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16 septembre 2012

Transes européennes

orient

               Greene je l'ai beaucoup lu.On l'a beaucoup lu,ceux de ma génération plus vraiment quinquagénaire.Cet homme a beaucoup compté ne serait-ce que par le cinéma,Vienne,Le troisième homme,Welles,Cotten,Carol Reed,la cithare d'Anton et la grande roue du Prater.Pour ce film Greene n'a d'ailleurs écrit qu'une nouvelle.Mais Graham Greene comme Somerset Maugham son contemporain fait partie de ces auteurs en plein purgatoire.J'ai voulu lire Orient-Express que je ne connaissais pas et qui,s'il a été adapté au cinéma, le fut pour un obscur film anglais inconnu en 1934,peu après sa publication.J'ai voulu le lire pour le site Lecture/Ecriture et parce que ce livre appartenait à mon père,en Livre de Poche,cette  si belle idée qui m'a jeté sur les routes de la littérature.

              Bien des romans de Graham Greene sont plus intéressants.Citons Le ministère de la peur, La puissance et la gloire, Notre agent à La Havane, Le fond du problème.Mais cet ouvrage n'est pas à dédaigner.Ecrit vers 1930 Orient-Express s'appela d'abord en Angleterre Stamboul train.Greene lui-même classait ce roman dans les distractions par opposition à ses "grands" romans davantage tournés vers la foi ou la philosophie, déjà cités.Néanmoins apparaissent dans ce livre les thèmes très "lourds" de l'engagement politique,de l'antisémitisme,de la culpabilité,particulièrement greenienne.

             Ostende, Cologne, Vienne, Subotica et Istambul,cinq étapes sur la route de l'Orient-Express.Pas à proprement parler un huis-clos mais le cadre majeur qui réunit quelques personnages à la vie un peu compliquée qui vont se croiser,se découvrir,s'aimer,se haïr en un condensé de cette Europe entre deux guerres, véritable soufrière qui en à peine vingt ans allait replonger dans l'horreur. Après des années d'exil Richard Czinner,médecin,leader socialiste en exil à Londres retourne à Belgrade.Joseph Grünlich,voleur et meurtrier,fuit Vienne.Carleton Myatt,négociant juif anglais se pose  des questions sur son identité et son pouvoir de séduction. Coral Musker,danseuse de music-hall,et Mabel Warren,journaliste lesbienne,sont les éléments féminins de ce quintette qui va jouer une partition serrée,tendue,souvent d'une grande  sécheresse.Pas d'envolées lyriques sur le socialisme bonheur.Pas de grandes phrases sur le féminisme.Et pourtant tout est là dans cette Europe en miniature et en pullmans mal chauffés.

            Les sympathies de Graham Greene ne sont pas si évidentes car l'auteur est malin bien que jeune encore quand il publie Orient-Express.Peintre des ambiguités du coeur comme politiques c'est un écrivain de grande classe qu'il conviendrait de  dépoussièrer un peu de ce qui s'appelle la rançon du succès.10/18 s'y emploie,par exemple avec notamment les oeuvres suivantes dont la dernière,Travels with my aunt,emprunte 40 ans après ce même Orient-Express.

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17 mars 2013

Célèbre colocation

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                    Etude en rouge est la première aventure de Sherlock Holmes et j'avoue ne plus me souvenir si je l'avais lu déjà. L'exemplaire est d'ailleurs un vieux Livre de Poche,de ceux que j'affectionne beaucoup.Inscrit au multicolore challenge Lire sous la contrainte de  Phildes(d'un livre à l'autre) j'ai vite repensé à Baker Street et à son curieux locataire.A study in scarlet est un des quatre romans mettant en scène Holmes,le reste de ses enquêtes étant réparti entre quelques dizaines de textes plus courts.

              Watson de retour des Indes fait la connaissance de Holmes dans la première partie du livre.On avait oublié que ce dernier avait au départ une formation de chimiste.Convaincu par le test de l'hémoglobine,Watson sympathise avec Holmes et débute ainsi la collaboration d'un des plus célèbres attelages d'enquêteurs de la littérature.Nous voilà donc plongés dans Londres,Londres où rôdent encore pêle-mêle les personnages de Dickens, Jekyll et Hyde, Dorian Gray,voire le peu fictif Jack l'Eventreur.

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             Je pense qu'Etude en rouge porte bien son titre,au sens musical,à savoir essai,ébauche.Les protagonistes n'ont pas encore la complicité des futures investigations.Conan Doyle cherche encore un peu sa formule magique.Mais surtout la construction romanesque d'Etude en rouge nous éloigne de la chère Angleterre pendant toute la deuxième partie,long flash-back sur l'arrivée des Mormons dans l'Ouest américain,pour nous présenter les acteurs du drame victorien qui aura lieu trente ans plus tard.C'est un peu pesant et c'est l'une des raisons qui me font préférer les nouvelles de Conan Doyle à ses romans,exception faite du mythique Chien des Baskerville,peut-être parce que la lande écossaise est délicieusement crimino-graphique.Peu importe,un fanal sur la Tamise, une sordide maison de faubourg,la pluie perlant sur les docks,un air de violon s'échappe du 221 b,Baker Street.Ca y est,vous êtes arrivés.

6 février 2013

Ce qu'il advint du lecteur

sauvage

                       Goncourt du premier roman que j'ignorais Ce qu'il advint du sauvage blanc m'a été judicieusement conseillé.Et j'en suis ravi car voilà un vrai plaisir de lecture,qui se dévore avec enthousiasme,intelligent et gentiment érudit,historique et exotique sans les colifichets souvent inhérents aux romans sur le passé.On pense à Robinson à la vue de ce matelot abandonné sur une côte australienne peu amène.Mais on est assez loin du classique de Daniel Defoe.Ce dernier était seul,longtemps,ce qui n'est jamais le cas de Narcisse Pelletier en cette moitié de XIXème Siècle.Très vite il se retrouve entouré d'autochtones,assez frustes,et surtout quasi indifférents.Il vivra cette situation originale dix-sept ans.Vraisemblablement à peu près adopté par la tribu à force,mais nous n'en saurons guère plus.Grand étonnement:dans ce genre de récits on s'attend à voir le naufragé soit massacré,soit emprisonné,soit honoré,soit déifié.Ici rien de tout cela et François Garde ne nous livre que les premières semaines,assez rudes cependant.

                  Un montage fait alterner les ennuis insulaires de Narcisse avec sa réinsertion prise en main par Octave de Vallombrun,un voyageur éclairé,qui le ramène en Europe et essaie avec beaucoup de bonne volonté,d'abord de reconstituer son état-civil,puis de doucement le réintégrer au siècle.Objet de curiosité,on pense toutes proportions gardées,à Elephant Man,puis de condescendance,et d'exploitation,notre ami Narcisse retrouve un tarvail en bor de mer,ce qui à tout prendre est l'univers qu'il connait le mieux.Vallombrun,lui,se heurte à la communauté scientifique pas plus accueillante que les sauvages d'Océanie.

