouse que la pleine lune semble libérer sexuellement,est incapable de venir en aide à son mari,brave garçon victime d'une malédiction d'enfance lors des moissons sous la lune.Il faut voir Sidora s'activer à son ménage en jouant des cuisses.Comme ce cinéma de la suggestion sait se faire haletant.

        Requiem met en scène des villageois qui veulent obtenir un cimetière car ils n'ont que le droit de trimer sur un arpent de terre mais pas celui d'y reposer en paix.Traité de façon presque burlesque avec un patriarche qui ressuscite puis attend placidement assis devant sa fosse bien gagnée,Requiem oppose le baron et sa famille,urbains,pas forcément antipathiques,mais d'un autre âge et les paysans hirsutes, dyonisiaques et finalement vainqueurs.Les frères Taviani ont un engagement classique en Italie,celui d'intellectuels influencés par le Néoréalisme et la Guerre.On aura compris leurs sympathies mais rien en Italie n'est si manichéen...

    Enfin j'ai unepassion particulière pour l'épilogue Entretien avec la mère,cinématographiquement à couper le souffle.Omero Antonutti,acteur rare et fétiche des frères,Padre,Good morning Babilonia,La nuit de San Lorenzo.y incarne Luigi Pirandello lui-même,vieilissant, de retour sur les terrs du Chaos après des décennies,et qui retrouve la maison natale et le fantôme de sa mère.C'est de toute beauté,une réflexion sur la création littéraire,la mémoire et la maladie.Les Taviani ont retenu de Pirandello,tout au long du film et plus encore dans l'épilogue,la mélancolie et la sénescence,des maux précoces et structurels,inhérents peut-être à ce XXème Siècle en crise,avec des personnages proches d'une symbolique du tombeau,que les très grands Européens, Svevo, Joyce,Mann ont abordée à leur manière.Kaos,contes siciliens est un miroir,notre miroir,fait de solitude irréductible, d'éloignement dans le temps et l'espace,d'agonie d'une société médiévale. Kaos est une entrevue avec les ombres,mais les plus belles.

    Je ne fais jamais d'article aussi long.Souffrez l'exception car j'en considère le titre comme tout à fait justifié.

27 décembre 2008

Curiosité,Sir Alfred en jeune homme

      Un des tout premiers parlants d'Alfred Hitchcock,bavard même,adapté de la pièce de Sean O'Casey Junon et le Paon,date de 1929.Hitch a dit à plusieurs reprises qu'il ne s'était pas impliqué dans ce film et effectivement ce film ne relève pas du cinéma,mais du théâtre engagé des auteurs irlandais de ces années vingt, statique,absolument pas mis en perspective d'image mouvante.Ce qui ne veut pas dire que la pièce est médiocre.Mais Hitch s'est contenté de filmer platement la troupe qui l'avait joué à Dublin.Le résultat en est une pièce évidemment contemporaine de ces luttes de la République d'Irlande,qui n'a pas peur de présenter les autochtones comme des sacs à bière ou des fainéants.La verte Erin n'a pas connu que des héros au coeur pur.Junon et le Paon flirte un peu avec le mélo et le brûlot politique.Cela semble un peu exotique mais j'aime tant l'Irlande que je ne suis pas mécontent d'avoir vu ce vieux film qui ne doit pas grand-chose à Hitchcock.

Portrait Sean O'Casey

    L'autre pièce célèbre de Sean O'Casey,La charrue et les étoiles,devint en 36 sous la direction de John Ford Révolte à Dublin.A noter que O'Casey était protestant et qu'il quitta assez vite son île pour l'Angleterre.Tout ceci nous éloigne pas mal de Sir Alfred mais en 29 également il avait tourné Chantage,autrement intéressant.C'est notre prochain spectacle.

12 novembre 2008

L'artiste en exil,perplexe puis serein

   Je conservais un magnifique souvenir du Christ s'est arrêté à Eboli,film de Francesco Rosi d'après le récit autobiographique de Carlo Levi,film sorti en 80.J'avais un peu idéalisé ce film qui reste néanmoins un beau film,à défaut d'être un très grand film.Passé un petit sentiment de déception Le Christ s'est arrêté à Eboli se voit presque comme un document ethnologique.C'est ainsi que Rosi en parle dans son entretien en français avec Michel Ciment,passionnant et d'une totale clairvoyance malgré le grand âge du metteur en scène.

   Carlo Levi,année 1935,est assigné à résidence en Lucanie,ce Mezzogiorno sinistre où règnent ignorance, corruption et malaria.Dans ce bout du monde au milieu de nulle part cet homme du Nord,cultivé et ouvert,va trouver une vérité qu'il ne soupçonnait pas.Francesco Rosi a ausculté l'histoire de son pays depuis cinquante ans.Il est un de ceux qui m'ont donné le gôut de ce cinéma,hérité du Néoréalisme cette merveille.L'authenticité du film n'est pas discutable,tourné en grande partie avec les paysans de 1980,pas très différents de ceux de 1935.Le jeu intériorisé du grand Gian Maria Volonte nous remue et l'âme et le coeur.Bien reçu et Rosi évite habilement tout manichéisme,sauf peut-être sur la fin et j'y reviendrai,Carlo Levi,peintre et médecin,se lie d'amitié avec les bergers et les villageois.Même le podestat représentant de Mussolini ne semble pas si méchant.Certes il y a la censure de son courrier et les limites du cimetière à ne pas franchir.Mais il y a surtout une humanité que le grand bourgeois nordiste éclairé ne s'attendait pas découvrir dasn cette grisaille pierreuse  dont on dit que même le Christ l'a évitée.

      

      Parmi ces gens simples et rudes l'homme va toucher du doigt la pauvreté et la tristesse,celle des enfants,celle des vieux dont les fils ont tenté l'Amérique.Car dans ce bled presque infâme les yeux se brûlent à rêver de l'autre côté de la mer,dont pourtant pas mal d'hommes sont revenus,pas tous bien riches.A moins que ces mêmes yeux ne dévorent l'illusion africaine que la propagande fasciste prétend mettre à leur portée,là-bas,à Addis-Abbeba.Levi va vivre là plusieurs années.Et le danger guette alors l'homme,et guette aussi le film,de tomber dans une sorte d'exotisme de l'austérité.La fin du film n'évite pas tout à fait ce piège qui voit le bon Dr.Levi devenir mi Robin des Bois,mi Dr.Schweitzer.J'en ai été un peu gêné lors de cette seconde vision,28 ans après la première et ceci explique sûrement cela.Pas assez gêné pourtant pour ne pas recommander Le Christ s'est arrêté à Eboli,film marquant et modeste,sans thèse mais pas sans émotion.

3 août 2008

Greg et Dick débutent

   Gregory Peck sont encore très jeunes en 48 mais William A.Wellman,souvent cité ici,est un vieux routier.Ajoutons l'excellent romancier William Riley Burnett(La grande évasion,Le petit César, Quand la ville dort) et nous obtenons ce classique du gang qui se désunit à cause d'une femme (et d'une mine).

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     En fait je pense que dans Yellow Sky,qui est le nom de la ville fantôme,et qui fut distribué sous les deux vocables de La ville abandonnée et de Nevada le personnage qui a le plus intéressé Wellman est la fille du vieux prospecteur,jouée avec nuance par Anne Baxter.En 48 nous n'avons pas encore vu Dietrich dans L'ange des maudits ni Crawford dans Johnny Guitar.Ainsi Anne Baxter apparaît comme l'une des toutes premières femmes de western à endosser un rôle différent de la mère et épouse dévouée corps et âme,de la prostituée,ou de la servante.C'est probablement pour cela que Wellman l'a envisagée plutôt d'allure androgyne dans toute la première partie.En face d'elle les six bandits vont ainsi passer de l'envie à la crainte et à l'admiration pour certains.

   Face au patron Gregory Peck elle va peu à peu révéler quelque chose comme un érotisme un peu rude mais très efficace.Richard Widmark dont le rôle est peu chargé de sympathie,ce qui sera souvent son lot, joue remarquablement un homme diminué par la maladie,ascète et névrosé,obsédé par l'or,in-humain si j'ose dire.J'ai toujours pensé que Widmark aurait pu jouer Aguirre,ce recordman du monde de l'ambition tourmentée et obsessionnelle.La bande,comme tout groupe westernien recèle aussi un jeune blanc-bec vite énamouré et un bon vivant plutôt brave type qui chante des ballades.C'est que le western est un genre particulièrement codé, surtout à l'époque.Pourtant Wellman a prouvé tout au long de sa carrière en dents de scie son goût pour l'indépendance.Ceci explique sûrement cela.Ce DVD propose justement un portrait de Wild Bill(son surnom) et un entretien avec Tavernier,pas si convaincant que d'habitude.

31 juillet 2008

Une bonne notte

        Aorès La nuit une légère déception car je préfère les deux autres volets de cette fameuse trilogie de l'incommunicabilité antonionienne.Je ne suis plus très sûr d'avoir d'ailleurs vu le film en entier avant ce jour.J'avais surtout souvenance de la soirée mondaine et de ces personnages en noir et blanc,vaguement erratiques,souvent filmés en plongée comme en un ballet drôlatique et d'une totale vacuité.La nuit reste un film remarquable et il arrive même que l'émotion affleure,notamment la scène de de l'hôpital et de l'ami si malade du couple Mastroianni-Moreau.Pourtant il me paraît que La nuit se présente davantage comme une suite de vignettes existentialistes un peu artificiellement enchaînées en 24 heures d'un récitatif minimaliste:l'hôpital,le cocktail à la maison d'édition,la soirée,la rencontre avec Monica Vitti,jeune fille de la maison et peut-être symbole d'une liberté tonique que Giovanni(Mastroianni), écrivain,comme par hasard dans le monde hyperintellectualisé du cinéaste Antonioni de ces années soixante,a perdue depuis longtemps.

   La balade nocturne de Jeanne Moreau dans Milan ne me convainc pas vraiment.Je lui préfère l'île close ou presque de L'Avventura et pourtant La nuit est souvent préférée de peu à ce dernier et à L'éclipse.Je crois que c'est dû à Marcello Mastroianni,tout en retenue,si loin du matin lover,intellectuel encore jeune et fatigué,un des plus grands acteurs du siècle.Calme et mortifié il sait donner à ce ce cinéma de Milan,ennemi intime du cinéma de Rome,si charnel, l'étincelle de génie qui fait de La nuit un très grand film,malgré mes préférences.Je sais que l'on a le droit de penser qu'Antonioni se regarde filmer. Mais,imperturbablement, j'aime tant ce narcissisme que je comprends mal l'enfermement dans lequel on réduit souvent le grand Ferrarais.On peut retrouver dans Cinéma d'Italie plusieurs autres notes sur Antonioni,ce grand monsieur qui m'a fait aimer,beaucoup,bourgeois et blasés qui ont bien le droit d'être malheureux.