             C'est l'occasion pour François Garde de réfléchir et faire réfléchir sur l'adaptation de l'Européen chez les primitifs,et sur ses capacités à faire la route à l'envers.S'inspirant d'une histoire,ou de plusieurs,semblables,l'écrivain nous dépayse dans le temps et l'espace,des antipodes aux côtes charentaises.Parmi les paradoxesde ce roman,c'est finalement l'Impératrice Eugénie qui,en son palais de Compiègne,saura le mieux touchet cet étrage voyaguer sans bagages.L'on se prend d'affection pour les deux héros,qui apprennent à se comprendre,mais plus encore à se respecter,à défaut de se comprendre vraiment.

http://enlisantenvoyageant.blogspot.fr/2013/01/ce-quil-advint-du-sauvage-blanc.html Keisha a aimé aussi

9 octobre 2012

Mon ami Bruno

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                1977,Werner Herzog reprend Bruno S. après L'énigme de Kaspar Hauser.C'est pour La ballade de Bruno, aux confins de la folie,ce n'est pas une surprise chez Herzog,qui nous expédie de Berlin en Amérique sur les brisées d'un "trio Wanderer" composé de Bruno,un peu paumé et alcoolique,juste sorti de prison, musicien chanteur,et de deux "amis", l'une prostituée et un voisin plus âgé. Tous trois, sans boulot, trouvent la vie allemande cruelle et leurs relations externes déplorables. Dans plusieurs catalogues, la vie américaine est considérée comme unique et bien-faisante. Bruno, alcoolique, pauvre, mendiant avec son accordéon n'a rien à perdre. Il décide de partir avec ses deux acolytes pour tenter leur chance et accomplir ce rêve américain dont on parle tant. Bien sûr, à leur arrivée sur place, le rêve prend une tout autre tournure.

          On sait l'ego pour le moins difficile de Werner Herzog.N'ayant pas ici son ennemi associé Klaus Kinski et quoique tournant avec Bruno S. acteur non professionnel mais vrai patient de psychiatrie,Herzog signe un film plus paisible en apparence, moins marqué de la démesure herzogo-kinskio-aguirro-fitzcarraldienne. On semble parfois assez proche du documentaire et si c'est bien une œuvre de fiction,il y a comme souvent chez le cinéaste allemand des éléments qui sont issus de la réalité.A commencer,cela va de soi,par l'étonnante personnalité de Bruno S.Cet homme a séjourné plusieurs fois en prison et c'est à la fois lui-même et un héros de fiction qui dit lors de sa sortie:"Le Bruno,il rentre en liberté".C'est cette phrase magnifique, contradictoire,inversée qui montre bien le côté décalé,j'oserais cette métaphore hardie,le côté un peu chaplinesque de la figure errante centrale du film.

         L'ellipse nous mène assez vite d'Allemagne au lointain Wisconsin pour un "atterrissage" assez rude où le mobil-home devient symbole d'une Amérique assez ouverte pour les accueillir mais assez étrangère pour ne rien faciliter.Bruno,qui avait trouvé avec ses deux colocataires un embryon de foyer,a comme des ailes de géant qui l'empêchent de marcher.Le départ de son amie fera de lui un albatros superbe de solitude et d'inadaptation,qu'il fut d'ailleurs toute sa vie.

        La ballade de Bruno devient alors une tragédie américaine individuelle. Revisitant le démon des armes,le hold-up et une hallucinante et carcérale scène d'animaux addicts de jeux qui donne une franche envie d'emboîter le pas à Bruno,Werner Herzog touche le fond de la détresse dans ce paysage de montagne, une station de sports d'hiver sans neige,ce qui en soi est déjà une forme d'absurdité.

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           Voici une affiche américaine,très différente,mais que finalement j'aime bien,avec le sens du raccourci mais aussi une belle efficacité.

17 novembre 2012

Géographie: Lodi, Californie

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          Si la ville est très peu connue ici la chanson est célèbre.Proche de la capitale Sacramento, Lodi, Californie ,est une cité viticole très active.L'origine du nom est sujette à discussion,ce qui,j'en suis sûr,vous passionne.Est-ce une victoire de Napoléon en Italie ou le nom d'un cheval de course?John Fogerty,patron de Creedence,né à Berkeley,pas très loin,avoue qu'il ne connaissait pas Lodi avant d'en faire une des chansons les plus célèbres de l'album Green river,sorti en 1969,histoire d'un musicien besogneux et fauché coincé dans cette ville.Plutôt péjorative, la chanson,à peine moins connue que le grand tube du disque,Bad moon rising (dont elle fut la face B en single),a pourtant fait beaucoup pour la gloire de Lodi.Pas une raison pour rester "Stuck in Lodi again ".Mais je sais que CCR est resté très populaire sur les blogs.

http://youtu.be/CmFDMf3Tz2Y

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6 octobre 2012

Un quotidien platounet

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           Ce Journal du Missouri peut se lire comme un document,un témoignage.En aucun cas comme un roman et encore moins comme une oeuvre littéraire.J'ai déjà évoqué Audubon et ses célébrissimes planches ornithologiques,somptueuses et rêveuses.1843, Audubon et ses collaborateurs remontent le Missouri sur un bateau de trappeur,s'enfonçant vers l'Ouest en territoire indien.Audubon rapporte des faits,des descriptions,des chiffres surtout.Et,honnêtement,l'on s'ennuie assez vite,tout en replaçant ce récit dans son contexte historique qui considérait les animaux comme de la viande et les Indiens à peine mieux.Après ses Oiseaux d'Amérique le naturaliste dessinateur veut créer un équivalent qui s'appellerait Les quadrupèdes vivipares d'Amérique et pour cela il faut, toujours plus avant,pénétrer le "Wilderness".

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              Depuis toujours passionné par l'histoire de l'Ouest j'eusse aimé écrire un billet enthousiaste et ébloui mais,et Michel Le Bris l'indique dans sa préface,les hommes ne sont que ce qu'ils sont.Et Audubon et ses hommes ne sont pas particulièrement fréquentables du moins à l'aune de notre  XXIème Siècle.Il décrit certes assez bien le fleuve,les bancs de  sable,le périple jusqu'à la Yellowstone River en un voyage laborieux et cahotique.Une obsession,dessiner comme on dégaine,vite et beaucoup et comme on ne connaît pas la photo,dessiner c'est tuer.Je devrais dire c'est massacrer.A chaque page,je n'exagère pas,l'un ou l'autre tire et tue,et tout y passe.Du bison qu'ils disent pourtant déjà en voie de diminution au chien de prairie,du canard au bighorn,sorte de mouflon,de l'écureuil au wapiti.C'est lassant et l'intérêt s'émousse assez vite.N'étant pas un auteur Audubon est très répétitif et on se doute que l'écologie n'est guère la préoccupation de ces voyageurs.Les loups sont par exemple une quinzaine de fois appelés brigands, gredins ,scélérats. Allégrément décimés pour leur peau que souvent d'ailleurs on laisse sur place quand l'animal est maigre.Bien connus ils n'ont pourtant nul besoin d'être croqués par un crayon quelconque.Des centaines de bisons abattus dont on ne prélève que les meilleurs morceaux,on n'a pas attendu Buffalo Bill.