15 juillet 2008

Le souffle un peu court

              Il faut bien l'admettre, oui,le souffle des deux frères s'est singulièrement affadi depuis bien des années. Et ce Kaos II(Tu ridi) n'enthousiasme guère comparé au premier opus,une perle de pirandellisme cinématographique où le génie du grand dramaturge s'amalgamait si bien de la mise en scène si profonde des Taviani.Deux nouvelles donc de Pirandello:Tu ris et Deux enlèvements que les Taviani réalisent correctement mais sans la flamme de Kaos,contes siciliens.Dans le premier un ancien baryton devenu comptable au Teatro dell'Opera mène une vie besogneuse. Mais la nuit...il rit,rêves enfuis,souvenirs de gloire,le jour il ne sait plus ce qu'a été sa nuit.Sur cette trame étroite on suit la calme dérive vers une folie plutôt douce,voire un comportement suicidaire.J'ai quand même peiné à ressentir l'émotion qui par contre m'étreint chaque fois que je revois les meilleurs films des frères Taviani.Je les ai vus plusieurs fois pour les plus grands et leur richesse m'enthousiasme encore.

     Ca s'arrange un peu avec  le deuxième conte.Un jeune garçon est enlevé en Sicile là même où un siècle avant une autre séquestration a eu lieu.Alternant passé et présent l'inspiration revient en partie surtout dans l'exploration visuelle de la Sicile du siècle dernier.(par siècle dernier chez moi entendre le XIXe).Une part de mystère demeure et c'est bien ainsi dans ce rapt crapuleux qui semble très différent de l'enlèvement plus récent.Pourtant le monde de Pirandello et des Taviani recèle en fait une grande violence et on peut voir dans ces deux tragédies l'analyse de la déshumanisation de cette société sicilienne où perce encore l'archaïsme.Kaos II,film somme toute assez cérébral et distant souffre de cette pâleur mais mérite qu'on s'y attache,plus personne en effet ne semblant s'intéresser à ces cinéastes.

5 juillet 2008

To be or not to be,en finnois dans le texte

         Prochainement Hamlet goes business.Le monde d'Aki Kaurismaki est une entité à nulle autre pareille.Il faut laisser au vestiaire sa raison et son bon sens.Car le sens chez le Finlandais va en général dans le mauvais sens et la raison vacille, mais avec beaucoup d'astuce et de véhémence.Ainsi je n'ai jamais regretté mes voyages en Kaurismakie,ce pays inconnu,ce nonsense's land.Au loin s'en vont les nuages m'avait semblé plus intéressant que L'homme sans passé,étant plus sensible au côté lunaire qu'au côté ténébreux de cet univers mais tout cela est intimement mêlé la plupart du temps chez Kaurismaki.Je viens de voir pour la première fois deux films anciens,hommages à Shakespeare et au road-movie,ceci pour faire court.

    Hamlet goes busines(1987)  nous ressert les brumes d'Elseneur à la sauce des entrepreneurs d'Helsinki mais les histoires de famille sont très fidèles au grand Will.Et puis il y a quand même des choses essentielles: Klaus,devenu le beau-père d'Hamlet,envisage de brader scieries et chantiers navals pour se positionner sur le marché du canard en plastique.Si ça c'est pas surréaliste...Soyons sérieux en affaires.Les Atrides finlandais s'entretuent gentiment.Il y a quelque chose de pourri du côté de la Baltique. Rosencrantz et Guildenstern sont devenus tueurs à gage et Polonius le jeune finit la tête dans un récepteur de radio crachotant.Poisons,poisons,il en restera toujours quelque chose.Sur ce festival de citations je vous incite à cette relecture de la grande tragédie,qui ne craint pas le ridicule et nous met en joie sur le ton impayable de ce farceur de Kaurismaki.Et chez lui ces acteurs au pitoyable nom imprononçable sont toujours parfaitement choisis pour camper ces peu loquaces héros pourtant si attachants.

    

         Immense road-movie au scénario très travaillé et d'une rare cohérence voici Les Leningrad Cowboys rencontrent Moïse qui nous conte le retour du génial groupe de rock sibérien dont voici le périple.Mais vous pouvez déjà écouter leur musique si prenante.


Leningrad Cowboys-Rock'n'roll is here to

      Errant au Mexique (très belle introduction avec mariachis) les Leningrad Cowboys qui ont perdu leur manager,c'est à dire 85% de leurs facultés intellectuelles,décident de rentrer dans leur patrie. Passant par New York ils le retrouvent se faisant appeler Moïse,qui va leur faire réintégrer leur tendre Sibérie non sans avoir dérobé le nez de la Statue de la Liberté..On rencontre aussi Elie, autre prophète que l'on entendra chanter Kili watch,joué par André Wilms(Mr.Le Quesnoy,hallucinant).Brest,Amiens,Francfort,la République Tchèque,la Pologne,nos héros en santiags et bananes nous offrent le voyage le plus foutraque de ma carrière de cinéphile. Aki s'est foutu de nous,cette fois.On doit être un peu maso puisqu'on aime ça.

12 juin 2008

Frères d'armes,ou l'intelligence du cinéma italien,une fois de plus

     La Révolution a bon dos.Mise à toutes les sauces car c'est si facile de se donner bonne conscience.Le cinéma italien, lui,a su de tout temps,au prix de quelques exceptions, conjuguer la petite et la grande Histoire,le regard ambivalent, théoricien parfois, humain toujours sur ce pays.Fulvio,1816,est libéré,mais uniquement parce que le pouvoir en place espère remonter ainsi jusqu'aux conjurés,les Frères Sublimes,dans cette Italie de la Restauration. Mastroianni est impressionnant de fragilité,aristocratique par sa famille et rebelle par ses idées,dans le rôle très riche et infiniment nuancé de Fulvio.La Révolution a souvent permis aux hommes de s'autocélébrer bien en deça d'un minimum d'analyse,notamment au cinéma.Mais le cinéma italien a été capable de nous offrir le regard d'aigle d'une critique élaborée et le miel des émotions,mêlant morale et sentiment en un amalgame parfois de toute beauté.

       Fulvio,héros émouvant d'Allonsanfan,résume toute l'ambigüité de l'engagement dans la vie d'un homme. Héros certes,mais tout de faiblesse et de désarroi,il se dirigera vers la trahison peu à peu, presque à son insu,désorienté qu'il est par les années passées,la mort de sa maîtresse et l'éloignement de son fils.Et viennent alors les questions essentielles sur la fidélité à soi même et l'impossibilité d'échapper au reniement, au moins partiel.Il nous faut alors revenir aux frères Taviani,ces hommes de conviction,qui jamais n'abandonnèrent leur intégrité,malgré l'insuccès relatif de leurs oeuvres.Car les Taviani,honorés en Italie, n'ont jamais eu l'aura populaire qu'ils auraient méritée.Taxés de cérébralité Paolo et Vittorio, particulièrement peu  médiatiques de plus, resteront dans la catégorie marginale des grands dont on va finalement peu voir les films.Les années passant ils auront de plus en plus de mal à boucler leurs projets,signant alors des films moins intéressants à mon sens.Le cinéma des Taviani m'a toujours semblé proche des grands écrivains russes,eux qui ont su admirablement conjuguer fresques et doutes,innocences et culpabilités,trahison et sacrifice.N'ont-ils pas adapté Tolstoï?De ce cinéma,parfois littéraire,il est difficile de sortir tout à fait indemne tant ce pari sur l'intelligence  du public est exigeant.Car ici pas l'ombre de cette hideuse démagogie,gangrène de tant de films,

       Allonsanfan est un film révolutionnaire,chose rarissime.En ce sens que la véritable révolution peut se lire dans l'acceptation de l'inéluctabilité d'un renoncement pour un personnage tragique et dostoievskien. Formulé de façon un peu choquante:et si c'était à peu près normal de devenir une vieille baderne.S'il n'était de révolutionnaire que jeune et mort...Si Fulvio c'était vous ou moi. Plutôt moi actuellement,question d'âge qui peut s'arranger avec le temps.Si la grandeur était dans l'ultime rédemption avec le geste inutile de Fulvio qui après sa dénonciation rencontre le seul survivant des révoltés,prénommé justement Allonsanfan, fils d'un fondateur du mouvement.Si revêtir la veste rouge équivalait à endosser une tunique sacrificielle qui rejoindrait ainsi Dostoievski mais aussi le cinéma japonais.

    Nous sommes au cinéma et toutes ces considérations ne nous font pas oublier le traitement très beau de la couleur pour ce film en rouge et blanc.La chorégraphie et la musique d'Ennio Morricone nous conduisent aux confins de l'opéra,cet art si italien de la mort violente et du rideau qui se relève afin que les morts saluent.Un peu comme dans la farandole de la fin(vidéo).Et puisque définitivement on est sous influence n'oublions pas Vanina Vanini de Rossellini et Stendahl et Senso de Visconti,Boito(et Verdi).Mais Allonsanfan,ce jeune homme en colère est un grand garçon qui se débrouille très bien tout seul.Pour finir sur une note d'humour dans cette chronique qui en manque:pas facile d'assassiner l'autre quand on est dans la meme barque.Ni dans Allonsanfan,ni dans Monsieur Verdoux,ni dans L'aurore,ni dans Une place au soleil.

http://www.youtube.com/watch?v=7rlvyVrjFVA   Allonsanfan,la fin

11 juin 2008

Des eaux d'Orient

         Renoir après sa période américaine passe par la case Inde avant son retour en France.Ai-je eu tort de mettre The river dans le Cinéma d'ailleurs?Cas très à part dans la filmo de Jean Renoir cette adaptation du beau roman,très anglais,de Rumer Godden,Le fleuve n'a  guère été compris à sa sortie.Il est vrai que la parenthèse indienne de Renoir a de quoi surprendre.Il est vrai que l'homme avait changé.Les méthodes de tournage américaines,avec leur pragmatisme,et d'excellents résultats parfois(L'homme du Sud),et la maturité ont conduit Renoir à s'interroger différemment à l'existentielle condition humaine.Loin de l'engagement facile de La vie est à nous,du pacifisme de La grande illusion,de l'ironie cruelle de La règle du jeu.Du joli livre de Rumer Godden,presque de la littérature de jeunesse(elle est aussi l'auteur du Narcisse noir dont Michael Powell tira un beau film),ce qui n'est pas péjoratif du tout tant qu'il n'y a pas trop de manipulation,Jean Renoir tire un récit qu'on dira souvent panthéiste.Je suis assez d'accord.Il y a dans les couleurs,ah les couleurs,une force cosmique et un tel tellurisme dans les racines de ces grands arbres et dans les eaux du fleuve,charriant tous les usages,Inde éternelle,où l'on ignore même Gandhi,qu'un grand créateur suprême semble avoir signé la photo,de toute beauté.Une sorte de néoacadémisme, comme dans un livre d'images ou mieux,un livre d'heures médiévales enluminées.

         Y voir comme certains,l'influence de Rossellini,qui tournera India en 58,me paraît hasardeux.Je monte facilement sur mes grands chevaux quand on évoque le Néoréalisme et pense que la sagesse de ce film s'éloigne pas mal d'une certaine colère dans l'Italie de l'après-guerre.Non je crois que Le fleuve est presque unique.A chacun de se faire son idée.Jean Renoir n'est pas mon cinéaste préféré et ses engagements ont parfois été pesantisssimes mais je ne tiens pas ses derniers films pour négligeables.Loin de là.Libre à tous de trouver Le fleuve sulpicien dans son indianité de pacotille.Moi j'y ai vu un beau film,l'histoire douloureuse d'un apprentissage de la peine pour trois jeunes filles entre Europe et Asie,entre adolescence et féminité, dans le cadre,souvent très végétal et luxuriant d'un tableau de maître,enfin de fils de maître.