            Bien que rattaché au beau challenge Challenge Red Power de Folfaerie et ses lectures au coin du feu il me faut bien convenir que les Red n'ont ici plus beaucoup de power.Concernant les Indiens un western classique sera encore un plaidoyer par rapport aux termes dont les affuble Audubon. Crasseux et mendigots sont les épithètes les plus courants pour les définir.Vous ne trouverez dans Journal du Missouri aucun chef charismatique,aucun guerrier de noble allure,aucun grand chasseur de surcroît.La plupart,tels des charognards,se contenteraient même des restes de gibier laissés sur place par les conquérants.Avouez que c'est un comble.Ce n'est malgré tout pas le plus grave car il faut toujours resituer.Non,le plus grave c'est que je n'ai senti ni souffle, ni lyre, ni poésie des grands espaces.Ce voyage ne fera pas partie de mes grands souvenirs d'aventures aux livres.Le contraire des ouvrages dont parle Dominique dans sa trilogie Equipée sauvage Une confidence:je n'ai lu Journal du Missouri que parce qu'aucun des récits de sa sélection n'était disponible.

    Pour Audubon,si peu écrivain, revenons-en aux fondamentaux,ceux de l'impérial peintre des oiseaux.J'peux vraiment pas les voir en peinture(8)

31 mars 2012

Géographie: Tupelo, Mississippi

    Attention au mythe.On est prié de ne pas marcher sur la légende.D'ailleurs il traîne encore la nuit dans les rues de Memphis.Dans cette modeste ville du Sud de 35 000 habitants naquit le 8 janvier un garçon destiné à devenir relativement célèbre,Elvis Aaron Presley.

tupelo  hook

     Par contre je suis d'une génération post-Presley et ne confesse pas pour le King un culte quelconque bien que je reconnaisse l'importance historique de ses premières années.Alors une fois de plus je me suis tourné vers ce cher blues,terreux et imbibé,d'un John Lee Hooker encore acoustique mais tellement déchirant.

http://youtu.be/IivmOzVkEfY Tupelo,Mississippi  John  Lee Hooker

6 septembre 2010

Tranchant

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                         A peine plus aéré que la pièce de Clifford Odets Le grand couteau nous étouffe,rude réquisitoire des fifties sur le Hollywoodian way of life.Ce dynamiteur de Big Bob Aldrich signe un film sidérant de vindicte,émouvant portrait d'une star de cinéma qui peine à retenir la poussière du temps et des conventions,en ce huis clos entre producteur inculte et poupées au Q.I. de mollusque.Charlie Castle est resté un candide,rude contre-emploi pour Jack Palance,l'un des mauvais garçons du cinéma de ces années.Ses velléités d'indépendance,touchantes,bouleversantes,nous touchent mais la machine infernale du pouvoir des studios en décidera autrement.La dramaturgie de Clifford Odets est plus qu'assumée par Robert Aldrich.On assiste impuissant à une sorte d'infantilisation du personnage,préfigurant jusqu'à Baby Jane peut-être. Harcèlement,chantage,mensonge,et la hideuse commère d'Hollywood,de chair et d'os en ces années cinquante:il en sera de trop pour Charlie.

          Charlie Castle est en passe de n'être plus qu'une créature impuissante face au Moloch que constitue la politique des studios.Bien avant les multiples dérives d'Internet par exemple la vie privée de Charlie n'est déjà plus ni privée ni même la vie.Le grand couteau n'a rien perdu de son acuité,porté par des acteurs impeccables dont Rod Steiger en huileux producteur teint en blond et Shelley Winters toute jeune.On parle maintenant dans ce jargon abominable de métafilms quand Hollywood se penche sur Hollywood.Cela a donné quelques exemples très forts,c'est qu'Hollywood n'est pas soluble en lui-même et est capable de sérieuses remises en question.Merci à Aldrich et aux autres "métaréalisateurs", Mankiewicz, Wilder, Minnelli...Loin d'être figés dans les fifties leur cinéma est de ceux qui restent,sorte de contre-pouvoir,ce qui n'empêche jamais l'ambiguïté de cohabiter avec le génie.Infinie complexité d'Hollywood.

     Le théâtre de Clifford Odets,fortement,lourdement(?) engagé donna lieu aussi à l'adaptation par Fritz Lang de Le démon s'éveille la nuit.Scénariste du remarquable Grand chantage il réalisa lui-même les rarement diffusés Rien qu'un coeur solitaire et Du sang en première page.

   

14 mai 2010

Mal de mer

Noir océan

                                      Ce roman de Stefan Mani,venu d'Islande,jouit de critiques assez positives.Pourquoi m'y suis-je tant ennuyé?Une curiosité:il n'y a dans ce livre que neuf personnages,l'équipage du Per,cargo reliant l'Islande au Surinam.Au bout de 300 pages,sur 472,je n'avais pas encore clairement identifié les protagonistes.Mauvais signe.Mauvais marin que je suis le voyage avec ces gars-là,pas des enfants de choeur on s'en doute,m'a paru interminable et l'ambiance virile qui y règne ne m'a pas rendu la croisière plus passionnante.Un zeste de mutinerie contre ces salauds d'armateurs,un criminel embarqué par erreur,un soutier adorateur de Chtulhu,un second naziphile,tout ce salmigondis n'a pas fonctionné en ce qui me concerne.La Série Noire de Gallimard a déjà fait beaucoup mieux.

        J'ai lu quelque part une jolie formule chez un thuriféraire de Noir océan:Sam Peckinpah aurait pris la mer avec Joseph Conrad.Mazette c'est bien payé je trouve.Je me suis cru loin de La horde sauvage,fut-elle version marine,loin aussi d'une quête d'un Lord Jim ou Au coeur des  ténèbres.Aussi n'ai-je accordé qu'une petite photo au roman islandais,proportionnelle à ma déception. Probablement aussi ai-je besoin pour un bon "noir" d'une ambiance plus urbaine,plus citadine.

29 mars 2008

Fritz Lang maître du feuilleton

 

    Relative déception après Les espions(1927) de Fritz Lang.Le maître utilise les ficelles du roman-feuilleton avec bien du talent évidemment mais on est assez loin de la noirceur de Mabuse auquel Haghi,interprété aussi par Rudolph Klein-Rogge,fait penser.Ce grand criminel,cloué en fauteuil roulant,est ainsi obligé de déléguer ses forfaits,surtout par le biais des femmes.Ceci nous vaut trop de scènes statiques et bavardes(le film est pourtant muet bien sûr).Plutôt destiné à être vu en deux parties Les espions paraît assez long et manque d'animation.Ceci dit le spectacle est de qualité et il faut saluer la restauration formidable de la fondation Murnau dont je crois avoir parlé dans Les Nibelungen.

    Les scènes d'action pure sont par contre turbulentes à souhait,accident ferroviaire,gazage de la banque et la fin du film s'emballe et retrouve les accents des meilleurs serials jusqu'à la juste punition du grand manipulateur.Il est amusant de voir dans les films de ces années la tabagie de chaque scène qu'elle soit de bureau,de restaurant,de train.La fumée était bien cinégénique,comme si elle contribuait à opacifier un récit déjà passablement obscur par instants.Un degré en dessous des deux premiers Mabuse,le muet en deux époques et le parlant de 1932,Spione se veut plus une histoire de génie du crime qu'un film d'espionnage. Plus près de Feuillade et Fantomas que de Clouzot par exemple.

    L'oeuvre allemande de Fritz lang est maintenant en bonne partie disponible en DVD de qualité.Il manque cependant Les trois lumières dont je ne connais que quelques images.J'aimerais aussi beaucoup revoir Le diabolique Dr. Mabuse,dernier film de Lang de retour en Allemagne.Il est loin d'être inintéressant.

30 septembre 2023

Le coeur montagne

Masse

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                   Babelio a tapé dans le mille(Merci Bab) en m'offrant ce bien beau roman de Clara Arnaud pour lequel je crois que le succès sera au rendez-vous. Et quel joli titre que Et vous passerez comme des vents fous. L'auteure emploie un montage alterné avec d'une part la trajectoire de Jules, jeune homme devenu saltimbanque montreur d'ours à l'orée du XXe siècle, de ses vallées pyrénéennes aux scènes américaines de Montevideo à New York, et d'autre part Gaspard, père de famille, berger en proie au(x) doute(s) et Alma, jeune éthologue pleine d'empathie pour le grand plantigrade réintroduit récemment. Ni le dit plantigrade ni la spécialiste ès ursidés ne sont accueilis partout à bras ouverts.

                  Clara Arnaud ne cache guère son parti pris. Ce pourrait être vite lassant et démago mais elle évite cet écueil si fréquent. D'abord en ne condamnant personne, pas même cette société 1900 qui trouvait très bien d'applaudir ces sinistres numéros d'ours à bicyclette dans une foire quelconque ou comme Jules, star de la spécialité, dans un music-hall de Broadaway. C'était ainsi en ce temps-là. Tout n'était pas mieux avant. Et les personnages de Gaspard et d'Alma sont très bien circonscrits. Tous deux mal dans Leur peau mais je vous laisse les découvrir, ne voulant pas vendre la peau de l'ours.

                  Ce magnifique intitulé Et vous passerez comme des vents fous est extrait d'Impromptu d'un certain Hohvannès Chiraz, poète arménien. Et le roman passe, lui aussi, effluves de troupeaux à l'estive, vacarmes de chutes de pierres, cheminées orageuses, caprices animaux et alcools humains, trop humains. Jean le vieux berger en sa dernière transhumance regarde son monde s'effilocher, décidé à décider du moment de son départ. Gaspard rompra-t-il avec ce destin ancestral, hautement diplômé malgré tout? Et Alma, Alma l'âme ourse, en un sacerdoce revendiqué et sous les graffiti insultants, rebroussera-t-elle chemin?

                 Tout autour, elle (Alma) sentait la forêt bouger, la montagne respirer, et elle comprit ce qu'elle avait trouvé ici, une solitude pleine. La solitude désirable que la langue anglaise distingue de la loneliness, subie, endurée. Un écart au monde, un pas de côté, un refuge.

                 Je n'ai pas résisté à citer le passage suivant et vous n'en serez guère étonnés. Alma avait posé une semaine de congé et, une fois chez elle, elle s'était écroulée. Elle n'avait alors pas quitté son lit pendant trois jours, ou si peu, lisant queques lignes, reposant les livres qui s'étaient amoncelés autour d'elle, sous les oreillers, comme des créatures protectrices, La Montagne magique, des poèmes, rien ne parvenait à l'arracher au sommeil, ou plutôt à l'apathie qui l'avait gagnée. Elle s'était réfugiée dans la musique des jours tristes, avait écouté en boucle toute l'oeuvre de Leonard Cohen, elle se baignait dans cette voix basse et profonde, et repassait sans fin les enregsitrements des dernières années, où une gravité somptueuse habitait chauqe syllabe, l'économie de moyens était au sommet. Et elle sombrait encore, après avoir mangé quelques tranches de pain d'épice, aliment indispensable pour les  sorties en montagne, le seul qui restait dans ses placards. 

                  

 

 

30 novembre 2023

Sûr que Shane...

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         Oui, sûr que Shane MacGowan n'a pas mis tous les atouts dans son jeu pour faire un centenaire. So long Shane. Je sais pas te le dire en gaélique. Mais le coeur y est. Par contre je sais d'ou vient le nom The Pogues. Mais je m'abstiendrai de traduire. Slainte! Sur les bords de la Liffey tu vas me manquer. Mais bon sang comme j'ai adoré ce bloody bouge thailandais et cette maudite vieille ville de Dublin. 

 

26 octobre 2023

Chemin de croix

Masse

 

Temps-croises

               Retour au Moyen Age avec Masse Critique Babelio dont je suis toujours un fidèle. J'aime assez les romans historiques mais je crois avoir jadis lu beaucoup mieux sur les Croisades (la trilogie Les tournois de Dieu de Barret et Gurgand). C'était très jadis. Guy Bosschaerts est l'auteur de Temps Croisés. Ascalon, premier tome d'une autre trilogie. Un jeune nobliau catalan ruiné va devenir sans vraiment l'avoir choisi. A la rigueur le plus intéressant est la première partie où l'on suit la formation de ce futur chevalier et les rudes conditions de cet apprentissage.

              Ensuite c'est l'embarquement. Nous sommes au début des Croisades. Arnau de Casanove connaitra lors de ce premier épisode entre autres la dureté d'une vie de Templier, ses privations et ses humiliations. Et ses gloires fragiles mais je suppose que ce sera pour les volumes 2 et 3. Et sans moi. Car je ne serai pas du voyage, laissant à d'autres volontaires cet amalgame d'alchimie, de fracas des armes, de défaites et de rédemption. Ascalon, que l'actualité vient de tristement remettre à l'ordre du jour, a beau être bien documenté, ce n'est qu'un ouvrage assez laborieux qui distille un ennui que ni les cruautés des combattants, ni les intrigues de palais, ni la fascination répulsion du néophyte pour l'Orient n'ont réussi à tarir en moi. Eau saumâtre donc en conclusion pour ces puits du désert. On a le droit d'être d'un avis contraire. Il ne manquerait plus que professer l'intolérance en ces lieux.

12 octobre 2023

Au lac du temps

Lac

              Auteur allemand tout à fait inconnu, Hans-Ulrich Treichel. Emprunté vite fait un jour pressé. Bien tombé. Paul est un jeune Allemand en passe de devenir universitaire mais c'est un peu laborieux et incertain. D'ailleurs tout est incertain chez Paul, c'est claudicant, ça se cherche. L'éditeur en parle comme d'un anti-héros. Plutôt sympa le Paul, on va dire pas encore tout à fait construit. Ce lac est l'un des lieux de promenade favoris des Berlinois, une zone naturiste, mais trop de chiens, et Paul y passe quelques bons moments avec son amie. Mais malgré tout ça marche pas trop.

             Le cursus post-universitaire l'amène à Malaga, Espagne, où il s'adaptera tant bien que mal, dispensant une année de cours au titre d'assistant, mal payé et pas passionnant. C'est un peu ça le problème avec notre ami Paul, assez velléitaire, un peu touche à tout, mais pas de génie.L'étincelle viendra-t-elle de l'Andalousie avec la rencontre de Maria, jeune Espagnole, études de médecine laborieuses, de plus mariée, de plus enceinte, de plus de son mari? Où va le monde si les maîtresses se mettent à ça. Avouez que rien n'est simple. A partir de là, rien d'exaltant, je peux comprendre que certains lecteurs n'aient pas envie d'en savoir plus sur l'histoire de Paul.