   Deux choses encore.L'avis d'un certain Scorsese qui semble s'y connaître en cinéma.Et la thématique de la rivière que de nombreux exégètes ont relevée à juste titre,La fille de l'eau, Boudu,Une partie de campagne,Le déjeûner sur l'herbe et en Amérique,L'étang tragique et L'homme du Sud,ce dernier déjà évoqué sur ce blog.

Le Fleuve, un des plus beaux films qui soit !
Mon père m’a emmené le voir quand j’avais 8-9 ans.
C’est un film qui s’est imprégné en moi et ne m’a jamais quitté depuis
.

Martin Scorsese

8 février 2008

Bible cinéphilique

A la recherche de John Ford

   

      

             

   

                 Prochainement cet ouvrage extraordinaire qui est aussi un grand bouquin sur l'histoire irlando-américaine, l'exil,la guerre,la famille,etc...Enfin pas si prochainement que ça car A la recherche de John Ford du grand Joseph McBride a autant de pages que la Bible, justement.Me voilà presque au bout de ce pavé passionnant qui ne rend pas Ford plus sympathique mais plus humain peut-être,plus humain c'est à dire plus homme.Ce livre aura déjà eu pour effet de m'empêcher de lire autre chose pendant un mois,mes loisirs étant limités.Le temps est venu maintenant d'évaluer sereinement la filmo de Ford.Pas sûr que ça lui aurait plu tant cet homme s'est évertué à jouer au mauvais coucheur et à l'interviewé désagréable et dédaigneux.A travers la bio de Joseph McBride,très fouillée,il apparaît que derrière le masque hautain et bougon pouvait apparaître(parfois) le créateur,le poète.Car John Ford a su entre les crises et les brimades,réelles,infligées à ses acteurs,et non des moindres,instiller en quelques plans des îlots de lyrisme,de poésie élégiaque et familiale.

     John Ford  reprend à son compte le célèbre adage du poète Walt Whitman "Je me contredis?Très bien,alors,je me contredis.Je suis vaste,je contiens des multitudes".Car rarement créateur aura autant divisé que Ford,adulé,vénéré,vilipendé,humilié selon les films et les époques,et parfoispar les mêmes.Il faut avoir l'honnêteté de dire que ce livre s'adresse aux lecteurs qui ont déjà vu pas mal de films de Ford, s'attardant longuement sur la genèse et les querelles qui ont accompagné beaucoup de tournages.Et,même ainsi,bien des précisions nous échappent.En fait on devrait lire ce livre lors d'un symposium de quinze jours conscré à une rétrospective du maître.Alors,bien vaines nous apparaîtraient les gloses sur le côté réactionnaire voire raciste de certains films,car les mêmes films peuvent la plupart du temps être lus à travers un prisme progressiste.Joseph McBride vous expliquera ça mieux que moi.Je vous recommande aussi chaleureusement un détour chez Inisfree grand fordien de la blogosphère.

    Il faut se rappeler que Ford c'est 55 ans de cinéma du muet aux Cheyennes et à Frontière chinoise,en passant par les films,très nombreux,produits ou réalisés par Ford pour l'Office of Strategic Services,pendant la guerre.Le vice-amiral John Ford tenait énormément à ses deux casquettes,Hollywood et la Navy.Ces deux jobs ne faisaient pas toujours bon ménage et Ford lui-même était tyrannique sur un plateau,sachant parfois larmoyer comme toutes les brutes.A la recherche de John Ford est une somme sur ce cinéaste avec ses rapports de famille,très douloureux,père pas terrible le patron,ses liens avec l'Irlande,pas simples non plus,ses attaches poilitiques curieuses alternant de la gauche à l'ultra- conservatisme. Contrairement à ce que l'on a pu croire longtemps,ce diable d'homme apparaît souvent assez antipathique mais surtout terriblement complexe.Faites-vous une idée!Il faut pour cela un peu de temps,1000 pages bien serrées.En ce moment je regarde Les sacrifiés(48).Mais il y en a tant d'autres.Et beaucoup d'humour.Terminons ainsi en souriant:lors du tournage des Deux cavaliers,en fin de carrière,dirigeant James Stewart et Richard Widmark,tous deux durs d'oreille et portant perruque cause calvitie,Ford déclara "Cinquante ans de putain de métier et j'en arrive à quoi?Diriger deux moumoutes sourdingues".So long.

2 février 2008

De retour du pays des légendes

       J'ai enfin revu,plutôt vu d'ailleurs car il ne me restait des Nibelungen guère plus que La chevauchée des Walkyries qui ne doit rien à Lang mais tout à Wagner(et peut-être un tout petit peu à Coppola). Somptueusement restauré par la F.W.Murnau Stiftung,le dyptique est admirable.Entendons-nous bien.Il faut pour apprécier cette oeuvre entrer de plein pied dans un univers pré-nietzchéen,qui emprunte aux légendes germaniques et scandinaves,plus de cinq heures de bruit et de fureur,de trahisons,de fer et de feu.Le film tourné en 1923 a été distribué en deux époques.Les deux parties sont assez différentes comme l'indique un bon document du toujours très éclairé Bernard Eisenschitz sur l'édition DVD de MK2.