              Pourtant, doucement, presque sournoisement, la petite musique des aléas et vicissitudes dans la vie de Paul m'a titillé l'esprit puis carrément intéressé. Ce n'est pas un foudre de guerre mais ses maladresses, une certaine timidité, un zeste de malchance en font un frère d'armes pour moi. Il retourne à Berlin mais la ville change. Maria lui a cependant promis "toujours ensemble" mais à sa façon. Je vous laisse avec cette interrogation, Que reste-t-il de nos amours? Une sorte d'amour en télétravail? Mais ce portrait de Paul en Berlinois recèle beaucoup plus d'émotion qu'il n'y paraît. Spleen über Berlin. Un Berlin des quartiers, pas seulement Checkpoint Charlie ou la Porte de Brandebourg.  

4 août 2023

Doux gémis

Plaintes

                  Nouvelle rencontre avec Yoko Ogawa dont je suis devenu inconditionnel. J'aime son univers modeste souvent, émouvant toujours. Avec ses personnages un peu à la marge, mi recul mi détresse, souvent éloigné d'un Japon trépidant. La musique est pour beaucoup dans plusieurs de ses romans. Ruriko, calligraphe, se met au vert, en rupture avec son mari violent.Réfugiée au coeur de la forêt elle n'a pour voisin que Nitta, un ancien pianiste devenu incapable de jouer en public. Dans son chalet Nitta est facteur de clavecin, une rareté. Une jeune femme, Kaoru, est son assistante et Dona, vieux chien sourd et aveugle, son compagnon. Les cinq sens sont souvent en éveil chez Yoko Ogawa, notamment ceux qui manquent à Dona. Bien joli symbole qui ne surprendra pas les lecteurs ayant fréquenté l'auteure. On ne peut qu'être à l'écoute du très haut vol ses écrits.

               Ruoriko devient l'amie et la complice de Nitta et Kaoru, qui eux-mêmes ne constituent pas vraiment un couple. Tout est bien plus fin chez Ogawa. Et au coeur de cette forêt s'insinue l'émotion toute en retenue. A travers les gestes du facteur de clavecin, si différents du luthier, avec la précision et la pondération requises pour cet artisanat où l'on tutoie les anges. Nitta, suite à un probable traumatisme ancien et vague, a des doigts, si habiles à bâtir l'instrument, qui ne savent plus jouer, du moins en public. C'est que l'incommunicabilité traverse le roman, sur la pointe des pieds, discrètement. Un triangle des sentiments, une quintessence de pureté (presque) platonique, c'est le monde nippon de Yoko Ogawa. J'avoue que je m'y sens bien. 

             Les tendres plaintes, ce titre semble totalement ogawesque en sa douce mélancolie, sa belle peine, l'oxymore est princier chez cette auteure, est en fait une oeuvre de Jean-Philippe Rameau (1724) et je vous en propose une version magnifique par le grand claveciniste Jean Rondeau. Je n'aurai garde d'oublier ce bon vieux Dona, trait d'union de grande tendresse qui n'émet aucune plainte.

11 novembre 2023

Je m'appelais Ojinjintka, maintenant Winona. J'étais une Lakota.

Lunes

              J'ai aimé tout ce que j'ai lu de l'Irlandais Sebastian Barry (Les tribulations d'Eneas McNulty, Un long long chemin, Du côté de Canaan, Le testament caché). J'ignorais que Des millers de lunes était une suite indépendante de Des jours sans fin (2017) que je n'avais pas lu et j'ai découvert les personnages peu à peu. Avec un peu de mal à me plonger dans l'histoire. Mais assez vite le destin de Winona, orpheline indienne rescaoée d'un massacre et élevée par deux hommes blancs, m'a intéressé.

           Peu après la Sécession cette curieuse famille exploite une modeste ferme du Tennessee, avec l'aide de deux esclaves affranchis. La guerre est certes finie mais les rancoeurs sont tenaces et les agressions fréquentes. Beaucoup d'ennemis dans l'existence de Winona, beaucoup d'ennemis et peu de protecteurs. Cependant l'énergie est vissée au corps et au coeur de la jeune indienne. D'accord pour ce roman solide et humain, un bon livre. Mais tout de même en exilant sa littérature en Amérique, au moins dans ce cas, je trouve que la force de conviction de Sebastian Barry s'est légèrement amollie, ou plutôt standardisée.

          Des milliers de lunes, c'est donc, et aussi, un roman sur l'identité. On n'y échappe pas, on n'y échappe plus guère. Au point que les livres tendent à se ressembler de plus en plus et que littérature, mais également cinéma, me font maintenant souvent penser à nos zones commerciales périurbaines. Pouah! Je suis un peu dur avec Barry car ce thème de l'identité n'est pas asséné comme dans tant d'autres. Et interroger sur les minorités quelles qu'elles soient réclame aussi de la mesure. Ceci dit Des milliers de lunes reste un excellent roman et Sebastian Barry une valeur sûre de ma chère Irlande.

            

1 novembre 2023

Liens de sang

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                Quelque chose me plaisait dans cette histoire, quelque chose susceptible de me toucher. Cinéphile invétéré j'aime beaucoup certains films de Jules Dassin, surtout sa trilogie noire des fifties La cité sans voiles, Les forbans de la nuit, Les bas-fonds de Frisco, fabuleuse. Son fils Joe, chanteur à succès, m'a toujours semblé beaucoup moins lisse que l'image que le public avait de lui. Citoyen américain il avait peut-être l'étoffe d'un folksinger comme je les aime. Mais ce qui m'attirait c'était surtout le rapport père-fils, sachant que les deux s'étaient finalement assez peu rencontrés toutes ces années. Se connaissaient-ils vraiment? Question valable pour le commun des mortels, dont manifestement n'étaient pas nos deux personnages mais j'y reviens.

                J'ai apprécié l'an dernier La dernière enquête de Dino Buzzati où Alexis Salatko rendait un modeste mais subtil hommage à l'auteur du Désert. Son talent n'est pas vraiment en cause. Voilà la vérité. Ni Jules ni Joe ne m'ont ému ou touché au long de cette longue confidence du père, Jules Dassin, enfant d'immigrés juifs ukrainiens (il semblerait que le nom Dassin vienne d'Odessa, ces choses étaient monnaie courante à Ellis Island). Il y évoque par bribes son entrée dans le monde du cinéma, assistant d'Hitchcock, ses premiers films, son mariage et ses trois enfants dont un garçon, Joe, l'aîné, qu'il verra grandir en partie puis de loin en loin. Joe ne prend jamais la prole dans ce récit mais Jules en parle, presque comme d'un cousin éloigné sur lequel il est très critique. Etudes de Joe, premier démons, comme tout le monde, et dépendance ultra-rapide, comme beaucoup. Et dire que ctte génération se croyait rebelle. Chimères.

             Et puis le maccarthysme tient une grande place bien sûr, Dassin en ayant été une des principales victimes. Sur ce sujet de la chasse aux sorcières j'ai déjà eu l'occasion de dire ma circonspection. Mais c'est la diva Melina Mercouri qui m'a laissé l'impression la plus désagréable. Une icône, une diva. Justement là encore je me méfie des divas et des icônes. Un peu intouchable, il est vrai qu'elle fut une grande résistante au régime des colonels, menacée dans sa vie même, puis devenue une institution à l'égal du Parthénon. Ca ne suffit pas à m'émouvoir, encore moins à m'envoûter. Peu enclins à la modestie père, fils et belle-mère n'ont pas tardé à susciter mon ennui, peut-être pas vierge de toute mauvaise foi. Je me suis octroyé depuis bien longtemps le droit à une touche raisonnable de ce sentiment bien pratique. 

            Nous en resterons là, aux grands films de Jules, ce qui n'est pas si mal.Aux gentilles ballades de Joe, souvent des standards du folk adaptés en français, au moins au début. Quand même déçu par Jules et Joe.

6 juillet 2023

Chapitres noeuds

Noeuds

            Captain le Bison, qui traîne pas mal dans des lieux inhospitaliers, m'a envoyé en mission à Terre-Neuve. Ce fut un peu rude à l'arrivée. Ce coin d'Atlantique Nord n'accueille pas avec des colliers de fleurs. Maudit Bison. Et puis j'ai apprécié le retour de Quoyle sur son île natale, venant de New York après la mort de sa femme, une garce, avec ses deux petites filles assez perturbées et une vieille tante. Quoyle est un poissard, un machanceux, un vrai. Il trouve un job de journaleux plus que de journaliste au Shipping News (c'est aussi le titre original du roman), habilement traduit en français par L'Eider cancaneur.

            Alors il y a des tempêtes, du rhum, des cuites, des querelles. Une histoire qui nous évoque Melville et Stevenson, ces modestes écrivains de marine. Annie Proulx (Brokeback Mountain) a obtenu le Pulitzer pour cette aventure un peu extrême qui reste néanmoins une comédie aux personnages pittoresques dans ce petit monde de pêcheurs, de chasseurs de phoques (sensibles s'abstenir) et de fonctionnaires détachés. Quoyle tente donc de refaire sa vie mais c'est plutôt un timide peu gracieux doublé d'un brave type un peu déphasé. 

           A Terre-Neuve on sent aussi les miasmes d'une certaine consanguinité. Proulx nous inciterait à penser que les gens y sont plus dégénérés qu'ailleurs. Doit-on y voir les conséquences  de l'insularité? Ou un mépris des continentaux canadiens? Plus enjoués, les noms des lieux de là-bas dont certains en français, résultat des campagnes des terre-neuvas de jadis, ça donne une certaine poésie. Gros Morne, Belle Isle, Port-aux-Basques, L'Anse-sans-Nom, Patte-de-Grappin, Port-Crachin. Et de sympathiques endroits, Naufrage, Petite-Désespérance. Si vous voulez on s'y retrouve pour quelque's) bière(s) au Nid du Grand Petrel. Vous comprenez maintenant pourquoi le Bison m'a conseillé ce pélerinage. Pour lequel il faut cependant un certain souffle. 

            A propos de souffle ça dépote pas mal dans Noeuds et dénouement. Ecoutez ce qu'en dit Annie Proulx. Vers minuit le vent souffla plein ouest et il entendit sa plainte se transformer en hurlement, un vent terrible dans le catalogue des vents. Un vent qui se rapprochait du Vent bleu du nord, du Blaast glacial et du Landlash. Un cousin du Bull's Eye, toujours annoncé par un petit nuage au centre rougeâtre, la belle-mère du Vinds-gnyr des sagas norvégiennes, des nordets qui soufflent trois jours durant sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre. un oncle du Williwaw de l'Alaska, et du Doinionn sauvage d'Irlande. La demi-soeur du Koshava chargée des neiges russes qu'elle pousse à l'assaut des plaines yougoslaves, du Steppenwind, et du violent Buran des plaines infinies de l'Asie Centrale, du Crivetz, des Viugas et des Purgas de Sibérie, et du féroce Myatel qui balaye la Russie du nord. Un frère de sang du Blizzard de la prairie, de cette clameur venue de l'Arctique canadien connue simplement sous le nom de Vent du nord, et du Pittarak qui fait fumer la banquise du Groenland. Un vent abominable, tranchant comme une lame d'acier.

            Sacré Bison! M'étonne pas que ça lui ait plu, tout ça. Passez donc le voir, munis d'une bonne écharpe. Voir L'Eider Cancaneur

 

24 juin 2023

Le château du Diable Boîteux

Masse

Talleyrand

                       Exercice inédit chez les amis de Babelio (merci), chroniquer un petit guide touristique. J'ai voulu tenter l'expérience, comme un petit tour en Val de Loire, chez un personnage historique qui m'a toujours fasciné. Et c'est plutôt, sympa, une petite soixantaine de pages, format poche de touriste, jolies photos et brève histoire de ce bijou entre Tours et Chateauroux, qui fleure bon le vin de Touraine. Les auteurs, deux historiens dont l'un spécialisé en architecture, ont concocté l'essentiel de la visite.

                      C'est toujours un plaisir pour moi, quelque temps hors du temps justement. Passionné d'histoire, et le cinéma est passé par là (Le Diable Boîteux, Le souper), la trajectoire de Talleyrand, qui traversa cinq ou six régimes successifs, m'a semblé extraordinaire. Evêque défroqué, ambassadeur, ministre, cet homme est de ceux, rares, qui pesèrent sur la France, sans être tout à fait en première ligne mais souvent faiseurs de rois. 

                       Valençay fut son Versailles. Le célèbre vice appuyé sur le bras du crime (Talleyrand au bras de Fouché selon Châteaubriand) était aussi un excellent gestionnaire de son domaine. A dire vari il géra un peu tout en France. Et on s'imagine une certaine douceur de vivre dans ce château Renaissance Empire Restauration etc. Cette charmante plaquette de Christophe Morin et Emmanuel de Waresquiel, toute en cour d'honneur, jardin de la Princesse, Grand Vestibule et Salon Bleu...nous dépayse joliment. Un avant-goût d'estivales escapades. Et quelques rappels historiques bien utiles dans la grnde valse mémorielle. 

18 juin 2023

Vient la froidure

Hiver

                 C'est un roman publié il y a cinquante ans, d'un auteur bien oublié. Un souvenir de téléfilm ancestral et le prix, deux euros en bouquinerie, m'ont incité à le lire. L'hiver d'un gentilhomme de Pierre Moustiers se situe en Provence vers la fin du règne de Louis XV.  Le baron Jérôme de Sagne, vieux noble en son château voit son fils mourir de la main de brigands et, au soir de sa vie, se trouve témoin des premiers signes de grands changements dans la France des Lumières. Anne sa petite-fille, qui admire son aieul, semble préférer la vie provinciale près de lui, plutôt que dans le sillage de sa mère, veuve égoïste et superficielle. 