    Siegfried conte le voyage,le mariage et la chute du héros et ce premier opus offre nombre de séquences d'anthologie.La forge où l'épée de Siegrfried prend naissance.Le combat contre le dragon qui rendra Siegfried  presque invincible.La route de Worms où le cavalier apparaît nimbé de brume en une forêt de légende.Le trésor des Nibelungen dans la grotte d'Alberich avec de splendides effets spéciaux et l'expressionnisme dans toute sa splendeur,version épopée médiévale.Brunhilde,reine d'Islande,amazone à l'allure martiale et Kriemhild,l'épouse de Siegfried sont les deux héroïnes de l'histoire,l'une manipulatrice qui échouera,l'autre,douce et assez soumise mais qui fourbira sa vengeance.

     Si la première partie bénéficait d'un héros de légende La vengeance de Kriemhild est davantage une histoire de la violence qui engendre la violence.Kriemhild,convaincue par Rüdiger,épouse Attila le roi des Huns.Uniquement pour fourbir sa vengeance vis-à-vis de l'assassin de Siegfried.C'est un cercle de luttes fratricides où ne manque rien,même l'infanticide,avec son lot de flammes et de trahisons.Lang a réussi un véritable opéra,un cycle légendaire que les acteurs du muet et l'expressionnisme de la mise en scène hissent au niveau des mystères.Si l'histoire,comme celle des Atrides,est un peu compliquée La vengeance de Kriemhild célèbre,après la magnificence du héros le déferlement des forces destructrices.Pour conclure on ne peut passer sous silence la tentative de récupération des Nibelungen et de son auteur par le Troisième Reich.Mais outre qu'on peut faire dire aux légendes à peu près n'importe quoi n'oublions pas le départ précipité de Fritz Lang pour la France et l'Amérique et son refus catégorique de devenir vous savez quoi.

21 novembre 2007

All that jazz

book cover of
Somebody in Boots
by
Nelson Algren

      Nelson Algren(1909-1981),écrivain plutôt délaissé,est l'auteur d'au moins deux romans passionnants. Dans Un fils de l'Amérique (Somebody in boots)publié en 36 sans aucun succès Algren nous entraîne dans la dérive américaine de la Grande Dépression à travers l'univers des hobos,proche des livres d'Edward Anderson ,Redécouvrir Anderson avec davantage de punch,ce qui est normal de la part d'un ancien boxeur.D'Algren Hemingway qui s'y connaissait en livres et en boxe disait "Pour le lire il faut savoir encaisser.Algren frappe des deux mains,il a un bon jeu de jambes et si vpus n'êtes pas vigilant il va vous démolir".Après la guerre Nelson Algren rencontra Simone de Beauvoir et devint pendant quelques années la coqueluche des existentialistes, comme Richard Wright,pratiquement le premier écrivain afro-américain, auteur de Black Boy et Un enfant du pays.Puis le petit monde germanopratin se hâta de les oublier.Mais le plus célèbre roman de Nelson Algren est surtout connu depuis la remarquable adaptation au cinéma d'Otto Preminger.Il s'agit de L'homme au bras d'or où Frank Sinatra donne sa pleine mesure.

       Il y a d'abord le formidable générique animé de Saul Bass et la musique d'Elmer Berstein.Et l'on sait tout de suite qu'on a affaire à une histoire américaine,très,où le personnage qui sort de cure de désintox, mais il pourrait sortir de taule,ou de la guerre,n'aura pas de deuxième chance.Carré,aux riffs inoubliables,cet air de jazz résonne en nous longtemps après le film.Frankie Machine,dit Deal,parce qu'il distribuait les cartes dans un tripot,de son bras habile,de son bras d'or qui lui permettra peut-être de devenir batteur de jazz,de son bras d'or que la caresse de l'aiguille ne tarde pas à courtiser de nouveau,espère pourtant se refaire une existence.Mais Frankie n'est pas un gagnant à la loterie de la vie et les vieux démons lui sautent dessus(old monkey,la vieille guenon,le surnom de la drogue).Si le traitement du sujet fleure bon les années cinquante(on n'est pas dans Panique à Needle Park) l'addiction de Frankie n'en demeure pas moins impressionnante.Il faut voir Sinatra, nerveux, saccadé, profondément ancré dans un quotidien de la déception et de l'incertitude, terriblement humain.Kim Novak dans un joli rôle d'entraîneuse de bon conseil,et Eleanor Parker, parfaite en femme délaissée et prête au pire,complètent la distribution de ce beau film d'Otto Preminger,ce metteur en scène d'origine viennoise et qui débuta près de Lubitsch.

http://www.youtube.com/watch?v=eGnpJ_KdqZE Générique

16 septembre 2007

Italie,couple,premières crises

    Ce film,intelligent,émouvant,clinique prouve l'infinie cohérence de ce cinéma italien à nul autre pareil.Je ne reviendrai pas sur ma vénération de Roberto Rossellini, l'homme de Roma cita aperta,de Païsa, d'Allemagne année zéro et sur le Néoréalisme,honneur du cinéma et mon leitmotiv sur ce blog ciné depuis les origines.En 53 Rossellini s'est éloigné des critères néoréalistes,à sa manière,comme les quatre autres  figures majeures prénommées Vittorio,Luchino,Federico et Michelangelo. Déjà il y a eu en 51 le très dérangeant Europe 51 où la grande Ingrid est tentée par la sainteté après le suicide de son fils.Rossellini a toujours été dérangeant.Il est même le prototype du cinéaste de la remise en question.

   On a parlé d'Antonioni au moins quelques jours après sa disparition.Voyage en Italie préfigure la crise existentiellle que le metteur en scène de L'Avventura portera à son apogée.Rossellini se penche sur le couple avec une acuité toute personnelle lors d'un voyage de bourgeois anglais près de Naples.Dans la pauvre campagne napolitaine ou dans les hôtels de luxe les deux époux,sans enfant,ne se sont jamais tant vus et cette intimité est douloureuse. Comment ne pas partager cette inquiétude feutrée d'abord puis patente devant la déliquescence de ce couple finalement comme vous et moi?La jalousie s'installe sournoise mais Voyage en Italie n'est pas un film sur un triangle amoureux quelqu'il soit.C'est par contre une oeuvre magistrale sur la difficulté d'être à deux,et l'humanité ne semble guère douée pour ce que j'appelle "l'être ensemble".

     En Italie plus qu'ailleurs et surtout dans les années cinquante on est confronté à la beauté antique et à la noirceur contemporaine.Souvenir de la guerre pas si lointaine un jeune poète ami de Katherine lui revient à l'esprit.Ce n'est pas du gôut d'Alexander peu porté sur la sensibilité.Les fuites de l'un comme de l'autre dans les catacombes(symbole) ou les musées aux troublantes statues pour Katherine,et dans les mondanités pour Alexander,semblent un temps sonner le crépuscule de ce mariage stérile.Images de landaus et de femmes enceintes,puis images de la foi des processions redonneront peut-être une autre foi et un semblant d'avenir à l'un des plus beaux couples "vrais" de cinéma qu'il m'ait été donné de voir,Ingrid Bergman et George Sanders.

    Le cinéma de Rossellini est le plus étudié au monde.Le cinéma de Rossellini est aussi le plus poignant,le plus "humain" qui soit.Il faut absolument voir Rossellini qui n'est pas qu'un sujet de thèse.

6 septembre 2008

Je me souviens(emprunt à Georges Perec version Perock)

 

Sur une idée de Georges Perec remise à l'honneur par Cuné.Cela remonte à 18 mois mais exceptionnellement j'ai eu envie de proposer à nouveau ce petit billet,réveillé par un commentaire tout récent.Et puis pourquoi ne pas le dire,j'aime bien ces lignes qui n'ont rien d'original mais qui sont viscéralement si miennes,plus qu'aucun autre article...

Je me  souviens de la pochette vinyl d'Aftermath des Stones mon premier album de bachelier,mon premier album tout court.Mais de cela la Comtesse a déjà parlé.

Je me souviens de mon cahier-hit-parade,50 titres mensuels,où figura un jour The sounds of silence que j'attribuais à Simon et Edgar Funkel.

Je me souviens que quand Salut les copains a disparu des ondes,Pierre Lattes a voulu faire vivre Périphérik sur ces mêmes ondes,sans succès malgré l'indicatif de Chicago Transit Authority(reprise de I'm a man du Spencer Davis Group)

Je mesouviens qu'un titre sur deux nommait San Francisco:California dreaming,Let's go to San Francisco,San Franciscan nights,San Francisco.

Je me souviens que tous les groupes anglais tentaient l'aventure californienne un peu comme les cinéastes d'Allemagne et d'Europe Centrale quittaient l'Europe entre 33 et 40.

Je me souviens que ce n'était pas pour les mêmes causes.

Je me souviens qu'Alan Price avait quitté les Animals et que ça m'embêtait.

Je me souviens qu'en terminale la seule fille un peu rock n'est restée qu'une semaine en m'empruntant 3 super 45 tours.

Je me souviens d'avoir réussi à n'être ni étudiant ni travailleur pendant 5 mois ce qui m'a laissé le loisir d'acheter le premier A whiter shade of pale au moins 6 heures avant les copains.

Je me souviens d'un couple préhistorique chantant I got you babe.

Je me souviens d'avoir couru pour ne pas rater le dernier train après Hendrix à l'Olympia.

Je me souviens du Quartier Latin où passait Monterey Pop.

Je me souviens d'avoir inventé Got to take par les Bloo-Bloos pour coincer les frimeurs prétendant connaître le rock mieux que moi.Quelle insolence!

Je me souviens avoir cru un court moment à l'anticonformisme de la Côte Ouest avant de comprendre que si l'on est des millions à être anticonformistes...vous me suivez?

Je me souviens que se profilaient mes 20 ans et ça me faisait pleurer.Ca le fait toujours d'ailleurs.

Je me souviens des Monkees,groupe fabriqué déjà et,un comble,pas si mal.

Je me souviens des premières errances de Wim Wenders et d'une redécouverte de l'Allemagne avec Amon Düul et Kraftwerk.

Je me souviens de Suzanne et Leonard et je me souviens que vous êtes au courant pour Suzanne et moi.

Je me souviens que Martine aimait Bach mais pas Blood,Sweat and Tears.

Je me souviens avoir fredonné les Kinks en montant la garde.

Je me souviens de chansons sans intérêt mais délicieuses dont celle-ci à laquelle vous n'échapperez pas.

Allez!Clic! http://youtu.be/gxLAzuGtPpI

Je me souviens qu'avec des choses comme L.A.Woman ou In the court of the Crimson King cela devenait vraiment sérieux.

Je me souviens des Mods et des Rockers,des Who et des Small Faces,de Manfred Mann très bon et de ce groupe bubble-gum dont je crois toujours être le seul Français à pouvoir citer le nom par coeur(Dave Dee,Dozy,Beaky,Mick and Tich).

Je me souviens de Nino Ferrer qui chantait trois chansons en première partie d'Hugues Aufray.

Je me souviens d'avoir promis de ne pas ennuyer les plus jeunes avec le bon vieux temps.

Je ne me souviens pas d'avoir tenu une promesse quelconque.