                 Jérôme de Sagne est un aristocrate lucide et qui sent le vent tourner. Humain avec les gens de maison, il a de l'estime pour le pharmacien Balthazar Maynier dont en plus il découvre le courage lors d'une expédition punitives contre les assassins de son fils Olivier. L'auteur connait bien la région provencale et les descriptions du pays sont magnifiques. On assiste sans grandes démonstrations et loin de toute démagogie à l'émergement d'une société différente. Les deux hommes se trouvent une communauté d'idées. C'est bien sûr l'ébauche d'un triomphe de la raison. Mais comme tout cela est bien traité dans ce roman qu'on considérera probalement aujourd'hui désuet.

                 En un siècle violent, mais toutes les époques ne le sont-elles pas, le bourgeois montant, intelligent et entreprenant, et le baron de province, attaché à la terre mais capable de saisir les progrès techniques et même certains mouvement sociaux, composent un duo encore insolite mais somme toute prometteur. L'hiver d'un gentilhomme est aussi à prendre au sens propre comme en témoignent ces quelques lignes émouvantes en leur simplicité. 

                  "On n'ose plus défendre une cause. On ne sait plus mourir...Ou bien j'ai vieilli. Balthazar a de la chance. Le destin sourit aux hommes neufs; tandis que les autres, les barons de la vieille cuvée, voient leurs meilleures intentions se retourner contre eux. Et  cela dure depuis depuis...la Régence."

                   Jérôme de Sagne marchait à présent d'un bon pas, sans parvenir à se réchauffer. Par instants, une douleur sourde creusait sa tête et brisait les muscles de son cou. Il respirait avec difficulté, les narines pincées, la bouche entrouverte, et son haleine, blanche, montait vers le ciel éteint. "J'ai beaucoup vieilli, songea-t-il, depuis ce matin. Me voilà au coeur de l'hiver."

                   La littérature dévore ses propres enfants. Chaque livre lu l'a été à la place d'un autre. Je trouve cela un peu terrifiant. Alors de temps en temps s'égarer sur un roman un peu ancien, pourquoi pas?

                   

7 mars 2023

Deep River

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             Saga classique de l'émigration aux Etats-Unis, ce roman vraiment fleuve (Deep River titre original curieusement traduit en France) en est la version finlandaise avec la diaspora nordique à l'extrême nord-ouest américain, le Washington au début du siècle précédent. Faire bientôt éclater la terre comporte 850 pages. La littérature et le cinéma ont souvent relaté l'arrivée et l'installation des Européens. Italiens et Irlandais fournissant le plus gros contingent.Voici l'histoire des Finlandais devenus bûcherons ou pêcheurs du côté de la Columbia River, contée par Karl Marlantes, lui-même né à Astoria, Oregon, en 1944 et auteur d'un des meilleurs livres sur le Vietnam, Retour à Matterhorn

          Les ingrédients sont bien là. Une fratrie de nouveaux venus en Amérique, ceux-là ont fui l'oppression russe en Finlande au début du XXe siècle. Dans ce bout du monde américain tout est à construire. Ilmari, Matti et leur soeur Aino se retrouvent ainsi dans une colonie de bûcherons. La tache est colossale mais l'espoir est là. Land of freedom? Certes, mais ça va prendre du temps. Entre parenthèses lire Faire bientôt éclater la terre aussi, ça prend du temps. Nous n'échapperons donc pas aux préjugés des autochtones, à la volonté des arrivants, aux débuts d'une déforestation artisanale. Rien de vraiment inédit dans cette histoire. Mais outre que c'est une histoire à laquelle on adhère facilement n'oublions jamais que l'inédit n'existe plus depuis belle lurette.

           Ce roman présente Aino, la soeur, comme l'héroïne principale, la plus engagée socialement, la plus pugnace, une Scarlett O'Hara de l'abattage des arbres, une pasionaria de la cause des exploités, une précurseure... (comment dit-on) du syndicalisme.  Normal dans le contexte actuel, néanmoins sympathique. On y rencontre Joe Hill, immmigrant suédois, militant célèbre, héros des chansons folk de ma jeunesse. Les frères d'Aino et tous les autres ne s'en laissent pas conter malgré tous les malheurs de la ruée vers l'Ouest. Accidents du travail (terme anachronique bien sûr), amours-désamours, mariages, fièvres, bals, 14-18, ascension sociale avec quelques pannes, tout ce qui fait l'intérêt et la limite de ces bouquins-tendinites (parfois le kiné resurgit vu le poids de l'ouvrage) est là.

            Et puis il y a les détails. Et là Marlantes  ne fait pas dans le détail avec tous ces détails techniques un tantinet fastidieux. Sur la pêche au chinook dans l'estuaire, ce saumon géant plus lourd encore que le bouquin. Le travail de documentation de cette saga dû être considérable. Et que dire des pages entières sur le labeur si dur des bûcherons, élagueurs, débardeurs face aux gigantesques séquoias? On en sort un eu essoré parfois, les bras lourds de tant d'efforts.

           Mais ne boudons pas. Faire éclater la terre est un bon roman, bien balisé certes mais ce n'est pas désagréable de cheminer en littérature muni d'une ceinture de sécurité, comme n'avaient pas les pionniers nordiques dans les années 1900. Rappelez-vous, faut un bout de temps. Pour la chanson je n'ai pas mis la célèbre version Woodstock de Joan Baez qui m'énerve un peu mais celle de Luke Kelly (The Dubliners)

1 mai 2023

Une ébauche de solution

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          1942, lac de Wannsee, Berlin. Sous la présidence de Heydrich se tient la conférence qui devait officialiser le projet définitif du Reich concernant la déportation puis l'extermination. Le film, sobrement titré La conférence, est en fait en grande partie réalisé d'après le procès-verbal de cette réunion. Rien de spectaculaire. Sobre, La conférence de Matti Geschonnek n'en est que plus implacable. Une villa, une salle principalement, scrupuleusement reconstituée en studio, sur cette sorte de Riviera berlinoise, sera donc le cadre de cette réunion au sommet des abysses de l'humanité. Seules les rares scènes extérieures d'arrivée et de départ ont été tournées sur les lieux mêmes. 

          Le 20 janvier une quinzaine de hauts fonctionnaires du régime sont réunis pour ce que vous savez. La plupart sont des Herr Dr., titre courant dans l'Allemagne de cette époque. Ils ont un travail précis à définir et le temps presse, le Reich peinant sur le plan militaire. On ne quitte pas la salle de réunions, on est en plein "dossiers". Pas d'éructations, pas d'insultes, pas même le verbe haut. De la méthode avant toute chose, et surtout ne pas trop indisposer l'un ou l'autre des nombreux services civils et militaires du régime. Un certain Adolf Eichmann signera le procès-verbal officiel de ce qu'on peut considérer comme un sommet des abysses de l'humanité.

          La mise en scène reste donc très classique, les comédiens allemands tous inconnus ici sont remarquables de précision. La conférence, m'objectera-t-on, aurait plus sa place sur une plateforme ou une chaîne. Moi je pense que le cinéma doit accueillir aussi ce genre de films, même si en l'occurrence nous n'étions que trois lors de la séance. 