27 juin 2007

Blues

 jOHNSON

Une nuit d’été chaude et collante

Dans un bar cafardeux entouré de perdus

Le dernier ami aura pris le dernier train

Et les femmes depuis longtemps

Rendu mon coeur désert

Ce soir-là je crois que j’écrirai mon livre.

Un vieux pianiste las aux yeux gonflés

D’une ballade presque oubliée

Déchirera mon âme

Les rayons du passé brûlants comme la mort

Me feront comme des cicatrices

C’est là que,la tête heurtant les murs

Je deviendrai poète.

Et d’avoir tant roulé par les banlieues

Suintant l’infâme et l’ordinaire

Où les furtives rencontres sans un regard

N’échangent que du feu,silhouettes fantômes

Sans le souffle de vie

Je serai fatigué et j’écrirai mon blues.

Les mots viendront simplement

Ca parlera de filles dans l’autocar

Qui nous quittent tous un jour

De chiens sous la pluie pleurant une caresse

De petits matins aigres,de mauvais cafés

Attisant les vieilles peines.

D’alcools solitaires et d’ivresses moroses

De compagnons d’un soir,fugitifs,réticents

Aux vaines confidences 

Du mal d’aimer enfin,de la belle jeunesse

Des petites bassesses enfouies

De désaccords majeurs,d’une musique qui brise

Un coeur déjà fêlé

 

 

 

 

 

30 octobre 2006

Thank you Martin

Scorsese est exemplaire.Je ne parle pas du cinéaste dont l'éloge n'est plus à faire(mes préférés:Taxi driver,Les affranchis,After hours,A tombeau ouvert).Scorsese est exemplaire par la passion cinéphilique qu'il met à nous faire partager ses émotions de spectateur dans les deux fabuleux Voyages à l'intérieur des cinémas italien et américain.Il parle du néo-réalisme avec simplicité et sait nous faire toucher du doigt la beauté de ce cinéma-là.A recommander très fort à ceux qui voudraient s'initier à cette époque extraordinaire du plus beau cinéma du monde,ce cinéma de la rue en totale adéquation avec un pays,une histoire,un peuple.


Mais je veux parler du Scorsese passionné de musique,presque historien de la musique,qu'il nous restitue de différentes manières.Rappelons l'hommage à Broadway,NewYork,New York.Rappelons l'excellente captation du concert d'adieu de The Band:the Last Waltz avec ses prestigieux invités Dylan,Clapton,Young,Morrison,etc...



Rappelons aussi très récemment la belle collection de films sur le blues produite par Scorsese avec Clint Eastwood,Richard Pearce,Marc Levin.


Enfin No direction home:Bob Dylan,qui vient de sortir en DVD est un film à part entière de Martin Scorsese,évidemment un document de premier plan sur l'arrivée de Dylan dans le paysage musical américain et mondial.


Avec beaucoup de rigueur et des archives rares Scorsese resitue le phénomène Dylan au début des sixties,donnant la parole à Joan Baez,Pete Seeger,Liam Clancy,Allen Ginsberg et autres témoins ou complices du Robert Zimmerman acoustique de Blowin' in the wind,When the ship comes in,Mr.Tambourine Man,It ain't me babe et toutes les belles chansons de la première période.Les amateurs de Dylan comme les néophytes y découvriront  comment le petit gars du Minnesota s'est retrouvé sans vraiment le vouloir star du protest-song,puis pop-star internationale en ayant électrifié sa musique au grand dam de certains puristes criant à la trahison(images étonnantes de huées qui nous paraissent un peu ridicules aujourd'hui ,alors qu'un Springsteen peut à la fois passer une soirée de troubadour et une autre avec le E.Street Band).

Bob Dylan : Anthology Project - Édition 2 DVD

L'incompréhension entre Dylan et un certain public ne s'est jamais complètement démentie.Quarante ans plus tard Bob Dylan reste un mystère qui a su,voulu rester en dehors de toute véritable récupération y compris politiquement.Tout le monde connaît mal Dylan,un peu moins mal désormais grâce à Martin.Mais ce film se termine en 66.

A noter D.A.Pennebaker,ce génial documentariste apparaît dans No direction home.Il fut l'auteur en 67 de Don't look back,excellente analyse de Dylan sur scène lors de sa tournée anglaise de 65.

23 décembre 2010

Ma vie sans...My back pages

Another Side Of Bob Dylan

                                 Exceptionnellement cette note est la réédition un peu transformée d'une ancienne chronique.Il m'a semblé qu''elle serait plus à sa place dans cette saga musicale.Ma vie sans Zimmerman aurait manqué de saveur,mais ma vie sans ses amis aussi.Sur l'album Another side of Bob Dylan plein de bijoux maintenant ancestraux  j'ai envie de vous proposer le somptueux et obscur My back pages qui fut surtout un succès par les Byrds.Cette chanson dont la signification m'échappe même après traduction baigne dans l'onirisme et le surréalisme,ce qui personnellement n'est pas pour me déplaire.La beauté naît parfois d'une incrédulité naïve et cette chanson m'a toujours questionné.Voici la magnifique version 30th anniversary concert  de 1993 où les gens qui avaient  changé ma vie des années plus tôt, (Tom, George, Roger ,Neil, Eric et Bob lui-même) se répondent vocalement et "guitarement".Comme si vous y étiez...Sauf que la version vidéo a été supprimée,vous n'aurez donc que l'audio.Je ne suis pas un fana des grand-messes commémoratives mais là,pour My back pages avec ceux là,deux ans de ma vie...   

http://www.deezer.com/listen-1015207

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"I was so much older then,I'm younger than that now"

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