         

             

19 avril 2023

l'Ecrivraquier/28/Ma version du vertige

L'Ecrivraquier

Ma version du vertige

 

Vertige, le mot seul suffit à mon trouble

A me foutre le vertige

Compagnon de longue date

Fidèle plante invasive

Lame affutée à m'ennuager

Animal familier à me mettre aux abois

Il saisi mes jours en bien des circonstances

Voisin protéiforme

S'il aime l'altitude

Il a su me désarçonner sur quelque littoral

Peu avare de complices

Le hautain Machu Picchu

Eckmühl ou Les Baleines

Ce maître es défaillances

N'a nul besoin de grandeurs

Ni de géographiques prestiges

Quelques lignes du poète

Quelque arpège de carrefour

Un nordique clair-obscur

Les larmes que m'arrache la Septième

Les flots de la Seine à Villequier

Leopoldine perdue

Tout est géant, tous ces talents

Et moi, la tête qui m'en tourne

Le vertige c'est les autres

Je longe les ravines, je me tiens bien au bord

Pourquoi faut-il, bon sang

Pourquoi faut-il de plus

Qu'en partant elle m'ait laissé

Vide, vacuité, viduité, vacance, vaines volutes

Vertige de l'absence?

1 avril 2023

Lise

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                   Belle soirée ciné lundi dernier. Relativement nombreux, les spectateurs ont pour la plupart apprécié le film danois La dernière nuit de Lise Broholm. Première réalisation de Tea Lindeburg, adapté d'un roman de 1912, inédit en français, Une nuit de mort, c'est un très beau film qui nous plonge dans la vie de Lise Broholm, quinze ans, fille ainée d'une famille nombreuse, des fermiers plutôt prospères, fin XIXe. La mère de Lise va accoucher de son neuvième enfant, et cette nuit se passera très mal.

                  Les lourdeurs familales, la culpabilité en ces terres luthériennes rudes et puritaines, la mâle domination alors même que les taches sont pour la plupart assurées par les épouses, les mères, les filles, bref le poids des conventions et le rigorisme sont les moteurs de cette histoire qui, évidemment, semble marcher sur les traces d'un illustre cinéaste nordique. Mais n'étouffons pas Tea Lindeburg sous les références du maître de Faro. La dernière nuit... n'a nul besoin de parrainage et se suffit.  

                  En 85 minutes Tea Lindeburg parvient parfaitement à restituer l'ambiance. Pas très loin du temps réel, une soirée, une nuit. Le naturel des enfants interprètes, l'adolescente qui joue Lise étant particulièrement sensible, mais aussi les taches ménagères, la présence des aIeules. Tout cela est magnifiquement rendu. Loin des pénibles films militants hypermoralisants à sens unique, ce joli film, bien que se déroulant jadis, en dit beaucoup sur la condition, vous savez bien, la condition. Et il sait très bien nous emmener vers le constat. Quatorze accouchements, quatre enfants vivants, dit une grand-mère. Rien à rajouter.

                La nuit sera apocalyptique, firtant avec le fantastique, un zeste d'épouvante, diable et fantômes éventuels. Au bout de la nuit, Lise ne sera plus la même. Mais son destin en sera-t-il transformé?Et pourra-t-elle étudier. C'est qu'elle est l'ainée. La plaine danoise, la blondeur des blés et des chevelures, mais aussi la maternité interrogent dans ce film bien peu aidé à sa sortie. Au moins trente pesonnes l'auront vu. 

15 décembre 2022

Seine de vie

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                          Trois hommes dans un bateau est un roman anglais comique qui eut son heure de gloire, publié en 1894. Philibert Humm devrait vous faire passer un bon moment avec ce Roman fleuve qui reprend le sillage du canot de Jerome K. Jerome. La Seine remplaçant la Tamise. Ils sont jeunes, ils sont trois, ils n'ont aucune connaissance de la navigation et ils décident de descendre le cours de la Seine de Paris au Havre. Croisière pour le moins hasardeuse mais surtout désopilante, sorte de huis clos aquatique marinier pour nos héros plus près du potache post-acnéique que du matelot même d'eau douce.

                         Eau pas si douce que ça. L'entrée en Seine des trois hurluberlus est d'entrée placée sous le régime d'une démocratie relativement relative. Un capitaine, un major ça sonne pas très marin) et un écopier (ça, ça sonne bien aquatique). On sent d'emblée un remake de Mutiny on the Bounty. Le canoé d'occasion a été baptisé le Bateau.C'est beaucoup dire. Ne croyez pas qu'il suffit de se laisser porter par le courant, comprennent-ils au bout d'une journée, distants seulement de quelques stations de métro du Trocadero. 

                         Malgré le rideau de douche sur la tringle élevée au rang de mât nos explorateurs n'avancent guère. Abordage sur des rives parfois hostiles même si on ne signale aucun cas de cannibalisme dans la vallée de la Seine. Il faut aussi compter avec les péniches, la Vahiné, la San Francisco, aux noms exotiques et qui joignent à peine la Belgique, voire les navires vrais dans le port de Rouen. Avec le flou artistique entourant un tel périple ni interdit ni autorisé. Et des autochtones parfois sympa, portés sur la dive bouteille même sans bateau à l'intérieur. Roman fleuve est illustré de quelques dessins remarquables et prestigieux, un réchaud à pétrole Eva-Sport, un lance-pierres destiné à la survie, que l'équipage perdra très vite, un récepteur radio portatif à piles c'est à dire un transistor, une paire de chaussures bateau en 43. Prometteur, non? 

                       J'ai apprécié les chapitres titrés à la Jules Verne dans ses Voyages extraordinaires. Quelques exemples. Où l'on découvre que nos rames sont des pagaies (il faut attendre la page 101)-Réquisition d'une chaussette sur l'île aux Dames.-Ventre mou du récit (noter la lucidité de l'auteur)-Faux bonds et ricochets. Et que dire de la réelle poésie des villages baignés par Dame Seine, Port-Pinché, Pampou, Tournedos, La Bouille. De belles rencontres aussi avec Sylvain Tesson, en avance sur notre infernal trio de quelques milliers de décalages horaires, Johnny, maître es karaoké et rosé, Monsieur Mallard, 91 ans, profession chantier naval-café-buvette-raconteur d'histoire qui évoque avec émotion 1945, pas la capitulation mais la crue historique du 16 février, 6,87 mètres sous le pont d'Austerlitz. Peut-être aussi un satyre hante-t-il les rives de Seine, en mal d'ondines?  Pas de confirmation, des doutes.

                     Juste quelques formalités. Notamment l'officiel document des Voies Navigables de France. Vous devez obtenir une décharge de vie. Sans ça, à partir de Rouen ils ne vous laisseront pas passer. 

                      Le moral était fixe. Les conditions de navigation excellentes. L'avenir tout tracé. Mais l'avenir n'aime pas bien qu'on le trace. Je crois même qu'il a horreur de ça.

                     Embarquez donc sur le Bateau, ce canoé deux places où ils sont déjà trois. Passagers clandestins le Surréalisme, Devos, Desproges, Monty Python en Seine-et-Oise. Suprême rigolade, ils ont donné un prix à Roman fleuve. Fluctuat et un peu mergitur. 

                      

 

 

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